Commentary and Editorial

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Mardi, 22 Avril 2014 03:04

Le programme japonais de massacre de baleines dans le nord-ouest du Pacifique "à des fins non scientifiques" pourrait commencer plus tard ce mois-ci.

Commentaire de Erwin Vermeulen

Baleine de Minke, principale cible de la chasse japonaise dans le N-O du pacifique.  Photo: Erwin Vermeulen/Sea ShepherdBaleine de Minke, principale cible de la chasse japonaise dans le N-O du pacifique. Photo: Erwin Vermeulen/Sea ShepherdLa décision de la Cour Internationale de Justice (CIJ) du 31 mars a donné un coup dévastateur à l’industrie baleinière japonaise. Cette décision déterminante de la Cour établit que le Programme japonais de recherche scientifique sur les baleines dans l’antarctique ("JARPAII"), n’avait pas été mené aux seules fins de recherches scientifiques. Elle a ordonnée que le Japon révoque les permis donnés dans le cadre de JARPA II à des fins scientifiques et qu’il s’abstienne de délivrer toute autre autorisation dans le cadre de ce programme.

L’institut Japonais de Recherche sur les Cétacés (ICR) a montré de façon ostensible son désaccord avec cette décision; il a déposé un mémoire la semaine dernière indiquant son intention de reprendre le massacre des baleines dans l’Océan Austral pour 2015-2016 sur la base d’un tout nouveau programme de "recherche" et cherchera à obtenir une injonction permanente contre Sea Shepherd.

Un autre exemple du complet mépris du Japon vis-à-vis des souhaits de la communauté internationale pourrait bientôt être révélé, puisque le programme japonais de recherche scientifique sur les baleines dans le nord-ouest du Pacifique ("JARPNII"), doit démarrer ce mois-ci. D’après le Japan Times, dans un article du 17 avril, "le départ de la flotte baleinière pour le nord-ouest du Pacifique a été repoussé au 26 avril au lieu du mardi 22, en raison du désaccord entre le Ministère des Affaires Étrangères et l’Agence de la Pêche suite à la décision de la Cour Internationale de Justice qui, après avoir déclaré qu’elles n’avaient pas de fins scientifiques par nature, a ordonné au Japon le mois dernier, de mettre un terme à ses chasses "de recherche" dans l’océan Antarctique. Le Ministère des Affaires Étrangères s’inquiète du fait que les États anti-chasse pourraient entamer des poursuites pour mettre fin aux pêches baleinières dans le nord-ouest du Pacifique, si le Japon chasse la baleine dans cette partie du monde également, juste après la décision de la CIJ. L’agence de la Pêche insiste pour que la chasse à la baleine se poursuive dans le nord-ouest du pacifique, mais en réduisant son objectif de capture à 60 baleines. Ce report "pourrait aussi être lié à la visite de trois jours au Japon du président américain Barack Obama qui commence mercredi".

Bien que la décision de la CIJ ne concerne pas JARPN II, du fait que l’Australie et la Nouvelle-Zélande aient centré l’affaire sur "leurs" baleines dans leurs "eaux de prédilection", même le gouvernement japonais réalise que "la décision de la Cour pourrait s’appliquer à d’autres eaux en fonction des méthodes utilisées et du nombre de prises", selon un article du NHK World du 10 avril.

L’article ajoute: “Cette préoccupation pousse le gouvernement à évaluer ses procédures de recherches. Il prévoit de décider, dès la semaine prochaine s’il poursuit ses recherches dans le nord-ouest du pacifique. Certains membres du gouvernement estiment que le Japon doit poursuive ses recherches sur les baleines comme prévu. D’autres cependant, soulignent le fait que le Japon pourrait être à nouveau poursuivi s’il continue son programme sans prendre dûment en compte la décision de la Cour."

Immédiatement après la décision de la CIJ, le porte-parole de la délégation japonaise auprès de la Cour, Nori Shikata, a déclaré: “Notre programme dans le nord-ouest du pacifique n’est pas du ressort de l’instance qui se tient devant la cour, car il s’agit de deux programmes différents, et la décision ne saurait porter que sur le programme en Antarctique”.

Le 15 avril, avant une réunion avec le président de ICR, le ministre japonais de l’agriculture, de la forêt et de la pêche, Yoshimasa Hayashi, a exprimé sa volonté de poursuivre la chasse à la baleine dans le Pacifique en dépit de la décision de la CIJ. Il a annoncé qu’il était déterminé à "maintenir une politique ferme de préservation de la culture culinaire de la baleine et de sécurisation de l’approvisionnement de viande de baleine".

Le même jour, Kyodo Senpaku, propriétaire de la flotte baleinière japonaise, a déclaré qu’il avait demandé instamment au ministre de l’agriculture Yoshimasa Hayashi d’autoriser la chasse dans le Pacifique Nord, comme les autres années. "Le ministre nous a donné bon espoir en annonçant qu’il y réfléchirait sérieusement, puisque la recherche en elle-même n’était pas remise en cause".

Navires de JSTCW à Taiji. Photo: Erwin Vermeulen/Sea ShepherdNavires de JSTCW à Taiji. Photo: Erwin Vermeulen/Sea Shepherd

Mises à part la région géographique et les baleines visées, les programmes JARPN et JARPA sont parfaitement identiques eu égard à leurs objectifs, leurs élaborations et leurs histoires. C’est donc une part importante des motifs de la décision de la CIJ sur la chasse en antarctique qui peut s’appliquer directement au massacre du Nord-Ouest du pacifique:

  • Une cour ne trouverait aucune preuve d’études relatives au caractère scientifiquement ou pratiquement réalisable des méthodes non létales, pas plus qu’elle ne trouverait de preuve que le Japon a examiné s’il était possible de combiner une plus petite prise létale et une augmentation des échantillons non létaux en vue d’atteindre ses objectifs de recherche.
  • En ce qui concerne l’évaluation de JARPA (1988-2005) et de JARPA II (2005-2014) par la CIJ, une enquête de la cour sur JARPN (1994-1999) et JARPN II (de 2000- jusqu’à présent) révélera de nombreux points communs entre les sujets, les objectifs et les méthodes de ces deux programmes.
  • Tous les deux font état d’objectifs identiques tels que l’amélioration de la connaissance de la population, de sa structure et de son milieu nourricier.
  • Tout comme JARPA II, qui demandait une augmentation importante dans la taille des "échantillons" de baleines de Minke et l’échantillon létale d’espèces supplémentaires (baleines à bosse et rorqual commun) par rapport à JARPA, les quotas de pêche dans le nord-ouest du Pacifique sont passés de 100 baleines de Minke par an dans JARPN à 100 baleines de Minke, 50 rorquals de Bryde, et 10 cachalots dans JARPN II. En 2002 le quota des baleines de Minke est passé à 150 et 50 rorquals boréals ont été ajoutés. L’année suivante le quota des baleines de Minke est passé à 160 et celui du rorqual boréal était multiplié par deux pour atteindre les 100. En 2008, le programme proposé consistait dans la pêche de 340 baleines de Minke, 50 rorquals de Bryde, 100 rorquals boréals et 10 cachalots.
  • La CIJ a déterminé que les faiblesses de l’explication avancée par le Japon pour justifier sa décision de lancer JARPA II en y intégrant de nouveaux objectifs de capture avant que les résultats de JARPA n’aient fait l’objet d’une évaluation finale tendent à conforter l’idée que le choix des tailles d’échantillon et de la date de lancement de JARPA II n’obéissaient pas à des considérations purement scientifiques. On peut dire la même chose de la transition de JARPN à JARPN II.
  • La CIJ a noté trois aspects supplémentaires de JARPA II qui incitent à douter que JARPAII réponde aux critères d’un programme conduit en vue de recherches scientifiques: l’absence de limite dans le temps de ce programme, les apports scientifiques limités à ce jour et le manque de coopération entre JARPA II avec d’autres projets de recherche japonais et internationaux. Tous ces aspects s’appliquent à JARPN II.

Compte tenu de ces exemples, il est clair que si JARPN II était examiné par la CIJ ou tout autre cour en dehors de celles d’une nation pro-chasse, les conclusions de cette cour résonneraient avec celles de l’affaire JARPA II: "la cour conclut que les permis spéciaux délivrés par le Japon pour la chasse, la capture et le traitement des baleines dans le cadre de JARPA/N II n’ont pas de fins de recherches scientifiques conformément au paragraphe 1 de l’article VIII de la convention".

Par conséquent, le Japon aurait violé le moratoire non seulement en Antarctique mais aussi dans le nord-ouest du Pacifique.

Au-delà du débat juridique, il est bien évident pour toute personne faisant preuve de raison, que le programme japonais dans le nord-ouest du Pacifique dissimule la pêche à des fins commerciales, à l’instar du programme Antarctique.

Toujours est-il que dans la décision du juge, on trouve cette phrase: "La cour trouve que les activités de JARPAII sont susceptibles, pour certaines, d’être globalement qualifiées de recherches scientifiques". Quelle limite entendent-ils donner à la "globalité"?

Notre soif de connaissance nourrit la science. Toute recherche valable commence par une interrogation. Et cette question constitue le socle sur lequel les scientifiques bâtissent un programme de recherche qui pourrait leur fournir des réponses.

Le Japon n’a aucune question; il leur fallait dissimuler la poursuite de commerce de baleines derrière la science. Décider d’une issue était facile: la reprise du commerce de la baleine. Puis il a tiré les conclusions souhaitées: "il y a plein de baleines" et "ces baleines mangent nos poissons". Comme les baleines de l’Antarctique migrent au Sud pour se régaler de krill et non pas de poissons, il leur fallait trouver autre chose: "les baleines de Minke sont trop nombreuses et menacent le rétablissement de la baleine bleue. Elles doivent donc être abattues".

Appeler ça de la science, même globalement, est une obscènité.

Un point important que certains pourraient oublier à notre époque, où pour beaucoup la science a remplacé les dieux d’antan, est que dès qu’on qualifie une recherche de "scientifique", que ce soit fallacieux, réel ou approximatif, cela ne suffit pas à tout justifier! Il suffit de regarder la manière dont sont traités les animaux de laboratoire partout dans le monde pour comprendre que la science manque souvent de considération morale ou éthique. Dans la définition de la CIJ, même les expériences des médecins nazis pendant la seconde guerre mondiale dans les camps de concentration "étaient susceptibles, d’être globalement qualifiées de recherches scientifiques". Cela ne les rend pas justes pour autant.

Pour ce qui est de JARPN II, il y a une autre supercherie dans de déguisement de la chasse commerciale en chasse scientifique. En 1988, quand le Japon, sous la pression américaine, a levé son objection sur le moratoire du commerce de la chasse à la baleine, cela mit fin également à la petite chasse côtière à la baleine (JSTCW) pour les baleines de Minke, puisque les baleines de Minke sont l’une des 13 espèces parmi les plus grandes baleines qui entrent dans la compétence de la Commission Baleinière Internationale (CBI). En réponse au moratoire, quatre des neuf derniers navires de la JSTCW de Abashiri (préfecture d’Hokkaido), Ayukawa (préfecture de Miyagi), Wada (préfecture de Chiba) et Taiji (préfecture de Wakayama) cessèrent toute opération. Les autres navires continuèrent à tuer des globicéphales tropicaux, des dauphins de Risso, des baleines à bec de Baird dans les eaux territoriales du Japon, puisque ces "petits cétacés" n’étaient pas protégés par la réglementation de la CBI.

Depuis 1987, le Japon a tenté d’obtenir un quota de la CBI pour reprendre le massacre des baleines de Minke en vertu d’un régime de subsistance aborigène, qui existe pour les Inuits d’Alaska, les Tchouktches du nord-est de la Sibérie, les Groënlandais, et les populations indigènes de Bequia. La CBI a jusqu’à présent refusé d’accorder un quota pour les baleines de Minke pour la JSTCW, car elle considère qu’il s’agit d’une demande à des fins commerciales.

Pour contourner ce problème, l’ICR a ajouté un volet côtier au programme JARPN II en 2002. L’ ICR a signé un contrat avec l’association japonaise pour la petite chasse baleinière en vue de fournir des navires et des équipages pour participer aux opérations au large d’Ayukawa, aujourd’hui partie de Ishinomaki, (préfecture de Miyagi) d’avril à mai et au large de Kushiro (Hokkaido) en septembre et octobre pour abattre 60 baleines de Minke dans chaque secteur. L’ICR achète les baleines auprès de compagnies baleinières à un prix fixé puis revendent une partie de la viande à un tarif subventionné aux villes de la JSTCW.

A ce titre, les activités d’ICR dans le nord-ouest du Pacifique constituent une escroquerie encore plus grande que celles de l’Antarctique.

Voilà la chasse qui est sur le point de redémarrer le 22 avril, suivie un mois plus tard par le volet "offshore" qui comprend le dernier abattoir flottant de son genre, le Nisshin Maru et les bien connus Yushin.

Tout ceci pourrait être amorcé avant la réunion annuelle du comité scientifique de la CBI qui commence le 12 mai en Slovénie. Les membres du comité examineront très probablement la question de la légalité de JARPN II au regard de la décision de la CIJ sur JARPA II.

La communauté internationale ne peut pas laisser passer cela et autoriser le Japon à décrédibiliser ses accords et ses institutions. Il est temps que les dirigeants du monde décrochent leur téléphone pour expliquer à Tokyo en termes clairs pourquoi ils devraient garder leurs baleiniers au port.

 

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