Commentary and Editorial

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Vendredi, 27 Novembre 2009 22:42

Le Plus Rapide des Poissons de l'Océan Fonce Vers l'Extinction

Commentaire de Kurt Lieber, conseil d'administration de Sea Shepherd

Le thon rouge est l'un des animaux les plus rapides de la planète. C'est l'équivalent marin du guépard. Mais l'animal qui accomplit cet exploit peut peser jusqu'à 700 kilogrammes.Le thon rouge nage dans les zones tempérées des océans du monde et il a la caractéristique unique d'être un poisson à sang chaud. Ce qui lui permet d'habiter les zones froides des océans.

Peu de plongeurs en ont jamais vu puisqu'il fréquente les eaux profondes. L'aquarium de Monterey Bay en possède quelques exemplaires et c'est là que vous pouvez avoir un aperçu de leur beauté superbe. La Nature a produit une puissante fusée dotée de nageoires et d'ouïes qui atteint la vitesse de 80km/h, peut vivre trente ans et atteint sa maturité à 8 ans. (1) (3)

Le thon rouge est l'un des plus grands prédateurs des mers, il mange quasiment tout ce qui se présente et parcourt de grandes distances pour trouver ses proies. Des programmes de marquage ont permis de découvrir qu'il allait jusqu'à 1000m de profondeur pour se nourrir.

Il y a trois populations distinctes de thons rouges:

  • Le thon rouge de l'Atlantique Ouest (golfe de Mexico) en danger critique d'extinction
  • Le thon rouge de l'Atlantique Est (Méditerranée) : en danger d'extinction.
  • Le thon rouge du Pacifique (Australie et Océan Indien) : en danger critique d'extinction (avec un très grand risque d'extinction des populations sauvages)

L'accroissement des populations de poissons dont le thon se nourrit est un des effets secondaires de sa raréfaction mais on en parle peu . Par exemple les calmar de Humboldt vivaient surtout dans les eaux du Pacifique au large de Mexico et de l'Amérique du Sud. Depuis quelques années ils ont élargi leur aire de répartition et on les trouve aussi tout le long des côtes d'Amérique du Nord, jusqu'en Alaska. Les thons rouges contrôlaient leur nombre. Le calmar de Humboldt est vorace et cause des ravages chez le saumon, lui aussi en voie de disparition, et chez les autres poissons de taille moyenne. Des plongeurs ont été assaillis en Californie du Sud.

On estime qu'un thon rouge a une chance sur quatre millions d'atteindre l'âge adulte. (1) Mais avec l'appétit insatiable des humains pour sa chair, il en a encore moins.

Le Japon consomme 80% du thon rouge capturé chaque année. Ils emploient leurs propres navires de pêche mais achètent aussi aux autres flottes de pêche du monde, que le poisson soit attrapé légalement ou non .Un poisson s'est vendu 115 300 euros récemment. Avec ce genre d"incitation financière, on ne peut pas s'attendre à ce que le bon sens règne. Les gouvernements ont prouvé qu'ils étaient incapables de mettre un terme à ce carnage à cause des poches profondes de l'industrie de la pêche et de la corruption de plus en plus répandue.

C'est à la Commission internationale pour la conservation du thon (ICCAT en anglais) que revient la délimitation des zones de pêches et la détermination de la quantité de thons à pêcher. Cette commission est aussi efficace pour réglementer la mort du thon que le Ministère Canadien des pêcheries et des océans l'a été pour surveiller la surpêche de la morue au large des côtes de Terre Neuve.

Vous vous rappelez peut-être que Sea Shepherd avait réussi à chasser une flotte de chalutiers cubains au large de Grand Banks en 1994, action pour laquelle le capitaine Watson avait été arrêté et jugé pour gêne à la pêche commerciale. Il a été acquitté des années plus tard mais il était trop tard pour la morue. Les prises avaient tellement baissé (1% des niveaux historiques) que le ministère avait dû déclarer la fermeture de la zone de pêche, disant qu'ils la rouvriraient dans deux ans. 15 ans plus tard, la population de morue ne s'est pas reconstituée et la zone est toujours fermée à la pêche commerciale.
Carl Safina qui a beaucoup écrit sur la situation critique du thon rouge dans son livre "Song for the Blue Ocean" (chant pour l'océan bleu) a fort à propos surnommé l'ICCAT the International Conspiracy to Catch All Tuna : la Conspiration internationale pour chasser tous les thons.

En dépit des avertissements répétés de ses propres scientifiques l'ICCAT refuse régulièrement de diminuer les quotas de pêche. Lors de leur dernière réunion en juillet 2009 ils ont voté NON à la demande de diminuation des prises de thon rouge de l'Atlantique. On estime qu'il reste 2% de cette population par rapport à 1940. (2) c'est une citation de l'agence REUTER à l'issue de cette réunion.

L' ICCAT estime que le niveau de pêche est trois fois supérieur à ce qu'il devrait être, menaçant de réduire la population en âge de se reproduire au cinquième de ce qu'elle était en 1970.

Les thons rouges sont pris par quasiment toutes les méthodes de pêche imaginables: palangre, ligne, pièges, filets dérivants, filets maillants, et chaluts. La population méditerranéenne est celle qui est dans la pire des situations. Ce poisson migrateur passe dans les eaux de 23 pays qui ont chacun leurs pêcheurs professionnels ou amateurs pour l'attraper.

Dans le cas du thon rouge, il ne peut pas y avoir de distinction entre pêche professionnelle ou amateur puisque même les pêcheurs à la ligne individuels vendent promptement leurs victimes à celui qui paye le plus, le Japon fournissant le cercueil rempli de glace et le billet d'avion pour le Japon.

Les Européens chassent le thon depuis la Rome antique. Ils étaient si abondants que des pièges étaient construits en Méditerranée, tout le long de leur chemin migratoire. On pourrait dire que la Méditerranée n'est qu'un gigantesque piège à poisson. Il n'y a que 14,5 km entre le Maroc et Gibraltar . Tout organisme marin qui migre hors de la Méditerranée doit traverser un gantelet fait de crochets, de filets, de nasses et de harpons placés stratégiquement pour qu'aucun poisson n'en sorte vivant.

Ce n'est pas seulement tragique pour le thon rouge de Méditerranée, la population de l'Atlantique Ouest souffre aussi. On a découvert en les suivant par satellites que les deux populations nagent de concert, certains d'entre eux traversant l'Atlantique d'un côté à l'autre et retour en un an. Ce qui signifie que même si les quotas établis par l'ICCAT étaient respectés dans la Méditerranée (ce qui n'est pas le cas) on pêcherait quand même des animaux originaires de l'Ouest de l'Atlantique.

N'ayez pas l'illusion que ces "quotas" sont respectés. On pêche beaucoup de thons illégalement sans les répertorier. On estime que 50% des prises de thons rouges ne sont pas répertoriées (1)

La Libye a ouvert ses 2000 kilomètres de côtes à plus de 200 bateaux de pêche de toutes les nationalités qui vont prendre 60% de tout le thon rouge pêché en Méditerranée: 35 000 tonnes! Les animaux seront remorqués dans des parcs à poisson en Espagne, en Italie, en Grèce, en Croatie, en Turquie et en Egypte, illégalement la plupart du temps et tout ceci sera supérieur de 200% aux estimations de la communauté scientifique concernant une pêche durable.
Ce qui amène un autre sujet : les fermes piscicoles. Certaines fermes ne le sont que de nom, ne faisant naître que des bénéfices. Les animaux sont capturés en mer, gardés dans des enclos surpeuplés jusqu'à ce qu'ils soient assez gros pour être tués. Il y a un dossier fourni et étayé sur les nombreux dégâts que la pisciculture cause à l'environnement.

Parce que les animaux sont confinés dans un petit espace il sont sujets aux maladies. Pour les en protéger, les "fermiers" mettent de fortes doses d'antibiotiques dans la nourriture qu'ils leur donnent. Ces substances s'accumulent dans le corps des animaux et sont transmises au consommateur sous la forme de cancer causant de nombreuses maladies.

Ces "fermes" ne sont pas différentes des parcs d'engraissement utilisés pour les vaches et les cochons. Elles sont polluées par les excréments, le trop plein de nourriture s'accumule sous les enclos, et les parasites deviennent de plus en plus nombreux. Les enclos et leurs alentours immédiats deviennent des zones mortes. De plus tout animal sauvage qui traverse ces endroits est infecté par les parasites.

On a découvert par exemple que le pou de mer prolifère autour des fermes à saumons, qui sont quasiment toujours installées là où les eaux des fleuves rejoignent celles de l'océan, exactement là où passent les saumons lors de leur migration. Il suffit de trois ou quatre poux pour tuer un jeune saumon. Le taux de mortalité dans ces endroits peut atteindre 95%. Nombre de jeunes saumons ont été trouvés avec plus de 25 poux. Les poux aspirent littéralement la vie du jeune saumon.

La pisciculture n'est qu'un gaspillage accéléré de la mer. Pour élever une livre de saumon il faut leur donner trois livres de poissons sauvages à manger. Pour la morue le rapport est de 1,5. Pour les thons rouges le rapport est astronomique : 1 pour 20.

Nous ne pouvons pas sortir de ce dilemme en élevant des poissons. La seule façon de permettre aux océans de rebondir est d'établir des zones marines protégées (MPA: marine protected areas). Ce qui veut dire des zones où il est interdit de pêcher. Il y a de nombreux exemples de la rapidité avec laquelle ces endroits réagissent à l'absence de pêche.

Un des exemples se trouve en Ecosse. En 2000 ils ont créé une zone interdite à la pêche de presque 8 km². Il n'y avait aucune restriction à la pêche dans une des zones adjacentes. Les scientifiques ont étudié les deux zones pendant sept ans. En 5 ans la population de homards avait augmenté de 700% à l'intérieur de la zone interdite à la pêche. Il n'y avait pas seulement plus de homards mais la taille des animaux avait crû de 300%. A la fin des 7 ans d'études, les homards avaient commencé à sortir de la zone réservée et là les pêcheurs avaient installé leurs nasses.

Comme on pouvait le supposer, le nombre de homards n'avait pas augmenté dans la zone où la pêche était autorisée.
Même dans les zones où il n'y a qu'un effort minime pour réduire les prises, il y a des résultats significatifs: une progression de 500% pour l'églefin, de 400% pour les coquilles St Jacques et 50% de morue en plus sur la zone de George's Banks; tout ceci sur une période de 6 ans juste en interdisant la zone aux chalutiers et aux dragues. Les résultats auraient été bien meilleurs avec une zone marine protégée.

Retour à la protection du thon

En 1993 l'Australie, la Nouvelle Zélande et le Japon s'étaient mis d'accord sur un système de gestion volontaire pour protéger le thon rouge du Pacifique que l'on appela la Convention pour la conservation du Thon rouge du pacifique (en anglais CCSBT). La Corée et Taïwan rejoignirent le groupe plus tard. Il y eut des rencontres annuelles, on étudia la situation des stocks et on établit des quotas. Puis en 1998 le Japon commença un programme de "recherche expérimentale" qui leur permettait de prendre 1400 tonnes de plus. Vous avez déjà entendu ça ? La recherche baleinière scientifique vous mettrait-elle la puce à l'oreille (sinon dans l'assiette).

En 2006 on révéla que ces 20 dernière années les pêcheurs Japonais, Taiwanais et Thai avaient capturé plus de deux fois les quotas admis... ce qui voulait dire que la délégation japonaise à la Convention pour la conservation du thon rouge du Pacifique avait menti tout du long derrière ses grands sourires. On estime raisonnablement que tout ceci rapporta 8 milliards de dollars.

Est-ce que quelqu'un pense que nous allons croire les affirmations japonaises de ne tuer que 950 baleines dans l'Antartique Sud ou que 30 000 dauphins et baleines dans leurs eaux territoriales? En fait le Japon envoie les mêmes délégués à l'ICCAT que nous avons vus aux rencontres de l'IWC. Généralement les pays participants envoient deux ou trois représentants à ces réunions de l'ICCAT, le Japon en envoie 49.

Il semble évident qu'en tant que citoyens du monde, nous devons mener la lutte contre le pillage des mers qui dure depuis beaucoup trop longtemps. Il est temps d'utiliser notre technologie pour contrôler tous les bateaux de pêche, les ports où ils font relâche et les magasins et les restaurants qui vendent le poisson. Les océans n'appartiennent PAS aux pêcheurs; ils NOUS appartiennent à nous, y compris les générations futures.

Il ne suffit pas d'arrêter de manger du thon rouge: nous devons diaboliser tous ceux qui le font encore. Nous ne tolérerions pas que quelqu'un mange un steak de gorille à côté de nous. Nous avons mis fin à la prolifération des élevages d'animaux pour la fourrure en montrant notre réprobation à tous ceux qui portaient des manteaux de fourrure et même en jetant parfois du sang sur les offenseurs.

Il est temps que les gens sentent passer le vent du boulet quand ils s'assoient pour manger une espèce noble de poisson. Je vous conjure de trouver quels restaurants servent du thon rouge près de chez vous ; trouvez quels sont les gens huppés qui y mangent. Ensuite rendez vous sur Internet et faites connaître au monde qui ils sont vraiment. Montrez les sur MySpace, Twitter, Facebook, YouTube et tous les autres sites à grande circulation auxquels vous pouvez penser.

Il nous reste 3% de ce qui existait il y a juste 20 ans. Un changement radical s'impose.

References:
(1) Tuna: Love, Death and Mercury. Richard Ellis.
(2) The Unnatural History of the Sea. Callum Roberts.
(3) Song for the BlueOcean. Carl Safina.
(4) The End of the Line. Charles Clover.

 

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