Le phoque est bien le loup de la côte d'Opale

Mardi, 5 juin 2018

Nous avons relayé il y a quelques jours la photo d’un phoque décapité et démembré trouvé à La pointe de la crèche, à Boulogne sur Mer en Avril dernier.

Opale Capture (entreprise privée payée par l’Etat pour récupérer les cadavres d’animaux sur la voie publique), crie à l’intox par la voix de son directeur, Jérémy Marion. Selon lui, le phoque en question était présent à cet endroit précis avec sa tête et ses membres (les mutilations seraient donc le fait des charognards et non de la main de l’homme). Toujours d’après lui, l’animal trop gros pour être transporté, aurait été autopsié sur place, autopsie qui aurait conclu à une mort des suites d’une maladie. Faisant référence à notre communication, Monsieur Marion affirme qu’il ne peut pas « laisser dire n’importe quoi », pourtant lui-même affabule complètement.

Le phoque trouvé mutilé à la pointe de la crèche, n’a jamais été autopsié.

Phoque mort retrouvé à la Pointe sur Crêche

Nous renseigner sur les résultats de l’autopsie de ce phoque a été notre première démarche, avant toute communication publique. En contactant Pélagis, nous avons appris que ce phoque est inconnu de leurs services et ne leur a jamais été signalé. Non seulement le cadavre n’a pas été autopsié pour savoir ce qui l’a tué, mais son existence n’existe dans aucune base de données. Et c’est bien là ce que nous dénonçons : l’opacité sur le nombre de phoques tués et le manque de volonté d’identifier les causes de la mort même dans des cas aussi suspects que celui-ci. Rappelons que tous ces faits ont lieu dans une région où un pêcheur égorgeur de phoque ne risque pas plus de deux mois de prison avec sursis et un an de retrait de permis (si on s’en réfère au cas du pêcheur à pied de 2012) et où un collectif anti phoque milite de manière décomplexée et avec le soutien de politiques locaux et nationaux pour la légalisation du tir de cette espèce protégée au niveau européen.

Enfin, sur la photo, les coupes sont franches et ne ressemblent absolument pas aux marques laissées par une prédation post mortem. Mais il aurait sans doute été aisé de lever le doute sur la nature de ces mutilations et la cause de la mort du phoque si Opale Capture avait averti, comme il devrait le faire, le Réseau National Echouage. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? La question se pose.

La région aux mains des anti-phoques et des écolophobes.

D’une manière générale, tout est bon pour tenter de discréditer quiconque dénonce le sort réservé aux phoques dans la région. Dans un contexte d’impunité totale envers les tueurs de phoques, Sea Shepherd a proposé une récompense de 10 000 euros pour faire avancer les enquêtes. L'élu Jean Michel Taccoen, Conseiller régional délégué à l'environnement, et en parallèle Vice-Président de la Fédération de Chasse du Pas de Calais, soutien affirmé du Collectif Anti Phoque, a déclaré sur sa page Facebook. « Il faut cesser la sensiblerie et l’escalade aux coups médiatiques comme le fait cette association avec cette récompense ». Définition de “sensiblerie” : Sensibilité exagérée et déplacée ; compassion un peu ridicule. Le ton est donné.

De son côté, le Fondateur du Collectif anti phoque (nouvellement renommé Collectif contre la prolifération des phoques), Fabrice Gosselin dans une interview donnée à France Info va quant à lui jusqu’à accuser les écologistes d’avoir eux-mêmes orchestré ces tueries pour nuire à l’image de son collectif. L’ironie est que ce même monsieur menace de porter plainte en diffamation...

La réalité à géométrie variable des pêcheurs.

Dans un article des Echos.fr*, en date de Novembre 2017, se plaignant des quotas de pêche trop bas selon lui, Pierre Georges Dachicourt, actuel Président du Collectif anti phoque, déclarait ceci : « En mer, les pêcheurs français constatent une nette amélioration de l’état des ressources. Dans le Golfe de Gascogne, en mer Celtique, en Manche et en mer du Nord, tous les rendements des bateaux sont satisfaisants ».

C’est le même qui accuse les phoques de manger trop de poissons et de menacer la survie des pêcheurs. Il y aurait donc assez de poissons pour augmenter les quotas de pêche des navires mais pas assez pour les phoques, qui rappelons le mangent environ 1500 Tonnes de poissons par an quand le seul port de Boulogne sur mer en débarque 32 000 T.

Dans le même article Pierre Georges Dachicourt renchérit sur la bonne santé « des stocks » en citant l’Ecosse : « Les pêcheurs écossais confirment ce diagnostic et estiment qu'ils n'avaient pas vu une telle abondance depuis dix ans ». Il convient de rappeler à Monsieur Dachicourt que les phoques sont infiniment plus nombreux en Ecosse. Alors qu’on dénombre environ 402 phoques gris et 709 veaux marins dans la zone où ils sont les plus nombreux chez nous (entre la baie de Somme et Dunkerque), en Ecosse, ils étaient 99 400 en 1994 pour les gris (avec une croissance de 7% par an) et a minima, 26 400 pour les veaux marins. Jean Michel Taccoen a donc raison lorsqu’il dit que « les phoques sont les loups de la côte d’Opale ». Comme les loups, ils sont moins nombreux que chez nos voisins qui s’accommodent bien mieux que nous de leur présence, comme les loups ils sont des boucs émissaires que nous avons exterminés, comme les loups, leur retour réveille tous les excités de la gâchette qui se désolent que l’espèce soit désormais protégée.

Les pêcheurs à la barre du Ministère des Pêches

Dans une autre interview, donnée à La Voix Du Nord*, Pierre Georges Dachicourt, qui a visiblement le bras long, se vante de téléguider le Ministre de la pêche depuis son téléphone portable lors des négociations des quotas de pêche à Bruxelles : « C’est le Ministre de la pêche qui négocie mais sur les propositions du Comité Nationale de la Pêche. Nous, on est dans une pièce à côté et on communique par textos. C’est la nuit des longs couteaux, la semaine des marchands de tapis, sourit Pierre-Georges Dachicourt ».

Dans le même article, PGD affirme que « C’est la mer qui a fait de moi ce que je suis et lorsque tu la respectes, elle te donne ». Il est vrai que la mer lui a beaucoup donné, (ou plutôt qu’il s’est beaucoup servi) et il semble que ça n’est jamais assez. Pas partageur, PGD, n’entend pas en laisser une infime portion aux phoques et il a des oreilles attentives au plus haut niveau de l’Etat pour se faire entendre.

Resituons les choses. Le problème dans les Hauts de France, ce ne sont pas les associations écologistes qui auraient trop de compassion pour des phoques (espèce protégée) criblés de plomb et égorgés. Le problème est l’inertie des pouvoirs publics et de la Justice et le basculement politique de la région en faveur des chasseurs et des gros pêcheurs sur fond de gel des subventions pour tous les centres de soins de la faune sauvage qui auraient l’outrecuidance de dénoncer la situation de manière un peu trop virulente. Plusieurs centres, pourtant essentiels à la vie sauvage ont payé cher leur courage et ont dû fermer. Dans le même temps, le secteur de la pêche a reçu 500 millions d’euros d’aides de l’Etat pour compenser la baisse des quotas.

Sea Shepherd, ne dépendant aucunement de subventions publiques mais uniquement de dons de particuliers, nous aurons à cœur, dans la mesure du possible, d’aider les structures de soin et d’accueil des phoques de la région afin d’éviter à tout prix leur fermeture.