Commentary and Editorial

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Dimanche, 05 Février 2012 11:57

Leçon de vie autour d'un petit déjeuner avec Sterling Hayden

Commentaire par le Capitaine Paul Watson

Sterling HaydenSterling Hayden

C'était à la fin des années 70, je prenais un petit déjeuner avec mon ami Jet Johnson à Sausalito, en Californie.

On se disait que ça aurait été génial de pouvoir rencontrer Jack London, qui avait vécu ici au début du siècle. La veille, j'avais acheté un livre et je l'avais sur moi. Pas de Jack London, mais d'un autre résident célèbre de la ville, même si ce n'était pas ce qui avait motivé mon achat.

Intitulé Voyage, c'était un incroyable roman d'aventure en mer qui se déroulait au 19ième siècle. Cet imposant volume était posé sur la table, quatrième de couverture vers le haut. Dessus, un portrait en noir et blanc de l'auteur, homme distingué à la barbe blanche, un peu comme Hemingway mais en plus buriné.

Nous discutions avec Jet lorsqu'un homme, très grand, s'est installé à la table d'à-côté et a commandé son petit-déjeuner.

Il nous a regardé, a observé le livre et a dit "Pas mal comme lecture."

"Ah, vraim..." Je suis resté sans voix. Ce visage à la table d'à-côté... le même que sur la jaquette.

"Sterling Hayden, waouh, je, euh, enfin, je, j'ai votre livre" ai-je dit de façon un peu stupide.

"Oui, je vois ça."

Les célébrités ne m'impressionnent pas facilement, sauf les écrivains ou les chanteurs folk, et lui, c'était un sacré écrivain. Un acteur aussi, bien-sûr, mais c'était son écriture que j'admirais.

Il m'a dédicacé son livre (qui est resté un trésor) et nous avons discuté un moment du sauvetage des baleines et de la vie en mer. Il nous a raconté ses pêches en goélette dans les Grands bancs, ses passages dans de grands navires. Pour lui, la mer représentait "plus que tout le reste".

Ce qui m'a le plus impressionné chez lui était cette aura de confiance et de contentement qui l'entourait. Il semblait être né dans ce caban usé qu'il portait et il paraissait savoir qui il était, où il allait et ce qui était important dans la vie.

Après ce petit-déjeuner avec Hayden, j'ai lu ses deux superbes livres (l'autre étant The Wanderer) et j'ai regardé ses films. J'y ai découvert quelque chose de très important qui expliquait cet air si tranquille qui émanait de lui.

Hayden avait vécu sa vie comme je vivais la mienne, et comme je continue de le faire: en suivant son cœur, non pas l'argent ou la gloire.

Comme Hayden, je n'ai jamais travaillé uniquement pour l'argent. On travaille pour l'aventure que cela représente, et gagner de l'argent ne fait que garantir qu'il y aura d'autres aventures. En vérité, mieux vaut ne pas avoir d'argent, car cela constitue un plus grand défi. Comme l'a écrit Robert Service dans un de ses poèmes sur la ruée vers l'or de Klondike: "Je ne cherchais pas de l'or, je cherchais à trouver de l'or. "

La leçon que j'ai tiré de cette rencontre et de mes lectures, c'est qu'il ne faut pas trop se soucier de l'argent et de la sécurité, mais plutôt de la valeur de la liberté. Tant de personnes me disent vouloir faire ce que je fais, mais ne pas en avoir les moyens: ils ont des prêts à rembourser, une voiture à payer, une retraite à laquelle il faut penser... et une famille à élever.

Quand j'avais la vingtaine, penser à la retraite revenait à s'avouer vaincu par la mort, et je n'ai jamais mis de côté. Aujourd'hui, à soixante ans, je pense toujours la même chose. La vie est faite pour être vécue, pas passée à en contempler la fin.

Quant à l'argent, je me suis aperçu – comme Hayden – qu'en suivant notre cœur, il ne posait pas de problème. Il arrivait en quantité suffisante pour survivre et souvent bien plus, si bien que cela permet d'être généreux et d'approfondir ses réflexions.

Cette idée est au cœur du récent film de Woody Allen, "Midnight in Paris", dans lequel le personnage joué par Owen Wilson choisit d'être romancier et pauvre à Paris en quittant son travail très bien payé d'écrivain de scénario à Hollywood. C'est dans la lutte que l'artiste vit véritablement. La créativité s'épanouit mieux sur un sol froid et sec que dans le confort d'un terreau riche.

Hayden aurait pu être extrêmement riche, mais il a quitté le cinéma pour rejoindre l'armée durant la Seconde guerre mondiale, puis pour naviguer, pêcher ou voguer à travers le Pacifique. Cela ne l'a pas empêché de se marier deux fois et de fonder une famille. Il n'est revenu au cinéma que lorsqu'il a eu besoin d'argent pour payer sa prochaine aventure.

C'était un homme aux talents très divers. Acteur, auteur, marin, soldat, mannequin, agent pour l'OSS...

À vingt-et-un ans, il avait fait Boston-Tahiti en gréeur. Parmi ses nombreux films entre 1941 et 1981, il y a "Le Parrain", dans lequel il joue le capitaine de police irlandais McCluskey, et "Docteur Folamour" où il incarne le brigadier général fou Jack Ripper. Voici comment il décrit sa carrière cinématographique: "j'ai commencé au sommet, puis je me suis battu pour arriver à la base."

Il n'était pas pauvre, mais l'important, c'est qu'il ne se souciait pas de l'argent. Celui-ci arrivait parce qu'Hayden faisait ce qu'il voulait faire. Il ne se laissait pas influencer par les autres. Il vivait comme il le souhaitait, pas comme le souhaitaient les autres.

D'expérience, je vous dirais que voilà le chemin du bonheur: se détacher des désirs matériels et se concentrer sur les désirs du cœur et la curiosité de l'esprit. L'important n'est pas ce qu'on possède, mais ce qu'on ressent, ce qu'on vit et ce qu'on fait pour rendre notre monde meilleur, quelque soit le domaine dans lequel on a choisi de participer.

Sterling Hayden m'a encouragé à poursuivre mon chemin avec la certitude que c'était le bon, et trente ans plus tard, quand je regarde derrière moi, je vois une vie satisfaisante, dans laquelle j'ai accompli de nombreuses choses, et ce n'est pas fini. J'ai une fille merveilleuse et intelligente : je n'ai pas eu à sacrifier ma famille à la poursuite de mes rêves ni l'inverse, et ma fille en fait de même aujourd'hui.

Mon rêve, c'est de défendre les océans et la diversité de la vie dans l'écosystème marin. C'est ce que j'ai fait, du mieux que je le pouvais, avec les ressources dont je disposais. Je continuerai jusqu'à ma mort.

En suivant ce rêve, je suis devenu beaucoup de choses: capitaine de navire, écrivain, personnalité de la télévision, orateur, stratège, poète et historien.

Mais le plus important, c'est que j'ai pu, comme Hayden, vivre sans attaches matérielles, et que je quitterai donc le monde comme je l'ai commencé, un rêve qui se termine pour un rêve qui débute. J'aurais goûté chaque minute de cette expérience.

Vivre sans attaches matérielles ne signifie pas ne rien posséder ou ne rien avoir. Cela signifie ne pas être possédé par ce que l'on possède. Cela signifie ne pas s'inquiéter de perdre ces choses si nécessaire et ne pas trahir son intégrité et ses principes, en particulier la liberté. Cela signifie prendre des décisions basées non pas sur le gain matériel mais sur le bien d'une cause, cette cause étant le rêve de chacun, son objectif, quoi que cela puisse être. Cela signifie voir les épreuves, les sacrifices, les difficultés et les problèmes comme autant de défis à relever. Cela signifie choisir l'aventure plutôt que le confort, l'incertain plutôt que le certain.

Sterling Hayden a écrit ces quelques lignes à propos de la navigation, et je pense qu'elles s'appliquent à tout le monde, quelque soit le chemin choisi:

«Pour être véritablement stimulant, un voyage, tout comme une vie, se doit de reposer sur une solide base d'insécurité financière. Sinon, vous êtes condamnés à une traversée routinière, celle que connaissent les gens qui jouent avec leurs yachts... les plaisanciers, comme on les appelle. Le voyage appartient aux marins, aux nomades de ce monde qui ne peuvent ou ne veulent pas rentrer dans le moule. Si vous envisagez un voyage et que vous en avez les moyens, abandonnez l'idée jusqu'à ce que la roue tourne. Alors seulement vous comprendrez ce que signifie la mer. «J'ai toujours voulu naviguer sur les mers du Sud, mais je ne peux pas me le permettre.» Ce que ces personnes ne peuvent pas se permettre, c'est de ne pas partir. Ils sont empêtrés dans la discipline cancéreuse de la sécurité. Et ce culte de la sécurité nous enferme dans la routine: en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, nos vies ont disparu. De quoi un homme a-t-il vraiment besoin? Quelques kilos de nourriture chaque jour, un peu de chaleur et un abri, un mètre quatre-vingt dans lequel s'allonger... et une quelconque forme d'activité qui fournira un sentiment d'accomplissement. C'est tout. C'est tout, dans le sens matériel. Mais notre système économique nous fait subir un lavage de cerveau, et nous finissons enterrés sous une montagne de factures, de dettes, de gadgets innommables et de jouets qui détournent notre attention de la plus pure imbécillité qu'est cette comédie. Les années passent à la vitesse de l'éclair, les rêves de jeunesse s'estompent, recouverts de poussière, sur l'étagère de la patience. Avant qu'on ne s'en aperçoive, la tombe est scellée. Mais alors, où est donc la réponse? Dans le choix. Que préférez-vous: la faillite du porte-monnaie ou la faillite d'une vie?»

- Sterling Hayden

 

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