Commentary and Editorial

rss_icon_14Get RSS for this page now!  Sign up via My Sea Shepherd

Imprimer
Samedi, 18 Avril 2015 16:33

Est-ce la fin de la chasse à la baleine en Antarctique ?

Capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd

le Nisshin Maru, navire-usine de la flotte baleinière japonaise – Photo : Sea Shepherd/Simon Agerle Nisshin Maru, navire-usine de la flotte baleinière japonaise – Photo : Sea Shepherd/Simon AgerLa dernière fois que nous avons cherché à savoir ce que devenaient les baleiniers criminels de l’Antarctique au Japon, nous les avons trouvés surexcités et dopés à la testostérone à l’idée qu’ils pourraient sans doute retourner dans le Sanctuaire Baleinier de l’océan Austral avec un tout nouveau programme, qu’ils étaient absolument certains de pouvoir faire valider par la Commission Baleinière Internationale (CBI).

Après dix années d’interventions de Sea Shepherd et la condamnation par la Cour internationale de Justice (CIJ) de tout leur faux programme baleinier prétendument "scientifique", les baleiniers de l’Antarctique avaient été contraints à l’inactivité. Sea Shepherd les avait empêchés de tuer plus de 6000 baleines, et la procédure judiciaire intentée par l’Australie contre le Japon s’était terminée par une injonction de cesser leurs opérations illégales.

Tout d’abord ils ont accepté de se conformer au verdict, en disant qu’ils respectaient le droit international et qu’ils n’étaient pas un pays voyou. Les perspectives semblaient peu réjouissantes pour les baleiniers. Mais un petit bureaucrate sournois de l’Institut de Recherche sur les Cétacés (ICR) a eu une riche idée. L’ICR et le premier ministre Shinzo Abe l’ont aussi trouvée très intéressante. Ils ont même organisé un banquet de viande de baleine sponsorisé par le gouvernement pour fêter leur nouveau plan.

Ce plan, c’était de représenter l’ancien faux programme scientifique comme si c’en était un nouveau, avec un argument infaillible en faveur de la science qui consisterait à passer une saison à bricoler autour de la recherche non-létale et à retirer les baleines en danger d’extinction de leur menu. Diminuer les quantités, et se concentrer sur les baleines de Minke tout en élargissant le secteur des opérations létales.

L’ICR était si confiant dans sa nouvelle et brillante "solution" qu’ils ont annoncé qu’ils allaient reprendre la chasse à la baleine avec leur nouveau programme "scientifique" garanti "de bonne foi", "revu et corrigé".

L’an dernier, le premier ministre M. Abe avait annoncé que "le Japon, dans le cadre du droit international et des connaissances scientifiques, allait s’engager dans la recherche baleinière afin de réunir les données scientifiques indispensables à la gestion des ressources en baleines."

Ce nouveau plan consisterait à prendre 4000 baleines de Minke sur une période de douze années, soit une moyenne de 333 tuées chaque année. Ils ne chasseraient pas les baleines à bosse ni les rorquals, espèces en danger. Dans le cas où ils ne pourraient pas prélever 333 baleines une année, ils ajouteraient tout simplement les quantités manquantes au quota de l’année suivante. S’ils prenaient par exemple 200 baleines au lieu de 333, ils essaieraient d’en tuer 466 l’année suivante. Ils ont aussi déclaré qu’ils élargiraient leur secteur de "recherche", ce qui signifie qu’ils essaieraient de rester aussi loin que possible des navires Sea Shepherd.

De fait le programme tout entier avait été conçu pour empêcher les interférences de Sea Shepherd en allongeant les distances et en permettant au quota de l’année suivante de compenser les pertes qu’ils pourraient subir du fait de l’intervention d’activistes anti-baleiniers.

En ce qui concerne la stratégie d’évitement de nos interventions, c’était un bon plan, mais malheureusement la CIB ne s’intéresse guère à la science stratégique d’évitement des confrontations avec les défenseurs des baleines.

Ils étaient très enthousiastes malgré tout ! Voyez-vous, l’ICR s’était convaincu lui-même qu’il fait vraiment de la recherche baleinière, et ils étaient absolument certains que la CIB ne trouverait aucun défaut à leur nouveau plan dûment revu et corrigé.

Une baleine de Minke saute pour observer les alentours– Photo Sea ShepherdUne baleine de Minke saute pour observer les alentours– Photo Sea ShepherdIls pensaient aussi que le monde entier serait d’accord avec eux pour dire que les baleines de Minke sont la "vermine" des mers. Et en épargnant les baleines à bosse, qui jouissent d’un plus grand capital de sympathie, et les rorquals, bien plus rares, ils pensaient que l’affaire était dans le sac.

Pour saupoudrer leur nouveau programme scientifique de quelques grains de "crédibilité", ils ont envoyé leurs bateaux harpons dans l’océan Austral la saison passée pour faire du cinéma non létal, oh pardon, je voulais dire de la "recherche" non létale.

Le nouveau programme a été baptisé NEWREP-A, un programme visant à obtenir des données plus précises sur les baleines de Minke en préparation de la levée du moratoire international sur la chasse commerciale.

En d’autres termes, ils ont besoin de conserver l’entraînement de leurs baleiniers, et de tenter de ranimer le marché agonisant de la viande de baleine. En 1997, un représentant japonais à la CBI avait laissé entendre que, si la chasse était interrompue pendant un certain laps de temps, il serait ensuite difficile de trouver des harponneurs professionnels et d’en former de nouveaux sans l’expérience des vétérans.

Les baleiniers japonais ne sont pas retournés dans l’océan Austral cette saison, et la saison 2014/2015 fut la première depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale où les baleines n’ont pas eu à craindre les harpons.

Et maintenant, quels sont leurs projets pour la saison baleinière 2015/2016 ?

Jusqu’à cette semaine, c’était de repartir en décembre 2015 pour prendre leurs premières 333 baleines de Minke dans le cadre de leur nouveau programme, mais, ô scandale, ils se sont heurtés à un gros obstacle imprévu.

Le comité d’experts scientifiques de la CBI ne s’est pas laissé tromper par la justification retravaillée de la "science".

L’Australie a fait valoir devant les experts que NEWREP-A n’était pour l’essentiel qu’une copie du plan rejeté par la CIB. "Le Japon a ajouté plusieurs éléments non létaux au programme pour qu’il paraisse moins ciblé sur les méthodes létales", a déclaré Bill de la Mare, de l’Australian Antarctic Division.

Cette semaine, le comité d’experts scientifiques de la CBI a déclaré que le Japon n’avait pas fourni suffisamment d’informations pour déterminer s’il était nécessaire de tuer de nouvelles baleines de Minke pour atteindre les objectifs de la recherche. C’est pourquoi "la proposition actuelle ne démontre pas la nécessité de prélèvements létaux pour atteindre ces objectifs".

Les baleiniers japonais viennent juste de se mettre en route cette semaine pour tuer des baleines de Minke dans le Pacifique nord, arguant du fait que cette chasse n’est pas concernée par le verdict de la CIJ, bien qu’il y ait de bonnes raisons d’affirmer le contraire.

L’Antarctique quant à lui est couvert à 100% par le verdict de la CIJ, et leur nouveau plan est désormais refusé par la CIB.

Tentant de sauver la face, les Japonais ont déclaré qu’ils étaient ouverts à quelques révisions, mais ils n’ont pas précisé ce que cela signifie réellement.

Le monde ne croit pas au prétexte ridicule du Japon qu’il s’agit de science. Rappelons-nous que, entre 1950 et 1987, ce sont 950 baleines au total qui ont été tuées par l’ensemble des pays du monde pour la recherche scientifique. Soit une moyenne de 25 baleines par an, sur toute la planète. Depuis 1987, un pays, le Japon, en a abattu 10000 à lui tout seul, soit une moyenne de 357 par an depuis 28 ans.

La différence, c’est bien sûr que les 357 baleines tuées chaque année ont fini servies en sushi au Japon, au lieu d’être étudiées dans des laboratoires. Et alors qu’il y a eu pléthore d’articles scientifiques publiés sur les 950 baleines tuées avant la grande renaissance de la recherche baleinière japonaise, pas un seul article scientifique, évalué par les pairs, n’a été publié sur les 10000 baleines abattues depuis le début du programme en 1987.

Les experts du comité scientifique de la CIB ne sont pas aussi bêtes que l’ICR semble le penser.

Il est probable que le Japon va se livrer à un lobbying intensif (en japonais ça se traduit par "acheter") lors de la prochaine conférence de la CIB, mais les décisions sur la chasse commerciale sont désormais gravées dans le marbre.

Bien sûr le Japon peut décider de passer outre et de traiter l’opinion mondiale et le droit maritime par le mépris. Ils l’ont déjà fait auparavant, mais chaque fois ils ont pris une grande claque en retour.

Le Japon retournera-t-il en Antarctique à la fin de l’année pour y tuer des baleines ?

Il y a désormais de grandes chances qu’ils ne le fassent pas.

Mais quelque part au Japon, au fond d’un bureau de l’ICR, des bureaucrates travaillent à un nouveau projet. Je pense qu’on peut prédire avec certitude qu’un autre projet brillant verra le jour pour justifier la chasse à la baleine dans un monde où elle n’est plus ni nécessaire, ni morale, ni humaine.

 

Sea Shepherd welcomes your support. To support our
conservation work, please visit our donation page.


Sea Shepherd France
22 rue Boulard, 75014 PARIS

All contents copyright ©2012 Sea Shepherd Conservation Society
Hosting and other web services donated by EStreet

Accueil     |     Déclaration de Confidentialité     |     Copyright     |     Contact