Commentary and Editorial

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Dimanche, 05 Janvier 2014 09:20

Le Tao des requins et des surfers

Par le capitaine Paul Watson

Les surfers sont des sportifs endurants, courageux, passionnés, enthousiastes et exceptionnels.

Le capitaine Paul Watson et le champion de surf Kelly Slater à Noosa en Australie. Photo: Sea ShepherdLe capitaine Paul Watson et le champion de surf Kelly Slater à Noosa en Australie. Photo: Sea ShepherdIl n’y a vraiment pas de sport plus exigeant et plus gratifiant que le surf. Ce n’est pas seulement une activité récréative. Le surf confine au spirituel, et surtout il crée une intimité avec la mer beaucoup plus profonde que la plongée avec bouteilles ou la navigation de plaisance, mais très proche de celle de la plongée en apnée.

J’adore le surf et j’admire les surfers. J’ai l’honneur de compter Ketty Slater parmi mes amis, et j’ai travaillé avec Laird Hamilton. Avec le skieur de haut niveau Peter Brown, j’ai contribué à produire un documentaire sur l’environnement dans les années 90 sur le surf et le snowboard, dont le titre était "Blue Rage". J’ai eu aussi le très grand plaisir de travailler avec le surfer australien légendaire Dave "Rasta" Rastovitch pour son film "Mind in the Waters".

Je n’ai pas beaucoup pratiqué le surf moi-même ces dernières années, mais j’ai commencé à en faire au milieu des années 60. Pendant les années 70 et 80, je suis allé sur les plages d’Afrique du Sud, de la Californie du Sud et de Hawaii, et bien que je n’ai jamais surfé sur les "ruines tordues" à Venice au début des années 70,  j’y ai vu quelques-uns des surfers les plus audacieux chevaucher la vague.

Au début des années 70, Jeff Ho, Skip Engblom et Craig Stecyk ont ouvert un surf shop appelé "Jeff Ho et Zephyr Surfboard Production". L’une des premières filles de l’équipe était Peggy Oki, qui est devenue une artiste passionnée défendant les baleines. Leurs aventures légendaires ont été racontées dans le documentaire de Sean Penn "Dogtown and Z-Boys".

Le surf demande de la discipline et de l’adresse, mais le plus important c’est la passion et le courage.

Malheureusement, ces dernières années, le surf a attiré un nouveau type de surfers, bien moins intéressants. Heureusement, ces nouveaux surfers ne sont qu’une très petite minorité. Et malheureusement, partout où se trouvent ces geignards, on les entend pleurnicher de loin, et ils attirent l’attention d’un autre type d’opportunistes de bas niveau, les "politiciens impopulaires".

Mettez ensemble des surfers pleurnichards et des politiciens opportunistes impopulaires, et vous obtiendrez vite de l’hystérie.

Et c’est ce qui est en train d’arriver sur les plages d’Australie, particulièrement en Australie occidentale. C’est aussi ce qui se passe à La Réunion dans l’Océan Indien, où on croise les surfers les plus trouillards de la planète.

Franchement, qui jugerions-nous le plus courageux: un surfer ou un golfeur?

Le surfer bien sûr. Toutefois, il y a quelques surfers qui ont moins de courage qu’un golfeur moyen.

Pourquoi?

Il faut savoir que cinq personnes en moyenne sont tuées chaque année par les requins sur toute la planète, mais que huit golfeurs ont été tués par la foudre l’année dernière rien qu’aux Etats-Unis.

Onze personnes ont aussi été foudroyées l’année dernière aux Etats-Unis alors qu’elles étaient sur la plage.

Ce qui signifie bien sûr qu’il est plus dangereux de faire du golf ou de se faire bronzer que de surfer avec les requins.

J’ai nagé et surfé avec des requins. J’ai été dans l’eau avec des requins-marteaux, des requins-bouledogues, des grands blancs, des requins-tigres, des requins-nourrices, des requins-citrons, des requins bordés, des requins-corail, des squalelets féroces, des requins bleus et des requins makos, et je n’ai pas été attaqué une seule fois.

En fait j’ai trouvé l’expérience enivrante.

Regardez ce qui se passe quand vous mettez une combinaison et que vous pagayez sur une planche de surf, du point de vue d’un requin vous ressemblez à un phoque, et parfois, très rarement, un requin curieux prendra un surfer pour un phoque. Alors il va mordre pour voir, parfois c’est fatal mais il est très rare qu’un surfer se fasse vraiment dévorer.

Les autruches, les éléphants, les buffles, les hippopotames, les chevaux, les serpents, les chiens et les moustiques tuent plus de gens que les requins, mais on n’en entend pas parler avec autant d’hystérie que pour les requins.

La raison se trouve dans la combinaison de surfers lâches et hystériques et de politiciens sordides et opportunistes, et c’est le cas avec le premier ministre d’Australie occidentale, Colin Barnett.

Bien sûr Steven Spielberg n’a pas rendu service avec son film à succès sur un requin tueur en série au son d’une musique à faire froid dans le dos.

Le premier ministre d’Australie occidentale, Colin Barnett, est le type même du politicien de droite, anti-écologiste, suppôt du patronat, niant le réchauffement climatique et haïssant les requins.

L’année dernière, il a tenté de détruire les eaux servant de pouponnière aux baleines à bosse, et comme il n’a pas réussi à participer au massacre des baleines, il s’est tourné vers la destruction des requins.

Les requins et les surfers peuvent et doivent coexister, c’est impératif pour sauver les océans.Les requins et les surfers peuvent et doivent coexister, c’est impératif pour sauver les océans.Le grand blanc est une espèce en danger d’extinction. Il y a plus de tigres du Bengale et de pandas dans le monde que de grands blancs, et il est illégal d’en tuer. C’est une espèce protégée qui se trouve sur les listes de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction).

Colin Barnett commet par conséquent un abus de ses pouvoirs de premier ministre en violant ouvertement et de façon flagrante une convention internationale, et donc une loi internationale.

L’histoire est pleine de politiciens se servant de boucs émissaires pour renforcer une popularité en berne, et le ministre Barnett en est un exemple classique.

Il y a heureusement des surfers pour prendre la parole pour la défense des requins. Samuel Carmody, d’Australie occidentale, a écrit récemment un excellent article sur la controverse actuelle, et il a rappelé aux surfers ce que c’est que le surf.

La surfeuse Bethany Hamilton a perdu un bras suite à une attaque de requin à Hawaii, et pourtant elle défend les requins. C’est parce qu’elle est une vraie surfeuse, qui comprend que le surf c’est bien plus que de se tenir en équilibre sur une planche.

Surfer, c’est comprendre la mer, sentir les vibrations de l’océan, et se rendre compte que la vague est littéralement le pouls d’un écosystème vivant qui rend possible la vie de chacun de nous.

Un surfer qui ne sent pas la mer n’est pas un vrai surfer, et un surfer qui ne respecte pas la diversité vivante de l’océan n’est pas un vrai surfer. Ce ne sont que des poseurs lâches et arrogants.

L’éventualité d’une avalanche n’empêche pas les alpinistes de grimper. L’éventualité d’une tempête n’empêche pas les marins de naviguer. Les surfers doivent-ils éradiquer les requins pour se sentir bien, confortable et en sécurité dans l’eau?

Mais bon sang, qui peut éprouver le besoin ou le désir de se sentir bien et en sécurité dans l’eau? Sûrement pas moi. J’aime savoir qu’il y a de grands prédateurs dans la mer. Cela me permet de rester humble. Je n’ai pas peur des requins. Je les respecte. Et aussi j’apprécie à sa juste valeur le rôle qu’ils jouent dans le maintien de la diversité écologique de nos océans.

Pendant 450 millions d’années, les requins, superprédateurs des mers, ont formé et modelé l’évolution dans la mer. La vitesse, le camouflage et le comportement des poissons résultent directement de leur adaptation à une mer pleine de requins.

Mais nous voilà, nous les hominidés terriens, avec notre technologie supérieure, nos crochets, nos harpons, nos filets et nos drumlines, qui tuons tout ce que nous ne comprenons pas, simplement motivés par une peur irraisonnée.

Je n’ai pas peur des requins. Ce qui me fait peur, c’est un océan sans requins, un océan en chaos, un océan qui rapetisse, un océan qui meurt.

Si les requins meurent, les océans mourront, et si les océans meurent, c’est l’humanité qui mourra.

En tuant les requins, nous nous tuons nous-mêmes.

La destruction de ces drumlines mortelles serait un acte d’auto-préservation.

 

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