Commentary and Editorial

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Mercredi, 03 Juin 2015 10:55

Planète Sauvage/Paris Match :
Quand la presse fait la promotion de la captivité

Réponse à l’article* de Kahina Sekkai paru sur le site de Paris Match le 30 mai 2015 intitulé : "Quand la captivité contribue à la science".

Par Lamya Essemlali, Présidente Sea Shepherd France, Ecologue.

Un dauphin Tursiops en captivitéDans un article récent traitant de la captivité, Paris Match a fait le choix de donner exclusivement la parole aux représentants de l’industrie de la captivité, leur laissant le loisir de réfuter des arguments du mouvement qui milite pour des dauphins libres, sans qu’aucun représentant du mouvement n’ait la possibilité de répondre. Je me permets donc de le faire ici, d’autant plus que Sea Shepherd est mentionné dans ledit article en tant que soutien à la prochaine manifestation contre la captivité organisée par C’est Assez et le collectif "Empty the tanks" (aux abords du delphinarium "Planète Sauvage" le 6 juin prochain).

Notons avant de commencer que le nom même de "Planète Sauvage" est un enfumage. On ne trouve dans ce lieu aucun animal sauvage dont je rappelle la définition :

"L'animal sauvage est un animal à l'état naturel de la vie sauvage, hors de l'action des humains. Il se définit par opposition à l'animal domestique ou apprivoisé" "Planète domestiquée" serait un nom plus conforme à la réalité mais sans doute moins glamour. Passons.

Paris Match (PM) : "Avoir recours à un parc animalier peut être une solution à certains travaux, assure Alban Lemasson, directeur du laboratoire d’éthologie et professeur à l’université de Rennes (...)"

L.E : L’alibi scientifique a toujours eu bon dos pour justifier l’asservissement, et l’exploitation d’êtres considérés comme des "objets d’études". Par le passé, ce fut certains de nos semblables, considérés "non humains", aujourd’hui ce sont des animaux. Prétendre pouvoir étudier le comportement "naturel" d’animaux confinés dans un bassin en béton alors que ces mêmes animaux, les dauphins en l’occurrence, ont été "façonnés" par l’évolution pour parcourir des dizaines de kilomètres par jour dans un environnement infiniment plus riche que les parois nues d’un bassin en béton est, en soi, pour le moins étrange.

PM : Pour Martin Boye, responsable scientifique de Planète Scientifique et responsable de la Cité marine, où vivent les sept dauphins du parc, ces deux types d’observations (en captivité et en milieu sauvage) sont «complémentaires»: " Il faut faire des aller-retour, des passerelles entre ces deux milieux pour avoir une vision globale. On va soulever des questions qui vont parfois répondre à des choses inconnues dans le milieu naturel, et l’inversement est vrai."

L.E : Le comportement de dauphins en milieu naturel est par essence naturel. Les différences qui peuvent être observées en milieu captif sont des déviances qui ne permettent pas de mieux comprendre les dauphins mais qui nous éloignent de leur nature profonde. Les dauphins, particulièrement les Tursiops (ceux que détient "Planète Sauvage") ont été très longuement étudiés en captivité pendant de nombreuses décennies. Les limites de ce que peuvent nous apprendre des dauphins captifs, organisés en groupes artificiels qu’ils n’ont pas choisis, dans un environnement où tous leurs instincts les plus élémentaires, intrinsèquement liés à leur habitat naturel sont réprimés, sont atteintes. Tout acharnement dans cette voie ne peut être que prétexte à maintenir des animaux captifs pour une exploitation commerciale sous couvert de science. D’ailleurs, "Planète Sauvage" se gargarise "des milliers de visiteurs qui viennent voir leurs dauphins" (l’entrée n’est bien sûr pas gratuite)

PM : Il prend l’exemple du sonar du dauphin, dont on savait que l’animal se servait pour se repérer. Mais des études réalisées dans des delphinariums ont permis de découvrir qu’ils "pouvaient organiser leurs chasses" avec cet outil redoutable: "Les dauphins sont capables d’utiliser les indices du sonar d’un autre dauphin pour orienter leur chasse. Et ça, vous ne pouvez pas le montrer en milieu naturel car les animaux partent dans tous les sens et surtout vous n’allez pas intervenir et déranger les animaux, alors que là, ils sont habitués à notre présence et vous pouvez leur demander."

L.E : Pour ne pas "déranger" des dauphins en milieu naturel, on préfère condamner certains de leurs congénères à la prison à vie. Etrange forme de sollicitude. Les dauphins captifs sont certes habitués à la présence de leurs dresseurs et des scientifiques, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont heureux ni qu’ils ont choisi cette compagnie. En fait, justement, si nous étions en mesure de leur demander leur avis comme le suggère le responsable scientifique de "Planète Sauvage", tout l’argumentaire de l’industrie de la captivité s’effondrerait de lui-même et sans autre forme de débat. On sait déjà que les dauphins ont des capacités cognitives et émotionnelles qui vont au-delà de ce que l’esprit humain est capable de concevoir, puisqu’ils sont les seuls mammifères à posséder un cerveau à quatre lobes (nous n’en avons que trois), le quatrième étant le siège des comportements sociaux. Ces animaux extrêmement intelligents et d’un degré de conscience qui nous laisse sans doute sur le carreau, sont considérés par certains scientifiques comme des détenus légitimes et consentants, heureux élus d’un programme de recherche scientifique qui, s’ils n’avaient que le début d’un commencement de compréhension de ce que sont les dauphins, ne pourraient jamais concevoir de les priver de liberté. Je m’interroge aussi sur ces pseudo découvertes sur les capacités de chasse des dauphins en bassin bétonné. Les dresseurs de "Planète Sauvage" ont-ils lâché des bancs de poissons vivants dans le bassin et observé comment les dauphins s’y prenaient pour les attraper ?

Un groupe de dauphins en libertéDe nombreux chercheurs, apnéistes et vidéastes en milieu sauvage ont rapporté des images et des analyses très complètes sur la façon dont les dauphins utilisent leur sonar pour chasser en milieu naturel, à un niveau d’organisation et de complexité impossible à atteindre en captivité. En bassin, le sonar des dauphins leur devient complètement inutile, il devient même un handicap puisqu’il n’y a pas d’environnement à découvrir, il n’y a que les mêmes parois lisses et mornes comme unique horizon et jusqu’à la fin de leurs jours. Le sonar étant le sens principal des dauphins, à l’instar des yeux pour les humains (on dit qu’ils voient avec leurs oreilles), les dauphins en bassin sont comme enfermés dans une chambre dont les murs sont tapissés de miroirs qui leur renvoient leur propre image, à l’infini. Imaginez passer la totalité de votre existence dans ce genre d’environnement… et pensez à ce que vous répondriez si on vous demandait ce que vous pensez du privilège d’être un objet d’étude "scientifique".

PM : Mais il insiste: "On les insiste, on les encourage, on ne les force jamais". Les dauphins s’approchent des soigneurs uniquement s’ils le veulent, et leurs séances d’entraînement coïncident avec leurs repas: ainsi, la nourriture n’est pas une récompense, mais les jeux des distractions entre deux poignées de poissons. "Pas question d’en faire des robots", jure-t-il, expliquant qu’aucun jour n’est semblable à un autre afin de continuer à stimuler ces animaux très intelligents.

L.E : Les dauphins ont-ils d’autre choix que de s’approcher des dresseurs, uniques sources de nourriture (poissons morts) et seule maigre distraction dans leur vie d’animal confiné aux limites de leur bassin ? Les détenus ne s’approchent-ils pas du maton dont ils savent qu’il leur apporte leurs repas et éventuellement un jeu de cartes pour tromper leur ennui ? "Pas question d’en faire des robots"? Non, mais ne sont-ils pas des cobayes et des bêtes de cirque?

PM : Martin Boye se défend de toutes les accusations et rumeurs avancées sur Internet: non, les dauphins ne sont pas sous antidépresseurs, Lucille ne vient pas tout juste d’avoir des jumeaux, et les animaux ne sont pas affamés ou vendus…

L.E : Je n’ai pas d’information spécifique à "Planète Sauvage", mais c’est un fait avéré que les dauphins en captivité sont souvent sous antidépresseurs, reçoivent des doses importantes de médicaments destinés à prévenir les ulcères et commettent parfois des suicides. Les dauphins de "Planète Sauvage" seraient donc les dauphins captifs les plus heureux du monde.

PM : "Il y a des gens qui critiquent notre métier : ça vient surtout d’une profonde méconnaissance de ce qu’on fait, assure-t-il. Ce que je leur demande, c’est de prendre contact avec nous pour venir discuter, observer. Et là, je pense les arguments tombent à 99%."

L.E : Les docteurs en cétologie, éthologie, chercheurs, apnéistes, anciens dresseurs repentis qui côtoient les dauphins depuis des décennies ne sont donc que des ignares qui ne savent pas de quoi ils parlent ? Des rencontres entre les représentants de "Planète Sauvage" ou autres centres de détention de dauphins et avocats de dauphins libres seraient sans doute intéressantes bien que je ne serai pas aussi sûre que Monsieur Boye que 99% de nos arguments ne résisteraient pas au débat. Sea Shepherd se fera un plaisir d’inviter Monsieur Boye au prochain évènement que nous organiserons autour de ce thème de la captivité.

PM : Nos dauphins sont nés en bassin, se reproduisent très bien en bassin, vivent plus longtemps qu’en milieu naturel et c’est tout à fait normal. Sans prédateurs ni dangers liés aux conditions climatiques, les décès interviennent en moyenne plus tard. Les dauphins sont sous la surveillance constante des équipes, qui les ont habitués à passer des échographies et faire des prises de sang afin de s’assurer de leur bonne santé.

LE : Il serait intéressant que Monsieur Boye nous parle des programmes d’insémination artificielle de l’industrie de la captivité… Il est absolument faux d’affirmer que les dauphins captifs vivent plus longtemps qu’en milieu naturel. D’une manière générale, c’est tout le contraire. Le stress dû à l’enfermement et les maladies bactériennes sont bien plus importantes en captivité qu’en milieu naturel. Les dauphins ont très peu de prédateurs en milieu naturel (hormis nous-mêmes) et les dauphins Tursiops (détenus chez "Planète Sauvage") ne sont pas en danger, c’est l’une des espèces de dauphins qui se porte le mieux. Les dauphins n’ont pas besoin de vivre en milieu confiné sous surveillance médicale, à passer des échographies et des tests sanguins à longueur de temps… Leurs congénères libres n’ont guère accès à tous ces "privilèges" et ils s’en portent très bien. Demandez-vous donc, si vous souhaiteriez passer votre existence dans une cellule sous haute surveillance médicale ou si vous préféreriez vivre naturellement et libre. C’est une question simple, la réponse semble évidente. Pour peu qu’on ne retire pas un avantage particulier (souvent financier) à maintenir ces animaux captifs.

PM : En tout, neuf personnes sont dédiées aux sept dauphins, dont un maîtrise 110 comportements différents – une preuve de l’intelligence de l’espèce.

L.E : L’intelligence des dauphins n’est plus à prouver. Reste à la comprendre. Et c’est là quelque chose qui est complètement hors de portée de scientifiques dont le prisme est si restreint qu’ils sont encore capables de justifier la captivité. A ces scientifiques, il manque l’essentiel, le préalable indispensable pour comprendre les dauphins à savoir, cesser de les considérer comme des objets d’études, respecter leur intégrité et les considérer d’égal à égal. C’est ce que font certains pays qui ont pour ces mêmes raisons, interdit leur captivité. C’est ce que font les scientifiques qui ont choisi de les étudier à l’état libre et d’un commun accord. Ces scientifiques avant-gardistes en apprendront bien plus que leurs collègues issus d’une vieille école de pensée archaïque qui se borne à considérer les dauphins comme des cobayes et qui dès lors, ne perceront jamais leurs secrets.

Un groupe de dauphins en libertéPM : Pour Martin Boye, ces manifestants sont un "épiphénomène très bruyant" par rapport aux milliers de visiteurs qui passent chaque année les portes du parc, qu’il sensibilise régulièrement "aux problèmes rencontrés par les dauphins en milieu naturel". Une façon de boucler la boucle.

L.E : Le mouvement pour des dauphins libres en France n’est pas encore aussi puissant qu’aux Etats Unis mais il prend de l’ampleur et Monsieur Boye a peut-être tort de nous considérer avec tant de mépris. Il pourrait bien être surpris. Sea World ne s’attendait sans doute pas à voir le prix de ses actions en bourse dégringoler et à perdre des millions de dollars suite à la sortie du film "BlackFish" qui dénonce l’envers du décor de la captivité. "Planète Sauvage" s’accroche au fait que "ses dauphins" sont nés en captivité. Ils n’en restent pas moins des dauphins, avec tout ce que cela implique de capacités cognitives, émotionnelles, physiologiques et sociales, ce qui en fait des animaux intrinsèquement inadaptés à la captivité. L’argument des dauphins nés captifs est d’ailleurs un obstacle aux pseudos recherches pour comprendre les dauphins dans leur ensemble. Ces individus, s’ils gardent leurs instincts sont d’une certaine manière déficients, puisque leur mère n’ont pas pu leur apprendre à se comporter naturellement, en milieu sauvage. Ils sont nés dans un milieu aseptisé et artificiel dans lequel l’essentiel de leurs sens et de leurs comportements ancestraux ne peut pas s’épanouir.

Les industries comme Planète Sauvage, Marineland, Parc Astérix qui s’enrichissent en exploitant les dauphins ne peuvent maintenir leurs cirques aquatiques que grâce à la méconnaissance et la naïveté du public. Un important travail de ré-information de l’opinion est en cours. Quand les gens comprendront ce qu’est la vie d’un dauphin captif et ce que cela implique en terme de détresse émotionnelle et de questionnement éthique et moral, il est fort probable que les arguments de l’industrie de la captivité tomberont à 99%...

Viendra un temps, où nous considérerons ces prisons aquatiques avec le même mépris et le même dégoût que l’on ressent aujourd’hui à l’évocation des zoos humains qui avaient pignon sur rue en Europe, encore au début du siècle dernier.

"Il y a autant de bénéfices pédagogiques à acquérir en étudiant des dauphins en captivité qu’il y en aurait à étudier le genre humain en n'observant que des prisonniers isolés." - Jacques Yves Cousteau

Article intégral de Paris Match ici : http://www.parismatch.com/Animal-Story/Articles/Planete-Sauvage-La-captivite-au-service-de-la-science-772836

* Les erreurs présentes dans le texte original de Paris Match ont été reprises ici sans correction

 

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