Commentary and Editorial

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Vendredi, 06 Février 2015 16:23

Réponse aux critiques de deux universitaires tasmaniennes

Réponse du fondateur de Sea Shepherd, le capitaine Paul Watson

Retrait d’un immense filet maillant abandonné par le Thunder. Photo de dossierRetrait d’un immense filet maillant abandonné par le Thunder - Photo de dossierJe me vois à nouveau obligé de répondre au Dr. Julia Jabour de l’Institut des études marines et de l'Antarctique et à Indi Hodgson-Johnston de l’université de Tasmanie, qui continuent à critiquer l’Opération Icefish dans le journal tasmanien Mercury. Il est vrai qu’elles ont modéré leur condamnation au vu du succès de l’action de Sea Shepherd contre le navire braconnier Thunder, mais elles continuent à insinuer que Sea Shepherd "fait de la pêche illégale" en récupérant le filet maillant abandonné.

La semaine dernière, la marine néo-zélandaise a intercepté trois des six navires notoirement braconniers de légine dans l’Océan Austral, à la suite de l’interception, un mois plus tôt, d’un quatrième navire braconnier, le plus connu de tous, le navire Thunder battant pavillon nigérian.

La marine néo-zélandaise prétend être incapable de stopper les navires braconniers. Les braconniers ont continué à poser et remonter leurs filets sous le nez des navires de la marine, ces derniers attendant la "permission" de leur gouvernement pour intervenir.

Pas un seul navire braconnier de légine n’a été intercepté depuis 2003, lorsque le navire du gouvernement australien Southern Supporter a pris en chasse le navire braconnier uruguayen Viarsa I pendant 21 jours. La poursuite du Thunder par le navire Bob Barker de Sea Shepherd a duré plus longtemps, établissant un nouveau record mondial de la plus longue poursuite d’un navire de pêche illégale.

Quoi qu’il en soit, je dois répondre point par point aux "experts" Jabour et Hodgson-Johnston.

Je reconnais le besoin des universitaires de se justifier en tant qu’experts. Pour réussir leur carrière, ils doivent conseiller les gouvernements et les industriels. Ils ont besoin de publier et de prendre la parole pour défendre leurs clients.

En revanche, Sea Shepherd ne conseille ni les gouvernements ni les industriels. Nos clients sont les êtres vivants peuplant la mer. Nos clients sont donc, dans ce cas, les légines.

Je ne comprends pas pourquoi Jabour et Hodgson-Johnston estiment nécessaire de se désigner elles-mêmes comme critiques experts de l’Opération Icefish. Quel objectif constructif souhaitent-elles atteindre en agissant de la sorte ?

Il s’agit d’une situation simple de défenseurs de l’environnement s’opposant à des braconniers. Elles disent que Sea Shepherd a des a priori contre les braconniers. Cela signifie-t-il qu’elles n’ont pas d’a priori contre les braconniers, je n’en suis pas sûr, mais il paraît évident qu’elles en ont contre Sea Shepherd et l’Opération Icefish

L’ARTICLE

Jabour/Hodgson-Johnston : Le face-à-face entre Sea Shepherd et le Thunder, navire de pêche de légine battant pavillon nigérian, met en avant le problème de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée.

Capitaine Paul Watson : En effet, ce problème a ainsi été mis en avant et je suis heureux de voir que nos deux experts sont au moins d’accord avec cela.

Indi Hodgson-Johnston : Les activités de pêche des navires tels que le Thunder ne sont pas durables et ne touchent pas que leur cible.

Capitaine Paul Watson : Il semble que ce soit un autre point sur lequel nous sommes d’accord.

LE BATEAU DE PÊCHE LE PLUS RECHERCHÉ DE L’ANTARCTIQUE POURSUIVI PAR SEA SHEPHERD

Indi Hodgson-Johnston : Tandis que les critiques abondent de la part des personnes soutenant Sea Shepherd concernant les problèmes engendrés par la pêche dans l’Océan Austral, ces activités sont, en fait, des vestiges isolés d’évènements autrefois fréquents. Et ceci grâce aux inlassables efforts de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) basée à Hobart afin de régler ce problème. Actuellement, moins de 10 navires illégaux, non déclarés et non réglementés sont répertoriés dans la zone de pêche de la CCAMLR.

Capitaine Paul Watson : Ces " vestiges", comme elles les appellent, continuent à exploiter la légine par centaines de tonnes, car les profits des braconniers se mesurent en dizaines de millions de dollars. Et dans certains cas, ils continuent à recevoir des subventions de la part des gouvernements à travers les divers échelons de structure des groupes qui contrôlent leurs opérations. Si un seul navire comme le Thunder peut poser des filets maillants sur 100 kilomètres, cela représente un potentiel total de près de 2000 kilomètres de filets, et cela non pas une seule fois mais de façon répétée durant toute la saison. Ces filets sont des armes de destruction massive au niveau biologique et écologique. Je ne qualifierais pas ces opérations d’insignifiantes. Un filet de 100 kilomètres n’est pas une menace insignifiante. S’il n’est pas mis fin à ce problème et que celui-ci persiste, cela signifie qu’une menace majeure continue à planer sur la survie des espèces.

Indi Hodgson-Johnston : Cela est minime comparé aux problèmes sévissant au large de l’Afrique de l’Ouest, où les actions anarchiques et éhontées de pêche illégale sont monnaie courante.

Capitaine Paul Watson : C’est précisément pour cette raison que Sea Shepherd a mené des opérations au large du Sénégal, de l’Afrique du Sud et du Cap-Vert. La pêche illégale est un problème mondial, mais ce que les experts australiens veulent dire ici c’est que, tandis que certains bancs sont pillés en Australie, bien plus de bancs se font piller dans d’autres endroits. Le mouvement Sea Shepherd opère à l’échelle mondiale. Il est insinué ici que Sea Shepherd devrait s’occuper d’autres problèmes au lieu de s’opposer à la pêche illégale dans l’Océan Austral. Elles démontrent leur ignorance des nombreux problèmes sur lesquels se penche Sea Shepherd et de tous les lieux où le mouvement agit.

Indi Hodgson-Johnston : La pêche illégale, non déclarée et non réglementée est un réseau transnational et complexe de crime organisé, de pratiques non durables, et les problèmes juridictionnels abondent dans ce domaine.

Capitaine Paul Watson : C’est un euphémisme, et il faut y ajouter les problèmes de bureaucratie et le jeu des intérêts financiers personnels.

Indi Hodgson-Johnston : Les lois pour combattre cette pratique sont complexes et frustrantes, particulièrement en haute mer, là où la réglementation n’arrive pas à suivre les pratiques de pêche modernes.

Capitaine Paul Watson : Les lois sont complexes et frustrantes lorsqu’elles sont rendues confuses par les politiques et la bureaucratie. La situation est simple. Les navires de pêche non réglementés doivent être stoppés et leur équipement abandonné doit être confisqué, tout comme Sea Shepherd l’a fait avec le Thunder. Les politiques et la bureaucratie ont rendu les organismes chargés de l’application des lois impuissants. Cela a été illustré par le fait que, lorsque Sea Shepherd a intercepté le Thunder, les braconniers ont jeté leur équipement par-dessus bord et se sont enfuis, et ils sont toujours en fuite. Les trois braconniers interceptés par la marine néo-zélandaise ont simplement continué à pêcher et n’ont tenu aucun compte des navires militaires. Pourquoi ? Parce que, pour eux, la marine néo-zélandaise ne représente pas une menace.

Indi Hodgson-Johnston : Les actions de Sea Shepherd sont efficaces pour ce qui est d’attirer l’attention du public sur le problème et sont saluées par l’opinion publique.

Capitaine Paul Watson : C’est très gentil de leur part de le reconnaître. Il y a à peine un peu plus d’un mois, elles disaient que Sea Shepherd ne pouvait contribuer en rien à résoudre ce problème.

Indi Hodgson-Johnston : Même les pêcheurs légaux ont félicité Sea Shepherd, malgré la déclaration de Paul Watson, selon laquelle les légines ne devraient pas se faire tuer juste pour "être servies dans les dîners chics".

Capitaine Paul Watson : Oui, bien sûr qu’ils soutiennent les actions de Sea Shepherd, puisque Sea Shepherd est une organisation anti-braconnage. Sea Shepherd n’est pas, par définition, une organisation anti-pêche. Nous ne sommes même pas une organisation de protestation. Nous combattons les criminels. Mon choix personnel de ne pas manger de poisson n’a rien à voir avec les objectifs de Sea Shepherd. Je suis sûr que la COLTO (Coalition of Legal Toothfish Operators, association des pêcheurs légaux de légine) s’inquiète plus au sujet du braconnage que de mon choix personnel de ne pas manger de bar chilien.

Indi Hodgson-Johnston : Nous estimons toutefois que les mécanismes qui finiront par aboutir à des condamnations pénales dans le cadre du combat contre ce problème mondial sont l’amélioration de la pratique juridique et de la collecte de preuves, le développement de technologies de contrôle et de surveillance efficaces, la mise en place du pouvoir légal des États du pavillon et des États du port dans les régions exploitées par ces opérateurs de pêche.

Capitaine Paul Watson : Tout ceci est très bien et Sea Shepherd soutient à 100 % tout ce qui qui est fait pour limiter la pêche illégale. Dans le même temps, il subsiste des activités de braconnage destructrices qui demeurent hors du champ d’application de la loi. Nous disposons des preuves et la surveillance est en place. Ce qui manque, c’est la volonté politique et économique de s’attaquer aux braconniers, en particulier dans les eaux internationales.

Indi Hodgson-Johnston : La couverture médiatique invoque la confusion et l’indignation devant l’inertie des autorités.

Capitaine Paul Watson : Et elles font ainsi connaître leurs opinions aux médias afin de contribuer encore plus à la confusion et à l’indignation. Proférer des accusations ridicules selon lesquelles le fait de confisquer un filet maillant abandonné constitue de la pêche illégale, cela est non seulement source de confusion, mais c’est aussi complètement ridicule et c’est le genre de chose qui déclenche la colère parmi l’opinion publique.

Indi Hodgson-Johnston : Légalement, les gouvernements australien et néo-zélandais sont freinés dans leur volonté d’éradiquer ce type de pêche dans l’Océan Austral, parce que le Thunder pêche en haute mer.

Capitaine Paul Watson : L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont freinés par leurs politiciens et leurs bureaucrates. C’est pourquoi les braconniers ne prennent pas la marine néo-zélandaise très au sérieux.

Indi Hodgson-Johnston : On peut cependant considérer que la tâche la plus importante à accomplir pour traiter ce problème est d’améliorer et de remettre en question le cadre juridique existant — le système sur lequel Sea Shepherd espère pouvoir un jour s’appuyer lorsqu’ils demandent aux autorités de poursuivre le Thunder pour infraction pénale.

Capitaine Paul Watson : Bien sûr que le cadre juridique existant est à améliorer, car il est évident qu’il n’a plus aucune efficacité.

Indi Hodgson-Johnston : Cette expertise est spécifiquement tirée de notre expérience personnelle en mer, de nos recherches scientifiques, de notre pratique juridique internationale et de nos années d’expérience des lois et politiques s’appliquant à l’Océan Austral.

Capitaine Paul Watson : Sea Shepherd a 40 ans d’expérience dans la lutte contre le braconnage en haute mer et 12 ans d’expérience dans l’Océan Austral. Ce que nous avons découvert, c’est que les braconniers réagissent mieux aux interventions offensives.

Indi Hodgson-Johnston : Le face-à-face entre Sea Shepherd et le navire de pêche à la légine battant pavillon nigérian Thunder met en avant le problème de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée.

La situation se déroulant actuellement entre le Thunder et les navires battant pavillon néerlandais de Sea Shepherd, le Bob Barker et le Sam Simon, met en évidence la nécessité de poursuivre l’enquête juridique et multidisciplinaire promulguée par les chercheurs de l’Institut des études marines et de l'Antarctique.

Capitaine Paul Watson : Chez Sea Shepherd, nous sommes ravis d’aider à mettre le problème en évidence.

Indi Hodgson-Johnston : Le 17 décembre, les personnes à bord du navire de Sea Shepherd Bob Barker ont dit avoir "arrêté" le Thunder dans la riche zone de pêche du plateau de Kerguelen, près de l’Antarctique.

Le capitaine du Bob Barker n’avait aucune autorité pour conduire la prétendue "arrestation citoyenne", puisqu’aucune loi de ce genre n’existe en haute mer.

Capitaine Paul Watson : Le capitaine et l’équipage du Thunder ont réagi de manière très positive à l’annonce de leur "arrestation". Ils se sont enfuis et ont abandonné tous leurs filets maillants dans l’Océan Austral. Ce n’est pas le genre de réaction que l’on pourrait attendre d’une opération légale. L’autorité de Sea Shepherd a simplement été reconnue par le fait que le Thunder a réagi sous l’influence de l’autorité déclarée par Sea Shepherd. Le Thunder a été intercepté sur le banc Banzare, et non sur le plateau de Kerguelen.

SELON LES EXPERTS, LES ARRESTATIONS DE SEA SHEPHERD EN HAUTE MER SERAIENT CONTRE-PRODUCTIVES

Indi Hodgson-Johnston : Paul Watson l’a lui-même admis sur sa page Facebook, cette "arrestation" avait pour unique but de faire de la publicité et d’attirer l’attention des médias.

Capitaine Paul Watson : Cet objectif a en effet été atteint.

Indi Hodgson-Johnston : Tandis que le Bob Barker suivait le Thunder, un autre navire de Sea Shepherd, le Sam Simon, restait sur place pour récupérer les filets maillants du Thunder.

La Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) contrôlant les activités de pêche dans l’Océan Austral considère, d’un point de vue technique, que le Sam Simon a pratiqué de la "pêche illégale", puisque son équipage a remonté les filets abandonnés, et que le fait de remonter des filets veut dire, par définition, pêcher.

Capitaine Paul Watson : Et voici la raison pour laquelle l’opinion publique est dans la confusion et l’indignation à cause d’organismes de réglementation tels que la CCAMLR. Ce qu’ils sont en train de dire ici, c’est que Sea Shepherd n’aurait pas dû remonter les filets mais aurait dû les laisser en place pour qu’ils continuent leur œuvre de destruction de la biodiversité. Si Sea Shepherd avait fait ce que les experts préconisent, nous aurions laissé 100 kilomètres de filets fantômes en mer qui auraient continué à décimer des espèces marines pendant des années. Accuser Sea Shepherd de pêche illégale pour avoir retiré une arme de destruction biologique et écologique massive, c’est complètement dément.

Indi Hodgson-Johnston : Les Pays-Bas ne sont pas totalement membres de la convention, car ils n’ont pas d’intérêts du point de vue de la pêche dans cette zone. En tant que nation responsable pour ce qui est de la pêche, ils ont adopté les mesures juridiques de la convention, mais les navires néerlandais ne peuvent être autorisés à pêcher par la CCAMLR.

Capitaine Paul Watson : Nous ne connaissons pas de navire enregistré auprès des Pays-Bas qui pêche dans l’Océan Austral. Elles insinuent que le Sam Simon est, par définition, un navire de pêche, puisque son équipage a retiré le filet abandonné. Encore une fois, ceci est le point de vue déformé de personnes dont la compréhension de la situation réelle ne va pas au-delà de leurs règlements.

Indi Hodgson-Johnston : Cette situation purement technique ne diminue en rien la valeur des informations collectées par le Sam Simon sur la nature destructrice de la pêche au moyen de filets maillants, une pratique interdite par la CCAMLR.

Capitaine Paul Watson : Eh bien, nous sommes heureux d’avoir pu rendre service. L’équipage du Sam Simon a décrit, pesé et mesuré chaque légine récupérée, et a également relevé par écrit les prises accessoires.

Indi Hodgson-Johnston : Puisque le Nigeria n’est pas membre de la CCAMLR, le Thunder n’est pas directement soumis à ses règles.

Capitaine Paul Watson : C’est précisément pour cette raison que Sea Shepherd a décidé d’obliger le Thunder à se soumettre aux règles. Le Thunder semble maintenant se soumettre aux règles.

Indi Hodgson-Johnston : Le Nigeria a toutefois ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et les dispositifs qui s’y rattachent. Cette loi est bien moins applicable.

Capitaine Paul Watson : Sea Shepherd vient juste de faire appliquer la loi. Que le Thunder trouve ou non un port où se réfugier, ils ont perdu leur équipement, leurs prises et les profits de leur saison, et le mot "profit" est quelque chose qu’ils comprennent très bien.

Indi Hodgson-Johnston : En tant qu’État du pavillon, le Nigeria a l’obligation de coopérer avec les organisations régionales telles que la CCAMLR, et leurs navires doivent avoir un permis et pêcher de façon responsable.

Capitaine Paul Watson : Nous n’attendons aucune coopération de la part d’un pays qui accueille les arnaqueurs d’internet, les massacres de civils et le commerce de la viande de brousse. C’est précisément pour cette raison que Sea Shepherd a dû intervenir. De plus, l’implication du Nigeria se limite apparemment à toucher de l’argent en contrepartie du pavillon autorisant le Thunder à naviguer. Ils ne défendront pas les "droits" des criminels qui battent leur pavillon ; enfin, à moins qu’ils ne reçoivent un autre pot-de-vin conséquent

Indi Hodgson-Johnston : Cependant, ces lois sont globalement rédigées de telle sorte qu’elles aboutissent rarement à des condamnations devant les tribunaux internationaux ou les juridictions nationales.

Capitaine Paul Watson : Sea Shepherd n’a pas l’intention de faire condamner qui que ce soit. Sea Shepherd a l’intention de mettre fin aux activités des braconniers.

Indi Hodgson-Johnston : Les interprétations larges des lois internationales sont monnaie courante.

Sea Shepherd a déclaré mener "la plus longue poursuite de l’histoire". Ils ne sont pas à la "poursuite" du Thunder selon quelque définition juridique que ce soit, à la différence par exemple de la poursuite du Viarsa en 2003.

Capitaine Paul Watson : Le capitaine du Thunder semble bien penser qu’il s’agit d’une poursuite. Il agit de toute évidence comme quelqu’un qui est poursuivi. Il a tenté de semer le Bob Barker dans une région de glaces denses. Il a tenté de semer le Bob Barker dans des tempêtes et dans les deux cas, il a échoué. Cela fait plus d’un mois qu’il n’a attrapé aucun poisson et ne paraît pas avoir de destination. Je pense qu’il est juste de dire que ce n’est plus vraiment une "poursuite", parce que ces dernières semaines, le Thunder s’est enfui à la vitesse de pointe de trois nœuds pour d’économiser le carburant, en croyant vainement être plus endurant que le Bob Barker en mer.

Indi Hodgson-Johnston : Sans aucune autorité et son action se déroulant hors des eaux côtières, le Bob Barker est simplement en train de suivre le Thunder.

Capitaine Paul Watson : Oui, le Bob Barker va continuer à suivre le Thunder. Les braconniers ont tenté de se diriger vers le Mozambique mais lorsque Sea Shepherd en a averti le Mozambique, ce pays a établi un mandat d’arrêt contre le Thunder. Où que le Thunder aille, Sea Shepherd fera en sorte que le monde soit au courant si un port donne refuge à ces criminels.

Indi Hodgson-Johnston : L’inscription du Thunder sur la liste noire de la CCAMLR et l’émission d’une notice mauve par Interpol reflètent la ligne de démarcation délicate entre le fait de poursuivre quelqu’un en justice et celui de perpétuer une frustration juridique.

Capitaine Paul Watson : Sea Shepherd rend cette ligne de démarcation délicate un peu moins délicate.

Indi Hodgson-Johnston : Contrairement à ce que prétend Sea Shepherd, la notice mauve ne constitue pas un mandat d’arrestation imminente. Il s’agit plutôt d’un appel aux autorités pour contrôler le modus operandi du Thunder. Cela a pour but de rassembler des preuves et des informations provenant des juridictions nationales, afin de faire en sorte qu’une condamnation soit pratiquement assurée lorsque les éléments juridiques seront en place.

Capitaine Paul Watson : Sea Shepherd n’a jamais prétendu que la notice mauve constituait un mandat d’arrestation imminente. Mais le Mozambique a fait comprendre qu’il avait l’intention d’émettre un mandat d’arrêt.

Indi Hodgson-Johnston : Si le Bob Barker suit le Thunder dans un port, il est probable que leur demande de justice ne donnera pas de résultats à la hauteur des espérances.

Capitaine Paul Watson : Loin de là. Sea Shepherd ne s’attend jamais à grand chose de la part des gouvernements. Sea Shepherd a déjà obtenu une victoire majeure en privant le Thunder de ses filets, de ses prises et de ses profits.

Indi Hodgson-Johnston : Tandis que certains ports peuvent refuser l’entrée au Thunder et l’ont d’ailleurs déjà fait, les poursuites en justice sont difficiles, et les procès impliquant la pêche au niveau transnational sont longs et frustrants.

Capitaine Paul Watson : Oui, ne m’en parlez pas. Sea Shepherd est toujours en procès contre des braconniers de thon maltais depuis 2011, date à laquelle notre équipage a libéré 800 thons de leurs filets qu’ils avaient pêchés illégalement au large de la Lybie. Si ce que nous faisons était facile, tout le monde le ferait.

Indi Hodgson-Johnston : Les avocats de ces exploitants de navires sans scrupules s’appuient sur des aspects techniques concernant les juridictions, la recevabilité des preuves et l’interprétation des lois.

Capitaine Paul Watson : C’est précisément pour cela que Sea Shepherd est efficace. Les braconniers savent comment s’en sortir avec les juridictions, la recevabilité des preuves et l’interprétation des lois, mais ils ne semblent pas pouvoir contrer l’intervention de Sea Shepherd.

Indi Hodgson-Johnston : Il est peu probable que les preuves fournies par Sea Shepherd soient recevables devant les tribunaux en raison de leur absence d’autorité légale et de leur parti pris.

Capitaine Paul Watson : Sea Shepherd a des preuves de localisation par GPS, de la documentation sur les filets posés et les prises, et des preuves concernant les filets. Nous ne manquons pas de preuves. Pour ce qui est du parti pris, nous en avons, bien sûr. Nous sommes contre le braconnage, et c’est un parti pris que nous souhaiterions voir se manifester au sein de davantage de gouvernements.

Indi Hodgson-Johnston : Les sanctions ne sont pas toujours dissuasives, loin de là. Il n’est pas difficile pour les propriétaires de ces navires de payer les amendes ou d’éviter d’avoir à les payer en tirant parti du laxisme des contrôles, notamment des contrôles menés par les États du pavillon.

Capitaine Paul Watson : Nous sommes d’accord. Le Thunder a été libéré l’année dernière par l’Indonésie, avec ses prises, après avoir payé une amende de $ 90,000. Cette amende représentait une fraction de leurs profits. Mais Sea Shepherd les a privés des profits de toute une saison.

Indi Hodgson-Johnston : Si le Thunder est saisi, un autre navire prendra le relais.

Capitaine Paul Watson : En suivant cette logique, personne ne devrait entreprendre quoi que ce soit contre ce problème. Il s’agit d’une perspective éminemment défaitiste. S’ils le remplacent par un autre navire, Sea Shepherd se lancera tout simplement à la poursuite du navire de remplacement pour les priver une nouvelle fois de leurs profits.

Indi Hodgson-Johnston : Les problèmes actuels dans l’Océan Austral sont source de frustration pour les activistes comme pour les universitaires. Cependant, les améliorations dans la pratique des lois internationales, associées à une meilleure technologie et une prise de conscience accrue, permettront au bout du compte de refermer le piège sur les activités insidieuses de la pêche illégale.

Capitaine Paul Watson : Sea Shepherd n’a pas trouvé du tout que l’Opération Icefish était frustrante. Elle a été, au contraire, un énorme succès. Une opération de braconnage a été interceptée et stoppée, des filets ont été confisqués, des pertes de profits ont été infligées, et le problème a été exposé sur la scène internationale, notamment les connexions entre ces braconniers et l’Union européenne : liens avec l’Espagne et liens avec des subventions européennes.

 

Dr. Julia Jabour est maître de conférences à l’Institut des études marines et de l'Antarctique. Depuis 20 ans, elle rédige des articles et donne des conférences sur les lois et politiques en vigueur dans les régions polaires. Julia a enseigné dans des universités en Malaisie, au Vietnam, en Islande et en Nouvelle-Zélande. Elle s’est rendue six fois en Antarctique et a participé à des réunions consultatives du Traité sur l’Antarctique en tant que conseillère de la délégation australienne.

Indi Hodgson-Johnston prépare un doctorat au sein de l’Institut des études marines et de l'Antarctique, et est également conférencière et enseignante à l’université de Tasmanie. Elle travaille en tant que conseillère juridique pour le compte d’une entreprise internationale, et a assuré en mer différents rôles dans le domaine de la sécurité maritime.

 

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