Commentary and Editorial

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Mardi, 26 Janvier 2016 23:45

La chasse au phoque commerciale se dissimule derrière une façade culturelle
Greenpeace et la mascarade écologique de l’industrie de la fourrure

Par le capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd

Photo : Bob Hunter et Paul Watson, cofondateurs de Greenpeace, bloquant un navire norvégien de chasse au phoque commerciale en mars 1976 au large de la côte du LabradorPhoto : Bob Hunter et Paul Watson, cofondateurs de Greenpeace, bloquant un navire norvégien de chasse au phoque commerciale en mars 1976 au large de la côte du LabradorJon Burgwald, directeur de la campagne de Greenpeace en Arctique, a déclaré que Greenpeace a fait une erreur dans les années soixante-dix en s’opposant à l’abattage commercial de phoques dans l’est du Canada. D’après lui, Greenpeace a omis de faire la distinction entre la chasse au phoque culturelle des Inuits et la chasse au phoque commerciale des Canadiens de race blanche et des entreprises canadiennes et norvégiennes.

Il se trompe, et puisqu’il n’était pas là – en fait, il n’était même pas encore né à cette époque – il ne fait que spéculer.

Le fait est qu’en 1976, Deborah Garrick, qui travaillait alors à la succursale de Greenpeace à Ottawa, est justement entrée en contact avec l’Inuit Tapiriit Kanatami pour lui faire savoir qu’il n’existait aucune opposition culturelle ni envers les Inuits ni envers les autres membres des Premières Nations du Labrador. En 1976, Tapiriit Kanatami a informé Greenpeace que son peuple ne considérait pas sa campagne comme une menace pour la chasse au phoque autochtone.

L’exploitation de la culture autochtone dans le but de commercialiser les fourrures ne date pas d’hier. Tout a démarré avec la Compagnie de la Baie d’Hudson qui s’est tournée vers les Premières Nations pour répondre à la demande européenne en fourrure. Lors d’une conférence en Islande dans les années 80, le ministère canadien des Pêches et des Océans a mis au point une stratégie de défense pour l’industrie de la fourrure en suggérant que la seule manière pour cette dernière d’obtenir le soutien et la sympathie du public était de s’associer directement avec les peuples autochtones.

En 1982, Arnaituk M. Tarkirk, originaire de Kuujjuaq, dans le Nord québécois, a rédigé l’article éditorial suivant dans l’Ottawa Citizen :

"Nous sommes tout à fait au courant du vote européen visant à interdire l’importation des produits issus de la soi-disant chasse au phoque. Je suis inuk et je tiens à exprimer mon opinion à ce sujet.

Peter Ittinuur, un député du Territoire du Nord-Ouest, est en train de nous dire que ce vote réduira un grand nombre d’Inuits au chômage. C’est complètement stupide. Les recettes de la chasse vont principalement à la Norvège et cela n’a rien à voir avec les Inuits.

Nous sommes d’habiles chasseurs qui chassent des animaux adultes pour se nourrir; ce n’est pas la même chose que de tuer un bébé phoque sans défense à coups de gourdin sur la tête.

Je dirais même plus, si la chasse devait s’arrêter, nous serions les premiers à en profiter. En effet, nous bénéficierions de 180 000 phoques plus âgés de plus pour nous nourrir, et le monde n’aurait pas une telle aversion pour les produits à base de peau de phoque, comme c’est actuellement le cas après avoir vu la façon dont ces bébés sont tués. En conséquence, le travail d’artisanat à partir de peaux de phoque adulte aurait plus de succès.

La Compagnie de la Baie d’Hudson et le gouvernement se servent tous simplement des Inuits pour atteindre leurs propres objectifs. Je suis surpris que Peter Ittinuar, que je connais, puisse se laisser manipuler comme ça. Je connais des gens qui sont contre la chasse au phoque, mais ils ne sont pas contre les Inuits. Je suis inuk et je m’oppose à la chasse au phoque." – Ottawa Citizen/27 mars 1982.

Je défends les causes amérindiennes depuis longtemps. J’ai été infirmier en 1973 lors de l’occupation de Wounded Knee par l’American Indian Movement. En 1984, j’ai défendu les loups aux côtés des Premières Nations, avec lesquelles j’ai également défendu la cause du saumon. J’ai prêté main-forte aux Kayapos en Amazonie pour m’opposer à un projet de barrage massif en 1989 et j’ai contribué à obtenir un avion pour que les Kayapos puissent patrouiller leur territoire à la recherche de braconniers. En 1991, j’ai pris la mer avec les peuples Gitksan et Wet'suwet' en pour intercepter les navires Nina, Pinta et Santa Maria près de Porto Rico en opposition à 500 ans d’injustice. Et aujourd’hui, les navires de Sea Shepherd battent le pavillon des Cinq Nations de la Confédération iroquoise qui nous a été remis par les Mohawks. Le mois dernier, j’ai donné une présentation en partenariat avec Raoni, le chef des Kayapos, lors de la conférence de Paris sur le changement climatique.

Au fil des années, je remarque que les groupes autochtones obtiennent toutes sortes d’aide de la part des gouvernements, sociétés et de certaines ONG lorsqu’ils convoitent quelque chose que possèdent les Premières Nations, que ce soit de l’uranium, du pétrole ou des fourrures.

Quand un autochtone du sud du Canada tue un élan ou un cerf, il encourt une condamnation légale car il entre en compétition avec les chasseurs blancs. En revanche, en Arctique, le seul moyen légal pour l’industrie de la mode de se procurer de la fourrure de phoque, d’ours polaire ou de renard arctique, est d’acheter les peaux, généralement à un prix très bas par rapport à celui du produit fini, directement aux autochtones pour qui, une exception culturelle a été accordée.

Il existe une très grande différence entre ce que les Amérindiens du Sud sont autorisés à chasser par rapport aux Inuits, car sans les Inuits, l’industrie de la mode ne pourrait pas obtenir de fourrure d’ours polaires, de renards arctiques et autres espèces, la chasse de ces animaux étant interdite aux non-autochtones.

Les Inuits n’ont absolument aucun droit culturel historique précolombien leur permettant de vendre des peaux de phoque à l’industrie de la mode européenne. L’industrie de la fourrure européenne est responsable de dommages incalculables après avoir exploité les cultures amérindiennes pendant des centaines d’années, et elle continue à le faire.

La stratégie de promotion des fourrures de phoque a été renforcée par le gouvernement du Canada dans les années 80 grâce à une tactique délibérée visant à associer intentionnellement l’abattage commercial des phoques sur la côte est aux cultures autochtones du nord, et ce, malgré le fait que pas une seule personne inuite n’était de quelque manière que ce soit impliquée dans la chasse commerciale au phoque canadienne. Toutefois, en échange de subventions et à la suite de magouilles politiques, les Inuits ont convenu de cette association, à leur grand détriment.

Mais le stratagème a fonctionné pour le Canada et l’industrie de la fourrure. En 1985, Greenpeace s’est mise dans une situation embarrassante en présentant des excuses pour avoir mis fin à la chasse. Elle n’a pas mis fin à la chasse, bien évidemment, mais à son opposition. Elle a déclaré ne pas s’être rendu compte que faire interdire les produits issus des bébés phoques en Europe engendrerait de tels dommages pour les Inuits. C’est absurde, parce que les Inuits n’avaient jamais tué de bébé phoque. Les petits naissent sur la glace au large de la côte est du Canada et le seul peuple autochtone traditionnel de Terre-Neuve, les Béothuks, est éteint, décimé par le même gouvernement qui soutient l’abattage des phoques.

La stratégie d’association du gouvernement rend service à l’industrie de la fourrure – pas aux Inuits.

Jon Burgwald et Greenpeace ont déclaré qu’ils soutenaient la chasse au phoque autochtone et M. Burgwald a associé la chasse au phoque autochtone à la commercialisation de la fourrure de phoque, plus précisément à la tannerie Great Greenland, la compagnie qui lui a fait cadeau d’une veste en fourrure de phoque.

La tannerie Great Greenland ne comptait que cinq couturières inuites, et depuis ce mois-ci, elles ne font plus partie des employés parce que l’entreprise a décidé d’envoyer ses produits en Europe pour l’assemblage et la finition. Le nombre total de salariés l’an dernier était de 40 alors qu’il est maintenant de 30. Il ne s’agit pas là d’un employeur important pour le Groenland, encore moins pour les Inuits et les Caucasiens comparativement à la pêche, à l’exploitation minière et au tourisme.

Cette entreprise acquiert les peaux à bas prix, les traite pour ensuite les commercialiser au prix fort. Le directeur général, Lars Berg, n’est pas inuit, mais un comptable danois anciennement directeur financier d’une chaîne de grande distribution danoise, et qui possède des connaissances en commercialisation d’articles de mode au Danemark et en Chine. En bref, tout ce que cette entreprise fait c’est exploiter les Inuits à l’instar de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans le passé. Elle n’a que faire du peuple ou de la culture autochtone, tout ce qui l’intéresse, c’est le profit.

Bien que les Danois s’enrichissent grâce à cette entreprise et que Jon Burgwald, danois également, ait lui-même reçu une veste en fourrure de phoque en cadeau, proclamer que la tannerie Great Greenland est une entreprise autochtone s’avère plutôt exagéré. La seule chose dont les Inuits sont responsables c’est de vendre des peaux pour une fraction des profits réalisés par les dirigeants, les concepteurs et les fourreurs, lesquels, pour la plupart, sont très éloignés du Groenland ou d’où que ce soit en Arctique.

L’assemblage et la finition des produits fabriqués à partir de fourrure de phoque en Europe par les Européens n’a rien à voir avec la culture autochtone. La vente de produits fabriqués à partir de fourrure aux Européens, Arabes ou Asiatiques n’a rien à voir avec la culture autochtone. Les mannequins de race blanche qui défilent sur le podium pour exhiber des vêtements en fourrure de phoque n’ont rien à voir avec la culture autochtone.

Être autochtone est synonyme de survie, artisanat, tradition et culture.

La vente de manteaux et de produits de fourrure à l’industrie de la mode en Europe et en Asie n’a rien à voir avec les traditions culturelles des Inuits.

Si une personne inuite tue un phoque, en utilise la peau pour fabriquer un manteau ou une veste, vend ensuite ce vêtement directement à une personne au Groenland et reçoit la totalité du coût de ce produit, on peut alors qualifier ce dernier d’autochtone. Toutefois si un chasseur inuit tue un phoque, en vend la fourrure à une compagnie et reçoit moins de 5 % du prix de vente final de ce produit, on a alors affaire à de l’exploitation.

Mais pourquoi Greenpeace soutient-elle l’industrie de la chasse au phoque ?

C’est parce qu’elle a adhéré au mensonge, car elle veut également obtenir quelque chose des Inuits, à savoir leur participation pour s’opposer aux compagnies pétrolières. Les Inuits ne sont pas tous opposés aux compagnies pétrolières, car le pétrole rapporte bien plus aux collectivités inuites que la vente de fourrures, et Greenpeace le sait fort bien. Dès lors, la tactique de Greenpeace est d’essayer de creuser un fossé entre les compagnies pétrolières et les Inuits en déclarant qu’elle a fait une erreur en s’opposant à la chasse au phoque malgré le fait que Greenpeace ne s’est en fait jamais opposée à la chasse au phoque autochtone, et pour ce faire, il lui faut maintenant redéfinir la chasse au phoque autochtone, et avec cette nouvelle définition Greenpeace s’est fourrée dans un pétrin qu’elle a elle-même causé.

Greenpeace semble aussi avoir oublié qu’à l’origine, elle était avant tout une organisation qui se servait habilement des médias et comprenait l’importance du symbolisme.

Et le symbole qu’elle présente maintenant au monde c’est celui d’un directeur arborant une veste et un manteau en peau de phoque. Le message qu’elle projette est un message de confusion, d’hypocrisie, de volte-face qui va à l’encontre de l’image que les gens avaient d’elle.

Greenpeace doit présenter des excuses pour la bourde qu’elle a fait et renvoyer Jon Burgwald de son poste de directeur de sa campagne en Arctique, car si elle ne fait rien, ce problème continuera à prendre de l’ampleur parmi ses partisans, jusqu’à devenir toxique.

La campagne de Greenpeace contre la chasse au phoque que David Garrick et moi-même avons initiée et menée à partir de 1975 a contribué à faire de Greenpeace l’organisation que l’on connaît aujourd’hui, et par conséquent, rejeter et saper les fondements et les fondateurs de cette organisation, comme Jon Burgwald vient de le faire, n’est pas très judicieux.

Le capitaine Paul Watson a participé à la fondation de Greenpeace en 1972 et a dirigé ses campagnes contre la chasse au phoque à partir de 1975.

 

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