Commentary and Editorial

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Dimanche, 09 Octobre 2016 02:06

BON VENT MON AMI, BON VENT MON CAPITAINE. MERCI LA FRANCE

Ce récit se décompose en trois parties et reprend les faits tels qu'ils se sont déroulés depuis l'arrestation de Paul Watson en Allemagne en Mai 2012 jusqu'à son départ de France en Aout 2016.

Retrouvez les différentes parties de l'éditorial : - Deuxième partie - Dernière partie

PREMIÈRE PARTIE

photo d'archive : Paul Watson - photo : Eric ChengLa France était devenue sa terre d’asile depuis deux ans. Jamais de toute sa vie de jeune homme et d’adulte, Paul Watson n’était resté aussi longtemps au sein des frontières d’un même pays. L’aventurier des mers a été stoppé dans son élan en mai 2012, lors d’une escale à Francfort alors qu’il était justement en route pour la France. Mandat d’arrêt du Costa Rica : "Monsieur, veuillez nous suivre, vous êtes accusé de tentative de meurtre sur des pêcheurs de requins en eaux guatémaltèques en 2004…"

Je devais aller le chercher à l’aéroport Roissy Charles De Gaulle ce jour là. Paul m’appelle :“Je ne serai pas dans l’avion comme prévu, on m’a arrêté pour cette vieille histoire au Costa Rica. C’est surement un malentendu, ça devrait se résoudre assez vite, mais du coup tu peux prévenir France 2 que je ne pourrai pas être là demain pour le JT ? Demande leur si on peut remettre à après demain.

- Pas de souci, je leur demande. Préviens-moi quand tu es dans l’avion."

Nous étions alors loin de nous douter de la tournure ubuesque qu’allait prendre la suite des événements.

1 - RATTRAPPÉ PAR L'(IN)JUSTICE

Après une semaine de détention en prison à Francfort, l’avocat allemand de Paul parvient à le faire sortir en échange d’une caution de 250 000 euros, somme bien supérieure aux moyens personnels de Paul. La rumeur à l’époque avait attribué le généreux soutien qui l’avait fait sortir à Pierce Brosnan. Il n’en fut rien. C’est Lavigna, une amie de très longue date de Paul, qui avait volé à son secours.

Mais Paul n’était pas tiré d’affaire pour autant. Assigné à résidence à Francfort, ses passeports (américain et canadien) confisqués, il doit alors pointer tous les jours au poste de Police en attendant la décision de Justice le concernant.

Dans l’intervalle, on apprend que le mandat d’arrêt qui lui vaut d’être arrêté, date d’octobre 2011 et a été lancé par le Costa Rica juste après la visite du Premier Ministre Japonais et sa rencontre avec la présidente de l’époque ainsi que l’octroi d’une “aide au développement” de plusieurs millions d’euros.

L’altercation avec des braconniers de requins, récidivistes ( les mêmes avaient été pris en flagrant délit d’aileronnage de requins au coeur de la reserve marine des Galapagos un an auparavant) avait déjà été jugée deux fois au Costa Rica en 2005 et avait abouti sur un non lieu. En effet, les images vidéos et les nombreux témoignages (que l’on peut voir dans le documentaire “Les Seigneurs de la Mer”) montraient clairement qu’il n’y avait eu ni blessé, ni endommagement de matériel. Paul agissait à l’époque sous mandat guatémaltèque, en eaux guatémaltèques et comme il l’avait dit à l’époque "Si j’avais vraiment voulu les tuer, ils seraient morts”. Ca paraissait évident.

Mais voici donc cette vieille histoire réglée qui ressort du tiroir “Affaires classées” pour des raisons qui sont de toute évidence politiques et voilà que l’Allemagne, contre toute attente joue le jeu. L’industrie (gouvernementale) baleinière japonaise tire les ficelles derrière le masque costaricain pour mettre la main sur celui qui depuis presque 10 ans parasite ses opérations de chasse dans le sanctuaire antarctique. Les rapports commerciaux avec le Japon, grande puissance économique mondiale maintiennent efficacement à distance les bateaux des Marines de pays comme la France, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, pourtant présentes sur zone. Les condamnations verbales des trois pays (et d’autres) n’y font rien, elles n’ont jamais maintenu les baleiniers à quai. D’année en année, Paul continue d’envoyer sa flotte de navires en Antarctique, et se dresse avec ses équipages, comme seuls et uniques remparts entre les harponneurs et les baleines. Sea Shepherd, simple ONG composée essentiellement de volontaires, devient un véritable rocher dans la chaussure d’une fière industrie de plusieurs millions d’euros, fleuron de ce qui n’est alors rien de moins que la troisième puissance économique mondiale. De quoi en irriter quelques-uns.

2 - FAIRE TOMBER PAUL POUR FAIRE TOMBER SEA SHEPHERD

De mai à juillet 2012, Paul est donc prisonnier de Francfort, ce qui ne l’empêche pas d’être actif et de coordonner à distance divers projets de Sea Shepherd et en particulier, la prochaine mission antarctique.

Voilà qu’un jour de juillet, alors que je suis en Malaisie pour poser les bases d’une future antenne de Sea Shepherd, Paul m’appelle :

“Tu es toujours en Malaisie ?

- Oui, encore pour deux jours, pourquoi ?

- Retrouve moi à Francfort dès que possible, c’est urgent."

Je n’en demande pas plus mais j’ai bien une petite idée sur l’objet de l’urgence. Trois jours plus tard, j'atterris à Paris et je saute dans un train pour Francfort. Nous sommes vendredi.

Je retrouve Paul dans un café près de l’appartement où il réside depuis le mois de mai. Il m’annonce ce que je craignais : “On vient d’être rencardé par une source interne au Ministère de la Justice. Quand j’irai pointer au poste lundi, je serai arrêté et extradé au Costa Rica.”

La tête de Paul est mise à prix par la mafia taiwanese au Costa Rica, qui mêle activement narco trafics et trafics d’ailerons de requins. Les meurtres en prison là-bas ne sont pas rares et les 10 000 dollars de récompense seront largement suffisants pour motiver quelques-uns de ses futurs co-détenus. Dans l’intervalle de temps, on a appris que le Japon s’est engouffré dans la brèche et a lui aussi lancé un mandat d’arrêt contre Paul, sur la base du seul témoignage de Pete Bethune, capitaine du trimaran Ady Gil qui avait collaboré avec Sea Shepherd en 2010 sur la mission antarctique. L’Ady Gil avait été coulé par un des navires harponneurs, le Shonan Maru 2. Pete Bethune avait alors décidé d’aborder le navire pour demander des comptes au capitaine. Il avait été arrêté et déporté au Japon où il avait fait 3 mois de prison pour abordage. Pour sortir de prison, il avait “vendu” Paul aux Japonais qui lui avaient promis la liberté s’il accusait Paul de lui avoir donné l’ordre d’aborder le Shonan Maru 2 (il revint sur sa déclaration trois ans plus tard par un affidavit).

On voyait pourtant Paul, devant les cameras de Discovery Channel qui suivaient la mission, déconseiller à Bethune d’aborder le navire et de rentrer plutôt en Nouvelle Zélande (son pays d’origine) pour médiatiser l’affaire. Malgré cela, la fausse déclaration de Bethune suffit aux Japonais pour émettre contre Paul un mandat d’arrêt pour “conspiration d’abordage”, qui fut ensuite suivi d’une notice rouge d’Interpol. Du jamais vu dans l’histoire d’Interpol pour cette notice rouge sur laquelle se retrouvent en théorie les criminels de guerre et les tueurs en série.

Il faut bien comprendre que la Notice Rouge d’interpol ne statue aucunement sur la culpabilité présumée des personnes listées. Elle ne fait que répondre à des critères très bureaucratiques et oblige les pays membres d’Interpol à signaler l’entrée à leur frontière de personnes figurant sur la liste. Signaler mais en aucun cas arrêter. L’arrestation restant quant à elle à la discrétion des pays concernés, selon qu’ils jugent les accusations portées sérieuses ou non. Il est ironique de penser qu’avec tous les membres des yakuzas, le Japon n’ai fait émettre que deux notices rouges d’Interpol, l’une pour un tueur en série, l’autre pour Paul. Dans le même temps, mes recherches m’avaient amenées à découvrir que la Notice Rouge d’Interpol était de fait devenue un outil utile à certains pays pour traquer leurs opposants politiques[1]largement dénoncée par l’ONG Fair Trials et certains journalistes d’investigation… Cqfd.

3 - L’ ECHAPPÉE BELLE.

Nous en sommes donc là, un vendredi après midi dans un café de Francfort quand Paul me fait l’état des lieux de la situation. Lorsqu’il sera arrêté lundi pour être extradé au Costa Rica, il n’aura plus que deux issues possibles : être assassiné en prison par un mandataire de la mafia taïwanaise qui sévit dans le pays ou être extradé au Japon qui sait se montrer persuasif avec le Costa Rica. Une fois au Japon, ses chances d’en ressortir seraient proches du néant (au point qu’un représentant du gouvernement Japonais a déclaré récemment que ses deux ennemis sont la Chine et Sea Shepherd).

Le plan est donc simple. Dimanche matin tôt, Paul ira pointer au poste pour la dernière fois. Le dernier soir, on dine avec quelques personnes dont je tairai l’identité qui s’étonnent de l’attitude détendue de Paul. Il fait des blagues et nous montre des vidéos comiques sur Facebook.

"Tu n’es pas un peu stressé quand même ?

- Stressé pourquoi ? Ca n’arrangera pas ma situation d’être stressé… Tiens regarde ça, c’est trop drôle !"

Incroyable, ce flegme ! On n’en revenait pas. J’étais bien plus stressée que lui. J’ai beaucoup appris à vivre des situations tendues aux côtés de Paul, il a une maîtrise de son stress et de ses émotions qui est impressionnante à voir, un vrai yogi.

"On va tout faire pour te sortir de cette situation, faire tomber les mandats d’arrêt et s’assurer que dans l’intervalle, tu ne sois pas arrêté” dit l’une des personnes présentes.

Paul hausse les épaules : "Le plus important, c’est que nos bateaux repartent en Antarctique cet hiver. Indépendamment de ce qui m’arrive, on ne doit rien lâcher".

Son souhait sera exaucé. La campagne qui suivit “Zéro Tolérance” fut la meilleure jamais menée par Sea Shepherd en Antarctique. Cette année là Sea Shepherd réussi à sauver plus de 90% des baleines ciblées par les Japonais, soit 902 baleines sur un objectif à abattre de 1050.

Le lendemain matin, c’est le départ. Après un rapide passage au poste de Police pour pointer, on retourne à l’appartement pour une séance express de déguisement. Là il faut imaginer Paul, devenu brun, rasé de près, en chemise hawaïenne et lunettes de soleil… Il est méconnaissable.

En face de l’immeuble, un homme aux cheveux grisonnants est adossé à sa voiture et lit son journal qu’il tient grand ouvert devant lui. Il me stresse et je le signale à Paul qui sourit : "S’il était là pour me surveiller, il serait un peu plus discret tu ne crois pas ?". Il avait raison. Mais quelle idée quand même de venir lire son journal pil-poil dans notre rue, juste à ce moment là…

Paul embarque en voiture, on me dépose en centre ville d’où je rejoins la gare pour rentrer à Paris. Il est prévu que je rejoigne Paul dans trois jours pour embarquer sur le bateau qui lui fera traverser l’Atlantique. Quelques jours pour trouver un bateau et un équipage de confiance, disponible tout de suite pour faire le convoyage. Pas évident. Après un premier stop auprès d’une connaissance qui possède un voilier (des vacances prévues aux Canaries dans deux semaines font que le bateau n’est pas disponible pour emmener Paul… ), Jean Yves Terlain et son bateau le Columbus (alors navire ambassadeur de Sea Shepherd) est mon deuxième choix. Ca sera avec lui que Paul prendra le large quelques jours plus tard au levé du jour dans un petit port isolé de Hollande.

Nous sommes dimanche matin et le lendemain soir, quand il aura été avéré que Paul n’est pas venu pointer au poste et que son extradition vers le Costa Rica est compromise, l’alarme sera lancée. C’est la fuite de Paul d’Allemagne qui donnera lieu à son inscription sur la fameuse Notice Rouge d‘Interpol, toujours sur la seule base des mandats d’arrêts politiques du Costa Rica et du Japon. Mandats qui courent toujours à l’heure où j’écris ces lignes.

Lamya Essemlali
Co-fondatrice et Présidente de Sea Shepherd France
Co-directrice de Sea Shepherd Global

 

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