Commentary and Editorial

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Lundi, 09 Mai 2016 23:49

Les origines de l’Opération Albacore

Une longue marche, une interminable poursuite et un nouveau front dans la lutte pour la protection de la faune sauvage africaine

Par le capitaine Peter Hammarstedt

Le capitaine Peter Hammarstedt inspectant un chalutier de pêche saisi à Monrovia au Libéria en 2013 - Photo : Sea ShepherdLe capitaine Peter Hammarstedt inspectant un chalutier de pêche saisi à Monrovia au Libéria en 2013 - Photo : Sea ShepherdAlors que nous nous dirigions vers le nord de la côte ouest africaine, nous pointions les pays un par un. Tout comme la liste de bateaux que nous avions décidé de poursuivre pendant l’Opération Icefish, nous éliminions les candidats au cours d’une spéculation sans fin sur le pays d’escale du Thunder. L’Afrique du Sud. C’était peu probable. L’Allemagne et l’Afrique du Sud étaient au beau milieu de jeux de guerre et plusieurs frégates avaient déjà fui le cap de Bonne Espérance. La Namibie, peut-être ? Nous savions que le propriétaire du Thunder était espagnol, et les intérêts commerciaux hispaniques liés à la pêche étaient très nombreux au large de Walvis Bay

Pourtant nous dépassions la Namibie et poursuivions toujours vers le nord, nous éloignant ainsi des côtes de l’Angola, puis du Congo, déconcertés par le plan de fuite du capitaine du Thunder, Luis Alfonso Rubio Cataldo. Ses sombres intentions alimentaient l’imagination d’un équipage de Sea Shepherd qui avait déjà passé plus de cent jours en mer. Nous faisions glisser nos doigts le long des côtes africaines indiquées sur nos cartes, des rivages étrangers aussi mystérieux qu’annonciateurs du dénouement de cette poursuite sans relâche.

Soudain, le Thunder changea sa course, feignant de vouloir débarquer. Nous enfonçant plus loin dans le golfe de Guinée, nous informions en moins de 48 heures autant de pays que possible de l’entrée éventuelle du Thunder dans leurs eaux territoriales. Le Gabon en faisait partie et Mike Fay, un biologiste de la conservation américain et explorateur du National Geographic en résidence à Libreville, répondit à notre appel en écrivant dans le sujet d’un e−mail : "J’ai informé des personnes qui devraient pouvoir agir... Tenez-moi au courant, on va le choper ce type". La marine gabonaise était d’accord pour arrêter le Thunder s’il pénétrait dans ses eaux et, suite à cette décision, Fay et moi commençâmes à envisager la venue d’un navire de Sea Shepherd au Gabon.

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L’explorateur du National Geographic Michael Fay à bord du Bob Barker à Libreville au Gabon - Photo : Denis Sinyakov L’explorateur du National Geographic Michael Fay à bord du Bob Barker à Libreville au Gabon
Photo : Denis Sinyakov
Le Thunder n’a jamais accosté au Gabon. Cataldo coula délibérément son bateau à 3 000 mètres de profondeur au large des côtes de Sao Tome et Principe, après avoir été chassé pendant 110 jours par le Bob Barker. Le sabordage fut d’abord une surprise, mais après réflexion, la raison pour laquelle Cataldo avait choisi de couler son navire à plus de 120 kilomètres de cet état insulaire paraissait évidente. Il savait probablement que Sao Tome et Principe n’avait pas la capacité de récupérer son vaisseau, les bateaux de gardes côtes disposant d’une portée trop limitée. Le golfe de Guinée est rongé par de nombreux défis logistiques de ce genre lorsqu’il s’agit de faire appliquer la loi. Ces difficultés furent exploitées par Cataldo et ils expliquent également pourquoi le taux d’activité de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) dans l’ouest de l’Afrique est le plus élevé au monde.

La poursuite du Thunder amena le Bob Barker jusqu’au golfe de Guinée, mais son sabordage incita notre navire à rester.

Je n’ai aucun doute quant au fait que la plus longue poursuite d’un navire braconnier dans l’histoire de la marine internationale a touché la corde sensible de Michael Fay. En 1999, il avait entrepris son périple légendaire MegaTransect dans le bassin du Congo : une marche de 455 jours consécutifs visant à répertorier l’ensemble des plantes et animaux que son équipe de guides pygmées et lui rencontraient. Parfois, la jungle était si épaisse que Fay et son groupe ne pouvaient avancer que de 100 mètres par jour. L’expédition, sans aucun précédent en termes de parcours et d’ambition, est à l’origine de la création de 13 parcs nationaux au Gabon, une initiative de conservation si considérable dans son ampleur que plus de 15% de la surface de ce pays est désormais protégée en tant que parc national. L’union de l’homme ayant réalisé la plus longue marche et de l'équipage ayant juste achevé la plus longue poursuite de braconniers était donc inévitable.

Afin d'élaborer le plan initial de l’Opération Albacore, Fay m’a emmené dans son petit avion Cessna à la réserve présidentielle Wonga Wongue, une vaste étendue de savane et de jungle, arrière-cour de la capitale du Gabon, Libreville. Nous avons discuté logistique tout en suivant les pistes d’animaux dans le bush, mes pauvres jambes de marin ayant bien du mal à rattraper l’allure soutenue des enjambées de Mike. Alors que nous atteignîmes une clairière au cœur de la jungle, nous nous arrêtâmes sous un grand arbre Okoume. Caché derrière ses racines, Fay imita le cri d’un petit ongulé. Un grand oiseau de proie plongea immédiatement du ciel et nous écoutâmes brindilles et feuilles crisser sous les pas d’un groupe de chimpanzés qui se lançait à la chasse à quelques mètres au-delà de notre champ de vision. La vie nous entourait : nous étions submergés par un océan de sons.

Troupeau d’éléphants errant dans le parc national Loango au Gabon - Photo : Denis SinyakovTroupeau d’éléphants errant dans le parc national Loango au Gabon
Photo : Denis Sinyakov
Lorsque Fay ne surveille pas les éléphants du haut de son Cessna dans le cadre d’un projet des parcs nationaux gabonais visant à rassembler des informations sur les braconniers, il vole au−dessus des thoniers. La transition entre la défense des animaux de la forêt et la protection des créatures océaniques ne paraît pas si étrange lorsqu’on sait que la faune sauvage unique du Gabon ne semble pas s’être décidée à choisir entre la vie sur terre ou dans les mers. On peut en effet voir les gorilles des plaines de l’Ouest jouer sur les plages qui marquent de potentielles futures réserves marines ainsi que ces fameux hippopotames "surfant" joyeusement sur les vagues du littoral.

Les éléphants, les gorilles et les hippopotames sont emblématiques du Gabon mais la biodiversité de ce pays ne s’arrête pas là. Elle repose également sur le thon car ses eaux accueillent les plus importantes populations du monde entier. Vingt pour cent des pêches de thons déclarées dans l’Atlantique sont faites au Gabon et il ne s’agit là que du chiffre officiel.

Quelques semaines avant le sabordage du Thunder, la marine gabonaise avait arrêté deux chalutiers chinois qui pénétraient ces eaux depuis le Congo. Mais à l’instar de Sao Tome et Principe, le Gabon manque de navires capables de patrouiller dans toute la vaste étendue de ses eaux territoriales. Grâce à Michael Fay, à la marine gabonaise, au ministère gabonais de la pêche, à l’agence gabonaise de régulation de la pêche, au service des parcs nationaux gabonais et à Sea Shepherd, le Gabon dispose désormais d’un vaisseau de patrouille déjà renommé chez les braconniers du monde entier.

On ne peut savoir ce que Cataldo pensait lorsqu’il a pris la décision de couler son propre navire. Mais je suis convaincu qu’il n’aurait jamais imaginé que ses actions permettraient à Sea Shepherd de s’armer contre la pêche illicite dans les eaux de l’Afrique centrale de l’ouest. Tandis que de nombreux pays du continent africain combattent le braconnage d’ivoire et d’autres crimes contre la faune sauvage, le Gabon se lance aujourd’hui sur un nouveau front pertinent dans sa lutte pour la protection de la vie animale africaine, une guerre dont les victoires se compteront en nombre de bateaux de pêche saisis et non en défenses d’éléphants confisquées.

Vaisseau échoué depuis vingt ans sur le littoral non loin de Port Gentil au Gabon - Photo : Denis SinyakovVaisseau échoué depuis vingt ans sur le littoral non loin de Port Gentil au Gabon - Photo : Denis Sinyakov

 

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