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Vendredi, 21 Juin 2013 14:51

La destruction des océans est en voie d’industrialisation au Japon

Par Gary Stokes – Sea Shepherd Hong Kong

editorial-130618-1-1-Sea shepherd condemns slaughter-largeSanriku Kakou Corporation exploite les requins à l'échelle industrielle
Photo: Kim McCoy / Sea Shepherd
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Le Japon vient d’annoncer que, bien que la CITES ait pris une décision en faveur de la protection de cinq espèces de requins lors de la CoP16 tenue à Bangkok en mars dernier, il émet une "réserve" (c’est-à-dire qu’il ne tiendra pas compte de cette décision) parce qu’il ne reconnaît pas la convention internationale CITES comme un organisme habilité à gérer des espèces marines. Pourtant, la dernière fois que j’ai vérifié, une espèce en danger d’extinction était bien en danger d’extinction, où qu’elle se trouve, mais le Japon et d’autres états voyous comme Singapour pensent que la CITES ne devrait pas "s’ingérer" et que le soin de gérer la pêche devrait être laissé au RFMO (Organisation Régionale de Gestion des Pêches). Le point de vue de la plupart des ONG et des scientifiques c’est au contraire que, si le RFMO faisait un si bon travail de gestion de la pêche, il n’y aurait pas besoin de proposer à la CITES de placer des espèces sous protection.

J’ai participé à la CoP16 de la CITES à Bangkok en tant que représentant de Sea Shepherd, et comme je l’ai raconté plus tôt, j’ai été stupéfié de constater la manière d’agir de plusieurs états membres. Lorsqu’on parle de tuer des requins en masse, c’est toujours la Chine qui se trouve sous le feu des projecteurs, le plus grand consommateur au monde de la tristement célèbre Soupe aux Ailerons de Requin. Cependant quelque chose ne collait pas à la réunion CITES.

La délégation chinoise, bien qu’ouvertement opposée aux propositions pour les requins, défendait son point de vue de manière digne et passive. Ils participaient à des réunions organisées en marge par les groupes anti-ailerons de requin, et soulevaient certains points pertinents. En revanche, les Japonais couraient frénétiquement dans tous les sens, concluaient des accords avec d’autres pays pour s’assurer de leur vote, presque comme si leur vie en dépendait. Lorsque finalement le vote se retourna contre eux, je m’attendais presque à ce que des délégués se jettent sur leur sabre, mais de toute évidence la noble culture du samouraï ne s’était pas étendue à la délégation japonaise de la CITES.

Bizarrement, à la CITES, les états signataires peuvent émettre ce qu’on appelle une "réserve" si un vote ne va pas dans leur sens! Ainsi ils affichent à la face du monde qu’ils ne sont pas liés par les dispositions votées par tous, rendant la CITES tristement impuissante aux yeux de beaucoup. La récente "réserve" du Japon est une preuve supplémentaire que le sujet des requins est un problème japonais tout autant que chinois. Malgré la "réserve" japonaise, la Chine a surpris agréablement le monde en faisant la déclaration suivante:

“La Chine a informé le secrétariat de la CITES que, bien qu’elle soit opposée à l’inscription de ces espèces de requins aux annexes CITES votée lors de la CoP16, et qu’elle éprouve toujours des inquiétudes au sujet de la mise en œuvre, dans un esprit de coopération internationale avec la CITES, et en plein respect des dispositions adoptées au cours de la CoP16, la Chine appliquera les dispositions de la CITES sur ces espèces. Par conséquent elle n’a émis aucune réserve ”

Mais pourquoi le Japon est-il si inquiet de voir les requins protégés? Normalement ce devrait être aux Chinois de remuer ciel et terre?

Eh bien, depuis les années 50, le Japon pêche les requins à une échelle industrielle, de façon presque inaperçue. La meilleure nouvelle pour le Japon a été la redécouverte par les Chinois de la Soupe aux Ailerons de Requins, dont la mode s’est réellement répandue dans les années 60. L’attention des défenseurs de la nature s’est vue ainsi commodément détournée. Alors que tout le monde condamnait la Chine pour le massacre des requins, personne ne remarquait que, au cours des soixante dernières années, les Japonais et les usines qu’ils avaient construites dans le monde entier étaient en train de traiter des requins à échelle industrielle. Ne vous méprenez pas, la demande d’ailerons de requin est un facteur clé dans l’abattage en masse des requins, mais il y a autre chose de caché sous la surface…

editorial-130618-1-2-Sea shepherd condemns slaughter-largeUn employé de Sanriku Kakou Corporation coupant les ailerons de l'un des requins
Photo: Kim McCoy / Sea Shepherd

SULFATE DE CHONDROITINE

Le sulfate de chondroïtine est extrait du cartilage de requin, et associé à la glucosamine dans des médicaments pour soulager les douleurs articulaires. Il est vendu dans le monde entier. Je suis sûr que vous avez tous déjà vu ces gélules de requin dans toutes les pharmacies, près de vos vitamines!

L’une des plus grandes sociétés japonaises produisant le sulfate de chondroïtine est la Seikagaku Corporation. Elle a été créée en 1947 et a démarré la production pharmaceutique industrielle de sulfate de chondroïtine en 1950.

De nos jours, leurs produits vedettes, représentant la majeure partie de leurs exportations, sont les agents ARTZ® et SUPARTZ®, visant à améliorer le fonctionnement des articulations, lancés en Suède en 1992 et maintenant agréés dans 18 pays. Aux USA, on estime que la population des seniors augmente de plus de 3% par an, et pour cette raison on escompte une augmentation de la demande pour les médicaments servant à améliorer le fonctionnement des articulations.

Au début des années 2000, ils disaient:

“Nous utilisons plus de requins que quiconque dans le monde!”

Alors que les flottes de pêche mondiales ciblent les requins pour la grande valeur de leurs ailerons, des sociétés comme la Sanriku Kakaou Corporation rachètent les carcasses apparemment sans valeur, presque comme "service d’enlèvement de déchets". Puis ils traitent le cartilage et le vendent à des sociétés pharmaceutiques comme la Seikagaku Corporation, la Kenko Corporation ou Marua Nichiro Foods Inc. Le tsunami de 2011 a occasionné des "dommages catastrophiques" à l’usine de traitement de la matière brute de Sanriku Kakou à Kesennuma City, cependant, grâce aux stocks de sulfate de chondroïtine, cela n’a eu aucune conséquence sur la production et la livraison des produits pharmaceutiques.

Selon un rapport de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture), c’est dans le cartilage de requin bleu (Prionace glaucais) que l’on trouve les plus fortes concentrations de sulfate de chondroïtine. Le rapport poursuit: "quelques espèces de requins pêchées par les ligneurs de thon sont utilisées pour la consommation domestique pour la viande, sauf le requin bleu dont on ne peut pas consommer la chair fraîche ou congelée, mais qui peut être utilisé comme matière première pour des produits alimentaires tels que le surimi".

Kesennuma est le plus grand port de pêche du Japon, traitant 90% de tous les requins arrivant au Japon. Kesennuma traite surtout du requin bleu qui représente 80% des prises. Au port de Shimizu, le deuxième du Japon pour la réception des requins, les requins bleus représentent 70% des prises.

Il est donc évident que le Japon tue les requins bleus par centaines de milliers pour la grande valeur de leur sulfate de chondroïtine. Sinon, pourquoi viseraient-ils les requins bleus plus que d’autres espèces? L’usine de traitement des requins de Kesunnuma a été entièrement détruite par le tsunami de 2011, mais ce fut aussi le premier établissement industriel à être reconstruit immédiatement avec les fonds de sauvetage pour les victimes du tsunami — Voilà encore un exemple frappant de l’utilisation pour une bonne cause de l’argent pris dans les dons collectés par vos enfants. Si on ne le donne pas aux baleiniers pour qu’ils tuent des baleines dans l’Océan Austral, il sert à massacrer des milliers de requins!

Suite à l’ajout récent de ces cinq espèces de requins aux annexes CITES, le Japon semble inquiet de voir la porte ouverte à une multitude d’autres requins (y compris les bleus) pour qu’ils soient inscrits à leur tour lors de la prochaine conférence de la CITES, la CoP17.

Il est également intéressant de noter que l’Agence Japonaise des Pêches n’a pas de réglementation biologique, pas de quotas de prises et pas de plan de gestion des ressources pour les requins, selon le rapport de la FAO.

La demande pour ce médicament miracle pour les articulations (qui est également présenté à tort comme un "médicament contre le cancer") est, de façon évidente, très lucrative. Une usine semblable de traitement au Costa Rica, installation d’extraction de cartilage située à Puntarenas et dont les actionnaires sont nord-américains (Corporacion Procesadora Cartilago SA), a exporté 131.275 kg de cartilage en une seule année. Cette usine utilise à elle seule 235.000 grands requins côtiers chaque mois pour fabriquer ses pilules, dont la plus grande partie est expédiée vers les USA ou vers l’Europe.

Tout ceci donne une idée claire du niveau de la demande en sulfate de chondroïtine et de ses conséquences évidentes sur la population mondiale de requins. Un argument ridicule utilisé fréquemment par l’Agence Japonaise des Pêches est que, au moins, cela permet d’utiliser la totalité du requin ! C’est peut-être vrai, mais le problème n’est pas là. Le problème, c’est l’échelle industrielle à laquelle les requins du monde entier sont abattus. Qu’ils soient ensuite utilisés complètement ou non, le problème ne se pose plus.

Un requin mort c’est un requin mort, et un super-prédateur en moins pour garder les écosystèmes marins en bon état.

les parties du requin qu’on utiliseles parties du requin qu’on utilise
Photo: Gary Stokes / Sea Shepherd

editorial-130618-1-4-CARTILAGEPhoto: Gary Stokes / Sea Shepherd

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editorial-130618-1-6-Groupon-ReplyLa réponse de Groupon à Gary Stokes

 

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