Commentary and Editorial

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Lundi, 26 Septembre 2011 12:14

Réunion avec le Médiateur namibien: quelques observations personnelles

Commentaire de Nikki Botha, membre de l’Opération Desert Seal

La presse à l’extérieur de la réunion interviewe les organisations anti-chasse à l’otarie. . Photo: Nikki BothaLa presse à l’extérieur de la réunion interviewe les organisations anti-chasse à l’otarie. Photo: Nikki Botha

La campagne contre l’absurde chasse annuelle aux otaries à fourrure du Cap en Namibie dure depuis des années. Les choses ont commencé à bouger avec la réunion organisée par le médiateur entre les différents acteurs dans ce dossier, grâce notamment à l’obstination de Sea Shepherd et de Seal Alert Afrique du Sud. L’ordre du jour comportait notamment les points suivants: légalité de la chasse elle-même, exploitation de ressources naturelles vivantes et méthodes d’abattage des otaries en Namibie. Les opposants à la chasse aux otaries étaient représentés par huit organisations. Les partisans de la chasse, eux, n’avaient que trois groupes de pression – dont un ne s’est même pas donné la peine de se déplacer, alors qu’il bénéficiait d’un créneau dans les temps de prise de parole.

Ont participé à ces débats:
Nikki Botha pour South African Seal Saving Initiative (Afrique du Sud)
Steve Roest pour Sea Shepherd Conservation Society (Royaume-Uni)
Laurens de Groot pour Sea Shepherd Conservation Society (Pays-Bas)
Pat Dickens pour The Seals of Nam (Afrique du Sud)
Peter Edwards, avocat pour Seal Alert Afrique du Sud, WSPA (International) et NSPCA (Afrique du Sud)
Sheryl Fink pour IFAW (Canada)
Dr. Gibson pour SPCA (Namibie)
Andries Venter pour NSPCA (Afrique du Sud)
Un représentant de l’entreprise Seal Products (Pty) Ltd. (Namibie)
Plusieurs représentants du ministère des pêcheries et des ressources marines (Namibie)

Les participants ont pu faire connaissance avant le début des débats, et la presse a pu prendre des photos pour les différentes publications représentées. Au cours des discussions informelles, le médiateur s’est montré ouvert et accueillant. Il a clairement exposé ses attentes et le rôle qu’il entendait faire jouer aux différents acteurs présents autour de la table. Il a notamment insisté sur l’importance de la présentation de faits concrets, car ce sont ces derniers – et pas de simples prises de positions affectives – qui lui sont indispensables pour parvenir à des conclusions objectives et justes. Sur ce point, les organisations anti-chasse à l’otarie se sont acquittées de leur tâche de façon admirable. Elles ont su présenter un front uni, et avancer une position commune: la chasse est non seulement barbare, mais de surcroît et sans l’ombre d’un doute, elle ignore et viole les droits constitutionnels ainsi que les droits de l’homme au regard de la législation locale sur la chasse et la protection des animaux.

South African Seal Saving Initiative (SA.SSI) a présenté des preuves de violations de droits de l’homme et de droits constitutionnels dans le cadre de ce programme de prétendue "gestion de protection" de ce mammifère marin. Elle a ensuite mis en avant le lien entre violence contre les animaux et violence domestique. Enfin, en s’appuyant sur les chiffres d’échanges commerciaux fournis par la CITES, elle a remis en cause l’idée selon laquelle le commerce de cette espèce serait étroitement encadré. En moyenne, ce sont quasiment 42 000 peaux d’otaries (complètes ou partielles) sur une période de 16 ans qui sont exportées aux termes des accords de la CITES. Ce chiffre ne tient pas compte des données fournies pour 2010, qui indiquent que seulement quatre peaux et six produits en cuir ont été exportés pour l’ensemble de l’année. Le quota de chasse autorisé est de 85 000 bébés otaries et 6 000 adultes: on est donc raisonnablement en droit de douter des chiffres présentés au regard des permis d’exportation accordés par la CITES. Pourtant, le gouvernement namibien continue de soutenir – comme par exemple au cours de cette réunion – qu’il n’y a aucune entorse à ces accords, que ces derniers sont pris très au sérieux, et que les conditions qu’ils posent sont suivies à la lettre. Un communiqué de presse publié par le ministère des pêcheries et des ressources marines le matin même du début des débats indiquait d’ailleurs que l’otarie à fourrure du Cap ne serait pas une espèce menacée telle que définie par l’Annexe II de la CITES: il s’agirait d’une erreur de classification, car l’otarie à fourrure du Cap aurait été confondue avec une autre espèce d’otarie, que l’on trouve ailleurs sur la planète.

Voici un extrait de ce communiqué d’une page:

"L’otarie à fourrure du Cap (Arctocephallus pusillus) présente en Namibie NE CONSTITUE PAS une espèce menacée. Elle n’apparaît pas dans l’Annexe II de la CITES parce qu’elle est menacée, mais parce qu’elle ressemble à Arctocephalus townsendi et à d’autres espèces de la famille des otariidés et de celle des phocidés."

Représentants de diverses organisations de défense de la nature. Photo: Nikki BothaReprésentants de diverses organisations de défense de la nature. Photo: Nikki Botha

La diligence et la rigueur dont on fait montre les organisations opposées à la chasse n’ont eu d’égales que la négligence affichée par le lobby pro-chasse.

Il faut hélas noter que le représentant de Seal Products (Pty) Ltd. a décidé d’utiliser les 30 minutes qui lui étaient allouées pour s’en prendre violemment aux organisations de défense de l’environnement présentes dans la salle en déversant une rhétorique nationaliste, raciste et xénophobe. Ce faisant, il n’a apporté aucune donnée ou information, ni même aucun élément factuel qui ait pu étayer la thèse de la légalité de la chasse aux yeux du médiateur. A plusieurs reprises, il a ainsi dit l’offense qui lui était faite d’avoir à partager l’estrade et la salle avec ceux qu’il a appelés "ces étrangers" et "ces gens-là". A l’entendre, notre exposés et nos arguments n’étaient que sensationnalisme et réactions affectives. Une telle diatribe faisait penser aux envolées paranoïaques de Robert Mugabé.

Les représentants du ministère des pêcheries et des ressources marines n’ont, quant à eux, guère fait mieux. Au nom du groupe, leur orateur a ainsi traité les membres de certaines organisations environnementales de criminels, qui auraient trafiqué les images vidéo de la chasse (pourtant filmées par Bart Smithers, un caméraman distingué par plusieurs prix) pour les rendre plus choquantes. et auraient dit que les otaries ne mangeaient pas de poisson. Lui aussi s’est laissé aller à des références à "ces gens-là, ces étrangers" et "les Européens". Des graphiques mal faits et expliqués de façon fort peu convaincante tenaient lieu de preuves pour étayer la thèse de la chasse durable aux otaries. L’ensemble de la présentation s’est résumée à des allégations vagues et sans fondement. La teneur de l’exposé a été jugée si blessante que deux des participants se sont levés et ont quitté la salle.

Le rôle du médiateur, ce jour-là, se cantonnait à une collecte d’informations concrètes en vue d’une prise de position ultérieure quant à la légalité de la chasse à l’otarie. Il n’était pas là pour émettre un jugement, et c’est donc patiemment qu’il a écouté et posé des questions lorsque des explications supplémentaires étaient nécessaires.

Les participants anti-chasse sont repartis avec un sentiment de grande déception face à l’attitude xénophobe des représentants du lobby de la chasse à l’otarie. Une telle posture était déplacée. Par ailleurs, elle masquait mal un manque évident de connaissance des mécanismes relatifs à la chasse – à telle enseigne que leurs arguments, au final, n’avaient d’autre objet que d’insulter les visiteurs de leur pays. Cette posture, enfin, démontrait assez leur manque de coopération pour trouver une solution pacifique et non-violente au problème. Malgré le souhait affiché du médiateur d’encourager ouverture d’esprit et honnêteté, les attaques clairement xénophobes ont entaché les débats; elle ont également froissé des amis de la Namibie, qui ont à cœur l’impact de la chasse sur les citoyens de bonne volonté d’un pays magnifique.

Le médiateur a maintes fois répété son souhait de voir des données factuelles, et les exposés mal ficelés proposés par le lobby de la chasse à l’otarie n’ont pas respecté les règles du jeu. Tous les participants étaient à égalité dans ces débats, et les pro-chasse ont laissé passer une occasion en or de faire valoir honnêtement leur point de vue. Le mépris dont ils ont fait preuve les a empêchés de prendre part à une discussion constructive et pertinente. Plusieurs autres participants avaient joué le jeu de façon respectueuse, en tâchant d’avancer des arguments solides et en écoutant la partie adverse. Dans leur majorité, la réunion leur avait coûté du temps et un voyage.

Il est évident que c’est moins la cause elle-même que nous nous efforçons de combattre, mais un état d’esprit dont les prémisses sont le nationalisme et la fierté culturelle. Autant de prises de position qui, hélas, ne peuvent en aucun cas justifier l’exploitation, la torture, les mutilations et/ou les sévices en tout genre. Ce type de comportement n’a pas sa place dans la société civile; la culture devrait être un concept malléable, adaptable et évolutif.

Dans un article publié après la réunion dans les colonnes du New Era, un journal contrôlé par l’Etat, Hatem Yavuz, un des principaux partisans de la chasse a décrit les débats comme "une perte de temps et de la pollution sonore".

Une telle déclaration est profondément insultante à l’endroit du Bureau du Médiateur et se rit de la mission dont il a la charge. Elle estime également clairement que les arguments mis en avant par les opposants à la chasse ne sont que poudre aux yeux bureaucratique et que le médiateur n’a pas l’intention d’honorer son engagement. SA.SSI et Sea Shepherd espèrent bien que le médiateur prendra en comptes ces remarques lorsqu’il tirera les conclusions de son enquête.

Notre gratitude la plus sincère va a Vanessa, Elize et au médiateur John Walters, qui ont impeccablement organisé la rencontre et fait preuve d’un accueil chaleureux et amical. Merci également à Steve et Laurens de Sea Shepherd pour votre soutien et votre amitié, Pat et Sheryl, Dr. Gibson, Andries, et François. Formons le vœu ici de pouvoir avancer dans notre combat pour faire de cette planète une maison paisible pour tous les êtres qui y vivent.

*Sea Shepherd et SA.SSI luttent pour la sauvegarde de toute forme de vie sensible, mais se concentrent en particulier sur celle des mammifères marins et sur le rôle régulateur qu’ils assurent dans la préservation d’une planète saine. C’est le sens du combat de ces deux organisations et des ressources qu’elles consacrent à la lutte contre ce massacre inepte. Ce problème n’est pas strictement namibien. La chasse à échelle industrielle de prédateurs en bout de chaîne alimentaire a un effet domino sur nos océans – et cet effet est rarement positif. Les deux organisations continueront donc à dénoncer et à s’opposer activement à ceux qui s’adonnent à la profanation de ce qui constitue 70% de notre planète.  

 

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