Commentary and Editorial

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Lundi, 22 Juillet 2013 02:54

Et encore au sujet de la chasse baleinière scientifique…

Par le Dr Sidney Holt, du Comité Consultatif de Sea Shepherd

Dr. Sidney HoltDr. Sidney Holt
Photo: Tim Holt

L’audience d’aujourd’hui, 10 juillet 2013, à la Cour Internationale de Justice à La Haye, dans l’affaire de la chasse à la baleine (pour la recherche scientifique), au sujet de laquelle l’Australie a attaqué le Japon, a été fascinante mais peut-être obscure pour beaucoup de spectateurs de la Web TV de l’ONU.

Beaucoup se demandaient comment le Japon avait calculé les "besoins" en prises de carcasses scientifiques de baleines dans son programme de recherche antarctique, JARPA II, lancé en 2005. Le gouvernement japonais avait dit que la décision était prise en fonction d’analyses statistiques valables. Le Dr Lars Walloe, un scientifique travaillant pour le gouvernement norvégien, mais qui dans cette affaire a été cité comme témoin par le gouvernement japonais, avait déclaré, lors d’une session précédente de la cour, qu’il avait regardé les calculs du Japon et que ceux-ci étaient OK. Il s’est avéré plus tard qu’il ne pouvait pas justifier ses allégations, et une fois pressé de questions, il a admis qu’il était incapable de comprendre les raisons données pour le choix des quantités.

Dans mon premier article, Ce que je pense – de l’affaire "chasse baleinière scientifique" Australie contre Japon devant la Cour Internationale de Justice, j’écrivais qu’il était impossible qu’on ait fait de tels calculs statistiques, car aucune hypothèse vérifiable n’avait été avancée par les Japonais dans leurs programmes JARPA et JARPA II. J’y affirmais qu’on avait bien fait des calculs, mais qu’ils étaient logistiques et économiques: combien de baleines il faudrait chaque année pour que la chasse à la baleine de Minke en Antarctique soit viable, sinon intrinsèquement profitable, et comment ramener rapidement la viande au Japon.

Voici quelle était la grande question de cette audience: pourquoi la quantité prévue dans le programme original de courte durée, appelé JARPA – qui était d’environ 400 baleines de Minke chaque année – est-elle soudainement passée à un "besoin" du double – 850 pour JARPA II, lancé en 2005. J’écrivais qu’il avait fallu l’augmenter parce que les premiers calculs du coût du déplacement du navire usine et de ses bateaux de chasse, jusqu’à l’Antarctique et retour, ainsi que les prévisions de vente de la viande, étaient faux. Un navire-usine vieillissant a eu besoin de grosses réparations, l’Organisation Maritime Internationale (OMI) a imposé de nouvelles règles aux navires opérant dans l’Océan Austral, le prix du fioul a augmenté, et les ventes de viande n’ont pas été aussi bonnes qu’on l’espérait. Tout ceci est vrai.

Mais alors, pourquoi exactement est-on soudain passé de 400 à 850?

Eh bien je peux vous dire que les raisons en étaient entièrement opérationnelles. Le navire usine, le Nisshin Maru, est assez petit comparé aux navires usines modernes. Et tel qu’il est conçu, il peut traiter, congeler et transporter la viande et quelques autres produits d’environ 400 baleines de Minke de l’Antarctique.

Pendant JARPA, on a réalisé qu’à l’avenir il faudrait une prise plus importante pour couvrir des frais en augmentation, et la nécessité d’attirer des subventions plus importantes. On espérait une expansion du marché de la viande, et on a fait de grands efforts pour s’en assurer. La solution au problème logistique serait apportée par un autre bateau, avec une capacité suffisante de conservation réfrigérée, qui irait en Antarctique à la mi-saison pour que la viande se trouvant déjà sur le Nisshin Maru soit transférée en mer sur ce bateau "frigo" et transportée au Japon, pendant que le Nisshin Maru pourrait reprendre ses opérations de traitement des baleines. Ceci explique le doublement des prises du Permis Spécial.

Un autre avantage d’un tel transbordement serait que le bateau-frigo affrété – battant pavillon de complaisance, bien entendu -, s’il était équipé comme il faut, pourrait apporter du fioul pour ravitailler les bateaux de chasse à la mi-saison. Aucun port en Australie, en Nouvelle Zélande, en Afrique du Sud, au Chili ou en Argentine ne pourrait probablement être utilisé pour cela (il y a eu un petit problème quand l’OMI a émis un nouveau règlement interdisant le ravitaillement de bateaux en mer dans les eaux antarctiques). Le Nisshin Maru – et peut-être aussi les bateaux de chasse – devraient à l’avenir aller plus au nord, sortir de l’Antarctique, pour se ravitailler en carburant en mer.

Un point important du dossier de l’Australie – qui dit que la chasse à la baleine dans le cadre de JARPA II n’a pas pour objectif principal la recherche scientifique, telle qu’on l’avait envisagée dans la Convention Baleinière de 1946 – est la question du temps. Les vrais programmes de recherche ont des dates de début et de fin. Mais JARPA II avait une durée illimitée. L’intention était de continuer jusqu’à ce que le moratoire sur la chasse commerciale soit levé, peu importe quand.

Tout au long de l’audience, les représentants du Japon ont tenté de convaincre la cour que le moratoire, adopté en 1982 avec une prise d’effet en 1986, faisait partie d’un plan diabolique de l’Australie pour transformer la CIB en une organisation anti-chasse baleinière. A cette époque, l’Australie venait tout juste de renoncer à la chasse à la baleine. Elle faisait partie d’un tout petit groupe de membres de la CIB qui avaient adopté des politiques d’opposition à la chasse baleinière commerciale.

Avec cette nouvelle politique énergique, il n’était pas facile pour l’Australie, en tant que nouveau pays anti-chasse à la baleine, de soutenir, et encore moins de diriger le mouvement général pour l’adoption d’un moratoire de dix années sur la chasse à la baleine, proposé à l’origine par l’ONU. A ce moment-là, la plupart des pays qui souhaitaient un moratoire – une nette majorité de membres de la CIB – pensaient qu’une interdiction internationale de la chasse à la baleine devrait avoir une durée illimitée, indéterminée (bien que révisable après un temps spécifié), pour de bonnes raisons pratiques. Les scientifiques voulaient donner aux populations de baleines le temps de montrer au moins le début d’une reprise, au moins 10 ans.

Les propositions de moratoire de la chasse faites à partir de 1978 ont obtenu un soutien large et croissant, parce qu’il était plus clair que jamais que les données scientifiques étaient insuffisantes pour servir de base à la mise en place d’une Procédure de Gestion de la chasse baleinière, adoptée par la CIB en 1974 à la suite des propositions de l’ONU. L’échec des Procédures de Gestion a fait du moratoire une alternative possible, développée et proposée à la CIB par le gouvernement de l’Australie, quand celle-ci était encore un pays baleinier menant une politique agressive de soutien à la chasse commerciale.

 

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