Commentary and Editorial

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Jeudi, 23 Janvier 2014 16:05

La science sanguinaire des chasseurs de baleines

Par le capitaine Siddharth Chakravarty, Capitaine du Steve Irwin

Le capitaine Siddharth Chakravarty. Photo: Eliza MuirheadLe capitaine Siddharth Chakravarty. Photo: Eliza MuirheadSelon des estimations conservatrices, entre 1904 et 1987, 1 339 232 baleines ont été tuées par les flottes baleinières commerciales en Antarctique. Ce qui fait une moyenne de 16000 baleines par an – année après année – pendant 83 ans.

Les navires en maraude ont exterminé une espèce de baleines après l’autre, par ordre décroissant de taille, jusqu’à ce que leur activité soit suspendue par le moratoire de 1986/87 sur la chasse commerciale à la baleine. A ce moment-là, l’industrie baleinière avait déjà décimé les populations de baleines à fanons de l’Océan Austral.

Au début le Japon s’est opposé au moratoire, mais très vite il a lancé un programme baleinier "scientifique" dans l’Antarctique. Le Japon affirme que la chasse qu’il pratique dans l’Océan Austral est de la vraie "science". Sea Shepherd, de son côté, affirme que leur "science" est un leurre, et voici les raisons pour lesquelles nous sommes certains que leurs activités baleinières ont un but commercial.

Dans ses projets baleiniers scientifiques, l’Institut japonais de Recherche sur les Cétacés (ICR) expose des idées ridicules, dont voici quelques exemples:

1.  ICR: Initialement, il y avait 200000 baleines bleues en Antarctique, mais leur nombre a été fortement réduit par la sur-chasse, et il est interdit de les tuer depuis 1964. Cependant, quarante ans après, il en reste toujours moins de 2000, et les populations sont loin d’avoir atteint un niveau raisonnable de régénération (Branch. et al., 2004). Dans la Zone IV de l’Océan Austral, on a vu autant de baleines à bosse que de baleines de Minke de l’Antarctique (Ishikawa et al., 2004). Nous devrions travailler sur un projet de gestion qui permette la régénération des populations des baleines bleues.

Sid Chakravarty: l’ICR admet que la chasse excessive a réduit le nombre de baleines bleues. Le terme "gestion" veut dire en fait tuer les baleines de Minke et les baleines à bosse, dans l’illusion que tuer plus de baleines dans l’écosystème antarctique permettrait le retour de la baleine bleue.

2.  ICR: Plus de quarante ans ont passé depuis cet important déclin des populations de baleines bleues, mais cette espèce reste à un très bas niveau d’abondance, même si récemment on remarque des signes d’augmentation. Il est possible que leur niche ait été entièrement occupée par la baleine de Minke de l’Antarctique et par d’autres espèces de baleines dont les populations montrent une tendance à l’augmentation depuis quelques années. Pour remédier à cette situation, dont les racines sont anthropogéniques, toutes les options de gestion devraient être considérées.

Sid Chakravarty: l’ICR tire la conclusion que la prise de petites espèces de baleines est impérative pour permettre la régénération des populations de baleines bleues. Voici la preuve mathématique que leur approche n’a aucun sens:

La chasse commerciale à la baleine a causé la mort d’environ 331664 baleines bleues en 52 ans. Ceci signifie que, si les déclarations de l’ICR sur l’abondance des baleines de Minke sont exactes, la biomasse des baleines bleues aurait dû permettre à la population de baleines de Minke d’approcher les deux millions. Or le nombre de baleines de Minke dans l’Océan Austral ne représente qu’une fraction de ce nombre, ce qui veut dire que les baleines bleues ont suffisamment de possibilités de se multiplier sans qu’il soit nécessaire de tuer de baleines de Minke.

3.  Pour l’avenir, la Commission Baleinière Internationale devra prendre en compte une approche de gestion multi-espèces dans l’Océan Austral, où se trouvent les plus grandes ressources de baleines au monde, pour la conservation et l’exploitation durable de ces ressources. Une gestion multi-espèces devrait également permettre la régénération des populations des espèces en voie de disparition.

Sid Chakravarty: Se basant sur l’hypothèse erronée que l’élimination des baleines de Minke permettra aux autres grandes baleines de se régénérer, l’ICR suggère qu’à partir du moment où on constatera une tendance à l’augmentation des quantités, la prise de grandes baleines devrait être autorisée. Il est notable que les termes "conservation" et "exploitation durable" soient mentionnés dans la même phrase. "Exploiter durablement", qui veut dire en fait "tuer", n’est pas une option envisageable pour un stock de baleines déjà en voie d’épuisement.

 4.  Bien que le Comité Scientifique de la CBI ait fini de rédiger la Procédure de Gestion Révisée pour la régulation de la chasse commerciale en 1992 (CBI, 1993), à l’exception des opérations conduites par la Norvège, qui avait émis une objection, la chasse baleinière sur la base de la PGR n’a pas repris à ce jour. La PGR démontre une inquiétude exagérée au sujet de la protection des stocks de baleines, et par conséquent elle est trop conservatrice en termes d’utilisation rationnelle des ressources.

Sid Chakravarty: L’ICR s’inquiète de ce que le Comité Scientifique de la Commission Baleinière Internationale, qui , de son propre aveu, est la plus haute autorité au monde sur les Cétacés, se montre trop conservateur. Si l’approche de la CBI vise à protéger les baleines, et que l’ICR n’adhère pas à cette vision, alors par défaut l’ICR n’a aucun intérêt à se préoccuper de la conservation des baleines dans un sanctuaire baleinier.

5.  ICR: On assiste à des changements significatifs dans l’environnement au niveau mondial qui pourraient affecter les populations de baleines. Il faut également observer comment les cétacés s’adaptent au réchauffement climatique ainsi que les variations induites par les activités humaines dans la structure de l’écosystème pour fournir une base scientifique à une gestion exhaustive des stocks de baleines, y compris par le contrôle des populations de baleines si besoin est.

Sid Chakravarty: Le fait que l’augmentation de la température de l’eau de mer soit à l’origine d’une baisse des quantités de krill en Antarctique a déjà été largement débattu. Cette évolution se fait au détriment de la croissance des stocks de baleines, car le krill est la première source d’alimentation de toutes les baleines à fanons. Avec des stocks de baleine en diminution suite à la disparition de leur principale source d’alimentation, la suggestion de l’ICR de contrôler les populations de baleines à coups de harpon est ridicule.

6.   ICR: ll paraît également plausible que la prise d’une seule espèce de baleines puisse avoir des effets positifs sur la régénération d’autres populations. Il est par exemple possible et souhaitable, par des prélèvements sélectifs, d’accélérer le retour des baleines bleues et des rorquals communs à leur niveau d’abondance passé, quand ils étaient les espèces dominantes.

Sid Chakravarty: l’ICR utilise le terme "plausible", qui signifie raisonnable. Des "prélèvements sélectifs" impliquent qu’on tue des baleines. Il n’est pas raisonnable de penser que tuer encore plus de baleines remplacera la perte d’un million de baleines bleues et de rorquals communs qui ont été abattus pendant des années de chasse commerciale.

7.   ICR: En ce qui concerne les futurs objectifs de gestion: des objectifs possibles de gestion comprendraient: maintien de la situation actuelle, en d’autres termes, préservation des abondances relatives actuelles d’espèces de baleines; promotion de l’abondance relative d’espèces à haute valeur économique; ou accélération de la régénération des populations de baleines bleues et de rorquals communs.

Sid Chakravarty: Les intentions de l’ICR sont très claires – tant qu’il y aura abondance de baleines de Minke, ils les exploiteront commercialement. Si la diminution des baleines de Minke permet le retour des baleines bleues et des rorquals communs, ceux-ci deviendront eux aussi une cible, puisque les grandes baleines sont celles qui ont la plus forte valeur économique. Plus de viande, c’est tout simplement plus de profit.

L’ICR donne beaucoup de prétextes et applique souvent deux poids, deux mesures pour déguiser ses activités de chasse commerciale. Pour commencer, leur science est une coquille vide et ne vise qu’à tromper le système. L’intervalle de temps entre le moment où la chasse commerciale a cessé et celui où le projet ci-dessus a été mis en œuvre est trop court pour permettre une évaluation des stocks de baleines et de la compétition existant entre les espèces. Et, quiconque qui, pendant un bref moment, croirait à la légitimité de la science de l’ICR, devrait examiner quel est le but de cette science telle qu’elle est exercée. Ce n’est pas pour faire revivre les stocks épuisés. Ce n’est sûrement pas pour ramener les baleines de l’Antarctique à leur niveau d’abondance d’avant la chasse. Et, très certainement, ce n’est pas pour la conservation des baleines. Elle n’a qu’un et un seul but: la recherche du profit, le commerce hideux de la viande de baleine.

Une baleine à bosse de l’Antarctique, visée par la flotte baleinière japonaise. Photo: Elisa MuirheadUne baleine à bosse de l’Antarctique, visée par la flotte baleinière japonaise. Photo: Elisa MuirheadLe Sanctuaire Baleinier de l’Océan Austral est né d’une idée de conservation. Il a été conçu pour permettre aux baleines de prospérer. Il est fondé sur le remords d’avoir supprimé la vie de plus de 1,3 millions de baleines. Il a été créé après que la communauté internationale a reconnu que les baleines avaient besoin d’un havre sûr.

Le Japon n’a pas tué 1,3 million de baleines tout seul, mais il a joué un rôle. Il doit prendre sa part de responsabilité dans ce terrible massacre. Il doit respecter l’idéologie qui se trouve derrière le sanctuaire. Il doit cesser la chasse commerciale. La seule chose que le Japon puisse faire pour permettre le retour de baleines, c’est de quitter le sanctuaire. Alors le miracle de la nature sauvage se manifestera à nouveau, et l’équilibre de l’écosystème sera restauré. Une fausse science n’est pas une issue.

Que l’opération soit appelée "science" ou "recherche", et le massacre "prélèvement", "gestion", "exploitation sélective" ou "utilisation des ressources", pour les baleines cela ne signifie que la mort. La mort n’a pas sa place dans un sanctuaire, et si la flotte baleinière japonaise ne peut pas tirer cette conclusion simple, alors, en tant qu’individus, c’est à nous qu’échoit l’obligation morale et éthique de les en empêcher jusqu’à ce qu’ils cessent d’eux-mêmes.

Quant aux baleiniers japonais, je citerai Bob Brown, le directeur de campagne de l’opération Relentless: "Ce qui vous excite, c’est l’idée perverse, dont certains ne se défont jamais, que vous êtes plus proches de la suprématie sur la nature si vous tuez d’autres créatures plus grandes, plus rapides ou plus mystérieuses que vous, aussi inoffensives, amicales et sans méfiance soient-elles."

 Le pont sanglant des baleiniers japonais – Photo: Tim Watters L’une des 935 baleines de Minke que la flotte japonaise projette de tuer – Photo: Marianna Baldo
 Le pont sanglant des baleiniers japonais – Photo: Tim Watters  L’une des 935 baleines de Minke que la flotte japonaise projette de tuer – Photo: Marianna Baldo
 

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