Commentary and Editorial

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Lundi, 21 Mars 2016 12:39

Nous l’avons fait !

Par le capitaine Paul Watson

Le plus notoire des navires braconniers, le Thunder, est en train de couler après que son propre capitaine l'ait sabordé - Photo: Simon AgerLe plus notoire des navires braconniers, le Thunder, est en train de couler après que son propre capitaine l'ait sabordé
Photo: Simon Ager
Nous sommes à l’origine de la victoire la plus retentissante de toute l’histoire de la lutte contre le braconnage marin. La clé de ce succès ne repose pas seulement sur l’initiative de Sea Shepherd mais aussi sur son engagement et sa volonté farouche à ne pas baisser les bras avant la cessation absolue de ces opérations criminelles.

Pour la première fois depuis plus de dix ans, les populations de légine antarctique (Dissostichus mawsoni) victimes de la surpêche sont à l’abri des filets maillants des "6 Bandits", cette flotte criminelle tristement célèbre qui opérait impunément sous de faux pavillons, de faux noms et de fausses immatriculations.

Quel est l’intérêt d’instaurer des lois internationales de conservation si les gouvernements n’arrivent pas à les faire respecter ?

Ces six navires, non enregistrés, non licenciés, ont pillé l’océan Austral en dérobant l’équivalent de millions d’euros de légine antarctique (commercialisée sous le nom de bar chilien). Ils ont porté de nombreux noms, mais un seul d’entre eux nous a suffi à les retrouver. C’est ainsi qu’en décembre 2014, deux navires de la flotte de Sea Shepherd, le SAM SIMON et le BOB BARKER partirent pour l’Australie et la Nouvelle−Zélande afin de pourchasser le THUNDER, le PERLON, le SONGHUA, le YONG DING, le KUNLUN et le VIKING.

Le BOB BARKER fut le premier à repérer l’un d’eux, le THUNDER. Il s’agissait du navire le plus célèbre des six. Se sachant découvert, ce dernier abandonna ses filets sur place et s’enfuit à toute vitesse, talonné par le BOB BARKER. La chasse allait durer 110 jours, soit la plus longue poursuite en haute mer d’un braconnier dans l’histoire de la marine.

Pendant ce temps, le SAM SIMON entamait la fastidieuse tâche de confisquer les 72 kilomètres de filet maillant en l’extirpant d’une profondeur de deux milles marins. Il aura fallu plus de 200 heures afin d’extraire ces quelques 70 tonnes de matériel. Face à l’ampleur du dispositif, un des membres de l’équipage le qualifia alors "d’arme de destruction environnementale massive".

Tandis que le BOB BARKER s’était lancé depuis les côtes de l’Antarctique à la poursuite du THUNDER vers le nord et l’océan Indien, le SAM SIMON stockait les filets saisis, faisait demi-tour, puis cherchait et localisait le KUNLUN, le YONG DING et le PERLON. À l’arrivée de la marine néo-zélandaise, l’équipage du SAM SIMON estima que le sort des trois navires braconniers étaient désormais entre les mains de la justice et décida de retrouver et d’assister le BOB BARKER dans une poursuite qui débuta au cap de Bonne-Espérance et longea la côte ouest africaine jusqu’à l'équateur.

Le capitaine Peter Hammarstedt sur le BOB BARKER, et le capitaine Sid Chakravarty sur le SAM SIMON, et leurs deux équipages de volontaires internationaux furent impitoyables.

Aussi longtemps que Sea Shepherd était à ses trousses, le THUNDER ne pouvait s’arrêter dans un port avec son chargement illégal. Le BOB BARKER le suivait comme une ombre afin qu’il ne puisse pas s’échapper.

La poursuite perdurant, le SAM SIMON en profita pour livrer l’ensemble des preuves à la République de Maurice tandis qu’Interpol inspectait le filet confisqué et entamait une procédure d’enquête officielle. Alors que le SAM SIMON repartait pour retrouver le BOB BARKER, son équipage apprit que la marine néo-zélandaise n’avait pas réussi à monter à bord du KUNLUN, du SONGHUA et du YONG DING et les avait laissés s’échapper. Plus tard, l’Australie interceptait le KUNLUN pour finalement le laisser s’enfuir à nouveau.

Quelques semaines plus tard, le SAM SIMON rattrapa le BOB BARKER et le THUNDER dans les eaux au large de Sao Tomé-et-Principe. Traqué sans relâche par les deux bateaux de Sea Shepherd, le capitaine du navire braconnier décida de mettre fin à la chasse et saborda son propre bateau sous les yeux des équipages du BOB BARKER et du SAM SIMON. Il l’a fait dans l’intention de détruire les preuves de son activité illégale, mais trois membres d’équipage du BOB BARKER montèrent à bord du navire en perdition et placèrent ces éléments de preuve en sécurité pendant que le SAM SIMON secourait les 42 braconniers qui avaient abandonné le navire.

Une fois l’équipage du THUNDER remis aux autorités de Sao Tomé−et−Principe, les deux navires de Sea Shepherd prirent le large vers le nord, à destination de Bremen en Allemagne, pour y décharger les 70 tonnes de filet maillant qui seraient ensuite recyclées en chaussures de course.

Pendant ce temps, dans l’océan Indien, le KUNLUN arrivait en Thaïlande où son équipage était tenu captif quelques mois seulement avant d’être libéré et de repartir avec sa marchandise illicite, non sans avoir enrichi quelques membres du personnel des douanes thaïlandaises auparavant.

L’histoire se répéta en Malaisie avec le VIKING. Les membres de l’équipage furent ainsi détenus puis libérés, en dépit des notices violettes émises par Interpol à l’encontre des six navires braconniers. L’équipage du PERLON, contrairement au VIKING, fut détenu en Malaisie.

Mais la poursuite n’était pas terminée.

Le YONG DING et le SONGHUA accostèrent discrètement au Cap-Vert où, malheureusement pour eux, le capitaine Peter Hammarstedt venait de débarquer pour inspecter le JAIRO MORA SANDOVAL, navire de Sea Shepherd, et tandis qu’il quittait l’aéroport au volant d’une voiture pour rencontrer l’équipage, il reconnut immédiatement deux des navires qui avaient échappé à la marine néo-zélandaise. Il signala leur présence à Interpol et les autorités capverdiennes s’emparèrent des bateaux de pêche.

Si la fin de l'année marquait la disparition du THUNDER au fond des mers et la détention du PERLON, du YONG DING et du SONGHUA, le KUNLUN et le VIKING, quant à eux, étaient toujours au large.

Mais plus pour longtemps car Sea Shepherd organisait déjà l’Opération Icefish II et envoyait le STEVE IRWIN dans les eaux de l’océan Austral sous le commandement du capitaine Sid Chakravarty.

La chasse était ouverte. Le KUNLUN essaya désespérément de décharger sa marchandise illicite au Sénégal et fut arrêté.

En novembre, grâce aux preuves apportées par Sea Shepherd, le capitaine et deux officiers du THUNDER furent jugés coupables de falsification de documents et du sabordage de leur bateau dans les eaux de Sao Tomé−et−Principe. Ils furent condamnés à une amende de 15 millions d’euros ou à une peine de réclusion de trois ans pour le capitaine et de deux années pour les officiers. Les insaisissables propriétaires du vaisseau ne payèrent pas l’amende et envoyèrent de fait les trois individus derrière les barreaux des prisons de Sao Tomé-et-Principe.

L’histoire s’achève au début du mois de mars, lorsque le STEVE IRWIN signale aux autorités indonésiennes la présence du VIKING dans leurs eaux. Le capitaine Chakravarty en informe alors le gouvernement indonésien et le VIKING est rapidement intercepté par la marine nationale.

Il n’y aura pas de pot−de−vin en échange de la liberté. En matière de braconnage, l’Indonésie agit avec fermeté et rapidité. Le VIKING a été coulé par la marine indonésienne le 14 mars dernier et les officiers de Sea Shepherd ont été invités à filmer la destruction d’un des navires qu’ils avaient poursuivis pendant plus d’une année.

Sur les "6 Bandits", deux sont sous l’eau et quatre autres arrêtés.

John Kerry, le secrétaire d’État des États−Unis, a mentionné la contribution de Sea Shepherd à cette action internationale. Interpol a reconnu publiquement le rôle essentiel joué par Sea Shepherd dans l’interpellation de ces braconniers à la sombre réputation.

La semaine passée, dans la région de Galice en Espagne, le coup final a été donné lors de l’arrestation de six individus par la police espagnole. Cinq d’entre eux sont des membres de la famille Vidal, les propriétaires de Ribeiro Vidal Armadores.

Ces personnes, toutes accusées de pêche illégale de légine antarctique dans les eaux australes, étaient pointées du doigt par Sea Shepherd depuis bien longtemps.

Le raid sur l’entreprise Ribeiro Vidal Armadores a été mené par la garde civile espagnole en collaboration avec Interpol et Europol, ce qui montre bien la gravité des faits qui sont reprochés.

Ces individus risquent des sanctions pécuniaires et des peines d’emprisonnement très lourdes. Ils paraitront devant le Tribunal suprême espagnol pour répondre des accusations dont ils font l’objet.

En 2015, le ministère de l’agriculture espagnol avait déjà condamné trois bateaux appartenant à la société galicienne à des amendes d’un montant total supérieur à 17M d’euros. Ce sont ces mêmes navires que Sea Shepherd a poursuivi dans l’océan Austral et contre qui l’association a fourni des preuves de braconnage.

Lorsque nous avons lancé la campagne, nous avons reçu de nombreuses critiques de la part des politiciens australiens et de plusieurs importantes ONG "environnementales" du monde entier. On nous a traités de fous. On nous a juré que l’on ne retrouverait jamais ces bateaux (il n’a fallu que 8 jours pour y arriver). On nous a dit que, si par miracle on réussissait à les localiser, nous n’aurions aucune autorité pour agir. On nous a affirmé que si l’on essayait de confisquer les filets, on serait alors accusés de vol ou, ironiquement, de pêche illégale.

Ce que nos équipages de volontaires courageux et passionnés ont réalisé était jugé impossible. Nous avons mis un terme aux opérations de braconnage d’une flotte entière dans l’océan Austral et cela sans blesser une seule personne ou enfreindre une seule loi.

Mais si ces braconniers de légine ont été chassés des eaux de l’Antarctique, bien d’autres y sévissent encore. Le STEVE IRWIN y retourne la semaine prochaine pour une autre chasse. Aussi longtemps que les braconniers parcourront les eaux de l’océan Austral, Sea Shepherd enverra ses navires pour faire respecter les lois internationales de conservation.

Ces mers hostiles et reculées appartiennent aux baleines, aux poissons et aux manchots et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que cela perdure.

J'aimerais remercier les capitaines, les officiers et les équipages du BOB BARKER, du SAM SIMON et du STEVE IRWIN pour leur endurance, leur ténacité et leur courage. J'aimerais également remercier tous les bénévoles de Sea Shepherd à terre, les directeurs et les conseillers qui ont permis à nos bateaux de prendre la mer et de tenir pendant ces longs mois de poursuite. Pour finir, j'aimerais exprimer toute notre gratitude envers les donateurs. Les équipages en mer sont aidés par les personnes restées à terre et sans ce soutien, nos bateaux ne pourraient pas aller partout où cela est nécessaire.

Sans aucun doute, l'Opération Icefish s'est révélée être un plus grand succès que ce que nous aurions jamais pu imaginer. C'était une mission audacieuse et ambitieuse et elle a été menée sans la moindre erreur, de manière responsable et efficace.

Dans les rues de Galice, les ports d'Afrique de l'ouest et d'Asie du sud-est, dans les bureaux d'Interpol et du New York Times, au cœur des salons du ministère des affaires étrangères des États-Unis, le mot est passé :Sea Shepherd est une force qui lutte efficacement contre le braconnage et offre des résultats bien tangibles.

Pour les océans, pour la biodiversité marine, pour la vie et pour l’avenir.

L'équipage du Sam Simon célèbre la saisie d'un filets maillant illégal durant l'Opération Icefish - Photo: Jeff WirthL'équipage du Sam Simon célèbre la saisie d'un filets maillant illégal durant l'Opération Icefish - Photo: Jeff Wirth

 

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