Commentary and Editorial

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Mercredi, 29 Mars 2017 03:54

Opération Ice Watch : Le changement climatique pourrait bien condamner les blanchons

Par le Capitaine Paul Watson

Il y a quarante ans de cela, le 15 mars 1977, Brigitte Bardot, star du cinéma français, se rendait sur la banquise au large de la côte Est du Canada. Elle voulait attirer l’attention sur le massacre des blanchons, les bébés phoques.

Elle reçut un accueil hostile de la part des chasseurs de phoques terre-neuviens et du gouvernement canadien ; mais ni le harcèlement, ni les menaces abominables reçues ne l’empêchèrent de s’éloigner de la côte, à bord de mon hélicoptère, à la rencontre des blanchons.

Elle n’avait pas froid aux yeux. Nous volâmes dans le blizzard, avec une très faible visibilité, jusqu’à plus de cent soixante kilomètres de la côte.

Brigitte Bardot avec un phoque - image d’archiveBrigitte Bardot avec un phoque
image d’archive
Arrivant au milieu de milliers de phoques, elle posa joue contre joue avec un blanchon pour des photos qui allaient faire le tour de la terre, rendant publique la question du massacre des bébés phoques dans le monde entier.

Au cours des deux années précédentes, nous nous étions efforcés d’attirer l’attention des médias sur cette atrocité perpétrée sur la banquise située à l’est du Canada. Ils nous avaient ignorés.

Suite à la venue de Brigitte Bardot, tout changea.

Les petits phoques avaient maintenant un ange gardien. Brigitte Bardot et le blanchon parurent à la une de magazines partout sur la planète.

En 1984, le massacre de blanchons nouveau-nés fut aboli et le marché des produits qui en dérivaient prit fin.

La source de cette réussite, c’était la courageuse incursion de Brigitte Bardot sur la banquise, au secours des petits "bébés phoques".

La tuerie se poursuivit, le gouvernement autorisant le massacre des phoques une fois perdue leur robe blanche. À défaut d’un marché assez large, le gouvernement y remédia par des subventions et, malgré une augmentation des quotas, la faible demande fit reculer le nombre de mises à mort. En 2008, le marché de la peau de phoque essuya un nouveau coup dur, le Parlement européen ayant totalement interdit les produits dérivés du phoque.

En 2011, dans un élan vindicatif, le gouvernement fixa le nouveau quota annuel à 400 000 phoques.

De ces six dernières années, ce chiffre n’a jamais été atteint. En fait, le nombre total des phoques tués au cours de ces six ans s’élève à 350 000 environ.

Sans le moindre doute, par son action en 1997, Brigitte Bardot a permis de sauver la vie de millions de phoques, victoire saluée dans le monde entier par les amoureux des animaux, qui lui en sont reconnaissants.

C’est ainsi que cette année, j’ai souhaité lui rendre hommage en envoyant sur la banquise une équipe entièrement féminine à la rencontre des petits phoques.

De gauche à droite : Jasmine Lord, Clementine Pallanca, Marketa Schusterova, Yana Watson, Michelle Rodriguez, Brigitte Breau et Camille LabchukDe gauche à droite : Jasmine Lord, Clementine Pallanca, Marketa Schusterova, Yana Watson, Michelle Rodriguez, Brigitte Breau et Camille Labchuk

À la tête de l’équipe, j’ai nommé la directrice de Sea Shepherd à Toronto, Brigitte Breau. Sa mission était d’organiser la logistique. Le reste de l’équipe se constituait de mon épouse, Yana Watson, de Camille Labchuk, avocate canadienne des droits des animaux, de Clémentine Pallanca, venue de Monaco et de la star hollywoodienne Michelle Rodriguez, auxquelles s’ajoutaient deux pilotes d’hélicoptère ainsi qu’Omar Todd, chargé du travail technique au retour à la base de Charlottetown.

À leurs côtés se trouvaient les vidéastes Marketa Schusterova, canadienne, et Jasmine Lord, venue d’Australie, ainsi que le photographe français Bernard Sidler.

La mission était simple : emprunter deux hélicoptères, voler jusqu’aux phoques sur la glace et prendre quelques photos avec des blanchons. Oui, une mission plutôt facile, pensions-nous.

Quelques jours avant son arrivée, l’équipe accusa le choc face aux images satellites du golfe du Saint-Laurent. Ce que ses membres découvrirent, c’était pour nous sans précédent.

Le golfe du Saint-Laurent était complètement exempt de glace.

Cela fait plus de quatre décennies que je fais le déplacement jusqu’à la banquise et, chaque fois, j’ai dû manœuvrer mon bateau à travers des milles de blocs de glace solide. La glace était souvent si épaisse et dure qu’elle arrêtait complètement notre progression, si étendue que nous pouvions descendre du bateau et marcher des kilomètres sans apercevoir d’eaux libres.

Ce que l’équipe observa cette année, c’était une immensité bleue et des plaques d’une glace si fine que l’on ne pouvait pas y poser sûrement le pied.

Pour Camille Labchuk, qui, avant de devenir avocate pour les droits des animaux à Ottawa, a grandi sur l’Île-du-Prince-Édouard, la vision était stupéfiante. « En survolant le golfe du Saint-Laurent à la recherche de la nurserie des phoques de Groenland, nous avons observé le pire état des glaces que j’aie jamais constaté. Quand j’étais petite, sur l’Î.-P.-É., il était normal que le golfe soit pris tout l’hiver dans les glaces épaisses et solides qui sont nécessaires aux phoques pour mettre au monde et élever leurs petits. Cette année, cela fait une décennie que j’ai quitté pour la première fois la côte de l’Î.-P.-É. en quête des phoques ; constater la rapidité avec laquelle le changement climatique a détruit l’habitat des phoques du Groenland me brise le cœur. Alors que des milliers de blanchons se noient tandis que la glace fond sous eux, il est absolument irresponsable de la part du gouvernement canadien de continuer à autoriser les chasseurs à frapper et abattre cruellement les phoques survivants. »

Les choses n’allaient pas.

Sans glace, impossible de trouver les phoques. La glace est essentielle pour que les phoques mettent bas. Le nom latin du phoque du Groenland est pagophilus groenlandicus, c’est-à-dire : celui qui aime la glace au Groenland. C’est la banquise qui constitue ses nurseries, or à ce moment, la sécurité offerte par la glace dure était introuvable.

Le premier jour, les hélicoptères s’éloignèrent sans repérer un seul phoque ni un seul bloc de glace assez sûr pour s’y tenir. Ces nouvelles étaient tragiques. Si les mères ne pouvaient trouver de glace, elles seraient forcées d’expulser leurs petits dans l’eau, où ils se noieraient immédiatement.

L’équipe comprit rapidement qu’il y avait à présent une menace pire pour les phoques que les chasseurs et leurs gourdins.

Le deuxième jour des recherches, l’équipe trouva quelques centaines de blanchons avec leur mère sur une étroite surface de banquise côtière, le long de la ligne de côte de l’Île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Il était difficile de trouver l’occasion de prendre des photos. Tous les ans, des touristes se font transporter en hélicoptère pour voir les bébés phoques ; pas cette année-ci. Il y avait peu d’endroits où atterrir et, là où l’on parvenait à trouver de la glace, celle-ci était dans un état tel qu’elle cédait dangereusement. Les visites avaient été annulées. Les équipières de Sea Shepherd durent sauter d’un bloc à l’autre pour atteindre un blanchon.

Michelle Rodriguez avec un blanchonMichelle Rodriguez avec un blanchon Yana Watson et Michelle RodriguezYana Watson et Michelle Rodriguez

Clémentine découvrit un petit très chétif, le cordon ombilical encore attaché, ce qui n’augurait rien de bon. À cette époque, les phoques auraient dû avoir deux semaines environ, mais ce petit bout venait de naître, signe que sa mère avait longtemps cherché de la glace avant de pouvoir le mettre enfin au monde.

Clémentine se trouvait en compagnie de Yana lorsqu’elles trouvèrent les phoques pour la première fois. Tout comme Brigitte Bardot quarante ans plus tôt, les femmes furent toutes deux captivées par ces bébés blancs comme la neige. « Ils ont de grands yeux noirs fabuleux et un beau regard profond qui m’a fait fondre le cœur, » raconta Clémentine. « J’ai passé un moment extraordinaire à jouer avec eux et à les câliner. J’ai ressenti comme un privilège le fait de les observer, car la disparition de la glace cause une situation tragique. »

Pour Yana, elle-même jeune mère, la rencontre a été très triste : « J’ai un fils de 5 mois. Je suis restée un instant à imaginer comment je me sentirais si quelqu’un entrait dans ma maison et frappait à mort mon petit enfant, ou s’il l’écorchait vif, me laissant son corps sanglant et agonisant. C’est une horreur inimaginable, mais c’est celle que vivent chaque année des dizaines de milliers de mères phoques. »

Michelle Rodriguez et un blanchon - Photographie : Bernard Sidler / Sea ShepherdMichelle Rodriguez et un blanchon - Photographie : Bernard Sidler / Sea Shepherd

Michelle Rodriguez arriva le troisième jour. Un blizzard s’installa pendant la nuit mais, heureusement, le lendemain matin, le ciel était dégagé. Les hélicoptères repartirent vers la glace sur laquelle on avait trouvé les phoques deux jours auparavant ; à leur grand désarroi, il n’y avait plus ni phoques, ni glace.

Les pilotes prirent en compte le changement de vent et localisèrent à nouveau la plaque de glace, à des milles de la côte. Elle s’était amenuisée, considérablement effondrée et il s’y trouvait moins de phoques que deux jours plus tôt.

Un état des glaces potentiellement dangereux ne suffirait pas à Michelle pour laisser l’occasion lui échapper. La glace était trop instable pour un atterrissage, une houle persistante agitait la plaque qui dérivait ; l’hélicoptère volant sur place quelques centimètres au-dessus d’un petit bloc de glace flottante, elle sauta, imitée par Yana et par Bernard Sidler, le photographe.

Tous trois durent faire un peu de marche pour atteindre les phoques, les hélicoptères devant s’arrêter à une distance de sécurité suffisante des nouveau-nés afin de ne pas les effrayer.

La progression ne fut pas facile. Le vent était d’un froid mordant et les blocs de glace raclaient les uns contre les autres. Une glissade entre deux blocs pouvait être fatale. Les deux femmes durent sauter d’un bloc à l’autre et s’élancer par-dessus de petites trouées d’eau et de glace fondue.

« Le risque en valait la chandelle, » déclara Michelle. « Quelles belles créatures ! »

Le deuxième hélicoptère échoua à repérer le moindre phoque et dut atterrir dans les Îles de la Madeleine, au milieu du golfe du Saint-Laurent, pour se ravitailler en carburant.

L’endroit n’est pas hospitalier pour qui s’oppose au massacre des phoques. En 1995, je conduisis une équipe aux Îles de la Madeleine pour promouvoir d’autres emplois que la tuerie des phoques. Les membres de mon équipe, parmi lesquels l’acteur Martin Sheen et de nombreux journalistes, furent agressés et on me roua de coups.

Vingt-deux ans plus tard, lorsque Brigitte et Marketa quittèrent l’hélicoptère pour aller aux toilettes et prendre un thé dans le petit terminal aéroportuaire, ce fut pour s’apercevoir que l’animosité des chasseurs était aussi forte que jamais à l’égard des défenseurs des phoques.

Brigitte relate : « À notre entrée dans le terminal, nous fûmes presque aussitôt bloquées et dûmes faire face à un homme agressif qui m’attrapa, me bouscula et me pointa quelque chose dans le dos, tandis que d’autres hommes se tenaient tout proches, menaçants. Nous voulûmes repartir mais fûmes confrontées à un autre homme agressif qui tenta de nous empêcher de sortir du terminal. »

Elles réussirent à regagner leur hélicoptère et rentrèrent à l’Île-du-Prince-Édouard retrouver le reste du groupe.

Bernard a pris quantité de photos de Michelle en compagnie des blanchons. Notre objectif, rendre hommage à Brigitte Bardot par une nouvelle visite aux phoques, quatre décennies plus tard, fut atteint, mais d’une tout autre manière que nous le prévoyions.

Au retour de son expérience au contact des petits phoques, Michelle Rodriguez déclara : « Je m’attendais à voir des milliers de phoques sur une solide plaque de glace. Ce que je découvris, c’était un désastre écologique.  »

Les conditions étaient différentes de celles dans lesquelles Brigitte avait atterri en 1977. Ce qu’a observé l’équipe était une menace bien pire pour la survie des phoques du Groenland que les impitoyables chasseurs de phoques.

Les phoques ne peuvent survivre sans glace ; c’est le changement climatique qui sonnera le glas pour eux, accompagné de terribles conséquences pour l’humanité.

 

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