Commentary and Editorial

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Dimanche, 07 Juillet 2013 14:33

Réflexions sur l’exposé préliminaire sur la chasse baleinière en Antarctique

Cour Internationale de Justice, La Haye

Par Geert Vons, Directeur de Sea Shepherd Pays-Bas

Le Nisshin Maru dans le Sanctuaire Baleinier de l’Océan AustralLe Nisshin Maru dans le Sanctuaire Baleinier de l’Océan Austral - Photo: Barbara Veiga/Sea Shepherd

Chaque année, le Japon délivre un permis spécial à sa propre flotte baleinière pour justifier le massacre d’un millier de baleines dans les eaux de l’Antarctique, prétendument pour la recherche scientifique. Le Japon enfreint plusieurs dispositions légales de la Commission Baleinière Internationale (IWC), raison pour laquelle l’Australie veut que le Japon mette fin à son soi-disant programme scientifique JARPA II.

La première audience de la Cour Internationale de Justice à La Haye a commencé le mercredi 26 juin 2013 – "Chasse à la baleine dans l'Antarctique (Australie c. Japon: Nouvelle-Zélande, Intervenant)". L’Australie a commencé en présentant des faits et des arguments solides. On m’avait prévenu que les audiences pouvaient être très ennuyeuses, mais je trouve que celle-ci a fait exception à la règle. L’Australie a fait une bonne prestation, en résumant les points essentiels de ce litige délicat sur la chasse baleinière en Antarctique.

Il y avait deux grands sujets à traiter: le programme japonais JARPA II peut-il être considéré comme de la recherche scientifique, et les permis spéciaux du Japon permettant de tuer des baleines aux fins scientifiques sont-ils délivrés en conformité avec la réglementation de l’IWC. En résumé, la réponse est non: d’après l’Australie, il semble que ce ne soit pas vrai, car tuer le sujet de son étude ne devrait pas être la première option.

L’Article 8 de la Convention Internationale de 1946 de l’IWC sur la Réglementation de la Chasse à la Baleine fait l’objet de la plus grande attention. Des règles s’appliquent à l’interprétation de cet Article 8, et les Etats partenaires ne sont pas libres de l’interpréter comme ils le veulent. S’appuyant sur le principe de bonne foi, les membres de l’IWC ont convenu que, dans certaines situations, il est licite de délivrer un permis spécial pour l’abattage scientifique d’un nombre limité de baleines, mais seulement quand c’est inévitable. Le permis devrait avoir un caractère exceptionnel, et limiter l’abattage à un très petit nombre de baleines. Les conditions d’un tel permis sont très claires : un programme scientifique sur les baleines, bien défini, objectif, spécifiant une date de fin, et restant cohérent avec les politiques de conservation existantes. Les objectifs doivent être réalisables et bien définis, basés sur une hypothèse vérifiable, et le gain de connaissance ainsi obtenu doit contribuer à la conservation et à la gestion des stocks de baleines.

Le programme japonais JARPA II ne satisfait à aucun de ces critères. Les soi-disant programmes de recherche scientifique japonais, JARPA et JARPA II, sont basés sur des méthodes et des échelles prédéterminées, et leurs objectifs scientifiques sont très généraux. Le comité scientifique de l’IWC s’est toujours montré très critique envers les programmes de chasse japonais. En 2005, juste avant le démarrage de JARPA II, 63 scientifiques de l’IWC ont souhaité évaluer le premier programme baleinier japonais, avant de commenter une proposition du Japon concernant le lancement de leur second programme scientifique baleinier (que le Japon a de toute façon commencé tout de suite après le premier).

JARPA II n’est rien d’autre qu’un programme d’abattage. Après 18 années et 7000 baleines tuées pendant le premier programme JARPA, le Japon a doublé ses "quantités d’échantillons" pour JARPA II, sans une seule raison scientifique valable à une telle augmentation. L’échantillonnage ne semble consister qu’en repérage et abattage de baleines. Le Japon n’a fourni aucune explication sur la contribution de ces prélèvements de parties corporelles à la connaissance et à la compréhension de l’écosystème antarctique, ce qui, sur le papier, était le sujet du programme de recherche.

Le Japon a refusé de prendre en considération les demandes et suggestions de l’IWC. A plusieurs reprises, l’IWC a même demandé au Japon de fournir des détails spécifiques et les résultats concrets des programmes JARPA et JARPA II, dont un nombre minimal de critères (la validité des critères de recherche étant une obligation, pas une option), la pertinence des résultats (les découvertes contribuent-elles à nos connaissances?), la raison de l’utilisation de méthodes létales au lieu de méthodes non létales (on ne peut tuer de baleines que dans des conditions très spéciales et limitées), etc.

JARPA II est un programme autonome, qui n’est intégré à aucune autre recherche, ni au Japon, ni dans aucun autre pays. A quel point peut-on qualifier de "spécial" un permis "spécial" de tuer un nombre inacceptable de baleines, lorsqu’il est délivré année après année, pour une durée indéterminée? La seule vraie limitation semble être la capacité de surgélation et d’entreposage de viande de baleine comestible sur le navire-usine de la flotte baleinière, le Nisshin Maru.

Le Japon n’a jamais permis de contrôle périodique indépendant des résultats des programmes JARPA, alors que se soumettre à l’examen de la communauté scientifique est un signe de scientométrie correcte, non sujette à controverse, et généralement acceptée.

La soi-disant recherche japonaise a une approche très arbitraire et aléatoire, l’abattage des baleines est un pré-requis et il y a une absence complète de contrôle extérieur. L’échelle utilisée par JARPA II est ridiculement grande, et le Japon est responsable de 95% de tous les abattages scientifiques de baleines. Des techniques non létales existent bien, mais le Japon n’accepte même pas d’examiner ces options quand il s’agit de sa prétendue recherche scientifique. Le Japon sait qu’elles existent, il utilise même des techniques non létales dans d’autres domaines, mais dès qu’il s’agit de baleines…

Pendant toute l’époque où l’on pratiquait la chasse commerciale à la baleine, avant le moratoire de 1986, pratiquement aucun permis spécial n’a été délivré aux fins de recherche scientifique. Les statistiques mettent en évidence l’énorme augmentation de ces permis au Japon à partir de 1986 (avant 1986, il n’y avait pas besoin de demander un permis spécial, puisque la chasse commerciale était autorisée). Le Japon a voté contre le moratoire, et ce n’est que sous la pression des Etats-Unis qu’il l’a accepté – sous condition que personne n’interfère avec les activités baleinières des autres pays. C’est à ce moment que la soi-disant chasse scientifique a commencé. Or ce sont les zones mêmes où ils chassaient les baleines avant le moratoire qu’ils ont appelées "zones de recherche" et le massacre est devenu "prélèvement d’échantillons".

Au cours des huit saisons de JARPA II, le Japon n’a jamais communiqué d’information, ni demandé aucun accord préalable avant d’émettre ces permis spéciaux. Année après année, il semble bien que le Japon n’a aucune intention de prendre en considération la moindre demande ou suggestion du comité scientifique de l’IWC, ni d’aucun autre scientifique indépendant. Le Japon proclame que ce sont des "divergences d’opinion" ou que "ce ne sont pas leurs affaires", et il a même accusé l’IWC d’avoir des motivations politiques et d’user de la "tyrannie de la majorité".

La base de tout traité, c’est l’exigence du principe de bonne foi, ainsi que la volonté et l’obligation de collaborer. Il est évident que le Japon a une appréciation très personnelle de l’interprétation de l’Article 8 de la Convention Internationale de 1946 de l’IWC sur la Réglementation de la Chasse à la Baleine.

L’écosystème antarctique est supposé être l’objet des recherches des programmes JARPA. Mais comment l’abattage de trois espèces de baleines, comme seule technique de recherche, peut-il nous aider à comprendre l’écosystème antarctique? Pourquoi l’abattage de ces trois espèces de baleines est-il un pré-requis? Les quotas de baleines tuées n’ont jamais été atteints, mais apparemment cela importe peu pour les résultats du programme baleinier. Les baleines à bosse sont sur la liste des objectifs, mais aucune n’a jamais été tuée. Il semble que cela n’ait pas d’importance non plus que, chaque année, le même nombre de baleines à bosse soit reporté sur la liste des objectifs. Le nombre de navires baleiniers a été réduit, les saisons de chasse ont été raccourcies, mais cela ne semble pas avoir eu de conséquences sur le programme de recherche scientifique.

Si la quantité d’échantillons prélevés a si peu d’importance, quelle est la raison qui se cache en fin de compte derrière cette prétendue recherche scientifique? Est-ce parce que le Nisshin Maru, le navire-usine de la flotte baleinière japonaise, ne peut pas traiter de baleines de plus de 18 mètres de long, que les rorquals communs sont exclus du programme? D’un point de vue scientifique, il est absolument impossible de prendre au sérieux les soi-disant programmes scientifiques baleiniers du Japon, JARPA et JARPA II. Comme je l’ai exposé ci-dessus, ils n’ont absolument aucun sens.

Il a fallu à Sea Shepherd dix ans et neuf campagnes en Antarctique pour que les programmes baleiniers japonais - prétendument scientifiques - JARPA et JARPA II reçoivent la pleine attention internationale devant la Cour Internationale de Justice de La Haye.

Il semble que le Japon soit convaincu que personne n’a le droit de contester ses décisions. Attendons de voir ce qui en sortira à La Haye.

 

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