Commentary and Editorial

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Dimanche, 02 Avril 2017 06:38

Encore une bataille terminée de la guerre pour la sauvegarde des baleines

Par le Capitaine Paul Watson

La flotte baleinière japonaise hors-la-loi a publié le nombre de ses tueries ce jour.

Leur quota prévoyait l'abattage de 333 petits rorquals et ils annoncent l'avoir atteint en criant victoire contre Sea Shepherd comme si vaincre Sea Shepherd était leur justification pour tuer les baleines.

Ils peuvent croire en leur propre propagande si ça leur fait plaisir bien que l'on puisse difficilement considérer cela comme une victoire des baleiniers.

Cette campagne n'était pas une question de nombre. C'était une question de résistance à une opération d'abattage de baleines manifestement illégale. C'était une question de continuité de la défense de l'intégrité du Sanctuaire baleinier de l'océan Austral établi au niveau international. C'était une question de persévérance face à des obstacles pratiquement insurmontables, de détermination face à une logistique quasiment impossible et une question de faire tout ce qui pouvait l'être dans les limites de ressources restreintes et de non-violence contre un ennemi agressivement violent doté de ressources illimitées.

Lorsque je constate ce qui a été accompli au cours de l'Opération Nemesis, je suis plein d'admiration et de respect pour les équipages intrépides des navires Ocean Warrior et Steve Irwin, qui ont monté une poursuite de trois mois dans des conditions climatiques abominables, contre une opposition enragée, armée de la technologie la plus sophistiquée et soutenue par l'une des plus grandes puissances économiques de la planète.

Ces hommes et ces femmes d'exception, sous le commandement du capitaine Adam Meyerson sur l'Ocean Warrior et de la capitaine Wyanda Lublink à bord du Steve Irwin, ont été capables de localiser et de harceler la flotte baleinière japonaise, au cours d'une poursuite couvrant des milliers de miles nautiques, en essuyant de façon pratiquement ininterrompue des orages glacés et des glaces périlleuses.

Rendez-vous de l’Ocean Warrior et du Steve Irwin dans l’océan Austral au cours de l’Opération Némésis - Photographie : Sea Shepherd Global/Simon AgerRendez-vous de l’Ocean Warrior et du Steve Irwin dans l’océan Austral au cours de l’Opération Némésis - Photographie : Sea Shepherd Global/Simon Ager

Personne d'autre n'était dans les parages à poursuivre les braconniers japonais. Les promesses faites par l'Australie à ses propres citoyens ont été sabordées sous la pression politique et économique du Japon. La condamnation par la Commission baleinière internationale (CBI) de la chasse à la baleine illégale du Japon est restée lettre morte d'une bureaucratie inefficace. Même le verdict de la Cour internationale de justice énonçant que l'abattage pratiqué par les japonais n'est pas scientifique et par conséquent illégal, a été ignoré.

J'ai été frustré de ne pas être sur place. Je suis pieds et poings liés par la Cour d'appel des États-Unis, qui m'a ordonné de ne pas intervenir dans les opérations illégales de chasse à la baleine du Japon, sous peine d'inculpation pour outrage, d'amendes et d'emprisonnement.

Je n'ai pu qu'observer les activités de l'équipe de Sea Shepherd Global. Je n'étais pas autorisé à les soutenir, à les conseiller ou à m'impliquer dans la campagne que j'ai initiée en 2002.

En revanche, cela m'a permis d'observer et d'apprécier à quel point cette campagne a été formidable et tout ce qu'elle a réalisé.

Cela m'a également permis de percevoir que, bien qu'initiateur de cette campagne, Sea Shepherd ne se résume pas à ma personne mais constitue désormais un mouvement international. Le gouvernement japonais a tenté de détruire Sea Shepherd et de me détruire pour mettre un terme aux opérations de Sea Shepherd. Ils ont découvert qu'ils pouvaient arrêter un individu et même une organisation mais qu'ils étaient impuissants pour stopper un mouvement.

Les équipages des deux navires, hommes et femmes de 25 nations réparties dans le monde, sont déçus et même déprimés aujourd'hui en apprenant que le Japon a prélevé son quota.

Cette déception a aveuglé nombre d'entre eux sur les exploits qu'ils ont effectivement réalisés et quelle superbe victoire Sea Shepherd vient de remporter contre la redoutable flotte baleinière japonaise.

Lorsque nous avons commencé à nous opposer à la chasse à la baleine japonaise, les japonais avaient l'avantage de s'autoproclamer en position légale et en traitant Sea Shepherd d'éco-terroristes. Leur quota était de 935 petits rorquals, 50 baleines à bosse et 50 rorquals communs. Personne n'intervenait et il leur a fallu trois mois complets pour obtenir leurs quotas.

Cette année, il a fallu trois mois complets à la flotte baleinière japonaise pour tuer 333 baleines. Ce qui représente une moyenne de 111 baleines tuées par mois par rapport aux 345 abattages mensuels avant l'implication de Sea Shepherd. Il leur a fallu trois mois pour tuer ce qu'ils abattaient auparavant en moins d'un mois.

Une poursuite ininterrompue et le fait que deux des trois navires harponneurs ont passé beaucoup de temps à poursuivre les deux navires de Sea Shepherd au lieu de chasser les baleines en sont les raisons.

Cette situation se traduit en millions de dollars de carburant et frais de fonctionnement supplémentaires.

En outre, Sea Shepherd a pu documenter la poursuite de l'activité de chasse à la baleine des japonais et du maintien de leurs activités illégales au regard du public international. Les preuves seront également mises à la disposition de la CIJ, de la CBI et du tribunal fédéral australien. Les violations des outrages prononcés par le tribunal fédéral australien, pour lesquelles le Japon a été condamné à une amende d'un million de dollars australien sont ainsi soulignées.

Finalement, pourquoi les baleiniers ont-ils réussi à éviter L'Ocean Warrior qui est pourtant bien plus rapide que nos autres navires ? C'est parce que toute guerre est une affaire de concurrence dans l'escalade. Le Japon a contrecarré le navire le plus rapide de la flotte de Sea Shepherd à l'aide d'une technologie très onéreuse et extrêmement sophistiquée de surveillance militaire, qui a permis de maintenir leur abattoir flottant continuellement en embuscade. Sea Shepherd était tout près mais n'a pas réussi à combler l'écart.

Les japonais ont eu leurs 333 baleines mais il leur a fallu trois fois plus longtemps pour y parvenir, au prix de beaucoup plus de millions de dollars que si Sea Shepherd ne les avait pas talonnés.

En d'autres termes, une toute petite ONG disposant de ressources limitées et d'un équipage de bénévoles s'est attaquée à un Goliath virtuel de puissance industrielle et militaire et a réussi à les maintenir en fuite, entraînant des coûts énormes, pendant trois mois complets.

À mes yeux, ce fut un aboutissement incroyable, dans le cadre d'une longue bataille épique pour défendre et protéger l'intégrité du Sanctuaire baleinier de l'océan Austral.

Entre 2005 et 2014, Sea Shepherd a empêché les baleiniers japonais de tuer plus de 6 000 baleines. Absolument aucune baleine n'a été tuée au cours de la saison 2014/2015. L'abattage de rorquals communs et de baleines à bosse a été complètement mis de côté. Les quotas de petits rorquals ont été réduits à un tiers et il ne fait désormais plus aucun doute que c'est le Japon et non Sea Shepherd qui agit illégalement. Le plus grand succès de Sea Shepherd dans toutes ces campagnes réside dans l'exposition de preuves qui ont conduit à la condamnation universelle de l'activité baleinière du Japon comme une opération criminelle.

Bien évidemment certains critiqueront, en particulier ceux qui n'ont pas levé le petit doigt pour sauver la moindre baleine, arguant que l'Opération Nemesis est un échec uniquement du fait que les baleiniers ont prélevé leur quota de 333 baleines.

Ces esprits critiques manquent toutefois de vision du paysage complet. L'Opération Nemesis est simplement la dernière de dix campagnes majeures montées par Sea Shepherd dans l'océan Austral contre la flotte baleinière japonaise. Vu dans ce contexte, Sea Shepherd a gagné et continue à gagner du terrain contre cette activité criminelle. Sea Shepherd a coûté largement plus de 150 millions de dollars en pertes et, qui plus est, Sea Shepherd a humilié l'arrogant gouvernement japonais à tel point qu'il considère Sea Shepherd comme la deuxième épine permanente dans son pied derrière la Chine.

En qualité d'étudiant de l'historique stratégique, je sais que les guerres sont gagnées non pas seulement sur les victoires individuelles mais également en utilisant stratégiquement les défaites. Nos défaites nous coûtent très peu, leurs victoires leur coûtent énormément.

L'armée Nord-vietnamienne a perdu absolument toutes les batailles militaires contre les États-Unis, ce qui ne l'a pas empêchée de gagner la guerre.

Pendant la guerre d'indépendance américaine, le général Nathanael Greene a été vaincu sur tous les champs de bataille contre les anglais lorsqu'il était commandant sudiste de la guerre d'indépendance. Les défaites de Greene bataille après bataille, ont divisé et fatigué les anglais et les a obligés à payer un lourd tribu pour un avantage temporaire, un prix qui n'était pas dans leurs moyens.

Contre l'argent et la puissance politique du Japon, que peut faire une petite ONG de bénévoles ?

Je répondrais que Sea  hepherd a beaucoup accompli malgré l'utilisation que le Japon a fait des tribunaux américains pour écarter Sea Shepherd USA et moi-même de l'opposition, une mesure qui a eu pour effet de renforcer considérablement Sea Shepherd au niveau international.

Plus de 6 000 baleines sauvées, les quotas réduits à un tiers, la gêne du Japon vis-à-vis du monde entier, la condamnation de la Cour internationale de justice et maintenir continuellement la prise de conscience internationale quant aux violations illégales du Sanctuaire baleinier de l'océan Austral. Tout ceci a été de plus réalisé avec des ressources ridiculement négligeables, uniquement grâce au courage incroyable, à l'imagination et à la passion de tant de centaines de volontaires en mer et de tant de milliers de volontaires à terre.

Oui, ils ont obtenu leur quota et 333 baleines ont perdu la vie, mais nous les avons fait payer pour cela ; tout ce qu'il en reste à cette arrogante nation de tueurs de baleines consiste à fanfaronner à propos de ses droits au meurtre de ces baleines dans le cadre d'un programme de protection criminel glorifié par cette nation qui se trouve, à cause de Sea Shepherd, désormais condamnée par le monde entier comme entreprise criminelle odieusement cruelle.

Je suis incommensurablement fier de l'action passionnée et courageuse de tous les membres d'équipage de l'Opération Nemesis. Ils sont allés là où nul autre n'osait s'aventurer, ont fouillé un vaste océan hostile, trouvé la flotte envers et contre tout et ont entamé une poursuite colossale en faisant tout leur possible avec les ressources dont ils disposaient pour arrêter une opération massivement supérieure sur le plan technologique.

L'une des plus grandes leçons que je n'aie jamais tirées a eu lieu en 1973, lorsque j’ai servi comme infirmier pour l'AIM (American Indian Movement) lors de l'occupation de Wounded Knee dans le Dakota du Sud. L'un des meneurs de ce mouvement était Russell, à qui je suis venu dire que nous n'avions pas la moindre chance, étant encerclés par 2 000 soldats qui nous tiraient dessus, que nous ne pouvions pas gagner et que diable faisions-nous là. Il m'a répondu : « nous ne sommes pas là pour gagner ou perdre, nous ne sommes pas là pour nous préoccuper de nos chances, nous sommes là parce que c'est ce qu'il est bon de faire, c'est juste quelque chose que nous devons faire, nous perdrons peut-être mais nous aurons montré l'exemple pour l'avenir ». Ce grand homme m'a appris à ne pas me préoccuper de nos chances, de gagner ou de perdre, juste de faire ce qui doit l'être ; le nombre de choses que nous avons entreprises alors que tous les disaient impossibles mais qui sont devenues possibles justement parce que nous les avons entreprises est étonnant.

Nous mettrons un terme à la chasse à la baleine japonaise. Ce n'est qu'une question de temps, de patience infinie et dévouement passionné. Je suis sûr que nous y parviendrons après avoir été témoin de la détermination exceptionnelle, implacable et courageuse des marins de l'Opération Nemesis.

Bienvenue chez vous. Vous êtes tous sacrément impressionnants.

 

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