Commentary and Editorial

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Mardi, 10 Novembre 2015 14:16

Faisons tomber les masques

Cocaïne et ailerons de requins, corruption et Costa Rica

Par le capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd

Photo d'archive : Ailerons de requins en train de sécher Sea Shepherd / Gary StokesIl y a quatorze ans, en 2001, j'ai pris mon navire, l’Ocean Warrior, pour aller à l’île Cocos, au Costa Rica. Quand nous sommes arrivés, nous avons découvert le San Jose, un palangrier équatorien, occupé à massacrer des requins non loin de la plage du Parc national de l’île Cocos.

Les rangers, qui ne disposaient pas de bateau, ne pouvaient qu’observer de la côte sans pouvoir intervenir.

Nous avons proposé notre aide et ensemble, les rangers de l'île Cocos et l'équipage de Sea Shepherd, nous avons arrêté le San Jose, confisqué plusieurs kilomètres de palangres et des centaines de requins morts. Nous avons ensuite aidé à l'arrestation de l'équipage.

Le San Jose était le premier grand navire de pêche illégale saisi et arrêté dans la Réserve marine de l’île Cocos et le premier navire de pêche illégale à être confisqué par la justice du Costa-Rica.

À la suite de cette arrestation, j’ai conclu un accord formel avec le Ministère de l’environnement costaricien pour commencer à patrouiller dans la Réserve marine de l’île Cocos en collaboration avec les rangers et ce, dès 2002.

Deux ans plus tôt, Sea Shepherd avait engagé un partenariat avec le Parc national des Galápagos et la police fédérale équatorienne, qui se poursuit toujours quinze années plus tard.

En revanche, le partenariat conclu avec le Costa Rica n’a jamais vu le jour car, en 2002, mon équipage et moi-même avons stoppé, à la demande des autorités guatémaltèques, les activités illégales d’un navire braconnier costaricien, le Varadero I, dans les eaux territoriales guatémaltèques. Personne ne fut blessé lors de cette opération et le navire ne fut, en aucun cas, endommagé.

Malgré tout, les huit pêcheurs m’ont accusé de tentative de meurtre à leur retour au Costa Rica. En conséquence, je fus convoqué au tribunal où, après y avoir présenté nos preuves en vidéo et plusieurs témoignages, les charges contre moi furent abandonnées. Une semaine plus tard, j’étais poursuivi pour huit accusations de voies de fait. À nouveau, je me rendis devant le juge et une fois encore les charges furent abandonnées et je fus autorisé à quitter le Costa Rica.

Je n’ai plus du tout entendu parler de cette histoire jusqu’au mois de mai 2012 lorsque des douaniers allemands m’arrêtèrent à Francfort sur la base d’une demande d’extradition du Costa Rica. À ce moment, les accusations étaient stipulées de la manière suivante : "mise en danger d’un navire et risque de naufrage."

Cette arrestation fut immédiatement suivie d’une demande d’extradition de la part des autorités japonaises. Le Japon voulait m’extrader pour "conspiration d’intrusion" sur un navire baleinier et "entrave à son activité".

L’Allemagne décida de m’extrader au Japon. Je fus donc contraint de forfaire au paiement de la caution et de fuir en mer pendant 15 mois, d'août 2012 à la fin d'octobre 2013.

En raison de ces deux demandes d’extradition et de leur reconnaissance par l’Allemagne, je fus placé sur la Liste rouge d'Interpol en août 2012.

Personne avant moi n’avait été placé sur cette Liste rouge d’Interpol pour des activités n'ayant pas impliqué de dommage sur des personnes ou sur des biens, d'homicide, de vol d'argent, de secrets d'État ou de biens. En ce qui me concerne, j’ai juste interrompu une opération de pêche aux ailerons de requins dans les eaux guatémaltèques à la demande du gouvernement du Guatemala et, le Japon, m’accuse de m’être opposé à ses activités illégales de chasse à la baleine dans l'Océan austral (déclarées illégales par la Cour internationale de Justice).

Mais, prenons la demande d'extradition du Costa Rica, par exemple ; cet incident s'est déroulé en 2002 et huit braconniers d’un navire déjà accusés de braconnage par le passé, ont porté plainte après que nous avons mis fin à leur activité de braconnage. Ils n’avaient aucune preuve vidéo ou photographique. Sea Shepherd en revanche avait filmé tout l’incident. Il va sans dire que leurs accusations de tentative de meurtre étaient totalement ridicules.

Les accusations furent portées contre moi depuis la ville portuaire de Puntarenas où la pêche illégale est monnaie courante. Lors du procès en première instance, nous avons découvert et mis en évidence le déchargement illégal de requins à Puntarenas. Les preuves n’étaient pas difficiles à obtenir puisque les ailerons de requins étaient mis à sécher à la vue de tous. Nous avons dénoncé ces activités à la police mais les autorités n’ont rien fait. Au lieu de cela, on nous a ordonné de ne pas harceler les pêcheurs.

Pourquoi le tribunal de Puntarenas réagirait-il de manière aussi agressive à la plainte de huit braconniers ?

Il se cachait et se cache toujours des zones d’ombre derrière tout cela et je pense qu'il y a un lien avec le trafic de drogue.

Depuis l'annonce récente de l’arrestation d’un homme appelé Gilbert Bell et la révélation de l'information selon laquelle il serait en fait le célèbre baron de la drogue "Macho Coca", les choses deviennent plus claires.

Gilbert Bell est un conseiller de l’Institut des pêcheries du Costa Rica (INCOPESCA), une agence gouvernementale qui a déjà fait l’objet de quelques investigations criminelles.

Plus de la moitié des membres du conseil d’administration de l’INCOPESCA sont des représentants de l’industrie de la pêche.

En 2012, le vice-président d’INCOPESCA, Alvaro Moreno, fut licencié pour corruption et le président actuel d’INCOPESCA, Luis Dobles, est, depuis 2011, sous le coup d’une enquête criminelle pour avoir omis de sanctionner deux bateaux accusés de pêche illégale à l’aileron la même année.

En 2014, les garde-côtes américains ont capturé un navire de pêche costaricien et ont arrêté trois suspects costariciens et un suspect nicaraguayen au large des côtes de l'île Cocos. À son bord, le navire transportait 2,3 tonnes de cocaïne.

« Nous sommes davantage inquiets de voir que ces organisations [de trafic de drogue] infiltrent nos pêcheurs ou nos navires de pêche qui délaissent désormais la pêche au profit du trafic de drogue », a indiqué Gustavo Mata, vice-ministre de la sécurité publique. « En règle générale, de plus en plus de nos pêcheurs se consacrent au trafic de cocaïne. »

Pourtant, en 2001, les rangers de l’île Cocos m’avaient déjà dit, à l’époque, qu’ils étaient très inquiets du transport de drogues qui s'effectuait à bord des bateaux de pêche. Le problème n’est pas nouveau.

L’île Cocos est un point névralgique du transport de drogue et ce, depuis de nombreuses années. Il devient de plus en plus évident pour moi que notre projet de 2002 de venir patrouiller de façon permanente autour de l’île Cocos représentait une menace pour les narcotrafiquants.

Des accusations furent donc portées contre moi pour empêcher la mise en place de ces patrouilles. C’est aussi la raison pour laquelle, l'île Cocos a refusé notre offre de deux excellents navires de patrouille rapide.

INCOPESCA et d’autres personnes d’influence au Costa Rica ne veulent pas nous voir mettre notre nez dans les affaires de l’île Cocos, non pas à cause de la pêche illégale mais plutôt à cause des cargaisons et des trafics illégaux de drogues.

Le procès qui m’est fait n’a tout bonnement aucun sens. En 2002, à la demande du gouvernement guatémaltèque, nous avons arrêté un navire costaricien de pêche aux ailerons, le Varadero I, dans les eaux guatémaltèques. Nous les avons surpris et filmés en pleine action de pêche au requin et de découpe d'ailerons. Nous les avons arrêtés à l’aide de lances à incendie, personne n'a été blessé et aucun matériel n'a été endommagé. Une équipe de tournage était à bord pour le tournage du film documentaire Sharkwater ; elle a enregistré l’incident dans son intégralité.

Les huit pêcheurs à bord du Varadero I ont dit aux autorités du Costa Rica que nous avions tenté de les tuer. Ils n’avaient aucune preuve, aucun enregistrement, juste leur parole contre celle des 30 membres d’équipage de Sea Shepherd et d’une équipe de tournage indépendante qui ont tous été témoins et ont filmé l’incident depuis l’Ocean Warrior.

Je me suis présenté au tribunal en 2002 et notre vidéo a clairement démontré que nous n’avons, à aucun moment, tenté de tuer ces pêcheurs. Cette accusation fut donc abandonnée mais une semaine plus tard, j’apprenais que huit accusations d’agression étaient portées contre moi. Encore une fois, notre film prouva qu’il n’en était rien, les charges furent abandonnées et on m’autorisa à quitter le Costa Rica.

Puis, je n’entendis plus parler de cette affaire jusqu’à mon arrestation en Allemagne 10 ans plus tard, cette fois-ci pour "mise en danger d'un navire et risque de naufrage".

L’accusation, telle qu’elle est présentée aujourd’hui, précise que l’incident s’est déroulé dans les eaux internationales tout en indiquant, toutefois, une position exacte qui est bien à l’intérieur des eaux guatémaltèques où la loi guatémaltèque nous autorisait à intervenir pour stopper cette activité illégale. L’accusation officielle se contredit elle-même en indiquant que le lieu de l'incident était à la fois dans les eaux guatémaltèques et dans les eaux internationales. Ça ne peut être que l'un ou l'autre, pas les deux, et pourtant c'est bien ce qui est spécifié dans l'accusation.

Le tribunal du Costa Rica affirme qu'il n'y avait aucun élément qui prouve que les pêcheurs costariciens étaient des braconniers malgré le fait que nous les avons filmés en train de braconner et qu'en 2001, le Varadero I avait déjà été arrêté aux Galápagos (Équateur) pour pêche illégale.

Le temps et les efforts consentis par le Costa Rica pour enquêter sur cette affaire, aux frais du peuple costaricien, pendant ces 13 dernières années, semblent complètement disproportionnés pour un incident qui n'a causé aucun dommage corporel ou matériel.

La question que l’on peut légitimement se poser est pourquoi ?

Pendant des années, j’ai cru que les tribunaux, l’INCOPESCA et les autres représentants du gouvernement protégeaient les braconniers et de nombreux éléments ont déjà prouvé que c’était bel et bien le cas.

Néanmoins, aujourd’hui, à la lumière de l’arrestation de Macho Coca, je pense que cela va bien plus loin. L’arrestation de Gilbert Bell, baron de la drogue et conseiller d’INCOPESCA, m’amène à penser qu’il s’agit aussi de protéger les narcotrafiquants.

En mai 2013, l’écologiste défenseur des tortues Jairo Mora Sandoval fut assassiné par les narco-braconniers sur la plage de Moins. Cette année, l’équipe de Sea Shepherd en mission pour protéger les tortues a, elle aussi, été attaquée par les braconniers sur cette même plage. Au lieu d’enquêter sur ces agressions, la police a harcelé l’équipe de Sea Shepherd et fouillé notre campement à la recherche de drogues, éparpillant et endommageant les biens des équipes dans l'opération.

Dans l’affaire Jairo Mora Sandoval, les assassins furent acquittés plus tôt cette année par le tribunal du Costa Rica, non pas parce qu’ils étaient innocents mais parce que la police et le parquet ont opportunément perdu des preuves essentielles. La plage de Moins, où Jairo a été tué, est une plage connue pour le débarquement de drogues venues de Colombie et du Panama.

Plus tôt cette année, Sea Shepherd a mis en place un projet, en partenariat avec le Ministère de l'environnement costaricien, pour l'assister une fois de plus dans la protection de l'île Cocos. Alex Cornelissen, directeur de Sea Shepherd était invité à rencontrer le ministre et prit donc l'avion des Pays-Bas jusqu'à San Jose pour l'occasion. Toutefois, à la dernière minute, l’entretien fut annulé au motif que le gouvernement costaricien ne pouvait pas travailler avec Sea Shepherd tant que j’étais toujours sous le coup d’une accusation et d’une demande d’extradition de la part du Costa Rica.

Les rangers de l’île Cocos ont besoin d’aide. Ils ont besoin d’un bon bateau de patrouille à temps plein. Nous possédons ce bateau, nous en avons même deux que nous sommes prêts à déployer de façon permanente pour travailler avec les rangers afin de faire cesser toute activité de braconnage dans la Réserve marine de l’île Cocos. Nous aimerions également installer un système AIS pour contrôler tout le trafic maritime. Nous avons installé un système similaire aux îles Galápagos pour un montant d’environ un million d’euros et nous assurons sa maintenance. Ce programme est une très belle réussite.

Cependant, je crois que le gouvernement costaricien ne souhaite pas voir une entité indépendante de leur contrôle opérer autour de l’île Cocos. Ils ne veulent pas que le monde découvre ce qui me semble être une plaque tournante du trafic international de drogue, en particulier de cocaïne.

Je compte présenter cette affaire devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme et continuer à enquêter sur ce qui motive le Costa Rica à protéger les braconniers et à refuser de patrouiller correctement dans la Réserve marine du Parc national de l'île Cocos.

 

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