Commentary and Editorial

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Jeudi, 10 Avril 2014 00:00

Lamya Essemlali répond à la haine de Gleizes

Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France répond à la diatribe “Haines et Baleines “de Pierre Gleizes, photographe de Greenpeace, publiée dans Médiapart.

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En juin 2012, Pierre Gleizes, photographe de Greenpeace, faisait paraître dans la rubrique des Invités de Médiapart un papier à charge contre Sea Shepherd, Paul Watson et moi-même sous le titre “Haines et Baleines”[1]. J’étais persuadée à l’époque que bien peu de gens donneraient un quelconque crédit à un texte aussi affabulateur et haineux. Partant aussi du principe défendu par Nietzche que même dans le choix de ses ennemis, il faut se montrer exigeant, j’avais décidé de ne pas relever... Force est de constater que je me suis trompée et qu’une réponse s’impose. Si je prends le temps de répondre à Gleizes aujourd’hui c’est que presque deux ans après, la rumeur circule encore que Sea Shepherd aurait fait capoter des négociations capitales qui auraient pu sauver des baleines. Une ineptie pénible à entendre et que l’on doit à ce texte en grande partie calomnieux. Voici donc ma réponse à Pierre Gleizes (en gras dans le texte) sur ce point précis et puisque j’y suis, sur tout le reste.

NB: cette (longue) lecture n’est recommandée qu’à ceux qui s’intéressent au débat en question et/ou qui auraient lu la diatribe de P. Gleizes et s’intéressent à une autre version des faits.


Pierre Gleizes: Si je photographie les actions de Greenpeace depuis trente ans, et vient d'en faire un livre (1), je me suis cependant toujours exprimé en mon nom. À l'occasion du festival Etonnants Voyageurs, fin mai à Saint-Malo, j'ai été invité à participer à un débat autour de la parution du livre Paul Watson, entretien avec un pirate[2]. Et je me suis retrouvé prisonnier de la querelle qui obscurcit les relations entre Paul Watson et Greenpeace depuis trente-cinq ans. Tout comme le public, j'ai été choqué que la rencontre avec Lamya Essemlaly, auteur du livre en question et présidente de Sea Shepherd France, l'organisation fondée par Paul Watson, se termine en pugilat verbal.

Lamya Essemlali: Gleize range le public de son côté mais la vérité est toute autre car ce que le public n’a pas compris, comme de nombreuses personnes sont venues me le signifier après la conférence, c’est le besoin impérieux de Gleizes de diaboliser et de discréditer Sea Shepherd. Celà peut effectivement laisser perplexe quand la question qui lui est posée est simplement de démontrer l’efficacité de Greenpeace.

Pierre Gleizes: Assise par terre et avec une infantile désinvolture, Lamya Essemlali, dont j'avais écouté l'intervention sans broncher, m'a agressé verbalement au point que la rencontre s'est interrompue dans la confusion. N'ayant pu m'exprimer librement à Saint-Malo, je souhaite ici compléter mes propos.

Lamya Essemlali: Désinvolte, je ne sais pas mais, assise par terre en tailleur, effectivement parce que j’avais quitté la scène pour laisser parler Pierre Gleizes dont le tour était venu. Il n’y avait plus de chaise disponible dans l’assistance donc je me suis assise par terre, il est vrai que ça doit être là un genre d’humilité étranger à Pierre Gleizes. Quoi qu’il en soit je ne l’ai pas agressé, contrairement à ce qu’il dit, je l’ai interpellé quant à la question d’une personne dans le public: “ Concrètement que fait Greenpeace pour les océans?”. Gleizes a répondu de but en blanc “Contrairement à Sea Shepherd, Greenpeace ne met pas la vie de ses opposants en danger”. Je l’ai interrompu à cet instant en lui demandant un exemple pour étayer de tels propos. Gleize ment quand il dit que la rencontre s’est interrompue dans la confusion puisqu’il a été au bout de son intervention et du temps qui lui était imparti. Il a en revanche été bien embarrassé quand le public lui a signifié qu’il était un peu facile de tenter de discréditer Sea Shepherd en invoquant une certaine conception de la violence, la seule confusion était dans sa réponse. J’ai d’ailleurs, après la rencontre et lors de la séance de dédicace qui a suivi, reçu de nombreux témoignages de sympathie et de soutien et un jeune homme qui, excédé avait quitté la salle pendant l’accroc avec Pierre Gleizes, est même très gentiment venu s’excuser auprès de moi. Le public a compris que je demande à Gleizes d’argumenter ses accusations, c’était légitime.

Pierre Gleizes: Ma totale solidarité avec les buts affichés par Paul Watson pour la protection des océans ne s'accompagne pas d'une adhésion aux méthodes qu'il utilise pour les atteindre. Le problème est dans la forme.

Lamya Essemlali: C’est le droit le plus strict de Gleize, comme de n’importe qui d’autre de ne pas “adhérer aux méthodes de Sea Shepherd, mais notre objectif n’a jamais été de remporter la caution de tous ceux qui disent “partager nos objectifs”. Notre unique préoccupation est d’avoir le plus d’impact possible pour les océans, de sauver le plus de vies possibles, tout en restant dans la limite du cadre imposé par la loi. Hors, la haute mer reste précisément une zone de non droit et quoi qu’en pense Gleizes ou Greenpeace ou qui que ce soit d’autre, Sea Shepherd obtient des résultats concrets là où bien d’autres se limitent à la dénonciation. Si le Capitaine Watson est aujourd’hui traqué comme il l’est par le Japon, c’est précisément parce qu’il est efficace sur le terrain. Il ne se contente pas de condamner par les mots, il agit. Une puissance comme le Japon ne se donnerait pas tant de mal pour mettre à terre une organisation inefficace ou contreproductive (dixit P. Gleizes). Wikileaks avait révélé l’ampleur des efforts déployés en toute confidentialité et en toute illégalité par le Japon et les Etats-Unis pour nous empêcher de poursuivre nos actions en mer.[2] Cet acharnement à vouloir détruire Sea Shepherd est la meilleure preuve de notre efficacité. Le Japon a d’ailleurs témoigné sous serment au Tribunal International de Justice de la Haye (l’Australie ayant attaqué le Japon sur la question baleinière) pour affirmer que Sea Shepherd est la seule et unique raison qui les empêche de tuer leur quota de baleines en Antarctique.

Pierre Gleizes: Les visages masqués, les T-shirts noirs, les casques ornés de têtes de mort, la violence des mines sous-marines, les abordages, les sabordages, les lances-pierres, les bombes fumigènes et chimiques, les cordes dérivantes pour bloquer les hélices, les bateaux aux lignes agressives, les missions aux noms de codes copiés sur ceux des militaires n'ont pas leur place dans les luttes pour la sauvegarde de l'environnement. Nous ne pouvons pas répondre à la violence que l'homme inflige au monde animal par une nouvelle forme de violence faite aux hommes.

Lamya Essemlali: Là encore, Gleizes affabule. Nos activistes agissent à visage découvert, nos bateaux sont truffés de caméras et une série télé avec des interviews de tous nos volontaires est diffusée depuis cinq ans sur Discovery Channel (la série bat tous les records d’audimat de la chaîne Animal Planet du Groupe Discovery). Donc le moins qu’on puisse dire est que nous assumons nos actions au grand jour. Les masques dont parle Gleizes sont simplement les cagoules que nous pouvons porter lors de certaines actions en Antarctique pour la simple raison qu’il y fait très froid et encore plus sur un zodiac lancé à grande vitesse qui fend un vent glacial. Les mines sous-marines ont été utilisées quelques fois sur des bateaux braconniers qui tuaient des baleines illégalement en toute impunité. Ces sabordages ont toujours eu lieu à quai, sur des navires sans personne à bord. La plupart du temps, c’est d’ailleurs la vanne d’arrivée d’eau de mer qui a été utilisée pour couler le navire et non une mine. Mais l’un dans l’autre le résultat est toujours le même, jamais aucun blessé, aucune pollution car les navires sont renfloués mais ne peuvent jamais reprendre la mer tant l’eau de mer a endommagé la machinerie, et l’assurance du reste de la flotte baleinière atteint des sommets puisqu’à cause de ce genre d’action, ils sont contraints de contracter une assurance de guerre.

Contrairement à ce que dit Gleize, nous n’utilisons pas de bombes chimiques mais du beurre rance qui est certes nauséabond mais totalement inoffensif malgré son nom, l’acide butyrique, (beurre rance) et est moins acide que l’acide citrique (jus d’orange). Gleize fait sienne la propagande des baleiniers japonais qui accusent Sea Shepherd de leur lancer “de l’acide”. Les noms des campagnes de Sea Shepherd qui commencent souvent par “Opération…” s’inspirent effectivement de noms militaires, tout comme l’habillage de nos navires. La bataille pour sauver nos océans est rude, les intérêts économiques liés à la pêche illégale sont colossaux et l’impunité des braconniers est quasi totale, donc, oui nous sommes dans une guerre pour sauver ce qui reste dans nos océans. Une guerre pour la vie et elle est loin d’être gagnée. Dans ce contexte, nous laissons à Gleizes et à Greenpeace l’arc en ciel et la paix verte pour tenter de sauver les baleines. Chacun son truc. A noter d’ailleurs que (et contrairement à ce qu’on entend régulièrement sur leurs stands) Greenpeace n’envoie plus aucun bateau sur le terrain de la chasse baleinière depuis plusieurs années. Leur campagne pour sauver les baleines se résume aujourd’hui à envoyer des milliers d’origamis de baleines en papier à Obama ou à lancer un jeu vidéo pour sauver des baleines virtuelles.

La violence faite aux hommes que dénonce Gleizes existe réellement mais elle est dirigée contre nous. Les japonais ont coulé l'un de nos navires en plein océan antarctique, ils nous ont lancé des grenades à concussion, ils ont visé le visage de nos activistes avec des crochets en métal et des barres de fer. Nous n’avons jamais fait le millième de tout ça car nous savons que nous sommes dans une justice à deux vitesses. Après que notre bateau ait été coulé par un baleinier japonais, Wikileaks a révélé que l’Australie avait garanti au Japon qu’il sortirait blanchi de toute enquête sur cet incident[3]. Ce que les japonais font subir aux équipages de Sea Shepherd en plein Antarctique, en toute impunité, est impensable dans l’autre sens. Pourtant, même quelqu’un comme Gleize qui prétend “partager nos objectifs” fustige la “violence” de Sea Shepherd mais n’a pas un seul mot de réprobation contre la violence infligée à nos volontaires par les braconniers- qui à l’en croire sont dans la légitime défense. Précisément, l’argumentaire des braconniers.

Pierre Gleizes: Greenpeace et Paul Watson, ou l'histoire d'un divorce qui a mal tourné. Trente-cinq ans après qu'il se soit marginalisé à cause de son manque de self-control, la jalousie et la rancœur font encore souvent surface dans ses propos.

Lamya Essemlali: Paul Watson n’a pas de rancoeur, il le dit lui-même: la meilleure chose qu’il ait fait dans sa vie a été de quitter Greenpeace car cela lui a permis de fonder Sea Shepherd. Moi-même (qui suis passée par Greenpeace) et des milliers d’activistes engagés dans les rangs de Sea Shepherd le rejoignent complètement là-dessus. Gleizes dit que Paul Watson est un marginal. Pourtant, force est de constater qu’il est plutôt assez reconnu dans son domaine: “l’un des 20 plus grands écologistes du XXème siècle” selon le Time Magazine, “l’un de ceux qui peuvent sauver la planète” pour le Guardian, porteur d’une mission vitale pour les océans selon Robert Kennedy[4], “le seul à faire respecter le Sanctuaire Antarctique” pour Jacques Perrin, le seul écologiste avec Jacques Cousteau à s’être vu décerner le trophée Jules Verne pour son engagement en faveur des océans, le premier des 100 “Anges gardiens de la planète” sans qui “ce projet n’aurait eu aucun sens” pour citer les auteurs de cette initiative relayée par l’Unesco… j’arrête là mais je pourrais continuer longtemps. Donc voilà un écologiste “marginal” assez central... En fait, Gleizes confond simplement son opinion sur Paul– son désir ardent de le crucifier sur l’autel du mouvement des écologistes bien-pensants - avec la réalité objective qui est qu’aujourd’hui, plus que jamais et sans doute moins que demain, le Capitaine Watson est considéré comme l’un des plus grands écologistes au monde.

Gleizes dit aussi que Paul a manqué de self contrôle, ce qui aurait causé la fin de son engagement au sein de Greenpeace. La vérité c’est que Paul et Greenpeace (ou du moins ce qu’est devenu Greenpeace) n’avaient ni les mêmes méthodes, ni les mêmes objectifs. En 1977, Paul a jeté le gourdin d’un chasseur dans l’océan alors qu’il venait de défoncer le crane d’un bébé phoque et s’apprêtait à en tuer un autre. Ce geste de Paul a été considéré par Greenpeace comme une infraction à leur “principe de non-violence”. Paul a refusé de s’excuser en arguant du fait qu’il n’avait pas pour objectif de photographier le massacre (il n’est pas photographe, ça c’est le job de Pierre Gleize) mais de l’empêcher. Il n’a donc pas manqué de self contrôle, son action était parfaitement réfléchie.

Enfin, ni Paul, ni Sea Shepherd, n’a de raison d’être jaloux de Greenpeace, c’est grotesque. Paul reproche à Greenpeace de lever des fonds pour la défense des baleines mais de ne pas envoyer de bateau sur le terrain. Lors de la dernière mission Antarctique, pendant que Sea Shepherd bataillait avec 4 navires dans le Sanctuaire Baleinier (causant la plus mauvaise saison de chasse baleinière jamais enregistrée dans le sanctuaire)[5], le navire flambant neuf de Greenpeace, le Rainbow Warrior 3, qui a coûté 30 millions de dollars (3 ans du budget international de Sea Shepherd) faisait une tournée promotionnelle pour collecter des fonds dans les ports néo-zélandais… non loin dudit sanctuaire. Dans le même temps, Greenpeace Australie, USA et Nouvelle-Zélande continuent à réclamer des dons aux badauds dans la rue et dans des campagnes de mailings pour “sauver les baleines”. Dénoncer ça, n’est pas faire preuve de jalousie, c’est dénoncer une imposture dont les baleines sont les premières victimes. J’aimerais entendre ce que Gleizes a à répondre sur le fond de cette question plutôt que de chercher à noyer le poisson en disant que Paul Watson est simplement “jaloux” de Greenpeace.

Pierre Gleizes: En se présentant comme cofondateur de Greenpeace, il se laisse emporter par sa mégalomanie et à l’écouter, l'auditeur non averti pourrait croire que les premières campagnes historiques n'auraient pas existé sans lui. Les faits ne lui donnent pas raison. Paul Watson n'était pas à bord du Phyllis Cormak, premier bateau affrété par Greenpeace en 1971 pour protester contre les essais nucléaires dans le Pacifique.

Lamya Essemlali: Encore une fois, le mépris affiché de Pierre Gleizes n’a d’égal que son ignorance et c’est bien lui qui induit en erreur "l’auditeur non averti". En effet, en 1971, deux bateaux ont participé à la campagne de Greenpeace contre les essais nucléaires. Le Phyllis Cormack et le Greenpeace Too. Paul Watson était à bord du Greenpeace Too. Deux navires, même mission. Et c’est le Greenpeace Too qui était sur les lieux des tests nucléaires, le Phyllis Cormack étant rentré au port. Par ailleurs, Paul a toujours dit que c’est Robert Hunter, le personnage clé qui a fait Greenpeace, il ne s’est jamais attribué ce crédit à lui-même. Mais Paul Watson est le premier homme à s’être interposé entre une baleine et un harpon avec Robert Hunter en 1976, sous la bannière de Greenpeace. Les Fondateurs de Greenpeace ont tous un numéro de membre à vie, celui de Paul est le 007 et il a toujours sa carte. Robert Hunter avait donné une conférence de presse la première fois que Greenpeace avait tenté de faire retirer Paul de la liste des fondateurs pour rétablir la vérité, aujourd’hui Robert Hunter est mort, tous les fondateurs originels de Greenpeace sont partis et ceux qui ont repris l’organisation ont retiré du site toutes les photos d’époque où Paul figurait et des gens comme Gleize qui n’étaient pas là à l’époque, qui ne font que répéter le discours dominant chez Greenpeace, crient à qui veut l’entendre que Paul n’est pas un fondateur.

Pierre Gleizes: La principale différence entre les deux organisations: les membres de Greenpeace ne mettent jamais la vie des autres en danger. Ils ne prennent des risques que pour eux-mêmes. Limiter les actions de Greenpeace à la tenue de banderoles et à la signature de pétitions est non seulement faux, mais s'avère une insulte à l'encontre des nombreux militants qui prennent de gros risques lors d'actions terrestres et maritimes. J'en suis souvent le témoin direct. Comment Paul Watson peut-il écrire que "Greenpeace est la dame tupperware du mouvement écologiste"?

Lamya Essemlali: Sea Shepherd ne met jamais la vie des autres en danger, sinon il y aurait eu des morts depuis longtemps. Et contrairement à ce que dit Gleizes, Paul Watson ne dénigre pas le travail des bénévoles de Greenpeace, dans le livre Entretien avec un pirate, page 95 il dit ceci: “Il existe au sein de Greenpeace de nombreux activistes dévoués et bien intentionnés, des personnes de terrain qui, inspirées par la cause, font du bon travail. Mais je comparerais cela à l’Église catholique. Il y a des milliers de prêtres et de bonnes sœurs dévoués et sincères qui travaillent à aider les pauvres partout dans le monde, mais ils ne sont pas le pape. L’institution de l’Église catholique est riche, corrompue et puissante, cela ne rend pas ses adeptes coupables pour autant(…)”

Quant à la fameuse phrase "Greenpeace est la dame tupperware du mouvement écologiste", Gleize omet de préciser qu’il s’agit de la réponse de Paul Watson à un journaliste canadien qui lui demandait ce qu’il avait à répondre à Greenpeace qui venait de le qualifier “terroriste” dans les medias. Paul répond simplement qu’une telle critique de la part des dames tupperware de l’environnement n’est guère étonnante. Et il argumente largement ses propos.

Pierre Gleizes: Il revient sur l'Antarctique et l'année (2008) où Greenpeace, également présente sur zone avec l'Esperanza, a refusé de lui communiquer la position de la flottille de chasse japonaise, connaissant les desseins de Sea Shepherd. Celle-ci est en effet allée jusqu'à souder des pieux métalliques sur l'étrave de son bateau pour mieux éventrer les bateaux japonais, un projet criminel à mille milles de toutes terres habitées, sur un océan dont la température est de 0°, et irresponsable vus les risques de pollution. En aucun cas, Greenpeace, tenue par sa responsabilité morale envers ses trois millions d'adhérents, et soucieuse du respect de ses valeurs de non-violence, ne pouvait transmettre de telles informations à des gens aussi dangereux, même pour protéger des baleines...

Lamya Essemlali: Le “pieux métallique” dont parle Gleize est un angle de métal situé au-dessus de la ligne de flottaison tout juste capable de rayer une carrosserie. (c’est d’ailleurs précisément l’effet que cela a eu sur le baleinier). Donc en aucun cas, cet outil n’aurait pu couler qui que ce soit. Encore une fois, les seuls qui ont été coulés en Antarctique c’est Sea Shepherd. Greenpeace a refusé de nous donner les coordonnées des baleiniers japonais, c’est vrai mais nous les avons trouvés tout seuls avec des moyens à l’époque bien en-deça de ceux de Greenpeace. Pendant que Greenpeace rentrait au port avec leur photo de baleine tuée après avoir collecté des millions de dollars pour “s’opposer aux harpons”, nous coupions le chauffage à bord de notre unique navire de l’époque, en plein antarctique afin d’économiser du carburant pour rester une petite semaine de plus sur le terrain, aux côtés des baleines. Le temps supplémentaire que nous avons passé à les chercher a sans aucun doute coûté la vie à de nombreuses baleines. Mais apparemment Greenpeace ne se sent pas “moralement responsable” de ça envers ses trois millions d’adhérents.

Pierre Gleizes: Paul Watson se moque de Greenpeace et de sa "tactique du témoignage". Il l'a peut-être oublié, mais c'est suite à la publication de mes photos que les cruels harpons froids (c'est-à-dire non explosifs) ont été interdits dès 1982 par la Commission Baleinière Internationale (CBI). Des photos que j'avais prises en 1980 dans une usine espagnole, non loin du port de Marin où Sea Shepherd venait, selon ses dires, de faire sauter quinze jours plus tôt, deux bateaux-baleiniers. Ce reportage m'a valu, après avoir échappé de justesse à un lynchage, de passer au tribunal dès le lendemain matin pour atteinte à la propriété privée. La justice espagnole voulait montrer qu'elle réagissait face aux écologistes, amis des baleines... Merci Paul, c'est sur moi que c'est tombé, voir mon livre pour plus de détails!

Lamya Essemlali: Sans nier l’impact des images, Gleizes s’attribue ici le crédit exclusif d’une avancée collégiale, ce qui n’est pas très fairplay pour tous les autres. Mais son exemple est de toute façon hors sujet. Paul Watson ne reproche pas aux photographes de photographier, c’est grotesque. Chacun son boulot. Il reproche à une organisation internationale d’affirmer dans sa communication, qu’elle permet aux baleines d’échapper aux harpons, alors que dans les faits, il n’en n’est rien. En gros, il reproche à Greenpeace de tromper ses donateurs, de trahir les baleines, en tentant de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas.

Quant à rendre Paul Watson responsable des déboires de Gleizes avec la justice espagnole, voilà qui n’est, encore une fois, pas très fairplay. Soit les actions de Gleizes sont illégales et dans ce cas, il rend des comptes à la justice, soit il n’a rien fait d’illégal et dans ce cas, il n’a a priori pas de raison de s’inquiéter. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’assumer ses actions et les risques qu’elles incombent.

Pierre Gleizes: Avec ces deux attentats à l'explosif, sans même parler des risques qu'il faisait courir aux vies humaines, Paul Watson s'est complètement trompé de cible et de stratégie. L'Espagne venait de rejoindre la CBI et le quota de chasse qui lui avait été attribué était beaucoup trop bas pour avoir usage des cinq navires baleiniers encore armés à l'époque. En couler deux a rendu un formidable service financier à Juan-José Masso, l'armateur, en lui faisant encaisser une belle prime d'assurance dont il n'aurait jamais osé rêver. Paul Watson au secours de la trésorerie de l'industrie baleinière espagnole, une histoire que vous ne lirez pas dans son livre.

Lamya Essemlali: Difficile de causer un risque pour qui que ce soit sur un navire dans lequel on a pris le soin préalable de s’assurer que personne n’est à bord. Mais passons. Ici c’est Gleizes qui se trompe de cible. Paul Watson et Sea Shepherd ne ciblent pas les navires de pêche légaux mais les baleiniers pirates, donc les braconniers. Les braconniers se fichent des quotas et des législations. Ils se fichent aussi du déficit d’image et de l’opinion publique internationale. Ils ne comprennent que la notion de perte et de profit. Contrairement à ce que dit Gleize, les actions de sabotage menées par Sea Shepherd sur des navires illégaux ont obligé les candidats au business de la chasse baleinière à contracter une assurance de guerre, 3000 fois supérieure à une assurance classique – dissuasive s’il en est. Elles ont aussi permis de mettre hors d’état de nuire des baleiniers sur qui les textes de lois ont autant d’impact que du papier à musique.

Pierre Gleizes: En plus d'être une grave erreur morale, l'usage de la violence est toujours une erreur tactique.

Lamya Essemlali: Quelle est la définition de la violence? Nous n’avons de toute évidence pas la même que Pierre Gleize. Pour lui, saboter du matériel qui tue illégalement des baleines est un acte de violence. Gleize, donc dans la droite ligne de son employeur Greenpeace (qui avait fustigé Paul Watson pour avoir jeté à la mer le gourdin d’un chasseur de phoque), semble accorder plus de valeur intrinsèque à la propriété privée des braconniers qu’à la vie qu’ils détruisent dans les océans. Pour Sea Shepherd, il en va autrement. Pour nous, la violence est de laisser faire. Laisser tuer des baleines – en toute illégalité- est une forme de non-assistance complice.

Pierre Gleizes: Est-ce en qualifiant de «barbares», sans distinction et jusqu'à l'ennui, tous les habitants de Terre-Neuve, qu'il espère leur donner envie de l'écouter et de comprendre son point de vue?

Lamya Essemlali: Il convient de préciser ici que Paul Watson est lui-même originaire de Terre Neuve, c’est donc sa propre communauté qu’il qualifie de “barbare”. Et pour cause, il est né et a grandi dans un village au coeur de Terre Neuve, le massacre des bébés phoques en toile de fond permanente, et il comprend ces gens sans doute bien plus qu’un Pierre Gleizes qui veut lui donner à Paul des leçons de dialogue avec des gens de sa communauté. Paul étaye d’ailleurs sa position tranchée par un extrait du livre “Aux côtés de Mickey” écrit par Mickey Dwyer, chasseur de phoques à Terre Neuve: "Les défenseurs des animaux disent que nous sommes des barbares et bien vous savez quoi? Ils ont raison. Vous devez être un barbare pour faire ce que nous faisons là-haut."

Pierre Gleizes: En Antarctique, chaque fois que Sea Sheperd interfère avec leurs activités, les images tournées par les baleiniers passent en boucle sur Internet et des milliers de Japonais, qui habituellement ne consomment pas de viande de baleine, foncent en acheter par pur réflexe patriotique.

Lamya Essemlali: Les Japonais sont des gens très fiers dans l’ensemble mais Pierre Gleize arrange encore la vérité pour se donner raison. La réalité est que la viande de baleines se vend très mal au Japon, la consommation ne fait que baisser et les stocks s’empilent sans trouver preneurs et cela, malgré les campagnes promotionnelles du gouvernement Japonais. 

Pierre Gleizes: La violence de ces extrémistes aux uniformes sectaires est non seulement contre-productive, mais porte également préjudice, par effet d'amalgame, à toute la communauté mondiale des défenseurs de l'environnement.

Lamya Essemlali: Contreproductif, vraiment? Cette année, Sea Shepherd a renvoyé la flotte baleinière japonaise au bercail avec seulement 10% de son quota de baleines – soit la pire saison de chasse “scientifique” en Antarctique jamais enregistrée et Tokyo “accuse” directement Sea Shepherd”[7] (103 petits rorquals tués pour un quota initial de près de 1000 baleines).

Pierre Gleizes: En 2010, Sea Shepherd a fait échouer les négociations avec le Japon qui acceptait enfin de ne plus chasser en Antarctique en échange de la possibilité de chasser, sous contrôle de la CBI, au large du Japon. Une chance historique se présentait pour que les mers australes soient ce qu'elles auraient dû toujours être, un sanctuaire pour les baleines.

Lamya Essemlali: C’est sans doute là le mensonge le plus abjecte de ce texte et celui qui m’a finalement convaincue d’y répondre. Ni le Capitaine Watson, ni Sea Shepherd ne sont autorisés à siéger à la CBI, encore moins d’y intervenir ou d’y voter. Nous n’avons donc aucune influence sur les décisions de la CBI mais si c’était le cas, il est vrai que nous aurions tout fait pour faire échouer ce compromis honteux que défend Gleize et qui a aussi été défendu par son employeur Greenpeace.

En effet, “la chance historique” dont parle Pierre Gleize était la proposition faite par le Japon d’arrêter la chasse “scientifique” dans le Sanctuaire Baleinier Antarctique en échange de la levée du moratoire international sur le commerce de viande de baleine et la reprise de la chasse légale, non seulement au Japon mais dans tous les océans du monde. D’une part, Sea Shepherd a déjà réduit de manière drastique la chasse dans le Sanctuaire Baleinier (moins 91% en 2013)[8] - et d’autre part, la légalisation du commerce international de viande de baleine serait une catastrophe. Comme pour le trafic d’ivoire, on sait déjà que la chasse légale deviendrait le paravent rêvé pour un large trafic qui servirait à blanchir la viande illégale et qui signerait sans doute l’arrêt de mort des dernières baleines.

Pierre Gleizes: On se serait occupé de la chasse au large du Japon, beaucoup plus accessible que l'Antarctique, dans un deuxième temps. Toutes les organisations concernées auraient pu travailler sur cette campagne et les jours de l'industrie baleinière japonaise auraient été comptés. Paul Watson a tout fait capoter. La stratégie politique n'est pas son fort...

Lamya Essemlali: La stratégie tout court n’est pas le fort de Pierre Gleize s’il croit qu’il sera plus facile d’empêcher le Japon de chasser des baleines, chez lui dans ses eaux territoriales, que dans un Sanctuaire Baleinier international. On se demande aussi comment il comptait réduire l’industrie baleinière à néant dans son propre pays, surtout avec les stratégies développées par Greenpeace au cours des dernières années. Croit-il qu’un jeu vidéo et des baleines en papier vont faire taire les harpons? Le Japon serait sans doute prêt à sponsoriser le papier pour les origamis de baleine, histoire de reverdir un peu son image…

Pierre Gleizes: L'industrie baleinière japonaise est en état de faillite depuis des années, mais cela ne suffira pas pour qu'elle cesse ses néfastes activités. Ne pas céder devant Sea Shepherd est devenu une question d'honneur national au Japon et les subventions vont continuer à être versées pour renflouer l'entreprise. La situation est désormais bloquée par un problème de personnes, avec un gourou au milieu du tableau. Sur la seule page d'accueil de son site français, on peut compter neuf portraits de Paul Watson...

Lamya Essemlali: Il semble évident à le lire que c’est Pierre Gleize qui a un problème personnel avec Paul Watson. Et on peut le comprendre. Paul est une source d’inspiration, un leader charismatique et enthousiasmant qui force le respect et donne de l’espoir aux gens. Il est tout ce que Pierre Gleize n’est pas: humble, courageux, généreux, et fin tacticien.

Il n‘y a jamais eu neuf portraits de Paul Watson sur la page d’accueil du site de Sea Shepherd France, c’est ridicule (je veux bien que Gleize fournisse la capture d’écran). Paul n’a pas hésité à démissionner de son poste de Président de Sea Shepherd pour préserver l’association lorsque le Japon et le Costa Rica ont lancé un mandat d’arrêt contre lui. A ses avocats qui lui disaient lors d’une réunion à Francfort que la priorité absolue était de le sortir de ce mauvais pas, Paul a répondu de but en blanc “ Pas du tout, ce qu’il va advenir de moi n’est pas la priorité. L’essentiel, c’est que nos navires retournent en Antarctique en décembre pour sauver les baleines de ce sanctuaire”.

Pierre Gleizes: On comprend mal la page 169 de son livre. Comment peut-il affirmer qu'il n'est pas mortellement dangereux d'éperonner un navire à une vitesse de 13 nœuds? Il appelle ça de "l'agressivité non violente". J'appelle ça "l'imposture des mots". Jusqu'à présent, Watson a toujours eu une chance inouïe, mais un jour il va bien finir par tuer quelqu'un. Des heures difficiles pour le service communication de Sea Shepherd suivront... Écrire sur un ton péremptoire "ne pas aimer les hommes" ne suffira pas.

Lamya Essemlali: On peut avoir de la chance quelques mois, sur quelques missions, pas pendant plus de 35 ans et sur plus de 250 expéditions. “Il va bien finir par tuer quelqu’un”: à le lire, on a presque le sentiment que Gleizes souhaite que Sea Shepherd tue quelqu’un. Ce qui ne risque pas d’arriver si l’on s’en tient aux mêmes méthodes, avec les mêmes précautions que celles employées pendant plus de trois décennies, n’en déplaise à Gleizes. Par ailleurs, Paul ne dit pas qu’il “n’aime pas les hommes”. Il dit qu’il aime des gens en particulier (et la liste est longue) mais qu’il n’est pas un grand fan de l’espèce humaine dans son ensemble. Ca ne l’empêche pas de se faire l’avocat des générations futures “Nos enfants nous jugerons tous”. Je suis pour ma part prête à parier gros que Paul Watson compte bien plus d’amis que n’en aura jamais un Pierre Gleizes.

Pierre Gleizes: Deux photos de cet ouvrage illustrent la radicalité des moyens employés par Sea Shepherd, que je ne peux cautionner quelle que soit la légitimité de l'objectif de la campagne. Sur la première, on y voit leurs marins lancer des bombes chimiques sur un navire japonais. Sur la deuxième, des policiers, présents sur ce même navire, répondent en leur lançant des grenades assourdissantes.

Lamya Essemlali: Encore une fois, que peut bien valoir “la caution de Pierre Gleizes”? Mais nous ne lançons aucune bombe chimique, c’est encore un mensonge emprunté aux baleiniers japonais. A lire Gleizes, on pourrait croire que Sea Shepherd balance des gaz toxiques, ce qui est n’est bien sûr pas le cas.

Pierre Gleizes: On peut aussi faire ça avec des bombes nucléaires... Œil pour œil, dent pour dent, bienvenu au Moyen-âge.

Lamya Essemlali: Les bombes nucléaires tuent des gens. Nous balançons du beurre rance. La comparaison de Gleizes est encore une fois, ridicule. Par ailleurs, si nous étions dans une logique “oeil pour oeil, dent pour dent”, nous aurions coulé un navire japonais en plein Océan Antarctique, comme ils l’on fait avec nous. Nous aurions utilisé contre eux des grenades à concussion et nous leur aurions balancé des crochets métalliques à la figure. On est donc loin d’employer la violence des japonais, mais il est vrai qu’arborer des banderoles et prendre des photos de baleines en train de se faire massacrer ne correspond pas à notre modus operandi.

Pierre Gleizes: Au cours d'un XXe siècle troublé, Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela nous ont fait avancer de quelques pas... En prônant la violence pour régler un désaccord (et suite à l'impact catastrophique qu'elle a sur les comportements sociaux de la jeunesse), chaque fois que Sea Shepherd repart en campagne en utilisant de telles méthodes guerrières, c'est l'humanité qui recule.

Lamya Essemlali: Encore une fois, pour Gleizes, saboter du matériel illégal qui massacre des espèces vulnérables semble être une violence plus intolérable que le fait de laisser massacrer des espèces marines protégées. Sea Shepherd s’oppose à des braconniers qui se fichent de l’opinion internationale et qui n’ont pas d’image de marque à préserver. Ils se fichent pas mal des banderoles de protestations et des clichés qui peuvent circuler sur leur compte. Gleizes a décidément du mal à comprendre ça.

Pierre Gleizes: L'usage de la violence génère toujours plus de violence.

À Saint-Malo, c'est l'évocation du point suivant qui a fait perdre son sens de la mesure à la présidente de Sea Shepherd France. Pour tenter de prouver la non-dangerosité de ses méthodes, page 77, Paul Watson fait état du fait que, jusqu'à présent, c'est Greenpeace qui a eu à déplorer des victimes, pas Sea Shepherd. Par cette allégation non référencée, il franchit ici toutes les limites de la désinformation.

Lamya Essemlali: le dernier exemple en date a eu lieu en Méditerranée lorsqu’un militant de Greenpeace a eu la jambe harponnée par un pêcheur de thon qui était dans son droit de pêcher.

Pierre Gleizes: Éclaircissement demandé à Lamya Essemlali après la rencontre, Watson fait allusion à l'accident dont a été victime Sébastien Briat, mortellement écrasé en Lorraine le 7 novembre 2004 par un train transportant des déchets nucléaires. Or, cette action était organisée par un mouvement anarchiste. Greenpeace n'avait rien à voir, ni de près ni loin, avec ce drame...

Lamya Essemlali: A aucun moment Paul n’a rendu Greenpeace responsable de cette mort. Paul Watson était d’ailleurs en visioconférence avec nous ce jour-là et disponible pour répondre aux questions. Gleizes avait donc tout le loisir de lui demander des précisions, ça n’est pourtant pas souvent qu’une telle opportunité s’offre à lui. Mais il n’en n’a rien fait et je le regrette. Je ne doute pas que Paul se serait fait un plaisir de développer.

Pierre Gleizes: Je mentionne, d'ailleurs, ce décès et les circonstances qui l'entourent dans mon livre. Si Lamya Essemlali avait pris la peine de le lire avant notre rencontre, cela lui aurait évité la disgrâce de mentir au public et de censurer par son agressivité verbale une rencontre qui aurait dû rester démocratique.

Lamya Essemlali: A aucun moment je n’ai menti – contrairement à Gleizes- et je n’avais pas lu son livre pour la bonne raison que Glénat, notre éditeur commun et organisateur de la rencontre avait donné mon livre à Gleizes mais n’avait pas jugé utile de me donner le sien... De plus, l’attachée de presse ne m’a appris que Gleizes serait présent à cette conférence que dans le train qui m’emmenait à Saint-Malo. Quand je suis arrivée sur la table des dédicaces, Gleizes s’était déjà installé. Le libraire a dû me faire une place plus décente en retirant deux rangées des livres de Gleizes qui s’était étalé sur les trois quarts de l’espace, me laissant le coin de la table. Une des premières choses que ce dernier m’a dite quand je me suis assise fut “Joli coup de promo de la part de Paul, la prochaine fois que je sors un bouquin, moi aussi je m’arrangerai pour me faire arrêter”.

Pierre Gleizes: En revanche, oui, en effet, mon ami Fernando Pereira est mort en 1985 à bord du Rainbow Warrior, victime d'un attentat terroriste orchestré par les services secrets français. Pour ce faire, ils ont collé sous la coque les mêmes mines sous-marines que celles que Paul Watson claironne utiliser (page 24) pour couler des baleiniers! Si maintenant, il utilise la mort de Fernando pour justifier l'innocuité de sa propre violence! Quelle morbide mystification!

Lamya Essemlali: Ca n’est pas tant l’objet mais la façon dont on l’utilise qui peut s’avérer mortelle. Il semble donc que Paul Watson et Sea Shepherd se débrouillent bien mieux que les services secrets français. Gleizes utilise la mort de celui qu’il disait être son ami pour donner du crédit à sa haine contre Paul Watson… la démarche est tout simplement abjecte.

Pierre Gleizes: Les points de vue exprimés dans le livre de Paul Watson partagent le monde en deux camps: les bons et les méchants. Or, il me semble que tout est beaucoup plus complexe dans nos sociétés où rien n'est totalement blanc ni noir. Un exemple précis: contrairement à mon livre, la mention "imprimé sur du papier provenant de forêts gérées de façon durable" ne figure pas à la fin du livre qu'il vient de publier. Est-ce assez pour prétendre qu'il est désormais complice de la déforestation?

Lamya Essemlali: Paul dénonce les criminels et les escrocs mais sa pensée est bien plus complexe que ne le dit Gleizes et quiconque a lu le livre le comprend très bien. Sauf Gleizes qui fait semblant de ne pas le comprendre. Quant au papier du bouquin, la première chose que j’avais demandé à l’éditeur était de le faire imprimer sur papier recyclé, ce à quoi Glénat m’avait assuré que ça serait le cas. Je n’ai donc pas de responsabilité dans le papier choisi (et Paul encore moins).

Pierre Gleizes: Je sais que l'on ne peut plus toucher le cœur de Paul Watson, l'homme qui s'est auto exclu de la communauté des militants non violents.

Lamya Essemlali: Le coeur de Paul Watson est sans doute bien plus accessible que celui de Gleizes, dont on perçoit un aperçu dans son texte . Quant à la “communauté des militants non violents”, Gleize n’enest pas le porte-parole et la vérité, les nombreux témoignages de soutien et d’admiration à l’égard de Paul prouvent bien qu’il est reconnu et respecté bien au-delà du seul cercle interne de Sea Shepherd.

Pierre Gleizes: Il ose même écrire qu'il y a bien longtemps qu'il ne fait plus rien pour les humains. Par ses antagonismes, ses mensonges et ses invectives, il nous sépare tous les uns des autres et entretient des polémiques stériles malgré des buts communs.

Lamya Essemlali: En luttant pour les océans et pour les générations futures, Paul fait beaucoup pour les humains. Il fait aussi beaucoup pour les gens qu’il aime dans sa vie de tous les jours mais il a choisi de dédier sa vie à la défense des océans et il n’a pas à rougir de ça. Quant aux pseudos mensonges de Paul, j’aimerais que Gleizes nous en donne un exemple – sans mentir lui-même comme il le fait tout le long de son article.

Pierre Gleizes: Mai 2012, bonne nouvelle pour les océans. Victoire de Greenpeace qui s'ajoute à une liste déjà impressionnante. Suite aux spectaculaires actions en haute mer que j'ai photographiées en mars dernier, le nouveau gouvernement sénégalais vient de retirer les licences de pêche à 29 super-chalutiers étrangers qui pratiquaient la surpêche industrielle de façon insensée dans la zone économique exclusive du Sénégal. Au même moment, Paul Watson sort un livre en France où il qualifie Greenpeace, d'organisation "incapable, moralisatrice, frauduleuse, parasite..." Des accusations mensongères et inappropriées.

Lamya Essemlali: Cette “victoire” proclamée de Greenpeace au Sénégal est un parfait exemple de ce qui fait dire à Paul que Greenpeace est une organisation frauduleuse et parasite. En Avril dernier (2012), le gouvernement du Sénégal a changé et Haidar El Ali, grand écologiste et véritable héros national, que j’ai la chance de connaître personnellement est devenu ministre de l’environnement. Il avait ces licences de pêche dans le collimateur depuis bien longtemps. Une des premières actions de ce gouvernement a donc été de faire sauter ces 29 licences de pêche. A l’époque, j’avais publié un article au nom de Sea Shepherd pour féliciter Haidar[9]. Dans le même temps, Greenpeace claironnait auprès de ses adhéents qu’ils avaient obtenu du gouvernement sénégalais le retrait de ces licences de pêche grâce à leur campagne de sensibilisation et leurs photos prises en eaux sénégalaises. Comme si Haidar avait attendu les photos de Gleize et les conseils de Greenpeace pour se rendre compte qu’il y avait un problème dans son pays. Quand je lui ai dit que Greenpeace s’attribuait publiquement ce résultat, il a dit ceci “Ce sont des menteurs, Greenpeace n’a absolument rien à voir avec cette décision”. Si Gleizes me le demande, je pourrai commenter de la sorte “la liste impressionnante” des dix victoires pour les océans sur les trois dernières décennies proclamées par Greenpeace. Ce “compte-rendu” est une escroquerie, indigne d’une organisation écologiste sérieuse et honnête.

Pierre Gleizes: Trente-cinq ans après ton divorce, Paul, remets de l'équité dans tes propos, de la paix dans ton coeur... À visage découvert, sans têtes de mort et avec non-violence, ensemble, on pourrait vraiment sauver les baleines.

Lamya Essemlali: Paul agit à visage découvert Pierre et son coeur est combattif mais il est sans doute bien plus en paix que le tien. En tout cas, tu ne nous surprends pas. L’expérience montre que les pires détracteurs de Paul Watson et de Sea Shepherd ont toujours été d’une part – et c’est logique- ceux dont les activités illégales sont directement compromises par nos actions et d’autre part -et c’est plus insidieux- ceux qui comme toi, affirment “partager nos objectifs”. Des activistes honnêtes aux méthodes différentes des nôtres et qui ne prennent pas autant de risques que nous, il y‘en a et il en faut. Nous n’éprouvons à leur égard aucune sorte de mépris ni de condescendance, loin s’en faut –nous sommes du même bord. Eux, en retour, respectent Paul Watson et reconnaissent en lui un homme au courage hors du commun et voient dans les équipages de Sea Shepherd, un engagement sans faille au service de nos océans et pour les générations futures. Mais il existe aussi une autre espèce “d’écologistes”, celle à laquelle tu appartiens. Ceux-là, n’ont pas de mots assez durs contre Sea Shepherd et dans leur haine de Paul vont jusqu’à reprendre à leur compte, la propagande anti Sea Shepherd de l’industrie baleinière japonaise.

Alors pour conclure cet interlude Pierre, je t’invite à mettre ta haine de côté et surtout à cesser de mentir pour servir ton entreprise de diabolisation du Capitaine Watson. Ton égo et ton manque d’humilité te poussent à mépriser un homme qui en a fait bien plus pour les océans que tu n’en ferais toi-même en plusieurs vies. Pour susciter une telle hostilité chez toi, Paul et les actions de Sea Shepherd doivent sans doute te renvoyer à une frustration personnelle que je t’invite à analyser – pour peut-être, être en mesure d’y remédier un jour. D’ici là, il est peu probable effectivement que “nous sauvions les baleines, ensemble”. Mais tu sais quoi Pierre, nous sauvons déjà les baleines, sans toi.


NB: Pierre Gleizes contre attaque…

La copie d'écranLa copie d'écranSuite à la publication de ma réponse, Pierre Gleizes a réagit dans les heures qui ont suivi, en nous faisant parvenir la capture d’écran de la page d’accueil du site de Sea Shepherd France comportant les neuf portraits de Paul Watson auxquels il se référait dans sa diatribe sur Médiapart. Je l’en remercie puisque je lui avais effectivement demandé de me l’envoyer, si toutefois une telle capture existait.

Mea Culpa Pierre! Je me suis effectivement trompée quand j’ai affirmé qu’il n ‘y avait jamais eu neuf portraits de Paul Watson sur le site français et cela ne t’auras pas échappé, c’est bien!

Mais du coup, je resitue quand même le contexte si tu veux bien. La période de cette capture correspond au moment de l’arrestation de Paul Watson, en Allemagne, en mai 2012. A cette période, il risquait une extradition vers le Costa Rica ou vers le Japon. Trois des images de lui sont un appel à sa libération et une pétition. Cette période correspond aussi à la sortie de mon livre “Entretien avec un pirate” (sorti chez Glénat en mai 2012) et deux autres images sont une présentation du livre.

Restent “Les quartiers du capitaine” qui présentent les écrits de PW (qui sont très suivis et qui seront prochainement remis en ligne), une vidéo et un article, qui en fonction de l’actualité changent et ce sont donc parfois d’autres visages qui apparaissent. Pierre, tu n’as surement pas été sans remarquer qu’en temps “normal”, la page d’accueil est bien différente et tu te réfères malhonnêtement à une situation particulière et limitée dans le temps où Paul risquait sa liberté et sa vie, pour faire une généralité.

La capture d’écran que tu as annotée à la manière d’un détective chargé d’une enquête en dit en tout cas long sur ton obsession vis à vis de Paul Watson…

Enfin Pierre, au vu de ta réactivité foudroyante, je “m’étonne” qu’à la lecture de cette réponse complète que j’ai finalement pris le temps de te faire et de la multitude d’arguments que j’ oppose en réponse à tes attaques, tu ne réagisses que sur ce point de détail portant sur les photos de Paul Watson. Il y a dans ma réponse, des arguments et des faits qui retournent tes attaques contre toi et qui mettent directement en cause ta crédibilité, ton honnêteté et ton sens des valeurs. C’est autrement plus grave Pierre, et c’est là-dessus que tu es attendu.


[1] http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/220612/haines-et-baleines

[2] http://www.japonation.com/actualites-japon/wikileaks-le-japon-voulait-abattre-sea-shepherd-7949

[3] http://www.smh.com.au/environment/whale-watch/diplomats-quick-to-put-japan-in-the-clear-over-sinking-20110107-19itr.html

[4] http://www.seashepherd.fr/news-and-media/news-130215-1.html

[5] http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/375159/la-pire-chasse-a-la-baleine-au-japon-depuis-1987-selon-tokyo

[6] http://www.lemonde.fr/japon/article/2012/06/15/le-japon-accumule-les-stocks-invendus-de-viande-de-baleine_1719154_1492975.html

[7] http://media1.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/375159/la-pire-chasse-a-la-baleine-au-japon-depuis-1987-selon-tokyo

[8] http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/375159/la-pire-chasse-a-la-baleine-au-japon-depuis-1987-selon-tokyo

[9] http://www.seashepherd.fr/news-and-media/news-120630-1.html

 

 

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