Commentary and Editorial

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Jeudi, 26 Février 2015 15:06

Média : Cessez l’hystérie anti-requins !

Par Natalie Banks – Coordinatrice de la campagne Requins d’Australie Occidentale

Il y a aujourd’hui de nombreuses solutions pour limiter les accidents avec les requins – Cliquer pour agrandirIl y a aujourd’hui de nombreuses solutions pour limiter les accidents avec les requins – Cliquer pour agrandirLa façon dont les média couvrent un sujet a une influence considérable sur l’opinion publique. C’est pourquoi il est inquiétant, pour ceux qui s’impliquent dans la conservation du monde marin et des requins, de lire et d’entendre certains reportages récents sur des rencontres non désirées avec des requins. Bien qu’il soit prouvé scientifiquement que beaucoup d’espèces de requins risquent de disparaître, la plupart des reportages récents ont mis l’accent sur les risques que les requins font courir aux gens. Mais cela ne fait pas suite à un accident mortel récent ; une étude sur la façon dont les requins et leur conservation sont traités par les média australiens a établi qu’entre 2000 et 2010, les "attaques de requins" étaient au cœur de 58% de 300 articles sur les requins.

Bien qu’il arrive effectivement que des requins tuent des gens par erreur, il est en réalité extrêmement rare de voir un requin, de faire une rencontre non désirée, et de se faire mordre. Malgré tout ce que certains reportages voudraient nous faire croire, l’océan ne regorge pas de mâchoires claquantes, tapies dans l’ombre à l’endroit même où vous êtes sur le point de tremper votre gros orteil dans l’eau. En outre, comme nous l’avons dit dans notre article précédent, il existe toute une série de mesures préventives auxquelles les usagers peuvent recourir pour limiter leur vulnérabilité lors de ces rencontres fortuites et rares. De plus en plus d’espèces de requins sont déclarées en danger d’extinction, et il est temps de rétablir l’équilibre dans la communication, alors qu’en Australie seulement 15% des articles sur les requins traitent de leur conservation.

Terminologie – Danger, eaux "infestées" de requins !

Là où on dit "attaque de requin", la plupart des gens s’imaginent des blessures graves – mais souvent les média qualifient "d’attaque" des rencontres avec des requins qui n’ont donné lieu à aucun contact et où personne n’a été blessé. En fait, 38% de ce qui a été qualifié "d’attaque de requin" en Nouvelle-Galles du Sud entre 1979 et 2009 n’a causé aucune blessure. On doit constater que toutes les "attaques de requins" n’ont pas le même degré de gravité, surtout quand on parle aussi "d’attaque" quand c’est un bateau qui a été mordu.

Dans cet article-ci par exemple, l’expression "attaque de requin" dans le titre devrait être remplacée par "morsure de requin", de telle sorte que sa classification ne soit pas la même que l’attaque de requin dont a été victime Sean Pollard.

Toutes les explications au sujet de requins qui "deviennent fous" devraient être éliminées du discours public. Les requins ont déjà fort à faire avec la peur créée par des films comme "Les Dents de la mer" sans y ajouter de l’anxiété inutile. La théorie du requin qui devient fou n’a jamais été prouvée scientifiquement, c’est une simple théorie qui ne repose sur rien de concret. Selon le code d’éthique de la "Society of Professional Journalists", les articles faisant référence à des requins devenus fous sont contraires à l’éthique, car "le journalisme éthique fait tout son possible pour assurer la libre circulation d’informations exactes, justes et rigoureuses".

On peut en dire autant des requins qui "traquent", qui "épient" ou qui "menacent": tous ces termes, selon le spécialiste en anthropologie sociale Adrian Pearce, sont des mots chargés d’émotion qui sont typiquement associés à des comportements criminels graves. "Les voleurs de pommes par exemple ne traquent pas, mais les violeurs, si. Des cambrioleurs armés sont menaçants, mais des voleurs à l’étalage le sont beaucoup moins", constate Adrian Pearce.

En fait, les requins sont des poissons, et comme tous les poissons, ils nagent. Pour en revenir au code d’éthique de la Society of Professional Journalists, les articles des médias diabolisant les requins de façon inappropriée ne minimisent pas le préjudice; ils l’exacerbent. Les reportages se servant d’un langage émotionnel pour décrire les requins exposent les préjugés des médias, et le résultat peut en être encore plus de peur, de malaise et de détresse pour le public. Il faudrait prendre en compte les conséquences à long terme de telles descriptions des mouvements des requins, surtout qu’il a été prouvé scientifiquement que les requins permettent de conserver la bonne santé des océans, et qu’ils sont en train de décliner rapidement.

Images

Les images qui dramatisent exagérément les rencontres avec des requins ne servent qu’à une chose, c’est à augmenter le nombre de lecteurs ou de visualisations. Ceci mis à part, elles font naître inutilement de la peur et de l’anxiété dans la population, et elles manquent de respect à tous ceux qui ont été confrontés à une rencontre non désirée avec un requin, ou à leurs proches. La psychologue Sharon Burden, dont le fils Kyle est mort tragiquement en 2011 des suites d’une attaque de requin blanc, déclare qu’elle ne supporte pas de voir des photos de mâchoires de requin à côté de photos de son fils. "L’une des choses auxquelles on essaye d’éviter de penser, c’est au point de contact entre le requin et Kyle, mais les images publiées par certains média montrent des mâchoires juste à côté d’une image de Kyle récupérée sur les réseaux sociaux", dit Sharon. "Il faut montrer un peu de sensibilité vis-à-vis de ceux qui restent et qui sont encore en plein deuil. Chaque fois qu’on montre la photo de quelqu’un près de celle d’un requin agressif, cela fait remonter des souvenirs forts de l’événement, et on ne peut pas toujours l’éviter quand c’est dans le journal qu’on lit tous les jours pour s’informer".

Il est également intéressant de noter que les média se comportent comme s’ils trouvaient approprié de rappeler continuellement le "tableau d’honneur" des victimes d’attaques de requins, sans se soucier de la peine qu’ils infligent ainsi à leurs proches. On voit cela rarement pour les accidents mortels de la circulation et pour les meurtres. Je ne peux pas m’empêcher de me demander quel en est le but, si ce n’est d’augmenter le malaise au sujet de ce qui est déjà en soi un événement tragique.

Une autre approche que les média affectionnent pour parler des requins, c’est d’écrire sur la peur que les gens en ont. Paradoxalement, certains média continuent à alimenter cette crainte, amenant toute une génération d’enfants à avoir peur d’aller dans l’océan. Bien évidemment, cela a pour effet que des parents inquiets demandent au gouvernement d’intervenir, bien que dès à présent le risque d’une morsure mortelle de requin soit infime.

Et bien qu’il y ait des solutions pour limiter les rencontres non désirées avec des requins, la réalité c’est que l’océan est un lieu sauvage, et que rien ne peut garantir une sécurité à 100% à ceux qui choisissent l’océan pour leurs loisirs marins.

Avec les photos et les articles négatifs sur les requins qui prédominent dans les actualités, il n’est pas très étonnant que beaucoup de personnes soient inquiètes au sujet du risque qu’elles encourent avec les requins – et pas au risque encouru par les requins.

J’apprécierais que les média s’adressent plus souvent à nous pour des articles sur la menace de la surpêche, la destruction des écosystèmes et le changement climatique. Les requins sont particulièrement vulnérables à ces menaces, à cause de la lenteur de leur croissance, de leur maturité sexuelle tardive, des longues durées de gestation et du petit nombre de naissances.

Quelques mesures à prendre pour surmonter la peur

Je ne prétends pas être un expert, mais j’ai un peu d’expérience sur la façon de surmonter l’anxiété, tout particulièrement en tant que plongeuse et monitrice de plongée. J’ai aussi des contacts avec de nombreux conseillers dans ce domaine, et j’espère que les informations ci-dessous seront utiles:

N’oubliez pas que le risque est infime et concentrez-vous sur le plaisir que vous éprouvez à être sur la plage. Je suis parfaitement consciente des risques de la plongée, depuis la noyade jusqu’aux accidents de décompression et bien sûr les risques venant du monde marin. Mais la réalité, c’est que ma passion pour la plongée, les magnifiques paysages sous-marins et les épaves de navires l’emporte largement sur les risques liés à l’activité. Ceci m’amène à ma deuxième recommandation.

Prenez des mesures pour limiter les risques de rencontre avec un requin (voir le poster ci-dessus). En tant que plongeuse, j’aime faire mentalement la check-list de tout ce que je mets en place pour éviter un accident. Avoir beaucoup d’air, c’est généralement tout en haut de la liste ! Je suis aussi la plupart du temps accompagnée d’un ami qui pourra m’aider en cas de problème. Je sais que mon matériel fonctionne correctement – et ainsi j’ai déjà commencé à réduire certains des risques associés à la plongée. On peut faire la même chose avec les requins.

Prenez conscience de votre anxiété, puis décidez de ne pas vous laisser mener par votre peur. C’est un point essentiel en ce qui me concerne. Je ne dis pas que je me suis toujours sentie 100% à l’aise dans l’eau, parce que c’est faux. Je me suis parfois sentie très mal à l’aise, et j’ai même renoncé à des plongées, parce que je m’étais laissé submerger par ma peur et mon anxiété. Après j’écoutais mes amis plongeurs raconter toutes les aventures merveilleuses qu’ils avaient vécues pendant que je laissais la peur prendre mon contrôle. Maintenant, il m’est plus facile de dire, oui, j’ai peur, mais j’ai pris mes précautions et…OH MON DIEU, REGARDE CE REQUIN BALEINE!

Les parents d’enfants anxieux devraient éviter qu’ils voient des images de requins, et leur suggérer de visualiser des requins amicaux ou amusants, tout en les rassurant

Les parents d’enfants anxieux devraient éviter qu’ils voient des images de requins, et leur suggérer de visualiser des requins amicaux ou amusants, tout en les rassurant

 

 

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