Opération Virus Hunter III : Des recherches sur les fermes salmonicoles révèlent des effets alarmants sur l'écosystème de la Colombie-Britannique

Mercredi 22 août 2018

Des tests préliminaires en laboratoire visant à détecter la présence du réovirus pisciaire, ont montré 100 pourcent de résultats positifs dans des échantillons collectés dans des fermes piscicoles à filets ouverts en Colombie-Britannique.

Vancouver, le 22 août 2018 – Au cours des deux derniers mois, le navire de recherche Martin Sheen de Sea Shepherd a sillonné les abords de toutes les fermes salmonicoles situées le long de la route de migration du saumon rouge du fleuve Fraser, entre Vancouver et Alert Bay, avec à son bord des scientifiques canadiens chargés de recueillir des échantillons pour évaluer l'impact de ces fermes sur les populations de poissons sauvages. Parmi ces scientifiques, se trouvait la biologiste indépendante, Alexandra Morton, qui mène des recherches depuis une trentaine d'années sur le lien entre les fermes piscicoles dotées d'enclos à filets ouverts, les poux de mer, les virus et le déclin des stocks de saumons sauvages.

Alexandra Morton a prélevé des échantillons de tissus biologiques et d'excréments de saumons d'élevage dans les eaux adjacentes d'environ la moitié des fermes salmonicoles à filets ouverts de Colombie-Britannique. Ces prélèvements ont été réalisés dans le cadre de ses travaux de recherche sur la transmission de virus qui affectent des saumons d'élevage, dans l'habitat du saumon sauvage.

"Les résultats obtenus pour les cinq premières fermes d'élevage échantillonnées cet été, toutes situées dans les îles Discovery, montrent que 100 pour cent d'entre-elles étaient positives au réovirus pisciaire", indique Alexandra Morton.

Une grande partie des saumons rouges du fleuve Fraser migre actuellement à proximité de ces fermes infectées.

Au début de l'été, le juge Maisonville a débouté la multinationale Marine Harvest et a accordé à Alexandra Morton le droit d'approcher les fermes salmonicoles afin de collecter des échantillons. Bien que le ministère des Pêches et des Océans (MPO) ait refusé de lui délivrer un permis l'autorisant à faire des tests sur des crustacés à proximité de ces fermes, Alexandra Morton a toutefois mis en œuvre sa nouvelle méthode consistant à recueillir des tissus biologiques sur des cadavres de saumons d'élevage qui dérivent hors des enclos.

"D'après mon expérience, le ministère des Pêches et des Océans et le secteur de la Pêche vont tenter d'empêcher toute étude scientifique visant à mesurer l'impact des fermes salmonicoles sur les saumons sauvages, a déclaré Alexandra Morton. Je crois pourtant que ces travaux sont essentiels à la survie des saumons sauvages et des baleines sur les côtes de Colombie-Britannique".

D'un point de vue juridique, le ministère des Pêches et des Océans peut seulement délivrer un permis autorisant les pisciculteurs à transférer leurs poissons à la condition "qu'ils ne présentent aucune maladie ou agent pathogène susceptibles de nuire à la protection et à la conservation du poisson". En 2015, Alexandra Morton a poursuivi en justice pour la deuxième fois le ministère des Pêches et des Océans pour avoir délivré des permis à la multinationale Marine Harvest Canada Inc. l'autorisant à transférer des poissons d'élevage porteurs du réovirus pisciaire dans des fermes piscicoles à filets ouverts. Alexandra Morton a gagné son procès en première instance, mais le ministère refuse de reconnaître cette décision de justice. Alexandra Morton se présentera donc à nouveau devant le tribunal, le 10 septembre prochain. Cette fois, les Premières Nations Namgis se joindront à elle pour exiger que la Loi canadienne soit appliquée, car le saumon Atlantique ne fait toujours pas l'objet de recherche pour savoir s'il est positif au réovirus pisciaire avant d'être transféré dans des fermes situées à proximité des routes de migration du saumon sauvage, et ne possédant ni système de filtration ni de confinement des déchets.

Selon une étude publiée le 3 décembre 2017 par la revue scientifique PloS One[i], la plupart du saumon d'élevage que l'on trouve sur le marché est infecté par le réovirus pisciaire. La plupart du saumon d'élevage de Colombie-Britannique est exporté vers les États-Unis. Il n'existe aucune étude sur les effets du réovirus pisciaire sur l'espèce humaine, malgré la consommation de saumon d'élevage cru dans les restaurants de sushi.

Les résultats de l'Opération Virus Hunter III de Sea Shepherd sont très préoccupants. Un article paru dans le journal FACETS en début d'année décrit la façon dont le réovirus pisciaire envahit et fait éclater les cellules sanguines du saumon quinnat, provoquant une défaillance des organes, une jaunisse sévère, ainsi que la libération du virus dans les habitats marins.

Le saumon quinnat constitue la principale source de nourriture des orques résidentes du sud de la Colombie-Britannique. La situation désespérée de ces orques menacées d'extinction a reçu l'attention des médias internationaux lorsqu'une femelle du groupe, appelée J35, a transporté le cadavre du bébé qu'elle venait de perdre pendant 17 jours, portant ainsi son deuil de façon visible et prolongée. Ce groupe d'orques montre des signes de famine liée au manque de saumons quinnats originaires du fleuve Fraser [ii] et n'a pas connu de naissances viables depuis plusieurs années. Les résultats préliminaires rapportés dans cet article suggèrent que les fermes salmonicoles pourraient avoir un impact significatif sur les populations de saumons quinnats, ainsi que sur celles des orques résidentes du Sud.