Commentary and Editorial

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Lundi, 16 Septembre 2013 05:23

Nous nous battons pour les dauphins, d’abord, avant tout et pour toujours

Par le capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd

Les Gardiens de la Baie ne quitteront pas Taiji avant la fin des massacresLes Gardiens de la Baie ne quitteront pas Taiji avant la fin des massacres - Photo: Sea Shepherd

C’est la planète Terre, bien que moi je la voie comme la planète Océan.

Quand on la regarde depuis l’espace, on ne voit pas ces frontières artificielles. On voit une seule planète.

Toutes les choses sont connectées entre elles, et quand une espèce diminue, nous sommes tous diminués.

On a discuté sur le fait que la pression "étrangère" puisse être contre-productive à Taiji en ce qui concerne le massacre des dauphins. Certains pensent que c’est un problème japonais, et qu’il demande une solution japonaise.

Je ne suis pas d’accord. Les dauphins ne sont pas la propriété des Japonais.

Seuls les Espagnols devraient s’opposer à la corrida? Seuls les Chinois devraient s’opposer à la pêche aux ailerons de requin?

Seuls les Canadiens devraient s’opposer au massacre des phoques du Groenland?

Les protestations étrangères contre le massacre des phoques ont fait pester le gouvernement canadien au cours des vingt dernières années. Mais il y a vingt ans, l’opposition à la chasse au phoque était exclusivement canadienne. Brian Davis a commencé dans les années soixante, Peter Lust l’a rejoint quelques années plus tard, et moi aussi au milieu des années soixante-dix. De 1964 à 1977, le gouvernement canadien a ignoré les protestations canadiennes. Puis, en 1977, j’ai fait venir Brigitte Bardot sur la banquise, et le mouvement a décollé.

Le Premier Ministre canadien, Pierre Trudeau, était furieux de cette intervention étrangère, mais alors qu’il n’avait jamais réagi tant qu’il s’agissait de nous, il a réagi à sa présence à elle. D’un seul coup, le massacre des phoques s’était internationalisé, et le Canada commençait à sentir le roussi.

S’il n’y avait pas eu les protestations et les médias internationaux, rien n’aurait changé. Le Canada a reçu plus de lettres de protestation contre le massacre de phoques qu’il n’y a d’habitants dans tout le Canada, et en tant que Canadien j’applaudis chaque lettre, protestation et intervention étrangères.

Et pour finir, c’est le Parlement Européen, en réponse à la pression en Europe, qui a interdit les produits à base de phoque en Europe, une décision qui a virtuellement anéanti l’activité commerciale phoquière au Canada.

Au Japon, pas une seule loi environnementale sur la pêche, les baleines ou les dauphins n’est passée sans pression étrangère. Nous avons combattu le Japon au sujet des filets dérivants, et c’est une interdiction internationale des filets dérivants qui a forcé le Japon à céder. Nous avons combattu le Japon au sujet de la chasse baleinière, et alors qu’encore récemment le Japonais moyen ne savait rien de la chasse à la baleine dans l’Océan Austral, on peut assurer que pratiquement tout le monde au Japon est au courant maintenant. La controverse crée de la publicité, et la publicité fait prendre conscience aux gens, et cette prise de conscience entraîne la pression politique, intérieure et extérieure.

Les Féringiens ne cesseront pas d’eux-mêmes de tuer des globicéphales, et les Japonais ne cesseront pas d’eux-mêmes de tuer des dauphins, et les Namibiens non plus n’arrêteront pas de tuer des phoques, ni les Chinois de tuer des requins.

Ceux qui veulent mettre fin au massacre des dauphins préféreraient-ils que nous rentrions chez nous pour ne plus nous occuper que de nos affaires?

Moi je crois que défendre les dauphins contre des pêcheurs japonais sans pitié, ou contre quiconque cherche à les tuer, ce sont bien nos affaires. Ce sont les affaires de chacun.

Revenons à 1978. L’Américain Dexter Cate se trouvait sur une colline et contemplait l’île Iki près du village de Katsumoto.

En bas, dans un port peu profond, des pêcheurs locaux avaient tendu des filets pour piéger des centaines de dauphins, qui allaient bientôt être transformés en engrais et en pâtée pour les cochons. "Ces pêcheurs étaient là simplement pour travailler", dit Dexter Cate. "Ils ne considéraient pas que c’était du meurtre, mais moi si. J’étais conscient qu’il fallait que je fasse quelque chose."

Alors par une nuit de tempête en février, Dexter Cate se retrouva en train de pagayer dans la baie à bord d’un kayak gonflable. "J’ai détaché trois filets là où ils étaient fixés au rivage", se rappelle-t-il. "Le dernier nœud était trop serré, et j’ai dû le couper". Mais son travail nocturne n’était pas terminé pour autant. Effrayés et désorientés, beaucoup de dauphins s’agitaient dans tous les sens dans l’eau devenue rouge de sang, incapables de retrouver le chemin de la mer. "J’ai sauté dans l’eau et j’ai essayé de les faire sortir", se souvient Dexter Cate. "Je suis resté tout la nuit sur l’île, à remettre à l’eau des dauphins qui s’étaient échoués".

Au matin, il avait libéré entre 200 et 300 dauphins. Puis les pêcheurs revinrent aux filets. "Ils étaient fâchés." Dexter Cate a passé trois mois en prison à attendre son procès. Il a été déclaré coupable d’entrave au travail, condamné à six mois de prison avec sursis, et renvoyé chez lui à Hawaii.

Dexter Cate travaillait avec l’organisation américaine Fund for Animals. Auparavant, il avait été avec moi le cofondateur de Greenpeace Hawaii. "Il était très important", dit-il, "que les gens se rendent compte que le vrai problème ce n’est pas "pêcheur contre dauphin" ou "Amérique contre Japon". Le problème, c’est la manière dont nous interagissons avec notre environnement. Nous exploitons notre terre et nos ressources. A moins que nous ne changions de comportement, nous pouvons dire adieu à nos petits-enfants."

Les actions de Dexter et les images explicites et dramatiques prises par le cinéaste Hardy Jones ont attiré l’attention du monde sur le massacre des dauphins, et donc aussi celle du Japon. Malgré cela, Dexter a été accusé d’être un étranger indésirable, et ils ont même joué une pièce de théâtre à Iki le montrant en esprit maléfique envoyé pour voler les dauphins aux braves pêcheurs japonais.

En 1981, Patrick Wall relâcha d’autres dauphins et fut emprisonné. Je me suis rendu moi-même à Iki en 1982, et grâce aux efforts combinés de Dexter, Patrick et Hardy, j’ai pu négocier la fin du massacre. Ce qui a été intéressant cette année-là, c’est que l’une de nos équipières était Mina Fukuda, une Japonaise qui travaillait comme hôtesse de l’air chez Air France. Elle était notre interprète. A son arrivée, elle a été prise à part par la police, et longuement interrogée. Elle leur a répondu de s’occuper de leurs propres affaires. Elle m’a dit plus tard que la seule raison pour laquelle elle pouvait participer était qu’elle vivait en France, et qu’elle pouvait ignorer leurs menaces d’aller voir son employeur ou sa famille.

En fait, il est très difficile de mettre en cause les autorités sans conséquence depuis l’intérieur-même du système japonais. C’est pour cette raison que les équipiers japonais sur nos bateaux cachent leur visage, sauf quand ce sont des expatriés.

Pour en revenir à 1975, alors que, avec d’autres personnes, je travaillais avec le photographe Eugene Smith pour aider à promouvoir son reportage photo dramatique sur Minamata et l’empoisonnement au mercure, je l’ai aidé à faire des présentations au Canada avec David Garrick et Taeko Miwa. Eugene Smith n’était pas Japonais, mais il a révélé Minamata au monde entier, et alors que le gouvernement japonais ne se préoccupait guère d’aider les victimes de Minamata avant lui, il s’est trouvé contraint de s’attaquer au problème à cause de l’activisme d’Eugene Smith. On lui a dit à lui aussi qu’il n’était pas le bienvenu au Japon, et il a été frappé par des ouvriers japonais de l’industrie chimique avec une telle brutalité que ses blessures ont contribué à sa mort prématurée.

S’il n’y avait pas eu Eugene Smith et sa femme Eileen, l’horreur de Minamata aurait été balayée sous le tapis et oubliée.

En 2003, j’ai envoyé à Taiji Brooke MacDonald, membre d’équipage et photographe de la campagne Antarctique 2002/2003. "Va voir s’il s’y passe quelque chose", lui ai-je demandé.

Et là, depuis un point de vue dégagé, elle a pu prendre des photos qui, en quelques jours, ont fait le tour du monde. Ces photos et une vidéo sont très certainement le meilleur reportage jamais fait à Taiji, car rien ne bouchait la vue. Quand j’ai vu les photos, j’ai envoyé une équipe, et Ric O’Barry nous a rejoints sur place. Allison Lance et Alex Cornelissen ont plongé dans la Baie, coupé les filets et libéré 15 dauphins. Ils ont été arrêtés, ils ont passé quatre semaines en prison, puis ils ont été libérés quand j’ai payé leurs amendes de 8500 dollars.

L’avocat de Tokyo que j’ai engagé pour les défendre a été choqué quand il a su ce qui se passait à Taiji, et il m’a dit carrément: "J’admire votre passion, mais aucun Japonais n’en fera jamais autant".

Lorsque je lui demandai pourquoi, il répondit: "Ici, il est très inhabituel de contester le statu quo."

Je dis en plaisantant: "Miyamoto Musashi l’a fait, lui", évoquant le samouraï légendaire, héros japonais du 17ème siècle. Il sourit et dit "C’est bien pourquoi Musashi est un héros si exceptionnel."

Après que Ric O’Barry put voir combien il était difficile de libérer les dauphins, il a été d’avis que des actions directes de libération seraient rapidement réprimées et que l’accès à Taiji deviendrait impossible, et c’est pour cette raison qu’il a adopté une stratégie visant à surveiller et filmer le massacre. Puis il s’est associé à Louis Psihovos, et tous deux ont produit le documentaire "The Cove", qui fut primé aux Oscars.

C’était un film produit par des Occidentaux, mais il ne fait aucun doute qu’il a fait réagir le gouvernement Japonais lorsqu’il a été nominé, et qu’il a ensuite reçu l’Oscar du meilleur documentaire. C’est à contrecœur que nous avons décidé de ne pas libérer d’autres dauphins, et de suivre la stratégie de Ric. Et nous pensons que c’est une stratégie qui peut marcher, mais qu’elle ne marchera pas du jour au lendemain. C’est pourquoi nous l’avons appelée Opération Infinite Patience.

Après le succès de The Cove, Sea Shepherd est retourné à Taiji pour continuer la stratégie lancée par Ric. Pour surveiller et filmer tout en restant strictement dans les limites de la loi japonaise.

Mais nous avons ajouté une chose qu’il n’y avait pas auparavant, et c’est d’avoir une équipe à terre à Taiji, jour après jour, observant et filmant continuellement chaque mouvement des tueurs.

Est-ce que les Gardiens de la Baie sont impopulaires chez les pêcheurs japonais? Oui, bien sûr.

Nous serions déçus si ce n’était pas le cas.

Nous souhaitons que les pêcheurs et ceux qui les soutiennent nous diabolisent. Nous ne souhaitons pas que nos alliés fassent de même.

Je ne nommerai personne, je ne viserai aucun groupe en particulier. Je refuse de laisser les tueurs de dauphins et leurs amis pousser Sea Shepherd à créer la division. Nous ne le ferons pas.

Mais il faut que je réponde tout de même à une critique, toujours sans citer de noms, et c’est "il n’a aucun droit de diriger les Gardiens de la Baie, car il n’est jamais venu à Taiji."

Je ne sais pas trop pourquoi cette critique a été lancée publiquement, mais le fait est que je ne dirige pas, et que je n’ai jamais dirigé les Gardiens de la Baie. Et la raison pour laquelle je ne suis jamais venu à Taiji, c’est que le gouvernement japonais me l’a toujours interdit. Par contre je suis allé à Iki, et j’ai pu y voir le massacre.

La directrice actuelle des Gardiens de la Baie est Melissa Sehgal, et elle est parfaitement qualifiée. Elle possède passion, détermination, sang-froid, expérience et efficacité. Je trouve que cela démontre pas mal de machisme de la part de ceux qui nous critiquent à Taiji d’ignorer ou de nier qu’une femme puisse avoir un vrai leadership, et de s’en prendre à quelqu’un qu’ils pensent être le leader parce que c’est un homme.

Ce n’est pas moi qui tire les ficelles chez les Gardiens de la Baie à Taiji. Cela n’a jamais été moi. C’est Melissa Sehgal.

Voilà la position des Gardiens de la Baie de Sea Shepherd:

  1. Les Gardiens de la Baie ne quitteront pas Taiji tant que le massacre durera.
  2. Les Gardiens de la Baie se concentreront sur leur objectif premier, qui est de mettre fin au massacre des dauphins.
  3. Les Gardiens de la Baie coopéreront avec toutes les autres organisations qui s’opposent au massacre, qu’elles soient japonaises ou étrangères.
  4. Si une organisation souhaite prendre ses distances vis-à-vis des Gardiens de la Baie, sa volonté sera respectée sans commentaires.
  5. Les Gardiens de la Baie agiront en respectant la loi japonaise.
  6. Les Gardiens de la Baie accueilleront avec joie les citoyens japonais, et les encouragent à participer.
  7. Et, point très important, les Gardiens de la Baie n’abandonneront jamais les vraies victimes de cette horreur, les dauphins innocents et sans défense qui se font tuer impitoyablement par une petite poignée d’individus qui entachent de honte le Japon tout entier.

Dolphin Project, Earth Island, Save Japan’s Dolphins, Surfer for Cetaceans et FLIPPER. Nous souhaitons un grand succès à tous ces groupes, et nous leur sommes reconnaissants de tout ce qu’ils ont fait et de tout ce qu’ils font.

La force de tout écosystème réside dans la diversité et l’interdépendance. Ce sont les lois de l’écologie, et elles valent aussi pour les mouvements sociaux. De la diversité et de l’interdépendance. De la diversité dans les moyens d’action, les stratégies, les opinions, les perspectives et les imaginations. Nous devons tous être interdépendants pour réussir, ou autrement dit, comme l’écrivit selon la légende le plus grand samouraï de tous les temps: la double Voie de la Plume et du Sabre. Education et combat.

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