Commentary and Editorial

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Lundi, 19 Mai 2014 06:40

Réponse à un critique non naturaliste de Blackfish

Par le capitaine Paul Watson

Voici ma réponse à Jordan Schaul et à sa défense de Sea World.

Sea World Orlando - Photo: Fred HsuSea World Orlando - Photo: Fred HsuJordan Schaul: La critique est bienvenue quand elle est justifiée, mais déformer sans arrêt la réalité pour s’acharner sur les opérateurs des parcs zoologiques commerciaux n’est pas seulement injuste, c’est déloyal.

Capitaine Paul Watson : Les critiques sur la façon dont Sea World traite les orques n’ont pas commencé avec le film Blackfish. Les critiques ont commencé dès le premier jour où Sea World a gardé une orque en captivité. Certes, Blackfish a contribué à renforcer l’opposition à Sea World, et ceux d’entre nous qui veulent voir les orques rester libres dans l’océan sont reconnaissants pour les vérités dévoilées dans Blackfish. Les critiques et l’opposition continueront jusqu’à ce que toutes les orques reçoivent le respect qu’elles méritent, et jusqu’à ce qu’elles puissent vivre libres en mer sans se faire maltraiter par les humains. Schaul dit que le film déforme la réalité, mais il ne prend pas la peine de dire à quel moment.

Jordan Schaul : Depuis la diffusion de Blackfish, Sea World est devenue une cible facile et l’entreprise est dans le viseur de gens qui ne savent absolument pas ce dont ils parlent. C’est très regrettable.

Capitaine Paul Watson : On n’a pas besoin d’en savoir beaucoup pour être contre l’esclavage des orques pour le divertissement du public. Tout ce qu’il faut savoir, c’est qu’elles sont devenues esclaves pour divertir le public. Depuis quand est-il nécessaire d’avoir des faits précis pour être contre l’esclavage? Il n’y a aucune justification à l’esclavage, ni à la captivité forcée, ni à la cruauté. Sea World est une cible pour la raison très simple qu’ils réduisent des orques en esclavage et qu’ils les maltraitent. Ce qui est malheureux, c’est qu’il y ait des gens comme Schaul qui ressentent le besoin de justifier l’esclavage.

En 1958, le zoo de Bruxelles a exposé des noirs dans des enclos où les visiteurs pouvaient leur donner des bananes. A l’époque on justifiait ça aussi par le côté éducatif. Les zoos humains étaient vraiment très communs par le passé. Fort heureusement, nous avons évolué depuis ces spectacles barbares et racistes. Mais l’orque, un être sensible hautement intelligent, socialement complexe et doté de conscience de soi, est exhibée de la même manière, et la génération suivante jugera cela tout aussi barbare et insensible.

Jordan Schaul : On dirait que beaucoup ont décidé de prendre le train en marche tout simplement parce qu’ils en avaient la possibilité. A propos, [en anglais] l’expression "prendre le train en marche" - "jump on the band wagon" - fait référence à un orchestre de cirque – c’est tiré d’une autobiographie de P.T. Barnum. Pour continuer dans cette digression j’ajouterai que Sea World a été comparée à un cirque, mais le seul cirque qu’il y a, à mon avis, c’est celui que les médias font autour de Blackfish. Oui, les parcs marins de Sea World montrent des spectacles avec des animaux et des hommes, mais jusqu’à maintenant la mission de Sea World a été très différente de celle d’un cirque conventionnel.

Capitaine Paul Watson : Intéressant. Schaul utilise l’expression "prendre le train en marche" puis fait le lien avec le cirque. Pour quelle raison il en vient à parler de cela, cela m’échappe. De plus en plus de gens sont informés grâce à Blackfish, et la prise de conscience a tendance à provoquer l’activisme. L’éducation, ce n’est pas prendre un train en marche. Il n’empêche que Sea World est effectivement un cirque. On demande aux gens de payer pour regarder d’autres gens se produire avec des animaux, et à l’exception du Cirque du Soleil, c’est bien la définition d’un cirque.

Jordan Schaul : Sea World a contribué à faire des orques une icône emblématique des écosystèmes océaniques. Les quatre parcs d’origine ont suscité de l’intérêt pour la vie marine dans tout le territoire des Etats-Unis. Les clients viennent de loin pour voir les animaux marins. Les parcs Sea World ont peut-être eu un impact régional plus important que tout autre établissement zoologique pour faire prendre conscience aux gens que nous ne sommes pas tout seuls sur cette planète.

Capitaine Paul Watson : Sea World s’occupe de divertissement, pas d’éducation. Les gens regardent des orques faire des choses qu’elles ne feraient jamais à l’état sauvage. On n’y voit rien d’éducatif sur la chasse à la baleine, l’abattage des dauphins, la pollution océanique ou la surpêche. A la réalité des océans, on a substitué un conte de fées montrant des orques qui jouent avec les humains. La contribution de Sea World à l’éducation sur la vie sauvage marine est bien mince. On peut en apprendre beaucoup plus en regardant des films ou via le whale watching. Je suis allé à Sea World San Diego (j’ai même eu une entrée VIP gratuite), et je n’ai rien vu qui permette d’apprendre des choses sur les orques, à quelque titre que ce soit, à part qu’on leur fait faire des tours idiots. Je n’ai rien vu d’éducatif sur le massacre des globicéphales aux Féroé ou les dauphins de Taiji. Je n’ai rien vu d’éducatif sur les menaces pour la survie des baleines et des dauphins dans la nature. J’en suis parti sans avoir rien appris, si ce n’est à quel point cet endroit est terrible.

Jordan Schaul : J’ai grandi dans le nord-est de l’Ohio, pas très loin du Sea World de l’Ohio. Le parc avait été construit loin du littoral de l’Atlantique et du Pacifique, dans le but d’attirer les gens qui vivent dans les états de l’intérieur des terres. Et effectivement, des gens venant de tout le Midwest sont venus visiter le parc marin "local" ouvert pendant la saison. Ce qui est intéressant, c’est que l’établissement a accueilli en un seul été plus de visiteurs que les trois autres parcs du groupe. Par contraste, les gens allant au zoo de Cleveland venaient presque exclusivement de l’agglomération de Cleveland. Cela démontre que la portée de ces parcs marins était et reste étonnante. Tout le monde ne peut pas se permettre de passer des vacances coûteuses sur l’une des côtes américaines, ni de voyager dans des endroits plus exotiques pour participer à des activités d’écotourisme marin comme le whale watching.

Capitaine Paul Watson : Si c’est vrai, alors quelle excuse y a-t-il pour Sea World San Diego, puisqu’on peut y voir les baleines depuis la plage? Est-ce que Schaul suggère qu’il faudrait des Sea World dans l’Iowa, le Colorado ou l’Arkansas ? Ce sont aussi des endroits éloignés de la mer, pourtant je n’hésiterais pas à affirmer que la connaissance générale sur les orques n’est pas plus grande à Cleveland qu’à Denver.

Jordan Schaul : J’ai eu la grande chance de voir des groupes d’orques ou l’aileron dorsal de baleines tueuses émerger à la surface de l’eau dans trois océans. Je n’ai jamais vu un seul animal en entier, ni même un quart, dans la nature.

Capitaine Paul Watson : Schaul se dit naturaliste, mais il n’a pas vu grand-chose. J’ai vu bien des baleines, en entier, dans la mer, aussi bien en surface qu’au-dessous. J’ai vu des orques, des baleines à bosse, des cachalots et des baleines de Minke venir à la surface. Je suis allé dans l’eau avec eux, et bien que je sache que tout le monde ne peut avoir une telle chance, il y a ce petit appareil qu’on peut emmener avec soi, qui s’appelle une caméra, et c’est étonnant tout ce qu’on peut enregistrer avec ça.

Jordan Schaul : Rien ne peut remplacer l’accessibilité et la proximité d’animaux sauvages captifs dans les parcs marins. Et par conséquent, sans le moindre doute, les parcs Sea World ont contribué à l’éducation populaire. Si je n’étais jamais allé à Sea World, je n’aurais jamais aspiré à travailler avec des mammifères marins dans des programmes de conservation en captivité ou dans la nature.

Affiche du film BlackfishCapitaine Paul Watson : Je pense que Schaul dit bien où il se situe lorsqu’il déclare que, s’il n’était jamais allé à Sea World, il n’aurait jamais aspiré à travailler avec des mammifères marins. C’est le mot "avec" qui illustre toute la différence entre nous. Je ne travaille pas avec la faune sauvage marine. Je travaille POUR la faune sauvage marine, et c’est la nature qui m’a inspiré, pas un cloaque de béton loin de la mer où les orques doivent nager dans leur propre merde devant des badauds béats qui applaudissent au spectacle. Schaul admet également qu’il collabore à des programmes captifs, il est donc payé pour se mettre du côté de Sea World. Il trouve un intérêt financier personnel à prendre la défense de Sea World.

Jordan Schaul : Ces parcs et les autres établissements zoologiques offrent d’extraordinaires et innombrables opportunités d’éducation informelle. Certes, on ne peut pas attendre d’un jeune visiteur de Sea World qu’il soit capable d’écrire une thèse sur la bioacoustique des mammifères marins en sortant du parc, mais je pense qu’il serait capable de faire la relation entre les mammifères marins et le plus grand biome de la terre – l’océan. Vous ne pouvez pas savoir combien de ceux qui critiquent Sea World n’ont aucune connaissance même basique de la biologie des mammifères marins. C’est en partie parce qu’ils n’ont jamais visité un parc marin. Malheureusement ils sont les premiersà donner leur avis sans qu’on le leur demande. Beaucoup de personnes font une distinction entre le divertissement et l’éducation. J’engagerais volontiers le débat là-dessus, car à mon avis les choses ne sont pas si tranchées.

Sea World n’offre sans doute pas à ses visiteurs des conférences quotidiennes de niveau universitaire sur l’état des écosystèmes marins. Mais, rien qu’en observant les animaux marins en interaction avec les gens, on en apprend beaucoup sur leurs capacités cognitives étonnantes, et cela plus que toute autre chose peut motiver les gens à s’engager pour la protection des écosystèmes marins.

Capitaine Paul Watson : Schaul ne prend pas la peine de citer une seule des opportunités extraordinaires de sa liste, si longue qu’elles sont innombrables. Il présume que tous les opposants qui critiquent Sea World ne sont jamais allés à Sea World et sont donc "incultes". De mon côté je pense qu’aller à Sea World n’a rien à voir avec de l’éducation. Sea World n’enseigne pas la réalité des océans, il fait passer la fiction pour de la réalité, comme les orques qui font ce qu’elles ne feraient jamais dans la nature. Je doute fort qu’il y ait beaucoup de partisans de Sea World qui puissent parler de la biologie des mammifères marins grâce au seul fait d’être resté assis sur un siège à se faire éclabousser par une orque.

Jordan Schaul : Revenons à Blackfish… C’est ce docudrame et tout le battage médiatique autour du film et ce que je considère comme de la "propagande anti-captivité" qui a engendré toute cette polarisation négative sur Sea World. Je n’ai pas vu Blackfish, parce que les producteurs l’ont présenté spécifiquement comme un "thriller psychologique", et qu’ils l’ont comparé au film Grizzly Man. J’ai été membre du conseil de Grizzly People, la fondation qui a soutenu le travail de "Grizzly Man" - Timothy Treadwell. Ce film était effectivement un thriller psychologique destiné au divertissement des spectateurs. Il n’a pas été fait pour passer sur PBS*. Pareillement, le but de Blackfish était d’en faire un instrument de divertissement. A la base, il n’a jamais été question d’en faire un documentaire.

Capitaine Paul Watson : Schaul dit qu’il n’a pas vu Blackfish, pourtant il affirme qu’il "déforme la réalité", sans pour autant citer une seule de ces déformations dans son article. Quant à Tim Treadwell et à "Grizzly Man", je peux affirmer que Tim Treadwell était l’un de mes amis, et qu’il a été membre d’équipage pour une campagne Sea Shepherd (massacre des phoques au Canada 1998). Je pense que Grizzly Man était un grand film et un portrait fidèle de Tim Treadwell. Je ne comprends pas ce que veut dire Schaul quand il dit qu’il n’a pas été fait pour passer sur PBS. Et pourquoi pas? C’était un film sur un homme unique en son genre, qui avait des affinités avec les grizzlys. Qu’est-ce qu’il y a là-dedans d’inconciliable avec PBS? Il est intéressant que Schaul soit au conseil de Grizzly People, alors qu’apparemment il n’est pas au courant que Tim Treadwell était parfaitement contre l’esclavage des orques par Sea World, bien des années avant la diffusion de Blackfish.

Après avoir admis qu’il n’a pas vu Blackfish, Schaul affirme qu’il n’a pas été réalisé comme documentaire, mais comme divertissement. Je pourrais répondre que tous les films sont divertissants, parce que je pense qu’apprendre est une forme de divertissement. Il n’a aucune idée des raisons pour lesquelles il a été réalisé, puisqu’il admet ne l’avoir jamais vu.

Mais comme il croit que faire sauter des orques à travers des cerceaux, c’est de l’éducation, je réalise qu’il n’a pas les idées très claires quand il s’agit de faire la différence entre le divertissement et l’éducation.

Cependant il y a deux choses en particulier que Schaul ne mentionne pas, c’est d’une part le fait qu’un dresseur a été tué par une orque. C’est l’événement qui a inspiré le film. Il l’aurait su s’il avait vu le film.

D’autre part, pas une seule fois, pendant qu’il prend la défense de Sea World, il n’a reconnu que les orques sont des êtres sensibles dotés de conscience. Pas une seule fois il n’a reconnu les souffrances que la captivité et les mauvais traitements font endurer à ces créatures. Pas une seule fois il n’a même laissé entendre qu’il éprouvait de l’empathie avec ces orques. Son article manquait totalement de compassion, et c’est précisément pour cela que Schaul ne peut pas comprendre l’opposition à Sea World.

Cette opposition repose sur l’empathie.

Vous voyez, M. Schaul, nous sentons leur souffrance, et c’est ça qui nous motive. Au contraire de vous, nous n’avons nul besoin de lécher les bottes de Sea World dans l’optique d’obtenir un job dans une prison. Au contraire de vous, nous voyons la situation telle qu’elle est – l’esclavage cruel et injustifié d’un être magnifique et hautement intelligent dont la place devrait être dans l’océan et pas dans un bassin de béton à faire des tours ridicules contre quelques poissons morts pour une bande de spectateurs trop paresseux pour lire un livre, regarder un film ou aller faire du whale watching.

Mais bien sûr, cela dépasse les capacités de compréhension d’un non-naturaliste comme vous.

* PBS est une chaîne de télévision publique américaine proposant des programmes éducatifs

 

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