Commentary and Editorial

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Samedi, 04 Avril 2015 12:53

Le nationalisme n’est que le masque d’une culpabilité collective abstraite

Par le fondateur de Sea Shepherd, le capitaine Paul Watson

Un phoque du Groenland près du Farley Mowat – Photo Sea Shepherd/Greg HagerUn phoque du Groenland près du Farley Mowat – Photo Sea Shepherd/Greg HagerLe nationalisme est une sorte de folie où des frontières artificielles remplacent la compassion et le sens commun.

Toute ma vie, lors de chaque campagne que j’ai organisée, j’ai été traité de raciste ou d’intolérant parce que je m’oppose à toutes les atrocités, sans exception, que je rencontre. Nos campagnes contre la chasse à la baleine ont visé les baleiniers au Japon, en Norvège, en Islande, en Espagne, en Australie, au Danemark, au Canada, en Afrique du Sud, en Russie et aux Etats-Unis. Nos campagnes contre la chasse au phoque ont visé les chasseurs de phoque du Canada, de Russie, de Norvège et de Namibie. Nous avons fait campagne contre la pêche des requins pour leurs ailerons et contre l’abattage des requins au Costa Rica, en Australie, en Chine, en Espagne, au Brésil et dans bien d’autres pays. Nous avons fait campagne contre la pêche illégale du thon à Malte, en Espagne, en France et au Japon. Lors de nos campagnes contre le massacre des dauphins, nous avons affronté les tueurs au Japon, aux îles Féroé, au Canada, au Pérou, au Venezuela, au Mexique et dans bien d’autres pays.

Citez n’importe quel pays, il y aura toujours une atrocité qui y est commise quelque part contre une ou plusieurs espèces d’animaux.

Et beaucoup de ces atrocités sont justifiées au nom d’une quelconque culture nationale – que ce soit le foie gras en France, la corrida en Espagne, la chasse au blaireau ou au renard en Angleterre, celle au kangourou en Australie, le massacre des dauphins au Japon, celui des phoques au Canada, le tir au loup en Norvège ou aux Etats-Unis, et ainsi de suite.

Je ne me suis jamais opposé à une atrocité sur la base de la nationalité de la personne ou des personnes qui la commettent. Mais lorsque je m’oppose à une atrocité où que ce soit, certaines personnes réagissent négativement parce qu’elles se sentent offensées à cause de leur nationalité, les unes parce qu’elles défendent l’atrocité pour des raisons culturelles, et les autres qui prennent la défense de leur pays tout en étant contre cette atrocité, mais qui se vexent parce que leur pays est exposé à la critique générale.

C’est ça le problème avec le fait de s’identifier à son pays. Les gens qui sont fiers de leur drapeau et de leur pays tendent à se mettre sur la défensive lorsqu’on évoque une atrocité commise à l’intérieur de leurs frontières, et cela les conduit souvent à prendre la défense de cette atrocité au seul motif de la fierté nationale.

Je suis né canadien, et j’ai les deux nationalités canadienne et américaine. Toute ma vie je me suis opposé au massacre cruel et méprisable des phoques en Canada, et j’ai pris la défense des loups, des caribous, des saumons et d’autres espèces exploitées impitoyablement au Canada. J’ai pris la défense des baleines, des phoques, des loups, des ours, des otaries et de bien d’autres espèces aux USA. Je ne me sens pas offensé lorsque des Européens condamnent le massacre des phoques au Canada. Au contraire, j’apprécie qu’ils le fassent.

Vous voyez, les phoques au Canada représentent tout ce qui, au Canada, a plus de valeur que le bout de tissu rouge et blanc qu’on y agite pour justifier le massacre des phoques quand le gouvernement canadien condamne ceux qui défendent les phoques, et qu’il félicite les tueurs de phoques d’être de "vrais" Canadiens qui défendent une pratique culturelle canadienne.

Pour moi, le Canada, ce sont les montagnes, les rivières et toutes les espèces qui y vivent, sur terre et dans la mer. Même chose pour les Etats-Unis. Ce sont la terre et la mer, les forêts et les vallées que j’aime et que je respecte.

Certains Japonais crient au racisme quand nous nous opposons au massacre des dauphins et des baleines. Certains Espagnols crient à l’intolérance quand nous nous opposons à la corrida ou au massacre des lévriers galgos. Certains Australiens se sentent offensés lorsque nous nous opposons à l’abattage des kangourous, et certains en Namibie se vexent parce qu’à leurs yeux, prendre la défense des phoques, c’est une forme de racisme.

Je ne crois pas au nationalisme. Lorsque je vois une photo de la Terre prise depuis l’espace, je ne vois ni drapeaux ni frontières. Les drapeaux représentent peu de chose pour moi, rien de plus que des bouts de tissu dont les gens brandissent les couleurs comme au foot dans leur besoin d’une sorte d’identification tribale.

Je ne vois pas les nationalités. Je vois une espèce de primate hominidé appelé Homo Sapiens. Et ce que je vois, c’est une espèce qui partage les mêmes vertus et les mêmes vices.

Il n’y a aucun pays sur cette planète où l’on ne puisse trouver de la cruauté et de la violence. Il n’y a aucun pays sur cette planète où un groupe de personnes serait différent de tout autre groupe dans n’importe quel autre pays.

Je reconnais que la culture et la tradition sont importants aux yeux de chacun des groupes, et je respecte cela, mais je ne respecte aucune culture ni aucune tradition qui pratique la cruauté ou la tuerie.

Est-ce que tous les Canadiens sont des sadiques à cause du massacre des phoques ? Est-ce que tous les Espagnols sont des barbares sans pitié à cause de la corrida ? Est-ce que tous les Féringiens sont des brutes à cause du massacre des globicéphales ?

La réponse est non, bien entendu. On ne peut pas juger tout un groupe de personnes sur la base de la cruauté d’une partie d’entre eux. A moins bien sûr qu’ils ne soutiennent les massacres et qu’ils justifient la cruauté, la misère et la mort au nom de leur culture.

Il existe une seule race, et c’est la race humaine, et il est évident que l’humanité, en tant que race, ne connaît rien à l’écologie. D’une manière générale, nous faisons preuve de beaucoup d’arrogance dans notre façon collective de considérer les autres espèces – au point que presque toutes les religions anthropocentristes placent l’humain au centre de la création et de l’importance.

Les gens sont parfois troublés lorsqu’ils me demandent de quel pays je suis et que je réponds "Je suis un Terrien."

Ma famille proche est une sorte de Nations Unies qui inclut les nationalités suivantes : Canadiens français et anglais, Américains, Russes, Kazakhs, Turcs, Français, Danois, Ecossais, Irlandais, Allemands, Iraniens, Néerlandais et Chinois. Mes navires ont des équipages de plus de 50 nationalités. Et j’ai réalisé depuis longtemps que, dans tout groupe, dans tout pays, on trouve une diversité d’opinions, de préjugés, de vices, de vertus et de croyances.

Et je pense fermement qu’aucun groupe n’est supérieur à un autre. En revanche, je pense qu’il y a une chose que nous ne devons pas tolérer, et c’est d’infliger délibérément la douleur, la souffrance, la mort et l’iniquité à d’autres humains ou à tout autre animal au nom du patriotisme, de la culture ou de la tradition.

Le matador qui tue les taureaux, le chasseur américain de gros gibier qui tue les éléphants, le chasseur de phoques namibien, le braconnier africain qui tue les rhinocéros, le tueur de globicéphales féringiens, l’assassin des dauphins à Taiji, et le chasseur de phoques canadien sont tous semblables, unis dans leur perversité commune pour infliger la douleur, la souffrance et la mort.

Mais au même moment, les Espagnols qui s’opposent à la corrida, les Australiens qui s’opposent à l’abattage des kangourous, les Africains qui s’opposent au massacre des rhinocéros, ainsi que les Féringiens et les Japonais qui s’opposent au massacre des dauphins sont unis par un élan de compassion.

J’ai souvent des messages du genre "Je vous soutiens pour la défense des baleines, mais la corrida fait partie de notre tradition", ou "Je vous soutiens quand vous agissez pour sauver les phoques, mais vous n’avez pas le droit de me critiquer parce que je mange du foie gras."

Toutes mes positions sont dictées contre une atrocité ou une menace contre un écosystème, pas contre la nationalité des gens qui la commettent.

Est-ce que tous les Féringiens sont mauvais ? Non, mais pour moi tous les tueurs de baleines féringiens sont mauvais, parce que la chasse à la baleine est quelque chose de mauvais.

Est-ce que tous les Espagnols sont mauvais à cause de la pêche illégale, de la corrida ou du massacre des galgos ? Non, mais les Espagnols qui sont impliqués dans la pêche illégale, la corrida ou le massacre des galgos sont impliqués dans des actions mauvaises, contre lesquelles j’ai consacré ma vie à agir.

Le dilemme, c’est de savoir comment on peut s’opposer au massacre des dauphins au Japon par des gens qui se trouvent être des Japonais, sans dire que les tueurs sont japonais ? C’est impossible, mais nous essayons de souligner que ce ne sont pas tous les Japonais qui sont impliqués dans ce massacre, ou qui le soutiennent. Mais c’est rendu plus compliqué par le fait que tous les Japonais votent pour le gouvernement élu qui les représente, et qu’ils en sont donc responsables, et quand ce gouvernement apporte son soutien au massacre des baleines et des dauphins, cela engage le pays tout entier.

Ce n’est pas facile, c’est le moins qu’on puisse dire, et les gens croient ce qu’ils veulent croire, et justifier ce qu’ils veulent justifier.

Tout ce que je peux faire, c’est rester cohérent dans mon idée que tous les humains sont égaux et de ne pas les juger sur leur nationalité, mais sur leurs actions.

Si ce sont des Féringiens et qu’ils tuent des globicéphales et des dauphins, je m’oppose à eux, et je les condamne pour cette action. Si ce sont des Féringiens et qu’ils ne tuent pas les globicéphales ni les dauphins, mais qu’ils soutiennent le massacre, je suis en désaccord avec eux et je m’oppose à eux. Si ce sont des Féringiens et qu’ils s’opposent au massacre des globicéphales et des dauphins, je les applaudis et je leur apporte mon soutien.

C’est aussi simple que cela. Ce sont les actions des gens que nous soutenons ou que nous condamnons, pas leur nationalité.

 

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