Commentary and Editorial

rss_icon_14Get RSS for this page now!  Sign up via My Sea Shepherd

Imprimer
Jeudi, 28 Janvier 2016 16:34

Politiques de pêches européennes : une mauvaise gestion intentionnelle ?

Par : Lukas Erichsen, Président, Sea Shepherd Scandinavie & Regitze C. Hansen, M.Sc. Animal Science

La flotte de pêche de l’Union Européenne, avec ses 88 000 navires, est la deuxième plus grande flotte du monde. Elle peut pêcher librement dans toute l’Union EuropéenneLa flotte de pêche de l’Union Européenne, avec ses 88 000 navires, est la deuxième plus grande flotte du monde. Elle peut pêcher librement dans toute l’Union Européenne

Les nouveaux quotas européens pour 2016 ont été attribués (1) et sont plus élevés que ceux de l’année dernière, ainsi que le veut la Commission européenne dans sa Politique Commune de la Pêche (PCP) réformée de 2014. Ces mesures devaient mettre fin à des décennies de surpêche et aider les populations de poissons à se rétablir. Pourtant, les quotas ont été augmentés par des politiciens désireux de protéger les revenus de l’industrie de la pêche à court terme et aveugles face aux conséquences économiques et écologiques à long terme.

La perte de la biodiversité marine

Selon des recherches publiées par The Journal of Science, les formes de vie aquatique devraient avoir totalement disparues des océans d’ici 2048 (2). Cela signifie qu’une nouvelle extinction majeure se rapproche à grande vitesse : une extinction provoquée par la surpêche légale et illégale, la pollution, la disparition des habitats naturels et le changement climatique. La triste réalité derrière cette affirmation réside dans le fait qu’il ne s’agit pas là d’une simple prédiction. Cette extinction massive a déjà commencé.

Aujourd’hui, 29% des espèces de poissons et de fruits de mer comestibles ont vu leur population chuter de 90%, entraînant l’effondrement complet de ces pêcheries (3). Le Docteur Boris Worm et son groupe de chercheurs de l’université Dalhousie au Canada concluent leur recherche en affirmant que les écosystèmes marins sont complexes, fragiles et essentiels à la vie sauvage et aux habitats sous-marins. La disparition d’espèces océaniques pourrait être la cause directe de l’augmentation du niveau de la mer, de l’acidification et l’intoxication des océans (4).

RÉM, une politique douteuse ?

Le Conseil européen a l’intention de rendre toutes les pêcheries durables d’ici 2020 au plus tard, en imposant des normes de Rendement Équilibré Maximal (RÉM). En théorie, ce concept permettrait de calculer le volume maximal de poissons qui pourrait être pêchés dans une population spécifique sans affecter le renouvellement de cette ressource. L’utilisation de ce concept pour la régulation de la pêche est largement répandue au sein des gouvernements et des législateurs mais elle a aussi été vivement critiquée par des experts (5). Une des critiques porte sur les équations utilisées pour calculer les niveaux de RÉM et plus précisément sur une des variables principales, à savoir la taille de la population des espèces. Entre 50 et 80% des populations de poissons des eaux européennes sont classées comme des espèces vulnérables ou sur lesquelles des données sont manquantes (6). Les niveaux de RÉM appropriés à ces populations sont donc impossible à calculer puisque la taille est une des composantes principales de l’équation. Pourtant, ces espèces continuent à être pêchées.

En 2012, le Centre Helmholtz pour la recherche marine a pointé du doigt le Conseil européen et souligné la mauvaise gestion des populations de morues en mer du Nord qui autorisait la surpêche des espèces dans cette zone. Cette affirmation s’est révélée fondée car la surpêche était en fait supérieure de 300% aux niveaux de RÉM, malgré les recommandations répétées des scientifiques (7). Le même problème fait surface dans les pêcheries irlandaises lorsqu’un rapport de 2015 établit qu’au cours de ces 15 dernières années, la flotte de pêche irlandaise a pris dans ses filets une quantité de poissons supérieure de 24% à la quantité jugée "renouvelable" par les scientifiques (8). Si, face à l’état actuel de nos océans, les scientifiques et les experts demeurent indécis quant à la fiabilité de la méthode RÉM, le Conseil européen est alors totalement imprudent en autorisant l’utilisation de ces niveaux pour la pêche de 36 espèces de poissons.

La COP21, ou le mépris des océans

Au moins 50% de l’oxygène de notre planète provient des océans. Une respiration sur deux vous est offerte par la mer (9). Pourtant, lors du sommet mondial de la COP21 à Paris, la situation de nos océans a été complètement ignorée. Il n’y a pas été fait mention de l’impact de la pêche industrielle sur l’effondrement de la biodiversité ou des animaux marins laissés pour mort dans l’équipement des navires de pêche commerciale. La disparition du phytoplancton, première source mondiale d’oxygène, qui a diminué dramatiquement de 40% depuis 1950 (10), n’a pas non plus été évoquée. Pas d’évocation de ces enjeux ou des autres problèmes subis par les océans de nos jours. Le monde politique préfère se concentrer sur les problèmes économiques à court terme plutôt que sur la survie de tous les habitants de cette planète. Est-il vraiment judicieux d’exploiter les espèces jusqu’à l’extrême limite ? Les océans sont les poumons de notre planète et nous devrions les traiter avec respect. Comme il a souvent été dit, si les océans meurent, nous mourrons avec eux. Est-ce là un choix que nous risquerons de prendre ?

Diagramme 1 : Écarts entre propositions et attributions finales des quotas de pêche 2016 Décisions du Conseil européen contre Propositions du Conseil européen Ce graphique illustre les écarts entre les quotas de pêche proposés et les quotas attribués. La différence (en pourcentage) est mise en évidence pour chaque espèce. Les jeux de données négligeables (valeur-p < 0,05) ne sont pas représentés sur ce diagramme. (cliquez pour agrandir)Diagramme 1 : Écarts entre propositions et attributions finales des quotas de pêche 2016 Décisions du Conseil européen contre Propositions du Conseil européen Ce graphique illustre les écarts entre les quotas de pêche proposés et les quotas attribués. La différence (en pourcentage) est mise en évidence pour chaque espèce. Les jeux de données négligeables (valeur-p < 0,05) ne sont pas représentés sur ce diagramme. (cliquez pour agrandir)

 

Références

(1) Conseil de l’Union européenne (2015) : Conclusion de la réunion du conseil. [en ligne]. Conseil de l’Union européenne, Rue de la Loi 175B, 1048 Bruxelles, Belgique. [20 décembre 2015]. Disponible sur Internet : http://www.consilium.europa.eu/en/meetings/agrifish/2015/12/st15276_en15_pdf/

(2) Worm, B. Science, Nov. 3, 2006; vol 314: pp 787-790. News release, SeaWeb. News release, American Association for the Advancement of Science.

(3) Worm, B., E. B. Barbier, N. Beaumont, J. E. Duffy, C. Folke, B. S. Halpern, J. B. Jackson, H. K. Lotze, F. Micheli, S. R. Palumbi, E. Sala, K. A. Selkoe, J. J. Stachowicz, R. Watson (2006) : Impacts of biodiversity loss on ocean ecosystem services. Science. Vol. 314, pp. 787 – 790.

(4) Milner-Gulland, E. J., R. Mace (1998) : Conservation of biological resources. Wiley-Blackwell. ISBN : 978-0-86542-738-9.

(5) Parlement européen (2013) : Data-Deficient Fisheries in EU waters. [en ligne]. Parlement européen, 60 rue Wiertz / Wiertzstraat 60, B-1047 Bruxelles, Belgique. [2 janvier 2016]. Disponible sur Internet : http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/etudes/join/2013/495865/IPOL-PECH_ET%282013%29495865_EN.pdf

(6) Froese, R., M. Quaas (2012) : Mismanagement of the North Sea cod by the European Council. Ocean & Coastal Management. Vol. 70, pp. 54 – 58.

(7) The Sunday Times (2015) : Irish fleet nets ‘24% too much’. [en ligne]. Times Newspapers Ltd, 1 London Bridge Street, SE1 9GF, England. [2 janvier 2015]. Disponible sur Internet : http://www.thesundaytimes.co.uk/sto/news/ireland/News/article1649847.ece?CMP=OTH-gnws-standard-2015_12_26

(8) National Geographic (2010) : Biggest Marine Census Complete. [en ligne]. National Geographic, USA. [2 janvier 2016]. Disponible sur Internet : http://www.thesundaytimes.co.uk/sto/news/ireland/News/article1649847.ece?CMP=OTH-gnws-standard-2015_12_26

(9) Scientific American (2010) : Phytoplankton Population Drops 40 Percent Since 1950. [22 décembre 2015]. Disponible sur Internet : http://www.scientificamerican.com/article/phytoplankton-population/

(10) Sources des valeurs présentées dans le diagramme : Conseil de l’Union européenne (2015) : Conclusion de la réunion du conseil. [en ligne]. Conseil de l’Union européenne, Rue de la Loi 175B, 1048 Bruxelles, Belgique. [20 décembre 2015]. Disponible sur Internet : http://www.consilium.europa.eu/en/meetings/agrifish/2015/12/st15276_en15_pdf/

 

Sea Shepherd welcomes your support. To support our
conservation work, please visit our donation page.


Sea Shepherd France
22 rue Boulard, 75014 PARIS

All contents copyright ©2012 Sea Shepherd Conservation Society
Hosting and other web services donated by EStreet

Accueil     |     Déclaration de Confidentialité     |     Copyright     |     Contact