Commentary and Editorial

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Vendredi, 17 Décembre 2010 00:00

Sea Shepherd condamne le massacre insensé des requins

Commentaire par Kim McCoy, directrice juridique de Sea Shepherd

Attention: photos et vidéos choquantes

Une catastrophe pour les requins

Pêche aux ailerons de requin-baleineLe requin-baleine -- Sea Shepherd Conservation Society n’accepte pas que l’on tue des requins quelle qu’en soit la raison, et plus particulièrement lorsqu’il s’agit de découper les ailerons de cette espèce magnifique, paisible et menacée qu’est le requin-baleine pour le laisser ensuite mourir dans une lente agonie. Pour reprendre les mots que prononce James Franco dans le film Pineapple Express, “C’est comme tuer une licorne… avec une bombe.” Franchement, qui pourrait faire une chose pareille ?

Et pourtant, c’est très précisément ce qui s’est produit en février dernier aux Philippines, où l’on a pu voir au large de la côte de l’île de Tingloy un requin-baleine affaibli et mourant dont les ailerons et la queue avaient mystérieusement disparu. Les autorités ont alors supposé que ce sympathique géant s’était peut-être pris accidentellement dans des filets de pêche et que lui couper les ailerons et la queue avait été le seul moyen que les pêcheurs locaux avaient trouvé pour “secourir” à mains nues la pauvre créature. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, si je devais un jour avoir des ennuis en mer, je préfèrerais ne pas être “secourue” de cette manière !

Il n’est pas nécessaire de sortir de Polytechnique pour conclure que ce sectionnement brutal des ailerons n’a pas été le résultat d’une tentative de sauvetage : ce malheureux requin-baleine a bien plus probablement été victime de l’avidité humaine. La triste vérité, c’est que les ailerons se vendent très cher, surtout ceux des espèces protégées qui s’échangent au marché noir et plus particulièrement les vastes et magnifiques ailerons du paisible requin-baleine qui peuvent se vendre jusqu’à 800 dollars le kg.

Aileron de requin-baleineL’ironie est que ce drame s’est produit alors même que la ville de Manille recevait les représentants d’une cinquantaine de pays pour la troisième réunion de la Coopération internationale sur les requins migrateurs, au cours de laquelle a été signée une lettre d’intention pour accorder des protections spéciales aux requins-baleines. En outre, les Philippines sont membres de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) et le requin-baleine est l’une des trois seules espèces de grands requins protégées dans le cadre de la CITES.

A l’évidence, cette nouvelle lettre d’intention n’a pas eu l’effet désiré, car il y a seulement deux mois, toujours aux Philippines, un massacre encore plus flagrant a eu lieu. En octobre dernier, en effet, les médias ont rapporté l’histoire d’un pêcheur en colère ayant tué un bébé requin-baleine qui s’était empêtré dans son enclos à poissons. Les rapports de police ont indiqué que plus de trente blessures par balle et de multiples blessures de harpon avaient été trouvées sur le corps de ce bébé requin, qui aurait été découpé et partagé par les villageois, et l’on peut être certain que ses ailerons ont été revendus pour une somme considérable.

Même si des investigations sont en cours dans les deux cas qui viennent d’être évoqués, et même si les assassins, à condition que la preuve de leur culpabilité soit apportée, risquent jusqu’à 4 ans de prison plus une amende symbolique, il y a peu de chance que l’on rende justice à ces pauvres animaux.

Abstraction faite de l’illégalité de ces actes révoltants, ce qui rend encore plus impardonnable le massacre insensé d’un requin-baleine, c’est la nature véritablement douce de cette espèce. Le requin-baleine se nourrit en filtrant l’eau : il nage lentement à la surface et filtre le plancton à travers ses énormes fentes branchiales. Il est connu dans le monde entier pour son comportement dénué de toute agressivité : on ne connaît d’ailleurs aucun exemple d’une personne qui aurait été délibérément blessée par un requin-baleine. Malheureusement, les requins-baleines sont aussi, parmi tous les requins, ceux qui nagent le moins vite, et compte tenu de leur grande taille et du fait qu’ils se maintiennent près de la surface pour se nourrir, ce sont des proies faciles pour les pêcheurs opportunistes qui souhaitent tirer profit de leurs magnifiques ailerons.

Le requin pèlerin -- Une autre espèce filtreuse pacifique, le requin pèlerin a été chassé presque jusqu’à disparaître, un massacre autorisé par le gouvernement canadien dans les années quarante et cinquante. Bien qu’ils ne se soient jamais mêlés de nos affaires, les requins pèlerins ont acquis la réputation d’être une “nuisance” en s’empêtrant à de multiples reprises dans les filets maillants des pêcheurs et en causant ainsi par inadvertance des dommages à leur matériel, sans compter qu’ils étaient aussi tués dans ces filets.

En 1955, pour lutter contre cette “nuisance”, les patrouilleurs des pêcheries de Colombie britannique ont commencé à foncer sur les requins pèlerins et même à fixer sur l’étrave de leurs bateaux de grandes lames conçues pour couper les requins en deux. Cette chasse n’a pas tardé à devenir une véritable hystérie et les gens se sont mis à abattre les requins pèlerins à coups de fusil ou à coups de harpon et à les massacrer par tous les moyens imaginables. Le requin pèlerin s’est ainsi retrouvé à deux doigts de l’extinction, tout cela sous prétexte de protéger les pêcheries de saumon de la Colombie britannique : quelle absurdité !

Le requin du Groenland -- Une autre espèce considérée comme une “nuisance”, son seul crime étant de s’empêtrer dans les milliers de lignes et de filets des chalutiers de pêche au flétan qui envahissent son milieu naturel, est le requin du Groenland. Au cours de l’été 2009, il a été annoncé que des scientifiques cherchaient des moyens d’utiliser la chair de ce requin, qui est huileuse et toxique pour l’être humain, pour créer un biocarburant en la mélangeant avec des macro-algues et des eaux usées. Sans aucun doute, ce projet est sous-tendu par une tentative de légitimer le massacre insensé de cette espèce et le rejet de milliers de cadavres de ces requins dans la mer, sachant qu’ils n’ont aucune valeur commerciale.

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Kesennuma : la capitale japonaise de l’aileron de requin

Sea Shepherd condamne le massacre des requinsMais le plus ahurissant est peut-être l’ampleur de ce qui arrive – depuis longtemps – aux requins à Kesennuma, un pittoresque village côtier du Japon. Chaque jour, plusieurs milliers de requins sont massacrés dans ce minuscule port.

L’année dernière, de passage à Tokyo pour intervenir dans une rencontre sur la protection des requins, j’ai fait un tour sur la côte avec Alex S. Earl, directeur associé de Sea Shepherd, afin de mener une enquête sous couverture et d’évaluer la situation. Ce que nous avons alors découvert était vraiment épouvantable et j’en ai eu l’estomac retourné.

Situé dans la baie de Kesennuma, dans le coin nord-est de la préfecture de Miyagi, Kesennuma est un village de pêcheurs sur un port idyllique, avec des montagnes ondulantes en arrière-plan. Pour les Japonais, c’est une destination touristique animée, avec une population locale accueillante. Ce village abrite aussi le seul musée du requin du pays, et la relation qu’il entretient avec les requins présente une ressemblance frappante avec celle qu’entretient Taiji avec les dauphins. Tout est construit en fonction des requins, le requin est le symbole du village mais les pêcheurs ont du sang sur les mains. En effet, ils sont responsables d’un horrible massacre en masse de ces animaux splendides, un massacre dont le rythme est tel que s’il se poursuit, les requins auront bientôt complètement disparu des océans.

Fukahire (prononcer “fouka-hir-è”) est le mot japonais pour désigner l’aileron de requin, et dans les magasins et les restaurants de Kesennuma, le consommateur a le choix entre toutes sortes de fukahire et autres produits du requin : soupe aux ailerons de requin, rāmen aux ailerons de requin, tsukune (boulettes) d’ailerons de requin, terrine d’ailerons de requin, émincé de requin, confit de requin, shumai (quenelles) de requin, burgers au requin, sashimi de requin, sushi de requin, senbei (biscuit) d’ailerons de requin, jouets de mastication pour chiens (à base de vertèbres de requin), collagène, gélules, produits cosmétiques, sacs à main, portefeuilles, porte-clés, ceintures, etc... L’ironie est que le plus grand magasin de spécialités à base d’aileron de requin de tout Kesennuma se trouve dans le même bâtiment que le musée du requin.

Le matin de notre enquête, Alex et moi nous sommes levés tôt et sommes sortis sur le port vers 4h00. Des bateaux se suivaient déjà et faisaient la queue pour décharger leur cargaison, et nous avons été accueillis par la vapeur qui se dégageait des cadavres d’innombrables requins, méthodiquement entassés sur le sol de béton. À mesure que le soleil grandissait dans le ciel, notre incrédulité grandissait aussi devant la scène qui se déroulait sous nos yeux.

Vidéo : Déchargement de requins d'un bateau

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Vidéo de Kim McCoy/SSCS (22sec.)
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Photos de requins déchargés d'un bateau
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Nous avons engagé la conversation avec des pêcheurs, qui nous ont dit que la flotte de Kesennuma comprenait plus de 80 bateaux. Les petits bateaux passent trois jours en mer, tandis que les gros bateaux vont jusqu’à Hawaii et passent environ 40 jours en mer (10 jours de trajet aller, 20 jours de pêche et 10 jours de trajet retour). Les bateaux portent des codes qui indiquent la préfecture du port d’attache. Ainsi, par exemple, MG = Miyagi, HK = Hokkaido, etc. On trouve rarement un bateau étranger dans le port de Kesennuma.

D’après ce que l’on nous a dit, un grand nombre de ces bateaux de pêche vont pêcher le thon, mais quand le thon ne mord pas, ils modifient la profondeur de leurs hameçons et pêchent le requin. Nous avons vu des bateaux importer d’énormes caisses de thon congelé de Fidji et d’Indonésie parce que les bateaux japonais, en raison de l’effondrement des stocks de poissons, ne peuvent tout simplement pas pêcher assez de thons pour satisfaire la demande. Le Japon importe aussi des requins d’Espagne, du Brésil et du Pérou afin de satisfaire la demande de produits à base de requin.

Selon la loi japonaise, il est illégal de rapporter seulement les ailerons : le requin entier doit être débarqué pour être méthodiquement amputé de ses ailerons au port. Pourtant, nous avons vu et photographié des bateaux ramenant de grands sacs qui ne contenaient que des ailerons. Une grande partie des ailerons est congelée jusqu’à l’hiver, car durant les mois d’été le temps est trop humide pour pouvoir les faire sécher à Kesennuma. Il arrive même que les ailerons soient expédiés en Chine pour y être séchés puis réexpédiés au Japon où ils seront traités.

Les requins pêchés sont en très forte majorité des requins bleus. Leur queue serait la meilleure partie pour la soupe, et la tête est découpée en mer pour réduire le poids (apparemment, c’est autorisé).

Vidéo : découpage des ailerons de requins bleus

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Vidéo de Kim McCoy/SSCS (55sec.)
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Photos de requins bleus dont on découpe les ailerons
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Un autre requin qu’il est courant de voir à Kesennuma est le requin-taupe. Il nous a été expliqué qu’on mangeait la tête des requins-taupe à Yamagata et à Akita, et que les habitants des montagnes aimaient cela parce que c’est gras. Le cœur ("shinzo") du requin-taupe est ôté et utilisé pour faire du sashimi. C’est avec consternation que nous avons vu comment les cœurs étaient arrachés l’un après l’autre du poitrail saignant des requins et jetés dans une caisse.

Vidéo : arrachage et tri du coeur des requins-taupes

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Vidéo de Kim McCoy/SSCS (1:08)

Nous avons vu également d’autres espèces de requins, mais aucune ne rivalisait en nombre avec le requin bleu ni avec le requin-taupe.

Curieusement, le port américain jumelé avec celui de Kesenumma est Seattle, dans le Washington, une ville située tout près du siège international de Sea Shepherd à Friday Harbor. Une autre ville jumelée est Puntarenas, au Costa Rica, dont le documentaire primé “Sharkwater” a révélé la corruption en matière de commerce d’ailerons de requins. Une troisième est Zhoushan, en Chine. Une chose est sûre, ces municipalités qui développent entre elles des liens d’amitié ne sont pas les amies des requins !

Les photos et les vidéos qui précèdent montrent des tas de requins morts qui ont été pris en un seul jour, dans un seul port, dans une seule ville côtière et dans un seul pays. Imaginez à présent la même scène se déroulant dans de nombreuses villes côtières de divers pays du monde de façon quotidienne. Comment cela pourrait-il être viable ? Impossible !

D’autres photos de Kesennuma à la fin de cet article.

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Le triste sort des requins dans le monde

Un aileron dans la mainLes populations mondiales de requins sont dans une situation dramatique de déclin rapide, sachant qu’on peut estimer à 100 millions le nombre de requins tués chaque année. Ces requins sont bien souvent les victimes d’une pratique barbare appelée le shark finning. Les requins pêchés sont hissés à bord et on leur coupe les ailerons (les parties les plus prisées du requin) alors qu’ils sont encore vivants. Ensuite, pour économiser de l’espace ou du poids, les malheureux animaux sont rejetés dans la mer où, incapables de nager sans leurs ailerons, ils coulent vers le fond et agonisent.

Les requins, ces prédateurs en fin de chaîne qui peuplent nos océans depuis plus de 400 millions d’années, jouent un rôle vital dans la santé de l’écosystème mondial. Ils mériteraient bien mieux que d’être arrachés à l’océan sous prétexte d’ajouter leurs ailerons à une soupe sans goût (dans tous les sens du terme) mais pas sans coût, une soupe qui risque même d’empoisonner ceux qui la consomment en raison de sa forte teneur en mercure.

Les populations de requins sont actuellement décimées à un rythme choquant et absolument insoutenable. Les taux de mortalité actuels des requins excèdent de loin leurs capacités de reproduction, et ces dernières années, quelque 90 % des grands requins du globe ont été massacrés. Les conséquences écologiques de cette extinction imminente sont extrêmement graves, et c’est un tragique héritage que nous transmettons ainsi à nos enfants et aux rejetons des autres espèces avec lesquelles nous partageons cette planète.

Opération Shark Friendly

Opération Shark FriendlySea Shepherd va bientôt lancer l’opération Shark Friendly, une campagne mondiale visant à sensibiliser les consommateurs et les entreprises à la situation dramatique des requins : pas seulement les espèces officiellement répertoriées comme menacées ou en voie d’extinction, mais tous les requins. Cette campagne fournira au public la documentation nécessaire pour que les consommateurs comprennent que la place des requins est dans les océans, où ils jouent un rôle fondamental, et non pas dans un bol ni sur une table festive.

Imaginez un monde dans lequel les requins continueraient d’embellir les océans pendant les innombrables années à venir, et faites votre part du travail pour nous permettre d’atteindre cet objectif !

Gardez contact avec nous pour plus de détails sur l’Opération Shark Friendly… bientôt

un requin-baleine en train de nager

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Photos de Kesennuma
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