Commentary and Editorial

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Samedi, 06 Juillet 2013 01:18

La "Chasse scientifique" devient la "Chasse culturelle"

Par le Captain Paul Watson

Paul Watson, en observateur pendant l’Opération Zéro Tolérance photo: Tim WattersPaul Watson, en observateur pendant l’Opération Zéro Tolérance - photo: Tim Watters

La décision finale de la Cour Internationale de Justice à La Haye suite à la plainte déposée par l’Australie contre la chasse baleinière du Japon dans le Sanctuaire Baleinier de l’Océan Austral pourrait avoir des conséquences terribles, bien au-delà du problème des baleines.

Le Japon prétend qu’il n’a pas besoin de justifier sa "recherche scientifique", et que la CIJ n’a aucune autorité sur ses activités dans les eaux internationales. Il prétend que c’est un problème culturel, et que les autres pays du monde n’ont aucun droit d’imposer quoi que ce soit au Japon sur ce qu’il présente comme de la "culture alimentaire".

Le Japon sait très bien qu’il ne pourra jamais justifier le massacre des baleines par des raisons scientifiques.

Ils vont parler de droit culturel, de souveraineté, de liberté des océans, et ils soutiendront qu’aucun pays ni aucun organisme international n’ont le droit de s’ingérer dans leur exploitation de biens communs.

La vieille façade de la "chasse baleinière scientifique" est en train de se métamorphoser en nouvelle façade de la "chasse baleinière culturelle", laissant entendre que toute opposition à cette nouvelle définition serait considérée comme du racisme et un manque de respect pour leur culture.

Si le Japon arrive à imposer cet argument, cela aura des conséquences terribles non seulement pour les baleines, mais pour tout ce qui vit dans l’océan. Cela ouvrira grand la porte aux exigences des autres pays pour l’exercice de leur « droit » à exploiter les espèces et ressources marines.

Nous avons constaté ce qu’une exploitation sans limite a fait à de nombreuses espèces. L’effondrement commercial de la pêche à la morue dans les Grands Bancs de Terre-Neuve en est une illustration. Les pays qui pêchaient la morue avaient fixé individuellement leurs propres quotas, sans prendre en compte les quotas des autres pays.

C’est ce qu’on a appelé la "tragédie des biens communs". Les flottes espagnoles savaient qu’elles prenaient trop de morue, et que les populations diminuaient, mais leur position était que, si ce n’était pas elles qui prenaient le poisson, le Canada, la Russie, le Portugal, Cuba et d’autres pays s’empareraient de toute façon de "leur" prise. Et ils ont fini par tuer la poule aux œufs d’or.

Les Européens et les Africains font pareil aujourd’hui avec le thon rouge, les pêcheries commerciales européennes et asiatiques sont en train de piller les côtes africaines dans une frénésie pirate pour s’emparer de tout le poisson qu’ils peuvent prendre le plus vite possible.

Environ 90 millions de requins sont exterminés chaque année, principalement pour leurs ailerons, pour satisfaire la demande "culturelle" de la Chine.

Dès qu’une pêche s’effondre, une autre espèce devient la cible de l’exploitation.

Auparavant je plaisantais souvent en disant qu’un jour, nous en serions réduits à manger de la méduse, et il y a quelques années, lors d’une manifestation sponsorisée par l’Aquarium de Vancouver, j’ai été témoin de chefs préparant une salade de méduse.

Il n’y a aucune espèce dans l’océan qui soit à l’abri de la prédation humaine. Le plancton est récolté à échelle industrielle comme source de protéine bon marché pour l’alimentation du bétail. Il y a un marché pour les concombres et les limaces de mer, les ailerons de requins, les œufs de tortue, et ce que les hommes ne mangent pas, ils l’exploitent pour se divertir, comme par exemple les millions de poissons récifaux qui sont capturés vivants chaque année pour le marché des aquariums domestiques.

L’humanité est en train de dévorer les océans

S’ajoute à ces excès le fait qu’environ 40% de la vie marine prise dans l’océan n’est pas consommée directement par les hommes, mais qu’à la place elle sert à nourrir du bétail comme les porcs, les poulets, les saumons d’élevage, et d’autres animaux domestiques comme les chats et les chiens. Désormais, en Islande, les rorquals communs, en danger d’extinction, sont tués pour que l’industrie japonaise en fasse de la nourriture pour chiens. Les poulets mangent plus de poisson que les macareux et les albatros. Les porcs mangent désormais plus de poisson que les requins et les thons. Nous donnons du thon et du saumon à manger à nos chats.

Baleine de Minke abattue, le Japon appelle ça désormais 'chasse baleinière culturelle'. photo: Glenn LockitchBaleine de Minke abattue, le Japon appelle ça désormais 'chasse baleinière culturelle'. photo: Glenn Lockitch

Même la surexploitation des algues a un effet dévastateur, car elle prive les écosystèmes marins d’une source importante de nutriments.

Et, en retour, nous déversons dans la mer des centaines de millions de tonnes de plastique, du pétrole, des produits chimiques et des déchets nucléaires.

C’est la folie de l’humanité qui dévaste nos océans depuis plusieurs dizaines d’années, et elle va encore s’accélérer si le Japon arrive à faire valoir ses arguments à La Haye.

Cela fait plusieurs années que les équipages de Sea Shepherd sont témoins des activités de la flotte baleinière japonaise dans le Sanctuaire Baleinier de l’Océan Austral. Ce à quoi nous avons assisté, ce n’est pas de la science, c’est un massacre aux fins commerciales, et de la mise sous emballage de viande de boucherie. En janvier de cette année, une baleine de Minke a été hissée à bord et "traitée" en quarante minutes. Il n’y avait aucun scientifique visible sur le pont, seulement des ouvriers d’abattoirs, concentrés sur le dépeçage de la baleine. Toute l’opération était rigoureusement identique au traitement commercial éhonté des rorquals par l’Islande.

Il est possible que, si le Japon gagne à La Haye, le prétexte de "chasse scientifique" soit complètement écarté, et que le Japon proclame ouvertement son "droit" à prendre tout ce qu’ils veulent, que ce soit des baleines, des thons, ou toutes autres espèces.

Le procès de La Haye peut se terminer de quatre façons. La première, c’est que l’Australie gagne, et que le Japon accepte de ne pas retourner tuer les baleines dans l’Océan Austral. La deuxième, c’est que l’Australie gagne, mais que le Japon retourne par défi dans l’Océan Austral, malgré le verdict. La troisième, c’est que le Japon gagne, il retournera dans l’Océan Austral et très probablement il intensifiera ses activités. Et la quatrième possibilité, c’est que La Haye trouve une solution "diplomatique" reconnaissant la validité des arguments des deux pays, sans prendre réellement de décision, ce qui nous ramènera au point de départ, en maintenant le statu quo de la mascarade japonaise de la "chasse baleinière scientifique".

Sea Shepherd Australie est prête à retourner dans l’Océan Austral une fois encore, à défendre pour la dixième année consécutive les baleines en danger d’extinction et protégées du Sanctuaire baleinier de l’Océan Austral, et ses bateaux iront au sud si le Japon décide d’aller au sud.

"Nous n’abandonnerons pas les baleines", a déclaré Jeff Hansen, directeur de Sea Shepherd Australie. "Le Japon tue des baleines dans un sanctuaire baleinier reconnu par la communauté internationale, et nous défendrons ce sanctuaire. Le monde ne peut pas plaquer les mots "sanctuaire baleinier" sur une charte et proclamer qu’il est protégé. La protection implique qu’on la fasse respecter, et, tels des bergers, nous avons l’intention de défendre notre troupeau. Ce ne sont pas des baleines japonaises bonnes à tuer, c’est notre bien commun, que nous voulons protéger".

La flotte de Sea Shepherd se trouve actuellement à Williamstown près de Melbourne. Sea Shepherd a par ailleurs deux sièges réservés dans la salle d’audience de la CIJ à La Haye. La campagne de l’océan austral pour la saison 2013/2014 est appelée Opération Relentless (Implacable), et c’est un projet organisé et dirigé par Sea Shepherd Australie sous la direction de Jeff Hansen et de Bob Brown.

 

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