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Mercredi, 01 Janvier 2014 06:43

Meurtres avec préméditation et massacre sans limites: petite histoire de la chasse baleinière japonaise en Antarctique

Légende de la photo: Bateaux de chasse côtière à Taiji, JaponBateaux de chasse côtière à Taiji, JaponLes restes de baleines découverts lors de fouilles archéologiques dans des tumulus funéraires montrent qu’on consomme des baleines au Japon depuis l’ère Jōmon vers 12000 ans avant JC. Ces restes provenaient vraisemblablement de baleines échouées, mais la chasse artisanale a commencé dès le 12ème siècle, où ont été fabriqués les harpons à main les plus anciens que l’on ait découverts. Pendant l’ère Edo, de 1600 à 1867, la chasse à la baleine est devenue une activité bien implantée dans certaines régions. La chasse organisée a commencé au sein de la famille Wada à Taiji au début du 17ème siècle, au même moment où les Hollandais et les Anglais se mettaient à chasser les baleines au Spitzberg, et trois siècles après les Basques. Tout comme les premiers chasseurs basques, les Japonais observaient la mer depuis des promontoires rocheux et des tours bâties sur la côte. L’un de ces emplacements est utilisé aujourd’hui par les Gardiens de la Baie pour observer les déplacements des tueurs de dauphins de Taiji. Dès qu’une baleine était aperçue, tout le village se mobilisait pour la chasse. Pour vaincre une baleine, on combinait le rabattage avec de petits bateaux à rames, le bruit, la pose de filets dans les hauts-fonds, et les harpons à main.

Le Japon a commencé la chasse moderne au large de ses propres côtes en 1905. Au début, c’est la Norvège qui a fourni les hommes et l’équipement, en particulier les harpons explosifs, des harponneurs expérimentés et des navires à vapeur. Très vite, il y eut cinq compagnies pour chasser et dépecer les baleines. Depuis ce moment, c’est le profit qui est devenu l’enjeu, et non plus la conservation de la tradition.

Grâce à l’aide et à l’enseignement des baleiniers norvégiens, au moyen de la flotte louée ou achetée, renforcée un peu plus tard par la capture d’une flotte baleinière russe, le Japon a étendu son terrain de chasse jusqu’aux eaux coréennes.

En 1925, la Société des Nations exprima pour la première fois des inquiétudes au sujet de la surexploitation des stocks de baleines et demanda des mesures de conservation. Ce n’était pas tant pour sauver les baleines que pour empêcher la chute du cours de l’huile de baleine. Ceci mena finalement à la création en 1931 de la Convention de Genève pour la réglementation de la chasse à la baleine, dont l’activité ne démarra qu’en 1934, et qui fut complètement ignorée par les deux superpuissances émergentes, le Japon et l’Allemagne.

Entre 1910 et 1940, les prises de baleines par les premiers baleiniers d’Angleterre et de Norvège en Antarctique étaient si nombreuses qu’elles ont incité plusieurs autres pays à pratiquer la chasse pélagique. Pas seulement pour le profit, mais pour des raisons liées à l’expansion militaire et à l’autosuffisance. L’Allemagne nazie commença à chasser les baleines pour constituer des stocks d’huile comestible. Elle a obligé Unilever, dont les usines de margarine représentaient une part importante de l’industrie allemande, à réinvestir ses bénéfices en Allemagne et à construire une flotte baleinière nationale. Ainsi furent construits les navires-usines Walter Rau et Unitas.

Comme le nombre de prises diminuait près des côtes, le Japon s’est tourné vers l’Antarctique. En 1934, Toyo Hogei K.K. acheta le navire-usine norvégien Antarctic et le rebaptisa Tonan Maru. Ils achetèrent aussi les plans de la toute dernière génération de navires-usines. Les Japonais lancèrent donc leur chasse baleinière pélagique pendant la saison 1935/1936. Des navires frigorifiques accompagnaient la flotte pour ramener la viande de baleine au Japon.

Il est clair que la chasse baleinière pélagique n’a rien d’une tradition séculaire, et qu’elle n’appartient pas à la culture traditionnelle japonaise.

En 1937 à Londres, la Conférence Internationale sur la Chasse Baleinière, à laquelle le Japon n’assistait pas, conduisit à limiter la chasse baleinière pélagique pour prévenir l’exploitation excessive et l’extinction de la baleine bleue, en concluant l’accord international pour la réglementation de la chasse à la baleine. Parmi les points qui y figurent, on note : ne pas tuer de baleine bleue en-deçà du 70ème degré de longitude ouest, la chasse pélagique n’était autorisée qu’au sud du 40ème degré de latitude sud, et la saison courrait du 8 décembre au 7 mars.

L’adhésion au règlement se faisait sur la base du volontariat, et le Japon ignora la limite de 89 jours par saison, en continuant sa boucherie pendant 125 jours. Par conséquent, cette saison-là, le nombre de baleines tuées atteignit le chiffre record de 45010.

Le Conseil International pour l’Exploration de la Mer organisa une conférence en 1938. L’Allemagne nazie refusa de limiter le nombre de baleines tuées, pendant que le Japon refusait même d’y assister.

Le protocole de l’Accord international pour la réglementation de la chasse à la baleine fut signé en 1938 et des restrictions complémentaires à la chasse baleinière y furent ajoutées. Le Japon envoya des représentants, mais il ne signa pas l’accord et commença à chasser les baleines à bosse et les baleines naines cinq semaines avant la date convenue pour le début de la saison.

En 1939, l’Allemagne et le Japon représentaient 30% des prises mondiales de baleines.

La même année, le Japon avait développé son activité au point d’envoyer 6 expéditions d’usines flottantes. Toutes, sauf la première, étaient neuves et construites au Japon. Des innovations technologiques, comme le premier bateau de chasse au monde à moteur diesel, le Seki Maru, permirent d’augmenter la capacité de prises. Au cours des années précédant la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands achetèrent de l’huile de baleine au Japon, et les deux pays s’en servirent pour se préparer à la guerre.

Ces deux pays n’imposaient aucune taille minimum, comme c’était le cas par exemple en Norvège depuis 1929, ni aucune autre règle de conservation. Ils étaient sur le point d’entraîner le monde entier dans un bain de sang au cours duquel périraient des millions de gens de toutes races. Pourquoi se seraient-ils préoccupés des baleines?

Tous les efforts pour réduire l’ampleur de la tuerie sont restés vains, pour grande part à cause du refus de coopérer de l’Allemagne nazie et du Japon impérial.

Le Japon refusa de signer ou de respecter tout accord conclu au sein de la Société des Nations concernant la taille minimum, l’interdiction de tuer des baleineaux ou des mères allaitantes. Le Japon refusa de participer aux négociations, même quand elles se déroulaient à son avantage, excluant son territoire de chasse le plus ancien et le plus proche, le Pacifique Nord.

Au début des années 30, la production d’huile de baleine était parfois si importante que les prix tombaient en-dessous des coûts de production. Les Norvégiens et les Britanniques tentaient de garder le prix à un niveau rentable en gardant des bateaux au port ou en raccourcissant la saison pour limiter la production. Il arrivait même qu’ils concluent un accord, mais ceci devint impossible quand le Japon entra dans l’arène pour soutenir son effort de guerre.

La raison du refus du Japon d’adopter les pratiques de conservation les plus rudimentaires était la demande pressante que faisait peser la guerre en Mandchourie sur l’économie japonaise depuis le début de l’invasion en septembre 1931. Encore une fois, pourquoi voudrait-on qu’un gouvernement et une armée responsables du massacre de Nankin, qui débuta en décembre 1937 et vit des centaines de milliers de civils chinois et de soldats désarmés se faire massacrer en à peine six semaines par l’armée impériale japonaise, se préoccupe de baleines pour autre chose que pour ce qu’elles pouvaient lui rapporter?

C’était la Nippon Suisan Kabushiki Kaisha qui possédait et gérait toutes les flottes pélagiques envoyées à l’époque en Antarctique, et son actionnaire principal était la Corporation du Développement des Industries Lourdes de Mandchourie, le prolongement économique et industriel de l’armée japonaise en Mandchourie. L’objectif était de se procurer des devises étrangères en vendant l’huile de baleine en Europe, principalement en Grande-Bretagne, et de nourrir les forces armées japonaises avec la viande de baleine.

En 1933 le Japon adopta la loi sur les navires-usines, légèrement amendée en 1936 et en 1938, surtout pour protéger l’industrie baleinière côtière implantée à terre, en exigeant que les navires-usines opèrent loin en haute mer. Il était également stipulé que la chasse baleinière en Antarctique ne pouvait pas commencer avant le 1er novembre. Les baleiniers européens, eux, ne pouvaient pas commencer avant le 7 décembre. La loi prévoyait aussi quelques réglementations concernant la taille minimum, toujours inférieures aux limites fixées en Europe, voire en-dessous de la taille de la maturité sexuelle. Rien ne montre que ces règles, aussi faibles soient-elles, aient été respectées. On ne pouvait pas restreindre l’industrie baleinière, puisqu’une baisse de la production aurait empêché l’agression militaire japonaise.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la chasse baleinière japonaise s’est limitée aux terrains de chasse proches du pays, comme les îles Bonin, pour fournir de la viande et de l’huile à usage civil et militaire. Les Alliés détruisirent presque toute la flotte baleinière japonaise. La plupart des navires baleiniers se trouvaient sous le commandement de la marine de guerre japonaise, et à la fin des hostilités, les navires-usines et presque tous les bateaux de chasse avaient été coulés.

Après la capitulation du 14 août 1945, Douglas Mc Arthur, qui gouvernait le Japon occupé, encouragea les Japonais à reprendre la chasse à la baleine pour soulager les contribuables américains en laissant le Japon pourvoir à sa propre nourriture au lieu de dépendre de l’aide américaine. La viande était destinée à nourrir la population affamée tandis que les Américains gardaient l’huile.

Deux pétroliers de 11000 tonnes furent transformés hâtivement en navires-usines, le Hashidate Maru et le Nisshin Maru. Un officier de la marine américaine et un observateur australien supervisèrent la première expédition d’après-guerre. Dans ses rapports, l’observateur exprima sa désapprobation sur la violation des réglementations et le gâchis de tout ce qu’on jetait par-dessus bord lorsque la flotte se mettait à tuer des baleines plus vite qu’elle ne pouvait en dépecer.

Les affaires reprennent !

Au cours de la période de reconstruction d’après-guerre la viande de baleine devint pour la première fois une source de nourriture pour le pays tout entier. En 1947, la viande de baleine représentait plus de la moitié de toute la viande consommée au Japon, et fut rapidement intégrée aux repas servis par les cantines scolaires.

La Convention Internationale pour la Réglementation de la Chasse à la Baleine fut créée en 1946 à Washington afin d’assurer "la conservation judicieuse de l’espèce baleinière et, partant, de rendre possible le développement ordonné de l’industrie baleinière". La Convention conduisit à la fondation en 1949 de la Commission Baleinière Internationale et consiste en directives pour la réglementation internationale de la chasse baleinière côtière et pélagique. Le Japon rejoignit la CBI en 1951, il y eut donc six années de chasse non régulée entre 1946 et 1951, pendant lesquelles la flotte antarctique japonaise attrapa 3119 baleines bleues, 5292 rorquals communs, 76 baleines à bosse et 584 grands cachalots.

La loi sur la pêche fut mise en place au Japon en 1949 pour remplacer par un contrôle gouvernemental celui jusqu’alors effectué par un système de zaibatsu où les pêcheries étaient contrôlées par des pouvoirs industriels et financiers. Mais ce n’est qu’en 1962 que les chasseurs pélagiques ont été contraints de rendre des rapports de prises, et aucune activité de recherche n’était exigée.

Jamais dans l’histoire un représentant du gouvernement japonais n’a agi en faveur des baleines. Ils ont toujours agi dans l’intérêt de l’industrie baleinière. Le commissaire japonais de la CBI, entre leur adhésion en 1951 jusqu’à la fin des années 60, n’était même pas un représentant du gouvernement mais celui des compagnies baleinières. Ces compagnies avaient pour objectif de tuer des baleines jusqu’à l’effondrement de l’activité.

Le statut d’un inspecteur sur un navire baleinier japonais était tel qu’aucun ne se serait jamais aventuré sur un pont de dépeçage. Le contrôle de la taille des prises était délégué.

Les prises japonaises montraient une grande part de baleines d’une taille à peine supérieure à la taille minimum, ce qui indique que beaucoup de baleines trop petites avaient été étirées pour les rendre conformes à la loi.

L’Institut de Recherche Baleinière a été fondé et financé par des compagnies baleinières. On ne pouvait s’attendre à aucune mesure de conservation.

En 1951, le traité de paix avec les alliés rendit sa souveraineté au Japon, et une expansion rapide de la flotte baleinière s’en est ensuivie. Le gouvernement fonda la banque de développement du Japon pour financer la reconstruction des pêcheries. 50% des prêts allaient à l’industrie baleinière. Dès le départ, l’industrie baleinière a été une activité subventionnée.

Ceci advint alors que les flottes existantes suffisaient pour atteindre le quota antarctique. Cela signifia un désastre pour les baleines. Cela accrut la nécessité de réduire les prises, et en même temps cela rendit cette mesure impossible.

La même année, en 1951, le Japon agrandit a flotte avec le Tonan Maru, un navire de 19209 tonnes, suivi par un autre navire baptisé Nisshin Maru, entièrement neuf et le seul navire-usine que les Japonais aient construit après la Seconde Guerre Mondiale. Tous les autres avaient été achetés à d’autres pays.

En 1956, le Olympic Challenger fut acheté au magnat de l’armement et baleinier hors-la-loi Aristote Onassis. La notoriété de son bateau venait du fait qu’il agissait au mépris de toutes les règles de taille et d’espèces. Lorsqu’enfin la marine péruvienne arrêta et saisit cette flotte de fripouilles, et alors que des sanctions allaient être prononcées, toute la flotte fut vendue au Japon. Le navire-usine fut rebaptisé en Kyokuyo Maru II.

La même année, le navire-usine sud-africain Abraham Larsen, qui s’appelait auparavant le Empire Victory et avant cela le Unitas, devint un nouveau Nisshin Maru.

De la saison 1946/47 à 1953/54, le Japon envoya deux navires-usines dans l’Océan Austral. Ils en envoyèrent trois pendant les saisons 1954/55 et 1955/56, cinq en 1956/57, six entre 1957/58 et 1959/60, et sept de 1960/61 à 1964/65.

Après 1956, l’accroissement de la flotte japonaise fut autorisé seulement si c’était par acquisition d’expéditions baleinières existantes. Ceci finit par transférer toute la flotte européenne entre les mains du Japon. En 1960 le Balaena fut vendu aux Japonais, en 1961 le Kosmos III, et en juin 1962 le Southern Venturer. Le Japon ne prit même pas la peine d’envoyer ce dernier bateau en mer; tout ce qu’ils voulaient, c’était le quota de 4% inclus dans la vente. En 1963, le Southern Harvester fut vendu au Japon avec son quota. Il fut mis à la ferraille en 1966.

Comme indiqué ci-dessus, le Japon a rejoint la CBI en 1951. De 1953 à 1960 ce furent surtout les Pays-Bas, et non le Japon, qui bloquèrent les tentatives de conservation au sein de la CBI. Lorsque les Pays-Bas l’ont rejointe en 1962, le Japon avait 33% des quotas, la plus grande part de tous les pays, mais il continuait à refuser de retirer son véto de 1960 pour repousser la date d’ouverture de la saison de la baleine bleue du 1er février au 14 février.

En 1963, le Royaume-Uni et la Norvège convinrent que la réduction était nécessaire si on voulait que les baleines et l’industrie baleinière puissent survivre, et ils proposèrent 4000 "unités baleines bleues", une invention désastreuse pour assigner des quotas. Une UBB correspondait à 1 baleine bleue ou 2 rorquals communs, 2,5 baleines à bosse ou 6 rorquals boréaux. Le Japon refusa toute proposition au-dessous de 10000 UBB, et le chantage japonais l’emporta.

En 1963, une commission indépendante recommanda à l’IWC de déclarer une interdiction totale des prises de baleines bleues en Antarctique, mais le Japon exigea qu’on l’autorise à continuer à les tuer dans un secteur délimité par les 40ème et 55ème degrés sud et 0 et 80 degrés ouest au sud de l’Océan Indien. Ce sont 75% des baleines bleues qui y ont été tuées pendant la saison 1962/1963. Le Japon était sur le point de les tuer toutes jusqu’à la dernière. Ils déclarèrent que ces baleines bleues formaient un stock distinct, sinon une espèce distincte, de baleine bleue pygmée. Une fois de plus, c’est le chantage japonais qui l’emporta.

En 1964, ils déclarèrent que 20% des baleines tuées lors de la saison précédentes étaient des baleines bleues communes. Des scientifiques exigèrent alors l’interdiction. Le Japon et l’Union Soviétique furent les deux seuls pays à voter contre, et la motion fut adoptée. Le Japon opposa son véto et la tuerie de baleines bleues se poursuivit une année de plus.

Ce n’est qu’en 1966 que le nombre des flottes pélagiques japonaises commença à baisser. Les baleines de toutes espèces devenaient trop rares. Pour cette raison, la plupart des autres pays avaient abandonné la chasse pélagique au cours des années antérieures. Seule l’Union Soviétique restait en compétition avec le Japon.

Cependant le surplus de capacité de prises du Japon ne lui fut pas retiré. Cela aurait pu sauver les baleines, mais il avait été loué dans le monde entier, parfois à des compagnies baleinières établies sur la terre ferme au Pérou et au Chili. En 1965, la CBI décida finalement d’interdire de tuer des baleines bleues en Antarctique, puis, en 1967, dans tout l’hémisphère sud. Le Japon dut s’y conformer, mais le Pérou et le Chili, qui n’étaient pas membres, n’y étaient pas obligés. Les baleiniers japonais créèrent donc des joint-ventures avec des sociétés de ces pays. Le Japon continuait à tuer des baleines, y compris les baleines bleues totalement protégées, sous pavillon chilien. La viande était réexpédiée au Japon.

La raison pour laquelle le Japon pouvait continuer à chasser les baleines alors que les baleiniers européens peinaient à retirer un profit de l’énergie et des coûts mis en œuvre rapportés aux prises en diminution se trouve dans la consommation de la viande. Les Japonais faisaient bouillir la graisse et les os pour produire de l’huile destinée au marché européen, et ils conservaient la viande pour la consommation humaine domestique. La production et la vente de viande de baleine étaient presque exclusivement japonaises. Une baleine est constituée pour une part significative de viande dont on tire peu d’huile, mais les Européens refusaient de manger la viande. Cela laissait aux Japonais un immense avantage économique. Les baleines valaient trois ou quatre fois plus pour les baleiniers japonais que pour les Européens.

Pendant les années 50, les stations baleinières situées sur le territoire japonais produisaient à elles seules plus de viande que toutes les compagnies pélagiques étrangères. Dès 1960, la production totale japonaise de viande de baleine dépassait 155000 tonnes, soit plus que la production domestique de bœuf issue de l’élevage de bétail. Elle atteignit un pic en 1964/65 lorsque la chasse antarctique produisit à elle seule 147721 tonnes. La plus grande partie fut congelée et vendue comme alternative au bœuf, mais pour un tiers du prix. Le bacon de baleine était de la graisse ventrale ; les nageoires étaient mangées crues comme des gourmandises, de même que le cartilage des mâchoires au vinaigre. Même la viande de cachalot était considérée comme comestible et vendue congelée, salée ou sous forme d’extrait de viande ; la graisse séchée de cachalot servait comme additif dans les ragoûts et les soupes.

Alors que les baleiniers japonais gagnaient 239 dollars par tonne, les Européens retiraient 100 livres d’huile par tonne de viande, soit moins de 10 dollars.

Le Japon tirait des baleines un profit trois fois supérieur à celui des Norvégiens par exemple. Les Norvégiens et les Britanniques essayaient d’exporter la viande au Japon. Le Japon achetait un peu de viande de baleine aux Norvégiens de bateau à bateau, à un prix de 25-35 livres par tonne par exemple en 1961, mais n’autorisait pas les importations. Ce n’était pas dans leur intérêt que d’autres tirent profit de la chasse baleinière, car cela leur aurait laissé moins de baleines. Un peu de viande de baleine était vendue en Europe pour l’industrie des aliments pour animaux domestiques, mais cela ne rapportait pas les mêmes prix qu’au Japon.

Une autre raison pour laquelle le Japon surpassait l’Europe était le coût du travail, très bas dans le Japon nationaliste, comparé aux travailleurs syndiqués européens.

Les compagnies européennes commencèrent à se diversifier trop tard, les compagnies japonaises étaient déjà toutes des pêcheries ayant des intérêts dans la chasse baleinière.

La viande des rorquals boréaux est plus populaire, de plus grande qualité, et comme les prises de grandes baleines diminuaient et celles des rorquals, plus petits, augmentaient, ce fut plus avantageux pour le Japon.

Le Japon bénéficia d’un avantage similaire avec le déclin des prises de grandes baleines comparé aux prises de cachalots en constante augmentation. Les Européens ne pouvaient pas produire d’huile comestible à partir de la chair et de la graisse de cachalot, alors que le Japon consommait leur viande.

le navire-usine actuel, le Nisshin Marule navire-usine actuel, le Nisshin MaruAlors que les navires britanniques et norvégiens restaient au port cinq mois par an, les Japonais pouvaient chasser dans le Pacifique. Bien que la CBI ait interdit l’utilisation d’un navire-usine pour prendre des grandes baleines en tout endroit du globe s’il avait déjà servi dans l’Antarctique la même année, il n’y avait aucune restriction de ce type pour la chasse au cachalot. En temps ordinaire, les Japonais utilisaient trois navires-usines dans le Pacifique Nord en été, et un seul pour les cachalots.

Il n’y avait aucune restriction pour les bateaux de chasse : des 82 bateaux qui ont servi en Antarctique pendant la saison 1963/64, 40 ont été utilisés dans le Pacifique en 1963 et 37 au cours de l’été 1964.

Le Pacifique Nord a vu le premier navire-usine japonais, le Kaiko Maru, en 1946, suivi par le Baikal Maru en 1952. Une seconde flotte composée d’un navire-usine et de bateaux de chasse vint s’y ajouter en 1954, et une troisième en 1962. Depuis cette année-là, et jusqu’en 1975, les Japonais ont envoyé trois flottes dans le Pacifique Nord, où ils se trouvaient en concurrence avec les seuls Soviétiques.

Même dans ces conditions favorables, l’industrie baleinière japonaise a pâti de l’extermination presque complète des grandes baleines. Six compagnies baleinières japonaises négocièrent un accord par l’entremise du ministère japonais de la Pêche en juillet 1975. Les six compagnies (Nippon Suisan, Taiyo Gyogyo, Kyokuyo, Nitto Hogei, Nippon Hogei et Hokuyo Hogei) fusionnèrent pour former une nouvelle compagnie, la Nippon Kyodo Hogei, le 15 février 1976.

"Le gouvernement fera tout son possible pour soutenir activement votre activité", promit le ministre Shintaro Abe. Tout comme après la Seconde Guerre Mondiale, l’industrie baleinière japonaise était une activité subventionnée par le gouvernement.

La Nippon Kyodo Hogei fut rebaptisée ultérieurement Kyodo Senpaku Co. Ltd, et fusionna avec l’Association Baleinière Japonaise et l’ancien Institut de Recherche sur les Cétacés pour créer en 1987 l’actuel Institut de Recherche sur les Cétacés.

En 1972, la Conférence des Nations-Unies pour l’Environnement vota une résolution à 52 votes contre zéro en faveur d’un moratoire global de dix ans sur la chasse baleinière commerciale, mais elle n’a pas été adoptée par la CBI. Le Japon, la Russie, l’Islande, la Norvège, l’Afrique du Sud et Panama votèrent contre.

En 1973, un nouveau moratoire fut proposé et rejeté par la Commission Baleinière Internationale, faute d’obtenir la majorité des 3/4. Le Japon, la Russie, l’Islande, la Norvège et l’Afrique du Sud avaient à nouveau voté contre. Entre 1973 et 1982, la CBI vit le nombre de ses membres passer de 14 pays à 37. En 1980 et 1981, deux votes manquèrent pour atteindre la majorité des 3/4 et établir un moratoire. En 1982, finalement, la CBI vota un moratoire sur la chasse commerciale, qui devait entrer en vigueur en 1986.

Le Japon rejeta le moratoire et continua à chasser. Selon la Convention Internationale pour la Réglementation de la Chasse à la Baleine, un pays qui rejette un règlement en est exempté. Ces règles ridicules rendent la CBI si inefficace qu’elle regarda sans réagir les grandes baleines arriver au bord de l’extinction. Le Japon continua également à chasser les grands cachalots, malgré un quota zéro de la CBI en 1981.

Le Japon finit par céder sous la pression des Etats-Unis qui interdit aux bateaux japonais de pêcher dans les eaux bordant l’Alaska.

Le Japon retira son opposition au moratoire et mit fin à la chasse commerciale en 1988, mais il trouva immédiatement un moyen de contourner le moratoire grâce à l’article VIII de la Convention Internationale pour la Réglementation de la Chasse à la Baleine, qui dit:

  1. "Nonobstant toute disposition contraire de la présente Convention, chaque Gouvernement contractant pourra accorder à l’un de ses nationaux un permis spécial l’autorisant à tuer, capturer et traiter des baleines en vue de recherches scientifiques, sous réserve de telles restrictions, quant au nombre, et de telles autres conditions que le Gouvernement contractant jugera utile de prescrire; dans ce cas, la présente convention sera inopérante en ce qui concerne les baleines tuées, capturées et traitées conformément aux dispositions du présent article.(…)
  2. Toutes baleines capturées en vertu dudit permis devront autant que possible être traitées, et le produit en sera utilisé conformément aux instructions émises par le Gouvernement qui a accordé le permis."

Le Japon avait déjà exploité cette faille auparavant. En 1976, le quota pour les rorquals de Bryde de l’hémisphère sud avait été fixé à zéro par la CBI. Mais le Japon en prit 225 pendant la saison 1976/77, en se délivrant un permis de prise aux fins scientifiques.

En 1988, le Japon se délivra un permis scientifique pour prendre annuellement 825 baleines de Minke et 50 grands cachalots pendant dix ans. Bien que le comité scientifique de la CBI ait rejeté ses projets de recherche, le Japon continua à chasser. En 1987, la CBI adopta une résolution pour recommander que le Japon suspende ses projets de recherche jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. Une seconde résolution fut adoptée le 4 février 1988, pour recommander que le Japon cesse ses activités. Le 9 février 1988, les baleiniers japonais avaient tué la première baleine de Minke dans les eaux de l’Antarctique dans le cadre du nouveau permis spécial de recherche qu’ils s’étaient eux-mêmes délivré.

Depuis lors, le Japon a mené des programmes de « recherche » sur les baleines  dans le Pacifique Nord (JARPN de 1994 à 1999, JARPN II depuis 2000) et en Antarctique (JARPA de 1988 à 2005, JARPA II depuis 2005). La CBI a demandé à ses membres de démontrer que la recherche produit des informations essentielles, que la recherche est indispensable à la gestion des baleines, et que des techniques non-létales de recherche ne sont pas utilisables pour fournir les mêmes informations. L’IWC a émis au moins 19 résolutions critiquant le Japon parce qu’il ne remplissait pas ces conditions, et lui demandant de cesser ces opérations de "recherche" sur les baleines.

En 1994, la CBI créa le Sanctuaire Baleinier de l’Océan Austral. La chasse commerciale y est interdite. Seul le Japon a voté contre, et continue à braconner dans ce sanctuaire baleinier internationalement reconnu.

Les désaccords sur la valeur de la recherche, l’utilisation de méthodes létales et la taille des échantillons se poursuivirent au sein de la CBI. En 2005 et en 2007, la commission scientifique vota des résolutions à la majorité, pressant le Japon de mettre fin à toute recherche létale dans le cadre de JARPA II.

En 2009, pour la première fois depuis dix ans, le Japon autorisa l’importation de viande de baleine en provenance de Norvège et d’Islande. Le négoce international de vente de baleine est interdit par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). Toutefois, le Japon, la Norvège et l’Islande déposèrent des réserves au traité dans le but d’en être exemptés.

Entre 1985 et 1988, dans le cadre de son opposition à la réglementation, le Japon tua 388 cachalots, 634 rorquals de Bryde et 4497 baleines de Minke. Dans le cadre du permis spécial, de 1988 à 2013, il tua 18 rorquals communs, 55 cachalots, 989 rorquals boréaux et 12935 baleines de Minke.

Le permis actuel est pour 850 (±10%) baleines de Minke de l’Antarctique, 50 rorquals communs et 50 baleines à bosse par an en Antarctique, ainsi que 100 baleines de Minke communes, 50 rorquals de Bryde et 10 grands cachalots dans le Pacifique nord-ouest. Jusqu’à maintenant, le Japon s’est abstenu de prendre des baleines à bosse.

A la lecture de ce qui précède, on remarque au moins une constante: le Japon a résisté à toutes les mesures de conservation des baleines, quelle que soit leur envergure. Les entreprises et le gouvernement japonais avaient la volonté de tuer toute baleine qu’ils pouvaient trouver. C’était une campagne d’extermination aux fins d’en tirer profit.

A entendre les remarques récentes émises par des officiels japonais, traitant les baleines de Minke de "vermine de la mer" qui doit être éliminée pour permettre la reconstitution des stocks de poissons et de la baleine bleue, on constate qu’ils peuvent faire autant de "recherche" qu’ils le peuvent, ils n’apprendront jamais rien qui vaille la peine et ils continueront sur leur lancée de destruction pour le profit.

Il y a quelques autres conclusions importantes concernant les prétextes et les accusations formulés par les politiciens et les médias japonais pour répondre aux critiques sur le massacre des baleines quand ils oublient qu’ils chassent pour la "recherche".

Dans l’ancien temps, la viande de baleine a été l’une des nombreuses sources de nourriture venant de la mer pour les communautés vivant près des côtes. Comme dans toutes les civilisations primitives du monde, qu’il s’agisse des chasseurs de subsistance de l’Arctique ou des Européens du Moyen Âge, les gens mangeaient ce qu’ils trouvaient.

Ce n’est que lorsque les Japonais connurent la famine après la défaite désastreuse de 1945 que la viande de baleine est devenue un aliment de base pour les masses, et cela n’a duré qu’une vingtaine d’années. L’intégration, à partir du début des années 1950, de la viande de baleine dans les repas servis dans les cantines scolaires est peut-être à l’origine de pensées de nostalgie nationaliste chez les politiciens vieillissants d’aujourd’hui.

Le pic de consommation de baleine au Japon a été atteint en 1962, avec 226000 tonnes de viande de baleine vendue et consommée dans tout le pays. En 1985, l’année précédant la promulgation de l’interdiction de la chasse commerciale, ces quantités s’étaient réduites à 15000 tonnes à la suite d’une baisse régulière. De nos jours, la consommation de viande de baleine est négligeable. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire de chasser les baleines.

La tradition est une excuse populaire pour agir en dépit de la compassion et du sens commun. Un professeur de sciences environnementales, Jun Morikawa, a écrit que la chasse baleinière commerciale du Japon, dans sa version moderne, n’a que peu à voir avec la chasse de subsistance à petite échelle qui, jusqu’à l’aube du 20ème siècle, se limitait à certaines régions côtières. Jun Morikawa a écrit également que la culture de la consommation de viande de baleine au Japon était très limitée et que c’était une tradition inventée, qui n’a duré qu’une vingtaine d’années entre la fin de la Seconde Guerre Mondiale et le début des années 1960.

La chasse pélagique à la baleine ne fait pas partie de l’identité culturelle du Japon. Non seulement les origines de la chasse baleinière japonaise coïncident avec l’agression militaire japonaise, la dictature fasciste et le génocide des années 1930, mais elles y sont directement liées. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si le Japon a eu beaucoup de difficultés à admettre sa responsabilité à la fois dans le bain de sang de la Seconde Guerre Mondiale et dans la quasi-extinction des grandes baleines.

Il n’y a aucune raison de tuer des baleines.

La chasse baleinière est une activité lourdement subventionnée, qui pèse sur les contribuables.

Il a été démontré que les prétextes de "recherche scientifique" qui se trouvent derrière la chasse baleinière japonaise sont des leurres.

Leur alibi de tradition et de culture a été dénoncé.

Leurs accusations de racisme et d’impérialisme culturel sont pathétiques.

Alors, pourquoi continuent-ils?

Le Japon est une superpuissance politique et économique sans scrupules, intimidant les politiciens cupides et indifférents qui gouvernent quasiment le monde entier.

C’est pourquoi Sea Shepherd, le mouvement, est seul à se dresser entre les harpons et les baleines, et nous continuerons à le faire jusqu’à ce que les baleines ne soient plus chassées. Sea Shepherd tiendra bon contre tous les chasseurs de baleines.

 

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