Commentary and Editorial

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Mardi, 28 Août 2012 22:59

On ne reculera devant rien

Commentaire par le Capitaine Paul Watson

Captain Paul Watson, founder and president, Sea Shepherd Conservation SocietyLe Capitaine Paul Watson, fondateur et président de Sea Shepherd Conservation Society

La chose dont je suis le plus fier dans ma longue carrière est qu’en 35 ans d’interventions pour défendre la vie marine, nous n’avons blessé personne, et alors que nous avons effectué environ 350 voyages, aucun des membres de mon équipage n’a été sérieusement blessé. Je suis aussi fier du fait que, bien qu’étant intervenus de façon agressive contre les braconniers, qu’il s’agisse de chasseurs de baleines, chasseurs de phoque, tueurs de dauphins, pêcheurs aux filets dérivants, chalutiers, tueurs de tortues et autres entreprises qui détruisent la vie dans les océans, nous avons toujours agi dans les limites de la loi.

Nous avons mené huit campagnes pour nous opposer aux baleiniers japonais qui opèrent avec arrogance dans le Sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Nous n’avons blessé personne, ni n’avons abîmé un seul de leurs bateaux. Les baleiniers, par contre, nous ont tiré dessus, ont percuté nos navires et en ont détruit un complètement, sans la moindre conséquence judiciaire.

Nous les avons paralysés financièrement en les empêchant de tuer des baleines, et le bilan de nos actions dont je suis le plus fier est que grâce à nos interventions, grâce aux efforts de mes équipages qui font preuve d’un courage incroyable, environ 4000 baleines ont échappé aux harpons.

Notre objectif depuis le début de la campagne était de couler la flotte japonaise économiquement. Nous avons réussi sur ce point. Nous les avons poussés à la faillite et submergés de dettes, et la flotte japonaise, plus faible aujourd’hui que jamais, ne survit que grâce aux subventions massives du gouvernement japonais.

Je n’ai jamais eu la naïveté de penser que m’attaquer à l’une des plus grandes puissances économiques mondiales se ferait sans conséquence pour nous, surtout en ayant autant humilié les baleiniers en mer, les déjouant et les chassant du Sanctuaire baleinier de l’océan Austral avec des quotas de meurtres non atteints et leurs profits anéantis.

Et bien sûr, ce sont deux événements que nous ne pouvions prévoir dans notre stratégie générale qui nous ont causé le plus de problèmes.

Le premier est le tsunami japonais.

Parmi les centaines de millions de dollars récoltés dans le monde entier pour venir en aide aux victimes de ce désastre, une dotation d’environ 30 millions de dollars a été accordée aux baleiniers pour lutter contre Sea Shepherd Conservation Society. Ce n’est certainement pas de cette façon que les donateurs pensaient que leur argent allait être utilisé. La reconstruction des maisons, la nourriture, les médicaments, la réparation des infrastructures, oui, mais subventionner les baleiniers pour qu’ils puissent continuer leurs activités de chasse à la baleine dans un sanctuaire – qui aurait pu prévoir qu’on trahirait ainsi leur confiance?

Avec cet argent, les baleiniers ont engagé des sociétés de relations publiques, ont renforcé leur sécurité, et engagé des poursuites judiciaires. Cependant, la sécurité accrue sur leur flotte n’a pas réussi à empêcher Sea Shepherd d’intervenir à nouveau et, par conséquent, les baleiniers ont capturé seulement 26% de leurs prévisions et de nouveau perdu tous les bénéfices possibles, s'enfonçant encore plus profondément dans les dettes.

Le dépôt d'une injonction à l'encontre de Sea Shepherd devant une Cour des Etats-Unis a également échoué lorsque le juge américain a rejeté la demande du Japon d’une injonction préliminaire et bien qu'ils aient fait appel de la décision, leurs chances de succès sont minces.

Ils forcent Sea Shepherd à dépenser de l’argent en frais juridiques, mais ces dépenses font partie du plan de bataille global et notre réussite en mer nous apporte de plus en plus de soutiens, ce qui nous permet de poursuivre notre lutte contre leurs activités de braconnage à la fois sur l'eau et maintenant au tribunal.

Les fonds du tsunami ont également servi à élaborer des stratégies pour nous vaincre, et l'une d’elles était de faire remonter un incident vieux de dix ans qui a eu lieu au large du Guatemala, lorsque nous sommes intervenus, avec la permission du gouvernement guatémaltèque, contre une opération illégale de pêche aux requins pour leurs ailerons. Les accusations avaient été rejetées à l'époque après que le tribunal du Costa Rica eut pris connaissance de nos documents, et l'incident avait été visionné par des centaines de milliers de personnes dans le film documentaire primé, Sharkwater. Mais avec un peu de persuasion du Japon, le Costa Rica a décidé de ressusciter l'incident au motif que nous avions projeté de l'eau sur le bateau des pêcheurs à l'aide de notre canon à eau, leur faisant perdre le contrôle de leur bateau et entrer en collision avec le notre. Toutefois personne n'a été blessé, et leur vaisseau n'a pas été endommagé. Ce n'est pas vraiment un délit méritant une extradition.

Lors du premier dépôt du dossier par le Costa Rica auprès d'Interpol, la requête a été rejetée. Mais quand je suis arrivé en Allemagne le 13 mai, les Allemands ont décidé de prendre en compte la demande du Costa Rica malgré le rejet d’Interpol, et ils m'ont emprisonné. Dès le début, j’ai soupçonné qu'il s'agissait d'une initiative japonaise et qu’une fois que le Japon aurait vu que l'Allemagne était prête à agir sur une base bilatérale avec le Costa Rica, ils seraient entrés en contact avec elle pour leur propre demande d'extradition.
Quand une source fiable au sein du ministère allemand de la Justice m’a prévenu que les Allemands allaient m’arrêter le lendemain matin quand j’irais pointer à la police de Francfort, je savais qu'une fois envoyé au Japon, je n’en sortirais pas avant longtemps. C'est ainsi que j'ai pris la décision de quitter l'Allemagne.

Cette source allemande m’a également envoyé une copie de la demande japonaise, et tout le dossier du Japon repose sur les accusations portées contre moi par Peter Bethune.

Il s'agit là du deuxième incident imprévu.

Pendant l'opération Waltzing Matilda (2009-2010), l'Ady Gil, commandé par Pete Bethune, a été délibérément percuté et coupé en deux par le Shonan Maru 2. Pete Bethune a décidé de monter à bord du Shonan Maru 2 pour affronter le capitaine japonais. Dans l'un des épisodes de Whale Wars , je conseille à Bethune de ne pas monter à bord du navire. Il a répondu alors que c'était ce qu'il fallait faire, que c'était son navire et qu'il avait le droit d'exiger que le capitaine japonais réponde de ses actes pour la destruction de son bateau. Bethune a dit qu'il prendrait l'entière responsabilité de ses actes et donc il est monté à bord avec son propre jet ski, assisté par son propre équipier.

Bethune a été emmené au Japon, et au lieu d’assumer la pleine responsabilité de sa décision, il m'a accusé de lui avoir ordonné de monter à bord du Shonan Maru 2. Il s'agissait là d'un accord qu'il avait conclu avec le procureur en échange d'une peine avec sursis. Notre équipe juridique a des preuves documentées de cet accord.

Mes critiques peuvent dire ce qu'ils veulent mais je pense que tout examen objectif des faits dans le contexte de notre histoire montrera que ces demandes d’extradition sont politiquement motivées et ne reposent pas sur une véritable enquête judiciaire. Tout ce qui s'est passé lors de l'incident du Costa Rica a été filmé par le cinéaste indépendant Rob Stewart pour le tournage du film Sharkwater. Tout ce qui s'est produit concernant les opérations baleinières japonaises dans le Sanctuaire baleinier antarctique a été documenté pour l’émission Whale Wars de Animal Planet et dans le film At the Edge of the World . Sea Shepherd Conservation Society opère ouvertement et de façon honnête. Toutes nos activités sont filmées.

Aux critiques qui disent que, si je n’ai rien à cacher, je devrais me rendre au Costa Rica ou au Japon, je peux seulement dire que ce serait une option si on me laissait la possibilité d'un procès équitable et impartial. Je ne crois pas que ces deux pays me proposeront un procès équitable et impartial, et même en cas d'acquittement par un tribunal du Costa Rica, ils m’enverraient au Japon. Le Japon n'est pas en quête de justice, il est en quête de vengeance.

Nous avons là un capitaine japonais ayant complètement détruit un navire de 1,5 millions de dollars, blessé un cameraman et qui a failli tuer six membres d'équipage. Cet équipage avait été recruté par Pete Bethune pour l’aider à manœuvrer son navire, l'Ady Gil. Ses membres de l'équipage n’étaient pas de Sea Shepherd, mais Sea Shepherd a toujours travaillé avec eux pour essayer d'arrêter les baleiniers japonais, et les a sauvés lorsque leur navire a été percuté et détruit. Notez que Pete Bethune n'était pas un capitaine de Sea Shepherd non plus. En fait, je n'ai aucun doute que si un capitaine de Sea Shepherd avait été à la tête de l'Ady Gil ce jour-là, la collision n’aurait pas eu lieu. Mais ce n'était pas le cas et la collision s'est produite. Le capitaine du Shonan Maru 2 n’a même pas été soumis à un interrogatoire sur cet incident. Alors que des accusations ont été portées contre moi, ne m’impliquant même pas directement dans ce qui s’est passé, et fondées uniquement sur les accusations d'un homme qui a conclu un marché avec les Japonais en échange d'une peine avec sursis.

En ce qui concerne le Costa Rica, les tribunaux ont vu les preuves et m’ont interrogé ainsi que les témoins. On m’a donné une autorisation de quitter le Costa Rica en 2002, puis les accusations ont été relancées une décennie plus tard, en même temps que se tenait une réunion entre le Président Chinchilla du Costa Rica et le premier ministre du Japon.

Cliquez ici pour voir l’autorisation pour le départ du bateau du Costa Rica en 2002 (pdf)

D'autres incidents causés par le Japon n'ont pas non plus fait l’objet d’enquêtes, notamment quand le Bob Barker s’est fait éperonner par l'un des navires-harpons, mais aussi les collisions entre les navires-harpons et le Steve Irwin lorsque les baleiniers ont tenté de repousser par la force le navire de Sea Shepherd qui bloquait la rampe arrière du Nisshin Maru.

Pour ma part, je dois déterminer quel sera le meilleur plan d'action dans le cadre de notre stratégie globale visant à défendre et protéger le Sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Si je me rends au Japon et / ou au Costa Rica, je ne serai pas en mesure de prendre directement des décisions de commandement pour intervenir contre les braconniers de baleines japonais dans les eaux antarctiques. Je peux coordonner la campagne depuis la terre ferme ou à bord d’un navire, mais il ne me sera pas possible de le faire depuis une prison japonaise. L’opération Zero Tolerance doit être ma principale préoccupation et c'est au lancement de cette campagne que j'ai décidé de me consacrer. Si je suis emprisonné avant son lancement, la campagne se déroulera sous les ordres de la hiérarchie de commandement de la campagne. Après la campagne, si des problèmes juridiques restent en suspens, je m’en occuperai directement et à ma convenance avec les conseils de notre équipe juridique.

Un autre exemple de désinformation, c'est de prétendre que je suis en fuite. Je ne suis pas en fuite, et ce n'est un délit pour personne de travailler avec moi ni de m'aider. Il s'agit d'un cas compliqué, mais je ne suis pas recherché en dehors du Japon, du Costa Rica et de l'Allemagne. Il n'y a pas de mandat d'arrêt contre moi en dehors de ces trois pays et en ce qui concerne l'Allemagne, je n'ai pas enfreint la loi allemande. Renoncer à sa caution n'est pas un crime en Allemagne, quels que soient les motifs de mon assignation à résidence.

Actuellement, je suis dans un endroit où je ne peux pas être atteint par la notice "rouge" d’Interpol, et notre équipe juridique travaille à prouver que les mandats locaux du Costa Rica et du Japon ont des motifs politiques, pour qu’Interpol n’en tienne pas compte. Je crois que tout examen impartial des éléments de preuve me disculpera et il est préférable de voir ces éléments de preuve examinés avec impartialité plutôt que de me rendre à la merci de tribunaux où le verdict a été déjà décidé.

Depuis le début de cette campagne contre les braconniers de baleines japonais dans l'océan Austral, je savais très bien qu'il y avait des risques extrêmes en jeu. En plus d’opérer dans le milieu marin le plus hostile de la planète, nous étions aussi conscients que nous nous engagions contre l'un des pays les plus riches et les plus puissants de la planète. Malgré cela, chaque année, nous sommes devenus plus forts, et la flotte baleinière est devenue plus faible. Et surtout nos efforts pour défendre les baleines, pour sauver leurs vies, ont porté leurs fruits puisque les Japonais ont échoué durant deux années consécutives à tuer plus de 70% de leurs cibles qui désormais ne sont plus sans défense.

C'est ainsi que nous en sommes arrivés à la confrontation et c’est la raison pour laquelle nous appelons cette opération Zero Tolerance. Notre objectif cette année est d'atteindre zéro baleine tuée et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour faire de cet objectif une réalité. Nous nous attendons à ce que les Japonais fassent tout ce qu'ils peuvent pour nous arrêter et l'une de leurs tactiques consiste à m'éliminer en tant que leader de cette campagne. Qu’ils y arrivent ou non, de toute façon ils ne peuvent pas arrêter la passion de mes officiers et membres d'équipage qui seront là avec moi ou - s’il le faut - sans moi. Mais ils tiendront bon et nos navires s’engageront une fois de plus en haute mer contre ces tueurs sans scrupules pour protéger les doux géants de leurs harpons impitoyables.

Si je suis capturé et crucifié politiquement avant cette campagne, tout ce que je peux dire, c'est que j’ai toujours envisagé cette possibilité et les Japonais réaliseront que je ne suis pas aussi docile et mal préparé que l’a été leur précédent prisonnier. La perte de ma liberté personnelle ou même de ma vie sera un prix équitable pour atteindre l'objectif de la sécurisation du Sanctuaire baleinier de l'océan Austral. Et avec ou sans moi, cet objectif sera réalisé parce que nous avons quelque chose que les baleiniers japonais n'auront jamais. C'est un respect absolu et passionné de la vie et du maintien de l'intégrité du Sanctuaire. Ils sont motivés par la cupidité. Nous sommes motivés par l'amour, et l'amour et le respect de la vie triompheront toujours de la cupidité et de la mort.

A tous nos supporters dans le monde entier, je dis merci. Votre soutien nous donne les moyens d'aller de l'avant, là où nous devons nous rendre pour cette bataille. Merci également à notre équipe de Gardiens de la Baie qui ont commencé leurs six mois à Taiji, au Japon pour défendre les dauphins. Merci à notre équipe en Afrique qui défend les otaries, à notre équipage dans les îles Galápagos qui défend ces îles enchantées, à notre équipage en Méditerranée qui défend le thon rouge en voie de disparition, à nos équipes dans le Pacifique Sud qui défendent les requins et les récifs coralliens et à tous les guerriers de Sea Shepherd qui s’occupent de la collecte de fonds, de la sensibilisation du public et des campagnes militantes pour les espèces marines dans le monde entier.

Je suis honoré de travailler avec chacun d'entre vous. Ensemble, nous sommes une force qui a démontré et continue de démontrer que nous pouvons faire une différence, et que peu importe les obstacles ou la complexité de la mission, nous ne reculerons pas. Martin Sheen m'a dit que lorsque quelqu'un l’a accusé de soutenir une cause perdue, il a répondu que "les causes perdues sont les seules causes qui méritent qu’on se batte pour elles." Martin, moi-même et tous les membres de notre équipe sommes unis dans cette croyance que l'impossible peut devenir possible. Et c'est la passion, le courage, l'imagination et l'ingéniosité de mon incroyable équipe qui va gagner ce combat pour les baleines et pour les océans.

Je suis fier d'eux tous et plus qu’honoré d'avoir servi cette cause pour protéger nos océans, pour la plus basique des vérités qui est la suivante: si les océans meurent, nous mourrons! C'est aussi simple que cela et, par conséquent, pour moi, il n'y a pas de cause plus importante.

 

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