Commentary and Editorial

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Jeudi, 30 Octobre 2014 09:24

Tuer les requins protégés par la liste rouge de l’UICN est-il dans l’intérêt national de l’Australie?

Par Natalie Banks, Coordinatrice de la campagne Requins de Sea Shepherd Australie Occidentale

Un requin gît au fond de la mer à Perth, touché par une tête explosive – Photo: Tim WattersUn requin gît au fond de la mer à Perth, touché par une tête explosive – Photo: Tim WattersL’Australie Occidentale a récemment suspendu son programme de drum-lines, principalement suite à une recommandation émise par l’Agence de protection de l’environnement de l’Etat à cause de l’impact incertain du programme sur l’environnement marin. Suite à cette recommandation, les ministres de l’Environnement locaux et fédéraux ont été priés de prendre une décision définitive sur le programme. Cependant, à la dernière minute (et sans doute après des discussions musclées entre les deux ministères), le gouvernement d’Australie Occidentale a retiré sa demande d’examen du programme.

Ce n’est qu’après plusieurs heures que la raison principale de ce retrait a été rendue publique : un accord a été pris à huis clos, autorisant le gouvernement d’Australie Occidentale, agissant seul et sans intervention fédérale, à capturer et tuer des espèces de requins vulnérables et protégées lorsqu’il y a menace imminente. Comment on définit une menace imminente, cela reste justement à définir, mais si on se base sur les directives antérieures, ces mesures pourraient être prises lorsqu’un requin est aperçu près du rivage, ou lorsqu’un accident fait une victime humaine, qu’il soit mortel ou non. Dans ce but, le gouvernement fédéral a délivré au gouvernement d’Australie Occidentale une dérogation pour capturer et tuer des grands requins blancs, qui sont protégés. Le grand requin blanc est sur la liste rouge de l’UICN, qui liste les espèces en danger d’extinction. Cette dérogation est attribuée parce qu’elle serait dans "l’intérêt national" de l’Australie, bien qu’un plan de reconstitution des grands requins blancs soit en cours depuis un an.

Dans ce qui semble une tentative d’avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre, le gouvernement fédéral a ignoré délibérément ce qui a conduit à mettre en place en 2013 le plan de reconstitution des grands requins blancs, la raison principale étant le déclin des populations suite à la baisse de la reproduction et à la pression importante exercée par l’industrie de la pêche commerciale australienne. Il a donc décidé que, bien qu’il n’y ait plus qu’environ 700 grands blancs en âge de se reproduire dans le sud-ouest, et qu’environ 100 grands blancs soient tués chaque année par la pêche commerciale, il est dans l’intérêt national de l’Australie d’en tuer encore plus, sachant que c’est la politique de contrôle des requins qui est l’une des deux causes principales du déclin du grand blanc.

Mais ce qui a été laissé commodément de côté dans ce débat, c’est pourquoi il en va de l’intérêt national de l’Australie de protéger le grand requin blanc. En tant que super-prédateurs, les grands blancs suppriment les animaux marins faibles ou malades, permettant à l’océan de rester un milieu sain.

Suite à la chute du nombre de requins dans l’Atlantique nord au début des années 2000, les populations de raies se sont multipliées par dix, entraînant une forte consommation de coquilles Saint-Jacques, de palourdes et d’huîtres, au point que la pêche à la coquille Saint-Jacques s’est complètement effondrée après plus d’un siècle d’activité. Les coquillages filtrent nos océans en se nourrissant du phytoplancton qu’ils trouvent dans les eaux, et contribuent ainsi à maintenir la qualité de l’eau.

Si le nombre de requins blancs devait encore baisser, on pourrait assister à une augmentation du nombre de phoques, avec pour conséquence une pression accrue sur les pêcheries. Appellerait-on alors à l’abattage des phoques? Laissons les requins se charger de maintenir l’équilibre et la bonne santé de nos océans, ainsi qu’ils le font depuis 450 millions d’années, sans intervention du gouvernement.

Le manque de grands blancs et d’autres requins dans un secteur entraînera des modifications du comportement de créatures marines comme les raies, les phoques, les dugongs et les tortues qui consomment du poisson, des coquillages et des végétaux marins. Des effets en cascade pourraient éradiquer des écosystèmes marins entiers. En maintenant l’équilibre de ces écosystèmes, les requins contrôlent les floraisons d’algues, les zones mortes et la bonne santé des récifs coralliens qui font partie des écosystèmes marins.

C’est pourquoi il faut se demander en quoi le fait de tuer des requins serait dans l’intérêt national australien, surtout qu’on peut parer à une menace imminente en fermant la plage, comme cela se pratique dans les Nouvelles Galles du Sud et au Cap en Afrique du Sud. Ne serait-ce pas au contraire dans l’intérêt national de l’Australie d’adhérer au plan de reconstitution du grand requin blanc, pour s’assurer que les océans restent en bonne santé? Il faut aller au-delà des solutions toutes faites et du court terme. La politique gouvernementale doit retourner à ses bases, adopter une approche holistique et mettre en place des solutions validées scientifiquement. Après tout, le premier ministre d’Australie Occidentale est aussi ministre de la Science, et le rôle d’un ministre de l’Environnement est de protéger notre environnement pour les générations futures.

 

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