Commentary and Editorial

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Mardi, 27 Mars 2012 20:22

Suis-je un “vrai” Canadien ?

Commentaire par le Capitaine Paul Watson

O Canada!
Très cher foyer et mère patrie!
Où les vrais patriotes reçoivent leurs ordres des chasseurs de phoques.
De nos cœurs élogieux s’élèvent les massues,
S’abattant sur les phoques libres et sans défenses!
Au loin, O Canada,
Nous tuons les bébés phoques pour toi.
Que Dieu garde nos massues ensanglantées loin de tous nos opposants!
O Canada, nous tuons les bébés phoques pour toi.
O Canada, nous tuons les bébés phoques pour toi.

Le Capitaine Paul Watson protégeant un bébé phoque du massacreLe Capitaine Paul Watson protégeant un bébé phoque du massacre

Selon le gouvernement canadien, je ne suis pas un vrai patriote car je suis opposé au massacre à coup de massues des bébés phoques.

Je pensais pourtant être canadien. Je suis né dans ce pays tout comme mon père et ma mère. J’ai été élevé sur la côte Est dans la province maritime du Nouveau Brunswick, dans un village de pêcheur, dans une famille acadienne dont les racines remontent jusqu’à la Nouvelle Ecosse, l’île du Prince Edward et l’île française Saint Pierre et Miquelon où mon premier ancêtre nord américain débarqua en 1587 de Bretagne française.

Mon nom de famille Watson vient d’un soldat écossais qui, après la bataille de Québec sous le commandement du général James Wolfe en 1759, choisi de rester et de se marier à une femme acadienne de Nouvelle France, pour s’établir dans la contrée de Gaspé. C’est ainsi que j’ai vu le jour deux cents ans plus tard.

Une acadienne et un marin comme ancêtres, mais apparemment ce ne serait pas suffisant pour faire de moi un "vrai" canadien!

Je crois que ma première trahison remonte à l’époque où j’avais dix ans à peine, lorsque j’ai été le témoin pour la première fois, du meurtre d’un bébé phoque sur les rivages du St Laurent dans le Nouveau Brunswick. J’ai regardé dans les yeux ce pauvre bébé phoque à la peau blanche un instant avant qu’une brute de pêcheur ne lui défonce le crâne à coup de massue en bois.

C’était il y a cinquante ans, et avec le recul je réalise aujourd’hui qu’il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un meurtre de sang froid d’un bébé mammifère innocent, dont la vie s’est arrêtée sauvagement alors même qu’il découvrait à peine le monde qui l’entourait.

Cette image me hante et me rend furieux même après un demi-siècle.

C’est parce que je m’oppose à cette horreur que mon gouvernement croit que je ne suis pas un vrai canadien. A leur yeux, être un vrai canadien signifie accepter et soutenir patriotiquement le massacre cruel et inhumain des bébés phoques, qui sont même parfois dépecés encore vivant. Les pêcheurs de Terre Neuve et des îles de la Madeleine sont aux yeux des politiciens canadiens les "véritables" canadiens. Ils appartiennent à cette histoire de sang et de massacre qui fit la gloire de l’ordre de l’empire britannique sous Abraham Kean, l’impitoyable meurtrier d’un million de phoques, ainsi que d’une douzaine d’autre chasseurs de phoques, qui ont permis au gouverneur général de manger sa ration de cœur de phoque cru à la télévision. Ils ont élevé au rang de héro et de légende les courageux tueurs de phoques sans instruction qui entretiennent cette "noble" tradition, et ils ont diabolisé tout canadien s’opposant à ce massacre, comme Brian Davies, Rebecca Aldworth, et moi-même par exemple.

Crédit: RaesideCrédit: Raeside

Il y a de cela plusieurs années, lorsque le Canada avait mis en place la commission royale sur la chasse aux phoques, le Canada était devenu un refuge pour activités non canadiennes – le gouvernement rejetant toute preuve de cruauté et de destruction écologique, et traitant les chasseurs de phoques et leurs sbires comme s’ils étaient les disciples du Christ en personne.

J’étais un enfant en colère après avoir été le témoin du meurtre de ce bébé phoque, et cinquante ans plus tard je suis toujours furieux contre mes compatriotes qui massacrent les bébés phoques à coups de massue, et qui vident les océans de leur vie sans la moindre compassion ni le moindre remord pour tous les dégâts qu’ils occasionnent.

M. le président, je voudrais voir les six millions de phoques qui peuplent notre territoire, ou peu importe leur nombre, tués, vendus, détruit ou brulés. Je me moque de ce qui peut leur arriver… Ce que les pêcheurs veulent c’est avoir le droit d’aller et venir comme bon leur semble et de tuer des phoques. Et c’est leur droit légitime. Plus ils en tueront, plus je serai heureux. (Hansard, 4 mai 1998).

John Efford, Ministre de la pêche de Terre Neuve. 

Elevé dans un village de pêcheur, je n’ai aucune illusion romantique à leur propos. Je les ai vu pomper de l’huile et la jeter par-dessus bord, je les ai vu tirer sur des oiseaux et sur des phoques par pure malveillance, je les ai vu jeter leurs poubelles par-dessus bord, et je les ai aussi vu pleurnicher et gémir, accusant les phoques, les dauphins et les oiseaux de leur "voler" leur poisson. Je n’ai pas rencontré beaucoup de pêcheurs qui aient eu ne serait-ce qu’une once de compréhension écologique et encore moins d’empathie pour les vies et les sentiments des espèces marines.

Mais ce qui m’irrite par dessus tout c’est de voir ces même personnes piller les océans pendant des années, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien, et venir réclamer des compensations quand il n’y a plus un seul poisson à pêcher. Après s’être gavé au sein de mère nature jusqu’à épuiser ses ressources, ils viennent demander à être nourris par les ressources des autres. Ils ravagent la nature puis quand il ne reste plus rien, ils volent les contribuables. Les pêcheurs sont tous les mêmes, ils pensent que le monde leur appartient, et que les autres doivent payer pour les poissons qu’ils ne peuvent plus attraper à cause de la raréfaction des populations, du fait de leur propre mauvaise gestion. Les politiques redoutent de contrarier le puissant lobby de la pêche, et leur donnent docilement ce qu’ils demandent. J’appelle ça "l’homopecheaphobia" ou la peur qu’ont les politiciens des pêcheurs. Le gouvernement dépense des sommes faramineuses provenant des impôts collectifs pour acheter l’intégrité de la communauté scientifique, que je qualifie de "biostitués".

J’ai vu pendant des années des pêcheurs travailler de par le monde. Tous blâment les autres espèces pour la raréfaction des poissons. Ils accusent les phoques, les pélicans, les baleines, les dauphins, les mouettes, les macareux, toutes les autres espèces marines, mais surtout pas eux.

Et les politiques et pseudo scientifiques dans une hystérie collective sont toujours là pour leur donner raison. Je pense que la pire excuse trouvée par ces soi-disant pêcheurs, mais surtout tueurs en série de poissons de Terre Neuve, Nouvelle Ecosse, Nouveau Brunswick et Québec, est de tout mettre sur le dos des phoques, ces innocentes créatures, pour les massacrer par dizaines de millions au fil des ans. Et il s’agit des pêcheurs de mon propre pays et de ma propre région.

A cause de mon opposition au massacre brutal des phoques, j’ai au fil des ans été agressé par les chasseurs de phoques, la police canadienne et le ministère de la pêche. J’ai été jeté en prison et condamné à des amendes, perdu mes bateaux, et je suis continuellement insulté et calomnié par les politiciens canadiens.

Crédit: RaesideCrédit: Raeside - Traduction: La chasse aux phoques est vitale pour notre économie. Je veux dire, quel autre emploi peut-on exercer avec ce type de compétences? Dans la baie de Guantanamo?

Mais cela valait bien toutes ces souffrances, car après avoir combattu pendant des dizaines d’années cette folie sanguinaire, le marché des produits dérivés du phoque s’est effondré, et malgré le quota ridicule de 400 000 phoques accordé par le gouvernement l’année dernière, seulement 38 000 phoques ont été tués. Dans un élan de rage le gouvernement canadien a de nouveau établi le quota de 400 000 phoques cette année, sachant par avance que moins de 10% d’entre eux seront tués car il n’existe simplement plus de marché pour les produits dérivés du phoque dans notre monde civilisé.

Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé d’attirer les investisseurs étrangers comme la Russie ou la Chine avec des avantages fiscaux pour acheter les produits à base de phoques. A tel point que le premier ministre canadien Stephen Harper s’est même ridiculisé en essayant de vendre des pénis de phoques à la Chine comme remède miracle alternatif au Viagra.

C’est incroyable de voir comment ces politiciens canadiens se jettent au pied de ce club de brutes sadiques. Certains d’entre eux possèdent des attachés cases en peau de phoque et de la viande de phoque est même servie dans les cafétérias du parlement. Mais ça en aurait été tragique si cela n’avait pas été le cas, étant donné le degré de souffrances que font peser ces hommes sur les phoques. Avec le réchauffement climatique, la diminution des zones de mer gelée menace les bébés phoques qui se noient par dizaines de milliers chaque printemps. Le ministre de la pêche Keith Ashfield, un homme qui vient de ma propre province du Nouveau Brunswick, semble totalement dépourvu d’empathie; il a autorisé le massacre de 400 000 phoques en 2012. Il pérore le pathétique refrain des pêcheurs qui prétendent que les phoques mangent "leurs" poissons, en dépit du fait qu’avant l’occupation de l’Amérique du Nord par les européens, il y avait quelques 45 millions de phoques sur la côte Est et que le poisson ne devait certainement pas manquer.

C’est l’avidité humaine qui est responsable de la diminution des populations de poissons, et rendre les phoques responsables en les prenant comme boucs émissaires ne ramènera pas les poissons. En vérité, cela pourrait même avoir l’effet inverse et aggraver la situation, car les phoques régulent les prédateurs de certains poissons comme le calamar. Lorsque la population de phoques se réduit, les prédateurs des harengs, maquereaux et capeline augmentent, ce qui accroit la pression sur ces espèces. Malgré la diminution de la chasse au phoque, les politiciens continuent à se livrer à une surenchère pour savoir qui protègera le mieux le si précieux lobby. Ils s’accordent d’ailleurs tous pour dire que quiconque s’opposerait au massacre des phoques ne pourrait vraiment pas être un "vrai" canadien.

Tout comme le directeur de Greenpeace a décidé récemment, de façon arbitraire, que je n’étais plus l’un des membres co-fondateurs de cette association (donc en réécrivant l’histoire), je ne suis plus considéré maintenant comme un canadien par mon propre pays. Mais au moins je suis toujours un habitant de cette planète… Mais non attendez, souvenez-vous de ces manifestants japonais l’année dernière qui brandissaient cette pancarte "Sea Shepherd, disparaissez de cette planète". C’est fou ce que j’aime être aussi populaire.

 

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