Commentary and Editorial

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Lundi, 02 Avril 2012 23:12

Stigmatisation + calculs erronés = massacre des otaries protégées du barrage de Bonneville

Article rédigé par la militante et chroniqueuse invitée Sandy McElhaney

File photoLe concept de bouc émissaire a cours depuis l'époque de la Grèce antique. On employait alors le terme de "pharmakos" pour décrire toute personne – souvent un mendiant ou un criminel – mise au ban de la communauté après une catastrophe naturelle. Selon certaines sources, le pharmakos était alors battu ou lapidé. Selon d’autres, il était exécuté puis ses cendres étaient jetées à la mer.

Bien des siècles plus tard, dans les eaux de la baie de Taiji, au Japon, c'est au tour des dauphins d'être pris à partie et taxés de "nuisibles" par le gouvernement nippon et par une poignée de pêcheurs qui les accusent de manger "leurs" poissons. Ces animaux font donc l'objet d'un massacre en règle dans cette baie peu profonde. De septembre 2011 à mars 2012, les Gardiens de la Baie ont ainsi assisté à la mort de plus de 700 dauphins érigés en boucs émissaires.

De l’autre côté de l'océan Pacifique, sur le barrage de Bonneville près de Portland, dans l'Oregon, ce sont les Zalophus californianus (otaries de Californie) qui sont actuellement les boucs émissaires des autorités fédérales et de l'État, mais aussi de nombreux groupes d'intérêts défendant leur droit de pêche sur le fleuve Columbia et la protection des saumons qu’on y trouve. Ainsi, conformément à une décision récemment rendue par un juge fédéral, pas moins de 30 otaries de Californie accusées de se nourrir d'une espèce menacée de saumons près du barrage sont désormais susceptibles d’être tuées, quand les chiffres prouvent pourtant que les otaries ne sont pas responsables de cette situation. D’après un document mis en ligne le 15 mars 2012 par le Bureau régional du Nord-Ouest du Service de la pêche en mer des États-Unis (National Marine Fisheries Service, NMFS), organe dépendant de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA): "La proportion de saumons en montaison mangée par les otaries varie en fonction de l'étendue de cette montaison. Elle oscille généralement entre 2 % et 4%, et ne s'élevait en 2011 qu'à 1,6%" À titre de comparaison, la pêche sportive, commerciale et tribale ampute de 17% le nombre annuel de saumons en montaison selon les rapports de la Société de protection des animaux des États-Unis (HSUS), une organisation à but non lucratif ayant récemment entrepris une action en justice dans l'espoir de sauver les otaries.

La pêche sportive représentant une importante source de revenus et une activité de loisir très appréciée dans plusieurs États traversés par le fleuve Columbia, il semblerait que la voix des pêcheurs pèse beaucoup plus que les statistiques. Le groupe de travail chargé durant l'automne 2011 par le NMFS d'émettre des recommandations en vue d'accepter ou de rejeter les demandes de certains États désireux d'éliminer les otaries présentes le long du barrage de Bonneville semblait ligué contre ces animaux. Sur les 16 membres de ce groupe de travail, 14 ont accepté leur mise à mort. Les seuls à s’être prononcés contre étaient Sharon Young, représentante de la HSUS, et Daryl Bonness, chercheuse indépendante et présidente de la Commission des mammifères marins des États-Unis. Cette dernière a ainsi déclaré: "Je ne crois pas, au vu des données disponibles, que l’abattage des otaries de Californie soit à même de résoudre le problème. Par conséquent, et conformément à la Section 120 de la Loi sur la protection des mammifères marins (Marine Mammal Protection Act), ce projet ne devrait pas aboutir." Cela n'a pourtant pas empêché James Lecky, directeur du Bureau des Ressources protégées du NMFS de signer une lettre autorisant l'élimination, aux abords du barrage de Bonneville, des otaries de Californie, une espèce pourtant protégée par la Loi sur la protection des mammifères marins.

M. Lecky a toujours fait montre d'une certaine tendance à céder aux exigences des groupes d'intérêts et à ignorer les chiffres et la vérité scientifique. En 2002, déjà, il faisait fi des preuves rassemblées par les scientifiques du NMFS et donnait son aval à l'un des plus grands massacres de poissons de l'histoire des États-Unis. À l’époque, quelque 70 000 saumons sont morts après que les eaux du fleuve Klamath furent détournées pour irriguer des terres agricoles. Dans son témoignage de 2007 à la Commission des Ressources naturelles de la Chambre des représentants des États-Unis, Mike Kelly, ancien biologiste de la NOAA, a déclaré que M. Lecky lui avait demandé de conclure, en dépit des preuves disponibles, qu'une réduction sensible du débit du fleuve ne nuirait en aucun cas à cette espèce de saumon protégée par la loi américaine. "On m'a demandé de démontrer que 1+1 était égal à 3." a-t-il expliqué, avant d'ajouter que cet ordre était à la fois « étrange » et illégal. Dans un article de 2007, le Washington Post est même remonté jusqu'au vice-président de l'époque, Dick Cheney, qu'il a identifié comme étant l'instigateur de cette décision.

Peu après la disparition de tous ces poissons, M. Lecky a été promu à son poste actuel de Directeur des ressources protégées du NMFS. Dans le cadre de cette fonction, il supervise pour le compte de la NOAA toutes les études menées sur les espèces menacées ou en voie de disparition. Quelque chose ne tourne pas rond à l'Agence fédérale des pêches. Tout cela n'a aucun sens, du moins pour les animaux que cette agence est censée protéger. Les saumons du fleuve Klamath avaient besoin d'eau pour survivre. Les otaries du barrage de Bonneville ont quant à elles besoin de poissons pour survivre. Couplée à d'autres facteurs, dont la présence du barrage, la surpêche est bien plus préjudiciable aux saumons que les 30 otaries actuellement menacées de mort. Malheureusement pour ceux d'entre nous qui ont à cœur de protéger les mammifères marins, il semblerait qu'il soit plus facile pour les responsables du NMFS d'accuser les otaries de tous les maux que de trouver une vraie solution aux problèmes du barrage de Bonneville.

Aidez-nous à sauver les otaries de Bonneville en signant cette pétition

 

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