Commentary and Editorial

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Samedi, 23 Août 2014 13:24

Shark Week Special, le côté obscur de Shark Week

par Cate Faehrmann, présidente de Sea Shepherd Australie

Visuel Shark WeekShark Week (semaine des requins) de Discovery Channel est un phénomène mondial. C’était au début une série de documentaires éducatifs prévus pour une semaine en 1988, peu après le lancement de la chaine. La série est aujourd’hui diffusée dans 72 pays et est devenue la plus longue émission du câble jamais créée.

Le mot #SharkWeek sur Twitter laisse apparaitre un grand nombre de posts #savesharks de la part d’organisations du monde entier dédiées à la protection des requins. En revanche, #Sharkweek Special dirige vers des restaurants qui ont une conception de Shark Week toute différente. Des plats comme les Mako Tacos servis à la Wild Goose Tavern en Californie et le Mako Grillé sauce mangue au Boston Beanery à Morgantown sont fièrement mis en avant. Pour dissiper le doute, le tweet de Boston Beanery annonce en plus: "Du vrai requin! Un délice!"

Certains ont reproché à Discovery Channel de ne pas parler assez de la question des requins dans Shark Week, dont le nombre a chuté de 90% sur la planète. Toutefois, la demande croissante en viande de requin cette semaine n’est pas une surprise vu que de nombreux gouvernements renâclent à consacrer à cet animal, et à d’autres espèces marines, l’attention qu’ils méritent selon moi.

Requin Mako - photo: Jeremy Stafford-DeitschRequin Mako - photo: Jeremy Stafford-DeitschLe requin Mako ou requin-taupe bleu finit malheureusement sur les fourchettes de nombreux restaurants. Il est pourtant classé "vulnérable" sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN. De même que le tigre et le paresseux pygmée à trois doigts. Imaginez que l’on serve des tacos de tigre en pleine semaine des espèces en danger. Peut-être qu’il serait tout de même précisé "Ce n’est PAS du véritable TIGRE!"

Alors que le monde continue de croire que l’océan n’est qu’un garde-manger géant, une réserve de protéines infinie pour nous humains, de nombreuses espèces de poissons, dont les requins, se retrouvent au bord de l’extinction, si ce n’est pire. Cela prouve que les poissonneries et les supermarchés continuent de vendre des espèces menacées et en danger d’extinction aux consommateurs inconscients, qui sont passés aux œufs et au poulet de plein-air depuis des années. Cela prouve aussi que de nombreux restaurants, qui n’achètent que du porc de plein-air et du poulet bio, ne réfléchissent pas avant de proposer du thon rouge ou de l’hoplostète orange (souvent vendu comme perche d’eau profonde), deux espèces pourtant menacées.

Les populations de requins sont en chute libre. On estime que 273 millions d’entre eux sont tués chaque année dans le monde, principalement pour leurs ailerons. Les requins ont une croissance lente et se reproduisent tardivement, ce qui les rend particulièrement sensible à la surexploitation. Les experts prédisent que le taux actuel de pêche aux requins aura des répercussions pendant de nombreuses années, parce qu’ils auront beaucoup de difficultés à se relever d’une telle prédation de la part de l’homme.

Si l’on se fie au tollé général contre le programme d’abattage des requins du gouvernement d’Australie-Occidentale, alors nous sommes une nation qui aime ses requins. Pourtant, bien que l’Australie ait interdit le shark-finning, qui consiste à couper les ailerons d’un requin encore vivant et rejeté ensuite à la mer, nous contribuons toujours à l’offre et à la demande en ailerons dans notre région.

En Australie, certaines pêcheries sont spécialisées dans le requin. En 2012, alors ministre fédéral de l’environnement, Tony Burke a accordé à la pêcherie East Coast In-Shore Fin une extension de permis de 3 ans pour pêcher 600 tonnes, soit environ 78 000 requins chaque année. La plupart d’entre eux seront capturés dans le Parc de la Grande Barrière de Corail et beaucoup seront exportés.

Des données transmises à la Société Australienne de Conservation Marine conformément à la loi sur la liberté d’information, montrent que sur l’exercice fiscal 2011-12, l’Australie a exporté 178 tonnes d’ailerons de requins vers Hong Kong, les Philippines et Singapour, ce qui équivaut à 13 300 tonnes de requins entiers.

Il est en revanche impossible de connaître les quantités importées, par manque de données. Il suffit cependant de se promener dans n’importe quel quartier chinois de nos grandes villes pour avoir une idée de la quantité d’ailerons de requins achetés et consommés ici aussi.

Malgré tout, une nouvelle encourageante arrive de Chine: la demande en ailerons de requin diminue à mesure que les classes moyennes prennent conscience du problème et le gouvernement chinois a même décidé l’interdiction de la soupe d’ailerons de requin dans ses réceptions officielles d’ici à trois ans.

Le documentaire à la fois puissant et dérangeant du réalisateur canadien Rob Stewart, Sharkwater, montre la multitude de toits utilisés au Costa Rica pour sécher les ailerons à côté d’entrepôts improvisés sur ces mêmes toits. Le film illustre à quel point ce commerce est lucratif et combien il est difficile d’y mettre finPourtant, nous le devons. Les requins jouent un rôle absolument essentiel dans la santé globale de nos océans. Retirez les top prédateurs de n’importe quel écosystème et l’ensemble sera déstabilisé très rapidement. Les chaines alimentaires se retrouvent altérées et des espèces entières disparaissent.

Rassemblement à Cottesloe Beach pour protester contre l’abattage des requinsRassemblement à Cottesloe Beach pour protester contre l’abattage des requins

L’Australie doit montrer l’exemple et cesser de contribuer à l’offre et la demande de l’aileron de requin dans la région. Il est temps de classer les produits issus des requins, dont les ailerons, au même rang que l’ivoire et la poudre de corne de rhinocéros.

Cela implique de fermer les pêcheries qui ciblent les requins, arrêter l’exportation d’ailerons et interdire leur importation au niveau national. Il faudrait donc établir des mesures compensatoires pour les entreprises et les communautés directement affectées.

Que les requins puissent être si vénérés et célébrés d’une part et, à l’inverse, si goulument dévorés comme aux États-Unis et en Australie, montre le chemin qu’il reste à parcourir.

Nous devons ouvrir les yeux sur ce problème au plus vite.

J’ai fait hier un commentaire sur Facebook pour alerter la Wild Goose Tavern que le requin mako servi dans leurs tacos était inscrit sur la liste rouge de l’UICN. Mon commentaire a été supprimé dans la nuit.

 

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