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Vendredi, 19 Juillet 2013 14:46

Encerclés par les derricks – par le Dr. Roger Payne


Blog de l’équipage de l’Opération Toxic Gulf

Logo de l'opérationNous sommes à une cinquantaine de milles des côtes de la Louisiane. Il fait un temps radieux et nous assistons à un coucher de soleil aux tons pastel en dînant sur le pont arrière de notre voilier. La brise est douce, la température idéale et les sons de l’océan nous bercent. Le moteur est à l’arrêt et les conversations se font rares entre deux sauts de poissons. La solitude est parfaite. Alors que le jour s’éteint doucement et que les étoiles commencent à apparaitre, je vois ma constellation préférée, Scorpion, qui s’élève bien plus haut que lorsque je l’observe d’habitude depuis ma maison dans le Vermont.

Image idyllique? Pas vraiment. Nous sommes loin d’être seuls, très loin même… Plusieurs plateformes pétrolières de la taille d'un stade de football s’étendent à quelques milles. Elles sont éclairées comme des centres commerciaux de plusieurs étages. Certaines sont surmontées d’une torchère et d’autres sont en passe de subir des modifications structurelles. Çà et là on distingue quelques navires spécialisés dans le transport de tuyaux de forage, de boues et autres approvisionnements pétroliers. Une des torchères est si brillante qu’elle illumine tout le voisinage, comme si c’était une ville. Elle a la même intensité lumineuse que la boule incandescente de charbon en suspension que l’on trouve au cœur de chaque centrale à charbon. À ceci près que cette puissance-là est dilapidée. Il y a bien plus lucratif à saisir: le pétrole. C’est comme si on trouvait une malle au trésor remplie de pièces au fond de l’océan: on la remonte, on la force avec un pied de biche et on rejette toutes les pièces d’argent pour ne conserver que celles d'or. Après tout, quand on devient riche, qui se soucie vraiment de la planète?

Hier, nous étions à l’endroit même où a explosé puis coulé Deepwater Horizon en 2010, emportant avec elle onze personnes. Ce nom si particulier fait bien entendu référence aux strates géologiques de la région mais aussi et surtout à l’océan profond, cette région du globe où va désormais se concentrer l'avenir du secteur pétrolier. Cette plateforme devait nous transporter au-delà de l’horizon vers sa destinée glorieuse. De fait, Deepwater Horizon est parvenue à forer le puits le plus profond de l’histoire, à dix kilomètres et demi au-dessous du plancher océanique.

En 2009, le Service américain des forages a déclaré Deepwater Horizon comme "modèle de sécurité industrielle" et ce en dépit de cinq citations pour non-conformité (dont une pour défaut entrainant la pollution et nuisant à la sécurité, notamment pour le dispositif de bloc obturateur de prévention qui causera quelques mois plus tard la catastrophe). Et, comme cela fut rapporté dans une enquête de l’Associated Press, "ses antécédents étaient tellement exemplaires que la plateforme n’avait jamais fait partie de la moindre liste concernant des problèmes de forage".

Pour résumer, la pire catastrophe pétrolière de tous les temps s’est déroulée sur une plateforme de forage dont le nom même proclame l’aube de jours meilleurs, le jour même de la journée de la Terre 2010 et alors que le bâtiment en cause avait été proclamé modèle de sécurité pour l’industrie pétrolière. Comment pourrions-nous ne pas nous sentir rassurés et confiants en l’avenir radieux du forage en haute mer après un tel concert de présages favorables?

J’ai bêtement pensé que les forages avaient cessé à cet endroit après la catastrophe. Erreur. Aujourd’hui, nous avons circulé autour de la remplaçante de Deepwater Horizon - une structure flottante massive qui porte le nom peu flatteur d'Ensco 8502.

En 2010, juste avant l'explosion, l'Ensco 8502 a subi un incendie majeur mais on déclara que toutes les réparations avaient été effectuées au moment-même où les opérations sur le puits de forage furent finalement terminées.

Ensco 8502 est un mastodonte flottant où vivent plus de 100 travailleurs dans un vacarme perpétuel - l’image parfaite de conditions de vie cauchemardesques, une énorme usine avec toute la convivialité d’une centrale nucléaire.
Au moment où nous en faisions le tour, il y avait un exercice de sauvetage à bord. À travers les haut-parleurs, nous pouvions entendre le message général adressé aux ouvriers donnant les instructions de rassemblement autour des canots. Les hommes, minuscules comparés à la taille énorme de la plateforme, ressemblaient à des fourmis.

Il y a des milliers de puits de pétrole dans le Golfe du Mexique. Qui le savait? Bien entendu, la plupart d'entre eux se trouve en eau peu profonde et ne sont plus manipulés par l’homme. Pourtant, ce qui arrive à toutes les autres ressources naturelles va aussi arriver au pétrole offshore. Les réserves les plus facilement atteignables et les plus proches sont toujours les premières exploitées et épuisées. Après quoi, c’est au tour des réserves les plus difficiles d’accès et les plus éloignées. Il ne faut jamais oublier que, plus les choses deviennent incertaines et difficiles, plus un problème banal peut venir tout gâcher et déclencher le chaos. Par surprise…

Et après on dira qu'on ne savait pas!

 


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