Commentary and Editorial

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Dimanche, 11 Août 2013 14:01

Capitaine Paul Watson: Lettre ouverte à la présidente du Costa Rica, Laura Chinchilla

Par le capitaine Paul Watson

Madame la Présidente,

Paul WatsonJe peux comprendre que vous cherchiez à vous débarrasser de moi pour faire une faveur à vos amis du gouvernement japonais.

Après tout, je ne suis qu’un gringo. Vous ne me devez rien, et pour la peine vous avez gagné quelques centaines de millions de yens pour le Costa Rica. Je suis sûr qu’il n’y a pas eu de dessous-de-table – car après tout ce serait inenvisageable dans la politique costaricaine, au moins depuis la présidence Pacheco, comme me l’a affirmé votre Ministre des Affaires Etrangères. Vous avez sans doute gagné quelques votes de braconniers et de pêcheurs de requins. Il n’y a pas de mal. Certains diraient même que c’est de la bonne politique.

Mais ce que je ne comprends pas, Laura, c’est pourquoi vous êtes prête à couvrir votre gouvernement de honte et à entacher votre propre réputation pour éviter que quelques malfrats trafiquants de drogue soient traînés devant la justice.

Jairo Mora Sandoval. Souvenez-vous de lui. Sinon, c’est nous qui ferons en sorte que vous ne l’oubliiez jamais. C’était un Tico, Laura, un homme de votre propre peuple. Né et élevé au Costa Rica, et il n’avait que vingt-six ans. Grand, brun, jeune, beau et intelligent, Laura, et passionné, oh oui, très passionné, le genre d’homme dont le Costa Rica devrait être fier.

Pardon, je corrige, c’est un homme dont le Costa Rica est effectivement fier, immensément fier selon ce que je vois, et beaucoup de Costa Ricains ne sont pas très contents de voir que votre gouvernement ne semble pas prendre ce meurtre très au sérieux.

Tout d’abord, la première réaction du gouvernement a été de classer l’affaire en le considérant comme un accident. Je n’ai pas vu beaucoup de victimes d’accident qui avaient les mains liées et qui avaient été battues à mort. Le Ministère voulait peut-être dire que oui, Jairo avait été frappé, mais les coupables ne voulaient pas vraiment le tuer. Ils voulaient juste lui donner une petite correction, une petite leçon, une petite intimidation amicale, mais vraiment, on ne peut plus compter sur les voyous de nos jours.

Et bizarrement, quelque temps avant, Jairo avait lui-même averti la police et le gouvernement que cet "accident" était sur le point de se produire. Je suppose qu’il avait des prémonitions, ou que c’était juste un bon cas bien sain de paranoïa justifiée.

Deux mois après, au cours desquels il ne s’est pas passé grand-chose, la nouvelle théorie du gouvernement est que le but était de le voler, comme si cela changeait quoi que ce soit. « Nous avons de grandes nouvelles pour vous Madame Mora, votre fils n’a pas été tué par des narcotrafiquants, il a été tué par des voleurs. Nous voilà bien soulagés, et nous espérons qu’il en va de même pour vous. »

Le gouvernement sous-entend maintenant qu’être tué par des voleurs est en somme plus acceptable que de se faire tabasser par des narcotrafiquants. 

Voyons la théorie de l’agression crapuleuse: trois étrangères et un Costa Ricain se font enlever et ligoter par des hommes masqués équipés d’armes automatiques. Ils sont emmenés en un lieu où ils sont enfermés et menacés.

Pour plus de commodité, laissons le kidnapping de côté pour mieux nous concentrer sur la théorie du vol.

Donc les voleurs décident de prendre l’un des prisonniers, un homme qui s’avère être une nuisance connue pour les narcotrafiquants, ils l’emmènent faire un tour sur la plage, puis ils le tuent. Ses mains étaient attachées, si bien qu’il n’a opposé aucune résistance. Franchement, est-ce que les politiciens de San José pensent vraiment que les gens vont avaler cette histoire idiote?

Allons, Laura, qui sont ces voyous, et pourquoi semblez-vous réticente à les amener devant la justice? A moins qu’ils ne soient de votre famille proche, quelle raison pourriez-vous avoir pour amener vos ministres à faire des déclarations aussi ridicules? Vous avez probablement un service qui s’occupe de la Communication. Si c’est le cas, à votre place, je les virerais.

Je suis absolument certain que, si la victime s’était appelée José Maria Rico Chinchilla, ce meurtre serait déjà résolu. Jairo était un fils du Costa Rica, et vous êtes supposée être la mère des peuples costaricains. Le meurtre d’un écologiste de haut niveau dans des circonstances douteuses aurait dû être traité avec le plus haut degré de priorité.

Le Costa Rica n’est pas le Zimbabwe. Vous avez des ressources, et vous avez accès au FBI si vous en faites la demande. Les tueurs ne sont pas des criminels de haut vol. Vous n’avez pas besoin de Sherlock Holmes. Vous pouvez résoudre ce crime, Laura, alors pourquoi n’est-il pas résolu?

A moins, bien sûr, que ces narcotrafiquants ne sachent quelque chose et que vous ne voulez pas que les gens sachent ce qu’ils savent.

Il y a une dizaine d’années, huit braconniers de requins m’ont simplement accusé d’avoir tenté de les tuer, et bien que tout l’incident ait été filmé par nos propres caméras pour le documentaire Sharkwater, la police n’a pas perdu une minute pour m’accuser de tentative de meurtre, et quand cette accusation s’est révélée sans preuve, ils m’ont accusé d’agression, et quand cette accusation s’est révélée sans preuve, vous avez décidé, dix ans plus tard, de m’accuser de navigation dangereuse sur la base de ce même incident.

Mais bon sang, Laura, qui se fait extrader pour navigation dangereuse, quand personne n’a été tué, et qu’il n’y a eu aucun dommage matériel?

Autrement dit, quand les pêcheurs d’ailerons de requins demandent d’agir, le gouvernement est prompt à intervenir, mais quand c’est la communauté écologiste qui demande d’agir, je suppose que vous n’avez personne de disponible pour dire, "Montrez-moi votre argent."

Tout ça pue, Laura, ça pue les crottes de tortue fraîches, et si ce meurtre n’est pas résolu, les gens dans le monde entier voudront savoir pourquoi.

Jairo a donné sa vie pour protéger les tortues marines sur les plages costaricaines. C’était son travail, et il prenait ses responsabilités au sérieux. Il en connaissait les risques, mais il pensait qu’il pouvait avoir confiance dans la police et dans son gouvernement pour lui accorder leur protection.

Et en cela il se trompait, tragiquement, fatalement. Malheureusement il était trop jeune pour le savoir.

Mais vous, vous ne l’avez pas protégé, et maintenant ces tueurs sont libres de tuer le premier défenseur des animaux ou protecteur de la nature qui se mettra en travers de leur chemin.

Et ne me dites pas que vous n’étiez pas au courant. Un jeune homme, défendant vaillamment les nids de tortue face à des narcotrafiquants violents? Moi j’étais au courant, et je suis un putain de gringo au beau milieu de l’océan Laura, alors si vous n’étiez pas au courant, tout ce que je peux dire c’est que vous devriez aller voir ce qui se passe au Costa Rica, spécialement sur la plage de Moins.

Votre travail, Madame la Présidente, est avant tout et pour l’essentiel de protéger la vie et la liberté du peuple costaricain, et puisque vous avez échoué, votre travail est d’amener ces kidnappeurs, ces braconniers d’œufs de tortue, ces tueurs trafiquants de drogue, devant la justice.

Vous avez échoué à protéger Jairo, et à cause de cela, il a été assassiné brutalement. Avez-vous l’intention d’échouer à rendre à sa famille la justice qu’elle mérite?

Eh bien, l’une des pistes que vous allez probablement suivre est d’arrêter quelques personnes en veillant à mettre en évidence n’importe quel mobile SAUF la drogue. Je suis sûr qu’il y a des "recrues" dans le monde des narcotrafiquants qu’ils obligent à jouer les coupables quand ça devient chaud, et ça devient très chaud. Et ça va devenir encore plus chaud.

Je peux même m’imaginer quelques confessions qui démontreront qu’ils l’ont tué pour le voler, et que cela n’avait absolument rien à voir avec les drogues ou le braconnage. Pauvre Jairo, qui a eu la malchance d’être victime d’un vol par hasard, vous voyez le genre. Ca ne passera pas Laura. Jairo n’a pas été une victime prise au hasard. Bien au contraire, il était une victime parfaitement ciblée, et votre gouvernement le sait.

Vous savez ce que je vois Laura? Peut-être un livre"? Peut-être plusieurs livres écrits par des auteurs différents. Peut-être un film pour raconter ce crime? Certainement un reportage. Un peu comme pour Karen Silkwood ou Chico Mendes.

En ce qui me concerne, je ferai en sorte que le nom de Jairo Mora Sandoval soit connu de tous. Je ferai en sorte que son action et son héritage ne soient pas oubliés.

 

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