Commentary and Editorial

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Vendredi, 03 Octobre 2014 07:32

L’autre massacre des îles Féroé: l’abattage en masse des oiseaux

Par Erwin Vermeulen

Les oiseaux de mer font malheureusement partie des "familles" d’oiseaux les plus menacées de la planète. Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenLes oiseaux de mer font malheureusement partie des "familles" d’oiseaux les plus menacées de la planète. Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenUne croissance lente et des réserves importantes de graisse sont caractéristiques des poussins de nombreuses espèces d’oiseaux pélagiques. Elles pourraient résulter de leur adaptation, au cours de l’évolution,au fait que leurs parents les nourrissent peu fréquemment et à un rythme imprévisible, tandis que la production accrue de chaleur et l’isolation a libéré les adultes de l’obligation de couver.

C’est l’une des grandes tactiques de survie de la nature, toutefois relativement inefficace, car les poussins bien gras ont toujours attiré les chasseurs-cueilleurs. Historiquement, on capturait les oiseaux pour leur chair, leurs œufs, leur peau, et leur duvet. On les "récolte" toujours pour ces mêmes raisons, sauf peut-être pour leur peau, mais les méthodes ont évolué au cours du temps. Des moyens plus efficaces exposent les oiseaux de mer à la surexploitation.

Par nature, la plupart des oiseaux de mer sont sensibles à la mortalité des adultes parce qu’ils ne font que de petites nichées et que leur maturité est tardive, et aussi parce qu’ils sont exposés à des conditions météo extrêmes. Jusqu’au 20ème siècle, les communautés humaines étaient de petite taille, elles chassaient surtout sur des bateaux sans moteur, qui n’avaient en général qu’un impact limité sur les populations d’oiseaux. Depuis, la croissance de la population humaine, disposant de moyens de transport mécaniques et de fusils puissants, a accru la pression de la chasse sur les populations d’oiseaux de mer.

Les oiseaux de mer sont des "membres" importants des écosystèmes marins. Le nombre d’oiseaux de mer peut servir d’indicateur des stocks de poisson, ou de l’état de l’écosystème marin en général.

Des pétrels fulmars récemment emplumés sont ramassés par des bateaux à l’aide d’une grande épuisette – Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenDes pétrels fulmars récemment emplumés sont ramassés par des bateaux à l’aide d’une grande épuisette – Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenMalheureusement, les oiseaux de mer font aussi partie des "familles" d’oiseaux les plus menacées de la planète. La plupart des oiseaux de mer vivent plusieurs dizaines d’années et se reproduisent lentement. La prise accidentelle dans les appareillages de pêche constitue la cause principale de mortalité pour les oiseaux adultes en bonne santé. En Islande, le voisin nordique des Féroé, environ 120000 oiseaux meurent chaque année dans les filets dérivants. Il n’y a pas de chiffres connus pour les prises accessoires de la pêche industrielle féringienne.

Il y a une menace relativement récente: les changements écologiques à grande échelle, liés au climat, ont rompu la chaîne alimentaire dans les eaux du Nord. La distribution de certaines sources de nourriture marine, dont dépendent les oiseaux de mer, est en train de se modifier suite au changement climatique. Dans l’Atlantique nord, le décalage vers le nord du plancton et des copépodes affecte le nombre et la distribution de certaines espèces de poisson qui sont importantes pour les oiseaux de mer, en particulier les lançons. On pense que ces changements sont la cause des manques massifs de reproduction des oiseaux de mer en Islande, aux Féroé, en Ecosse et en Norvège, qu’on remarque depuis 2004.

Ces dernières années, on a vu de moins en moins d’oiseaux dans les colonies, et les populations locales sont en difficulté, élevant peu de poussins. C’est le cas aux îles Féroé.

Certains étés, les rares sternes arctiques à s’être reproduites ont abandonné leurs œufs et leurs petits, qui sont morts. Les mouettes ont eu quelques petits qui sont allés jusqu’à l’emplumage, la question est de savoir si ces jeunes survivront à leur premier hiver, compte tenu des mauvaises conditions dans lesquelles ils ont débuté leur vie. Parfois, le vent de mer rejette sur les plages des macareux, morts ou à demi morts de faim.

2014 marquera la dixième année d’une série où les macareux des Féroé ne trouvent aucune nourriture ou pratiquement aucune. Au cours des dix dernières années, les chasseurs locaux n’ont attrapé que des oiseaux en période de reproduction, si bien qu’il n’y a pas eu de jeunes. Cela signifie une diminution de la population encore plus importante que ce qui se passerait dans des années normales de mauvaise reproduction.

Des études faites à Rost en Norvège montrent que le nombre de macareux y baisse de 7% par an. A ce rythme, il n’y aura plus de macareux aux Féroé vers 2025 si on continue à les chasser. Officiellement les macareux sont désormais protégés, mais nos volontaires à terre aux Féroé voient encore des macareux "récoltés" dans les villages.

Les macareux ne sont pas les seules espèces à être chassées. A terre, la façon traditionnelle "d’oiseler" est d’utiliser le Fleygastong – un filet entre deux bras fins sur un long manche. On l’utilise pour chasser les macareux et les pétrels fulmars. En mer, les pétrels fulmars récemment emplumés sont attrapés en bateau à l’aide d’une grande épuisette. Le tir au fusil est pratiqué en hiver en mer, les espèces qu’on chasse ainsi sont les cormorans, les guillemots, les pingouins et les macareux. Les guillemots communs et les macareux ont été extrêmement importants pendant des générations.

des années les pétrels fulmars sont les prises les plus importantes, avec une chasse annuelle de 50000 à 100000 oiseaux – Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenDepuis des années les pétrels fulmars sont les prises les plus importantes, avec une chasse annuelle de 50000 à 100000 oiseaux – Photo: Sea Shepherd/Erwin Vermeulen

Autrefois le guillemot commun était la cible la plus importante, mais sa population a commencé à décliner fortement vers la fin des années cinquante. Aujourd’hui il est interdit de ramasser des œufs de guillemot commun sans autorisation du musée féringien d’histoire naturelle. On ramasse chaque année un total de 1000 à 2000 œufs de guillemot commun.

Il y a environ 2400 couples de fous de Bassan qui nichent à Mykineshólmur, Píka et Flatidrangur à Mykines, l’île des Féroé située le plus à l’ouest. Chaque année, de fin août à début septembre, des hommes de Mykines attrapent plusieurs centaines de poussins déjà emplumés, appelés "grásúla". Les cadavres sont partagés entre les propriétaires des terrains et les chasseurs.

A Skugvoy, on continue dans une certaine mesure à pratiquer la chasse traditionnelle aux oiseaux de mer et le ramassage de poussins de puffins des Anglais. Des études y montrent une baisse du taux de reproduction et du nombre d’oiseaux.

Une fois que les macareux et les guillemots ont pratiquement disparu, ce sont les pétrels fulmars qui ont été le plus chassés au cours des dernières années, avec une prise annuelle de 50000 à 100000 oiseaux, surtout des jeunes récemment emplumés. Comme les pêcheurs l’ont bien compris, lorsqu’une espèce a disparu, il suffit d’accentuer la chasse des espèces qui restent.

De nombreux bateaux attrapent entre 100 et 300 jeunes pétrels fulmars par jour – Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenDe nombreux bateaux attrapent entre 100 et 300 jeunes pétrels fulmars par jour – Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenParent des albatros et des puffins, ressemblant au goéland, le pétrel fulmar ou fulmar boréal est un oiseau des mers septentrionales. C’est un oiseau qui vit longtemps – plus de 30 ans – et qui commence à se reproduire à un âge exceptionnellement avancé pour un oiseau. La plupart ne se reproduisent pas avant d’avoir 8 à 12 ans. Le pétrel fulmar est monogame, et le couple se forme pour des années. Il revient année après année sur le même site de nidification. Le fulmar boréal se reproduit sur des falaises abruptes, pondant en mai un œuf unique. C’est pendant ce même mois que les œufs sont "récoltés" à plusieurs endroits des îles Féroé.

Les fulmars boréaux sont actuellement parmi les oiseaux de mer les plus nombreux dans l’hémisphère nord, avec une population estimée à entre 5 et 7 millions de couples.

Les pêcheurs commerciaux les connaissent bien comme charognards se nourrissant des abats rejetés en mer par les bateaux de pêche et les baleiniers. On a longtemps pensé que cette adaptation à l’expansion rapide de la pêche et de la chasse baleinière au cours du siècle dernier avait stimulé l’augmentation de la population de fulmars, et maintenant que de nouvelles méthodes mécanisées de traitement du poisson en mer ont réduit la quantité de déchets, le nombre de ces oiseaux baisse à nouveau.

De nouvelles études suggèrent que, même si les déchets déversés par les pêcheries représentent une source de nourriture importante pour les pétrels fulmars à certains endroits, ils ne furent pas la seule cause de l’expansion de leur population. Une explication très logique que les chasseurs n’aiment pas entendre est que cette expansion pourrait être le résultat d’une diminution de la prédation humaine. Au 17ème siècle, on pensait que, en-dehors de l’Arctique, on ne les trouvait qu’a deux endroits: St Kilda dans les Hébrides Extérieures et Grimsey au nord de l’Islande. Au cours des 19ème et 20ème siècles, les pétrels fulmars ont colonisé les côtes de l’île principale d’Islande en partant de Grimsey, et ils ont aussi colonisé les îles Féroé entre 1816 et 1839. Au début du 20ème siècle, les îliens d’Islande, des Féroé et de St Kilda ont chassé les pétrels fulmars pour fournir à la communauté de l’huile, du duvet et de la viande.

Les statistiques du gouvernement islandais montrent des prises annuelles ente 20000 et 60000. Les estimations des prises féringiennes dans les années 1930 sont même plus élevées, avec 80000 par an, et celles de St Kilda se situent dans les 6000-10000. A la fin des années 1930, ces quantités ont baissé radicalement partout, à St Kilda, en Islande comme aux Féroé. St Kilda a été évacuée, et la législation en Islande et aux Féroé a interdit de prélever les jeunes pétrels fulmars après qu’ils ont été identifiés comme source d’infection à la psittacose, avec pour conséquence une expansion rapide de leur population.

Au cours des trente années passées, les niveaux de prélèvement ont baissé radicalement aux Féroé, en Islande et au Groenland, jusqu’à 50%. On suppose que cela résulte de la combinaison d’une réglementation plus restrictive de la chasse et du déclin des populations d’oiseaux de mer.

La chasse au pétrel fulmar commence vers la troisième semaine d’août et dure jusqu’à la seconde semaine de septembre. De nombreux bateaux attrapent entre 100 et 300 jeunes chaque jour, et les bateaux proches de villes telles que Hvannasund, à proximité des plus grandes colonies de pétrels fulmars, prennent jusqu’à 900 jeunes chaque jour.

Certains hommes tuent les oiseaux en les faisant tournoyer pendant qu’ils les tiennent par la tête; d’autres leur arrachent la tête d’un seul coup – Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenCertains hommes tuent les oiseaux en les faisant tournoyer pendant qu’ils les tiennent par la tête; d’autres leur arrachent la tête d’un seul coup – Photo: Sea Shepherd/Erwin VermeulenPendant que nous patrouillions avec le Brigitte Bardot et les petits bateaux, nous pouvions voir les habitants ramasser des centaines de poussins de pétrel fulmar chaque jour. Les jeunes savent se défendre, ils s’éloignent des navires en pataugeant et en battant des ailes, et ils résistent aux attaques des skuas, mais ils ne peuvent rien contre des bateaux rapides, facilement manœuvrables, et les filets accrochés à des longs manches. Certains hommes tuent les oiseaux en les faisant tournoyer pendant qu’ils les tiennent par la tête, d’autres leur arrachent la tête d’un seul coup.

Pendant le grind de Sandur, le bateau de recherche, de sauvetage et de patrouille de pêche Brimil n’était pas là pour le défendre contre les volontaires de Sea Shepherd, comme cela avait été le cas pendant le grind manqué de Hvalba, quelques semaines plus tôt. Au lieu de cela, le Brimil avait mis ses deux canots à l’eau, et l’équipage s’était équipé de filets pour tuer les pétrels fulmars au nord de l’île Vagar.

Tous ces bateaux qui sortent pour tuer des pétrels représentent aussi une menace pour les globicéphales. Août est statistiquement le mois le plus sanglant du grind pour une bonne raison. Les bateaux des tueurs d’oiseaux préviennent quand ils voient des globicéphales, et participent au grind.

Bien que de nouveaux articles affirment qu’il y a beaucoup plus de "havhestaugum" (poussins de pétrel fulmar) cette année que pendant les trois années précédentes, et que leur nombre est aussi au-dessus de la moyenne des 14 dernières années, le nombre des pétrels fulmars des îles Féroé est en forte baisse depuis vingt ans.

On peut tirer un parallèle intéressant entre la chasse au pétrel et la chasse au globicéphale: la consommation de leur chair expose les habitants à des risques sanitaires.

Chlamydophila psittaci a été détecté dans 10% des 431 pétrels examinés aux Féroé en 1999. La maladie d’origine bactérienne se transmet aux oiseaux et aux mammifères par inhalation, par contact ou par ingestion. Souvent, la psittacose commence chez les oiseaux et les humains par des symptômes grippaux et évolue en une pneumonie qui peut être mortelle. Pendant l’hiver 1929-1930, de grandes épidémies de chlamydophilose (psittacose) ont sévi en Europe et aux Etats-Unis. Aux Féroé, 174 cas de contamination humaine ont été déclarés entre 1930 et 1938. Le taux de mortalité humaine était de 20% et était spécialement élevé – 80% - chez les femmes enceintes. La maladie avait sa source en Argentine, et s’était exportée avec des transports d’oiseaux de volière. Des perroquets infectés et morts avaient été jetés par-dessus bord pendant le voyage et c’est de cette façon que les pétrels fulmars ont été contaminés. Le premier cas humain aux Féroé est apparu sur l’île située la plus au sud, Suduroy. De 1933 à 1938, plusieurs graves épidémies se déclarèrent à Sandoy et sur d’autres îles.

En Islande, les premiers cas de chlamydophilose humaine liés aux pétrels fulmars ont été identifiés sur les îles Vestmanna en 1939. On a rapporté six cas en tous. Tous ont été contaminés après avoir préparé des oiseaux pour la consommation humaine. Suite à ces épidémies, la chasse aux pétrels fulmars pour la consommation humaine a été interdite en 1938, et l’interdiction est restée en vigueur aux Féroé jusqu’en 1954.

Si cela peut aider à mettre fin au massacre, très bien, mais ce n’est pas seulement parce que la consommation de ces animaux est nocive pour la santé humaine qu’il faut renoncer à cette chasse. Des changements complets et complexes sont en cours dans l’écosystème marin, soulignant plus que jamais la nécessité de gérer tous les facteurs qui affectent les oiseaux de mer et les mammifères marins: le changement climatique, la pêche commerciale, les marées noires et l’exploration pétrolière, la chasse et la pollution.

Il n’y a aucune statistique de chasse aux Féroé, et peu d’estimations des populations, si bien que parler de chasse durable n’est que vaine parole. Pour ceux qui ont vu les falaises à oiseaux des Shetlands ou du Spitzberg, il est clair que celles des Féroé font pâle figure en comparaison.

Aujourd’hui, comme les globicéphales, les oiseaux sont chassés pour des raisons de culture et de loisirs, plus que pour assurer une base de subsistance.

Avec toutes les autres menaces auxquelles font face les oiseaux de mer et les mammifères marins, ces vestiges barbares doivent disparaître!

 

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