Commentary and Editorial

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Mercredi, 08 Avril 2015 16:55

Très peu de vertus dans le film de VICE sur le Grind

Commentaire de Paul Watson en réaction au documentaire de VICE sur le Grind aux iles Féroé.

Photo : Sea ShepherdPhoto : Sea ShepherdAu cours de l’été 2014, une équipe de télé de VICE était aux îles Féroé pour réaliser un reportage sur "Le Grind : la chasse à la baleine dans les îles Féroé". Le site web Grist a publié un article sur le sujet, avec un lien vers la vidéo (Attention, certaines images de ce documentaire peuvent s'avérer très difficiles à regarder), intitulé : ce reportage sanglant sur la chasse à la baleine pourrait vous apprendre quelque chose sur l’alimentation durable.

Les réalisateurs ont été apparemment séduits par le mythe que le Grind est une activité "durable" et une tradition sur laquelle repose les fondations de la culture féringienne.

De ce fait, ils ont délibérément occulté quelques faits très importants. Le premier étant que les féringiens ne dépendent pas des baleines pour leur survie. Il n’y avait pas un seul cliché de supermarché féringien ni aucune allusion au fait que les Îles Féroé possèdent le plus haut revenu par habitant en Europe. Il n’a pas été fait mention que tout produit qui peut être acheté dans n’importe quel supermarché en Europe est disponible aux îles Féroé que ce soient des fruits tropicaux, de la viande de baleine de Norvège ou des produits venant des quatre coins de la planète.

Le film tente de présenter les féringiens comme isolés d’une certaine façon du monde industrialisé, comme une sorte d’utopie indigène où la vie est restée la même depuis des siècles. Encore une fois aucune mention de l’industrie intensive de la pêche féringienne ni du développement de l’activité pétrolière.

Les féringiens veulent jouer sur les deux tableaux, manger de la nourriture importée et représenter le mythe qu’ils dépendent des baleines pour leur survie.

Le film affirme que le meurtre des baleines est légal mais ignore la position de Sea Shepherd sur l’illégalité de la chasse à la baleine dans l’Union Européenne et sur les subventions européennes que reçoivent les féringiens à travers le Danemark. Il n’y a pas non plus d’allusion aux centaines de dauphins massacrés ni aux milliers de macareux tués chaque année.

Le film suggère que toutes les baleines sont utilisées entièrement mais passe sous silence la preuve présentée par Sea Shepherd de corps jetés en mer, la scène de notre film sous-marin des corps en décomposition ou les corps entiers déchargés par camion dans des incinérateurs ou des décharges.

L'intervention de l'année dernière était la deuxième la plus réussie de Sea Shepherd. Alors que dans la même période en 2013 plus de 1300 baleines-pilotes et dauphins étaient tués, seulement 33 l’ont été en 2014. Le film montre la mise à mort de ces 33 baleines mais ne tient pas compte de l’interférence de Sea Shepherd pour empêcher le massacre bien qu’il montre ensuite l’arrestation de quelques membres de nos équipes sans donner la moindre explication sur le motif de leur arrestation. L’année où nous avons rencontré le plus de succès remonte à l’été 2011 où pas une seule baleine n’avait été tuée.

Dans les points positifs, l’interview de Lamya Essemlali contrastait fortement avec les interviews de la plus part des chasseurs de baleines féringiens. Lamya était compréhensive et a calmement présenté la position de Sea Shepherd alors que les féringiens ont répondu sur la défensive de façon très vulgaire. Pamela Anderson, Rosie Kunneke et Lamya ont fait bonne figure devant certains chasseurs en colère à la conférence de Tórshavn.

Photo : Sea ShepherdPhoto : Sea ShepherdLa vue des enfants féringiens sautant sur les baleines et jouant avec les fœtus arrachés au corps de leurs mères était dérangeante.

Également du côté positif, le reportage aborde le problème du mercure et de ses effets sur les enfants féringiens. De plus la cruauté du Grind parle pour elle-même et les féringiens en utilisant leurs propres mots plaident notre cause à notre place. La principale chose qu’ils omettent dans ce reportage est l’empathie pour ces êtres sensibles, intelligents et conscients d’eux-mêmes, aux relations sociales complexes appelés les baleines-pilotes. Le reportage traite les baleines comme de simple blocs de viande et tente de présenter les tueurs de baleines comme de nobles chasseurs survivants contre des conditions extrêmes alors qu’ils conduisent des voitures, utilisent des navires coûteux et possèdent le confort de toute personne vivant dans une partie du monde développé, dont ils font partis. Leur simulacre d’être pauvres et de dépendre de viande gratuite venant de la mer est pathétique.

Suite à ce commentaire, le capitaine Watson a reçu le message suivant de Ed Ou qui a coproduit le reportage de VICE sur le Grind aux îles Féroé :

Bonjour Paul. Je suis heureux que vous ayez pris le temps de regarder notre réalisation. Ma partenaire Elise Coker et moi sommes un peu confus que vous ayez choisi d’aborder la position d’un article indépendant rédigé par Grist couvrant notre reportage plutôt que notre reportage en lui-même pour VICE. Nous avons écrit notre propre article sur le sujet pour VICE qui couvre un grand nombre des problèmes [que Sea Shepherd souligne dans un précédent commentaire], et nous serions heureux de pouvoir engager une discussion sur ces sujets - mais Grist ne parle pas pour nous, de même que nous ne parlons pas pour eux. Ils ont simplement donné leur avis sur notre documentaire et l’ont interprété avec leur propre opinion, ce qui est bien, mais qui ne représente pas notre ligne éditoriale en elle-même. Nous pensons que notre vidéo et notre article représentent équitablement les deux approches du problème, de façon impartiale, présentés avec nos propres mots sur les sujets.

Comme vous l’avez remarqué, Lamya et l’équipage décrivent clairement la mission de Sea Shepherd, tout comme les féringiens expriment leurs sentiments, ce que nous les avons autorisés à faire tout au long de ce long reportage sur les îles Féroé.

En tant que journalistes, nous donnons du temps de parole aux deux parties et nous le rapportons objectivement. Nous ne demandons pas aux spectateurs de prendre un partie plus qu’un autre - nous présentons simplement les points de vue pour que les gens puissent se faire leurs propres opinions. Voici notre propre article sur VICE accompagné du documentaire. Dans l’attente de votre réponse.

Enfin, la réponse de Paul Watson :

Chers Elise et Ed,

Photo : Mmo iwdgPhoto : Mmo iwdgVoici ma réponse. Je ne suis pas certain de comprendre pourquoi vous vous sentez confus parce que j’ai commenté un article de Grist à propos de votre film. J’ai également répondu au film que j’ai regardé dans l’article de Grist qui le présentait en entier, j’avais donc bien vu le reportage vidéo avant d’écrire. Et je serais heureux d’engager une discussion avec vous au sujet du reportage. Je n’ai pas dit que l’article de Grist parlait au nom de votre documentaire mais c’est bien de leur interprétation du reportage que j’évoquais. J’ai aussi remarqué que la propre sœur d’Elise Coker l’avait interprété de la même façon quand elle avait écrit : "le résultat final est ce puissant et émouvant reportage qui prend un regard attentionné sur cette tradition vieille de plusieurs siècles et sur le choc culturel qui se produit quand des sensibilités morales urbaines, modernes rentrent en conflit avec les réalités de la vie de cette communauté éloignée et autonome."

Vous voyez, le film ne projette pas la réalité du Grind mais plutôt le mythe du Grind. C’est la perception du film par le public qui juge de l’objectivité du film et cette perception est que le reportage favorise le mythe et non la réalité.

Est-ce que les îles Féroé sont auto-suffisantes ? Vous étiez sur là-bas pendant trois mois donc vous savez qu’elles ne le sont pas. Vous avez vu les supermarchés. Vous avez vu les approvisionnements réguliers de nourriture en provenance des quatre coins de la Terre, par avion ou par bateau. Vous avez vu la flotte industrielle de pêche féringienne. Vous avez vu les fermes de saumons qui exportent leurs poissons à la Russie en contournant l’embargo européen, tout en touchant des millions d’euros de subventions de l’Union Européenne. Vous avez vu l’industrie pétrolière qui s'implante dans les îles. Vous avez vu la preuve que les féringiens possèdent le plus haut revenu par habitant en Europe. Vous avez peut-être pu voir la viande de globicéphale (ou baleine-pilote) vendue sur le marché ou servie dans les restaurants pour les touristes. Le problème c’est que tous ceux qui regardent votre film ne voient rien de tout cela.

Vous présentez le mythe d’un Grind comme une nécessité et la preuve d’une culture noble pratiquant ses traditions. Votre film donne l’impression que la survie aux îles Féroé nécessite le massacre cruel des globicéphales et des dauphins et la mort vicieuse des oiseaux de mer à qui l’on tord le cou.

Vos spectateurs sont laissés à penser à la fin du reportage que ceux qui s’opposent au massacre sont de "sensibilités morales urbaines" comme si nos opinions étaient mises en balance contre ceux qui décrivent les îles Féroé comme "une communauté éloignée et auto-suffisante".

Nous sommes jugés comme étant urbain, "de la ville", sans vérification. Personnellement, par exemple, j’ai été élevé dans un village de pêcheurs relativement isolé sur la côte est du Canada en tant qu’aîné de sept enfants élevés par une mère célibataire. Je n’ai pas grandi en milieu urbain, ni dans le luxe. L’hypothèse présentée est que nous nous opposons aux massacres des baleines et des dauphins pour faire de l’argent mais vous n’avez pas mentionné que je n’étais pas payé par Sea Shepherd et que les personnes sur les îles étaient des volontaires payant eux-mêmes leurs propres frais pour défendre ces animaux.

Vous montrez un Grind mais vous ne montrez pas notre équipage le perturber, alors que vous les montrez être arrêtés sans aucune explication. Vous ne mentionnez pas le fait qu’ils ont été acquittés de la plupart des charges et que les bateaux qui ont été saisis ont été rendus. Vous n’avez pas rapporté que la police et la marine danoise étaient complices d’une activité qui est illégale en vertu des lois danoises et européennes.

Photo : Sea ShepherdPhoto : Sea ShepherdCe qui m’a le plus contrarié cependant c’est que vous parliez des globicéphales et des dauphins comme s’ils étaient de simples morceaux de viandes dépourvus d’intelligence, d’émotions, de souffrance, de vie sociale et de conscience.

Vous avez présenté la culture féringienne mais pas la riche culture des baleines et des dauphins. Pas une mention des liens familiaux étroits et de comment les baleines essayent de se défendre mutuellement, refusant d’abandonner leur groupe pendant qu’elles sont battues et lacérées, se noyant dans leur propre sang.

En négligeant d’inclure ne serait-ce qu’un minimum d’empathie pour les baleines, vous avez révélé à quel point vous avez totalement échoué pour comprendre la raison pour laquelle Sea Shepherd était dans les îles Féroé et pourquoi nous faisons ce que nous faisons.

Vous déclarez que votre film est impartial. Il est cependant partial par ce qui est non-dit et ce qui n’est pas montré.

Le film a de bons points en particulier sur votre couverture du problème du mercure et de son impact sur la santé des féringiens même si pas un mot n’a parlé de l’impact du mercure sur la santé des baleines.

Les féringiens se comportent comme s’ils étaient en dehors du monde industrialisé qui pollue les océans, pourtant ils possèdent une flotte industrielle de navires de pêche, ils conduisent des voitures, chauffent leurs habitations, importent leur nourriture et font ce que toute personne fait dans une société industrialisée.

Le reportage a très bien couvert le mythe mais a complètement ignoré la réalité de cet impitoyable, barbare, inutile et sauvagement cruel, rite sectaire primitif appelé le Grind.

Durant la conférence de presse avec Pamela Anderson, un chasseur de baleine demande à Pamela Anderson : " traitez-vous les habitants des îles Féroé de primitifs ?"

Pamela n’a pas reculé et a déclaré une nouvelle fois que, selon elle, les personnes qui tuent ces baleines sont "barbares".

Pourquoi ? Parce qu’elles le sont. Elle n’avait pas traité tout le monde de primitif dans les îles Féroé mais ce qui est fait à ces êtres sensibles, intelligents et socialement complexes est en effet d’une obscénité primitive et horriblement barbare et c’est la raison pour laquelle nous sommes là - pour faire tout ce que nous pouvons pour éradiquer ce massacre honteux qui n’a pas de place dans une société civilisée.

 

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