Commentary and Editorial

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Vendredi, 02 Décembre 2011 15:53

Le surf, ou l’art délicat de la vie dans la grâce de l’océan

Commentaire par le Capitaine Paul Watson

Surfing: The Delicate ArtDans le domaine maritime, aucune activité humaine n’a un caractère plus intime et n’est plus profondément respectueuse de notre magnifique mère, la mer, que le surf.

Les plongeurs explorent les profondeurs silencieuses et évoluent au milieu des habitants de la mer. Ce faisant, ils ont une relation d’intimité avec la grande diversité de la vie des profondeurs. Les plongeurs descendent sous les vagues et fendent l’eau comme les oiseaux fendent les airs, mais ils ne pourront jamais ne faire qu’un avec l’océan, à cause de certaines limites comme le besoin de respirer et la limite de profondeur due à la pression.

Les marins entretiennent une plus grande proximité avec les grands vents qui caressent les océans en embrassant la Terre. Ils voyagent sur les vagues, entre la mer et le ciel, dans un mouvement invisible, constant et imprévisible. Ils sont extrêmement proches de la mer mais plus proches encore du vent, et c’est le vent, plus que la mer, qui leur donne cette grâce.

Cependant, les véritables ambassadeurs de la mer sont les surfeurs, à tel point que le surf est devenu plus qu’un sport, plus qu’une simple activité de loisir, car il se joue là où la mer embrasse le rivage et où toute la force prodigieuse de l’océan enlace nos corps frêles dans une épreuve ultime de notre foi en la nature et en nous-mêmes.

C’est avec le surf que nous parlons, que nous dansons, que nous jouons, que nous devenons les plus intimes avec la mer, et que nous sentons la force de la majesté suprême de cette magnifique et vaste entité qui dispense le cadeau de la vie à tout ce qui réside sur terre, sur l’eau et sous les eaux. Le surf, c’est le ventre fertile et tourbillonnant d’où proviennent notre respect et notre amour pour l’océan.

Si j’éprouve un petit peu plus de respect pour les surfeurs que pour les marins, les plongeurs et les nageurs, c’est simplement parce qu’il n’existe aucun autre domaine d’activité humaine qui inspire une telle liberté, qui motive un talent plus naturel et qui stimule une passion plus entière que le surf.

Où donc, en dehors du surf, un Kelly Slater et une Stephanie Gilmore pourraient-ils cultiver magnifiquement cette grâce, avec un tel art et une telle maîtrise du mouvement en harmonie avec notre élément le plus essentiel? Où donc l’art et la rencontre apparemment chaotique entre la mer et la terre pourraient-ils donner lieu à une spiritualité passionnée comme celle dont le surfeur Dave Rastovich est l’incarnation? Quelle autre discipline athlétique, en dehors de celle-ci, pourrait autant inspirer une industrie nourrie par la demande de ces jeunes chevaliers de la mer qui chevauchent les vagues en exprimant une liberté que l’on ne retrouve nulle part sur terre? Car ce sont les surfeurs qui contrôlent l’industrie du surf, et non l’inverse.

Depuis les pionniers polynésiens, avec leurs longues planches lourdes, jusqu’à la diversité des surfeurs dans le monde d’aujourd’hui, et tous leurs modèles innovants de planches, le surf est devenu une activité spirituelle qui stimule fortement le respect de la nature, de la vie, de la pureté de la mer et de sa puissance. La planche de surf, solide et élégante, est un tapis magique qui nous permet de sentir l’âme de la mer sous nos pieds. Il y a dans sa forme une magie, une passion et un amour qui se transmettent à l’utilisateur sur la paroi montante des brisants, que ce soit pour la compétition, l’art, la méditation ou simplement pour le plaisir entier et absolu de la chose.

Etre surfeur de corps, d’âme et d’esprit, c’est ressentir intuitivement et comprendre intimement l’interdépendance entre les choses, avec la perception de la plus grande des vérités, à savoir que la mer, c’est la vie et que sans la mer, nous sommes morts!

Aussi, dans ce magnifique monde du vivant qui affirme le miracle de l’océan, on trouve les surfeurs sur les immenses et merveilleuses marches éphémères de cette vaste cathédrale bleue et blanche, là où la mer rencontre et accueille la terre, car là où l’on trouve les surfeurs, il y a l’esprit, et cet indomptable esprit sauvage est constamment à la recherche d’un équilibre entre la liberté d’expression dont les surfeurs sont le symbole et un infini respect pour la nature et la diversité de la vie dans les profondeurs des vastes flots. Cet équilibre peut être affecté de façon négative ou positive selon la manière dont nous réagissons aux expériences qui provoquent la colère, l’anxiété ou la peur.

Chez le surfeur comme chez le mythique chevalier Jedi, la force du bien peut basculer vers l’obscurité et le mal quand la peur, l’anxiété ou la colère prennent le dessus. C’est ce qui peut se produire lors du conflit pouvant quelquefois résulter de la rencontre avec un des prédateurs les plus précieux et les plus puissants de l’océan, et généralement le plus craint en mer, le requin.

Il ne faut pas se faire d’illusions. Les requins peuvent être dangereux pour une personne qui n’est pas initiée au langage et au comportement de cette magnifique famille de super-prédateurs aquatiques. Des surfeurs ont déjà été grièvement blessés et quelques-uns, les plus infortunés, sont morts dans des attaques de requins.

Cela arrive!

Les attaques de requins ne sont cependant pas si courantes. En moyenne, sur sept milliards d’habitants de la planète dont une forte proportion est quotidiennement en contact avec la mer, seulement cinq personnes meurent chaque année à cause d’une attaque de requin. En un an, davantage de golfeurs meurent frappés par la foudre sur les terrains de golf, et ce n’est pas une cause d’hystérie. Les requins, comme la foudre, font partie des forces imprévisibles de la nature, et cependant, il est généralement possible de se protéger contre l’une et l’autre en prenant des précautions intelligentes. Le facteur d’imprédictibilité ne peut certes pas empêcher l’inévitable, et un nombre de vies humaines relativement faible sont perdues. Il n’en demeure pas moins que faire du surf ou plonger avec des requins est moins dangereux que conduire sa voiture jusqu’à la plage pour y faire du surf. Rien qu’aux États-Unis, cinq mille personnes meurent chaque année dans des accidents de la route, et nous ne renonçons pas pour autant à la voiture.

Quand nous contemplons la créature malfaisante au-delà des profondeurs troubles de nos cauchemars et des images d’anciens films d’horreur, nous nous apercevons que le véritable monstre, c’est nous-mêmes. En effet, c’est nous qui massacrons sauvagement 75 millions de requins chaque année pour en faire de la soupe, du poisson ou des chips, ou pour le plaisir, ou encore, par peur et par ignorance.

Et lorsque, non contents de ne rien rendre à la mer de ce qu’elle nous donne, nous déchaînons notre colère, notre haine et notre violence contre les requins, nous infligeons un dommage à ce qui est la plus grande passion des surfeurs: l’océan.

Ce sont les requins qui ont modelé l’évolution dans les mers durant quatre cent cinquante millions d’années. Le comportement de chaque poisson de la mer, son camouflage, sa rapidité et sa psychologie sont le résultat de cet antique, gracieux et majestueux super-prédateur.

Le requin surfe sur les profondeurs et le surfeur surfe sur les vagues, et il arrive que leurs routes se croisent. Cela se produit habituellement sans incident, mais bien au-delà du surf, ce sont les requins qui sont les plus grandes victimes. Leurs populations sont en diminution et elles sont dévastées jour après jour. Des hommes sans pitié leur découpent cruellement les ailerons et rejettent les corps encore vivants dans la mer, où ils tombent dans les profondeurs, hors de notre vue et de notre champ de compassion.

Quand la montagne tue un alpiniste ou un surfeur des neiges, ses semblables ne condamnent pas la montagne. Quand la mer prend la vie d’un marin, ses camarades ne condamnent pas la houle. Quand un pilote de course est tué, les autres automobilistes ne condamnent pas l’automobile. Ce sont les dangers inhérents à leur occupation, ils respectent ces dangers et c’est ce respect qui leur confère leur dignité et leur honneur.

Il y a pourtant à la Réunion un petit groupe de surfeurs, un très petit groupe qui a réclamé qu’on tue les requins pour venger la mort d’un surfeur infortuné. De même, en Australie occidentale, des appels similaires à chasser les requins ont récemment été lancés suite à la mort d’un surfeur.

Je compatis, et je comprends leur chagrin, mais je ne comprends pas cette logique ni ce besoin de vengeance aux dépens d’une créature qui n’a rien fait qui soit contraire à sa nature. C’est comme si l’on partait à la chasse à la foudre pour venger un golfeur, ou comme si l’on faisait exploser le versant d’une montagne pour venger un alpiniste. C’est tout simplement insensé. Il faut aussi n’avoir aucun honneur et aucune dignité, et cela ne peut que porter tort et causer de l’embarras aux surfeurs du monde entier.

Je soupçonne cependant que ce qui motive vraiment cette attitude n’est pas la vengeance, mais la peur.

La peur est une émotion qui défie la logique, et pour un homme qui surfe ou qui se consacre à toute autre entreprise difficile, la vraie marque de l’excellence, c’est de surmonter cette peur.

C’est le courage non seulement d’affronter une vague impressionnante ou les dangers du corail et des rochers, mais aussi d’admettre que parfois, les risques sont un défi et un test, et que ce sont les risques qui donnent au défi sa véritable valeur.

S’en prendre violemment aux requins par vengeance, c’est céder à la peur; et céder à la peur, cela s’appelle tout simplement de la lâcheté. Or, la lâcheté est la plus laide de toutes les émotions humaines, et ce n’est pas de ce bois que sont faits les vrais surfeurs.

Le respect pour les requins signifie le respect de la mer, et donc le respect pour le magnifique sport, la spiritualité, le style de vie et la culture du surf. Le surf sans le respect de la nature, c’est comme le christianisme sans le Christ ou le golf sans le gazon. Les plus grands surfeurs sont des guerriers de la nature, des ambassadeurs de la mer et de divins danseurs en harmonie avec la grâce de l’océan.

Tomber en disgrâce vis-à-vis de la mer serait la situation la plus déshonorante pour un surfeur, comme l’excommunication pour un prêtre ou la capitulation pour un boxeur. Or, un surfeur tombe en disgrâce vis-à-vis de la mer quand il cède à la peur et renonce au respect.

Pour le surfeur, le requin est un frère, au même titre que le dauphin, la baleine et les autres habitants du royaume aquatique. Tout se résume au respect, et le respect va à l’encontre de la peur.

Qu’il en soit ainsi, et que notre mère la mer nous accorde la grâce d’être.

Les précautions

Vu de dessous les vagues, malheureusement, un surfeur se distingue mal d’un phoque. Sachant combien les surfeurs ressemblent à la nourriture des requins, il est même remarquable qu’ils ne soient pas attaqués plus souvent. Une erreur sur son identité peut cependant avoir des conséquences dommageables, et quelquefois fatales, pour le surfeur.

Comment éviter que cela ne se produise?

Il faut connaître le milieu marin. Les grands requins blancs apparaissent à la tombée du jour et pendant les toutes premières heures du matin. Il faut éviter la proximité des voies migratoires des cétacés que les requins suivent, à l’affût de jeunes cétacés fragiles. Il faut éviter les voies de passage des navires transportant du bétail (par exemple du côté de certaines côtes de l’ouest de l’Australie). En effet, les carcasses jetées à la mer et les rejets réguliers d’urine (contenant des traces de sang) attirent les requins. Les femmes qui ont leurs règles ne devraient pas faire de surf là où il y a fréquemment des requins. Un plongeur qui se livre à la chasse sous-marine et qui ramène un poisson qui perd du sang devient un appât, ce qui n’est pas une chose à faire. Si un groupe de dauphins se trouve à proximité, le risque est moindre. Rasta a eu un jour la vie sauve grâce à un dauphin qui s’est interposé entre un requin et lui. Ne pas porter de bijoux clinquants ni de bracelet-montre. Ne pas surfer près d’une zone où l’on appâte les requins.

Enfin, plus important, ne pas oublier que la mer est leur habitat et que nous n’y sommes que des invités. Ils nous font la grâce de nous accueillir, et nous devons le respect à tout ce qui vit dans nos océans.

En réalité, il y aurait beaucoup à dire sur la présence de ce prédateur féroce et formidable, qui a la capacité de nous manger. C’est ce qui peut nous faire prendre conscience que nous ne sommes pas les maîtres des mers. Il nous faut un peu d’humilité, et nous devrions nous rappeler que nous sommes soumis aux lois de la nature, tandis que la nature ne dépend pas et ne dépendra jamais de nous.

J’ai nagé, plongé, surfé et vogué avec des requins, avec des grands requins blancs, avec des requins tigres, avec des requins-marteaux, avec des requins-citrons, des requins-taureaux et des requins-renards, et j’adore l’euphorie que procure l’honneur d’être parmi eux.

Ce sont des créatures nobles, gracieuses, anciennes et fascinantes, et leur raréfaction ne peut qu’entraîner un appauvrissement généralisé dans nos océans. La vigueur d’un écosystème dépend de sa diversité, les requins représentent une part importante de cette diversité, et l’interdépendance entre les requins et les autres espèces marines est un pilier de l’intégrité écologique de la mer.

 

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