Commentary and Editorial

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Jeudi, 30 Août 2012 00:23

La folle controverse de Cap Cross

Par Laurens De Groot, Directeur du Groupe d’intervention O.R.C.A.

Groupe d’intervention ORCA autour du droneGroupe d’intervention ORCA autour du drone

La camionnette de tourisme s’arrête sur le parking de Cap Cross. Une poignée d’étrangers sortent et sont immédiatement accueillis par un vent glacial et l’odeur épouvantable de mort et de décomposition. "On s’y habitue" leur promet le guide avec un petit sourire, alors que les visiteurs s’avancent sur la passerelle de bois qui traverse la zone.

Les regards s’illuminent. Devant les touristes, des milliers d’otaries à fourrure du Cap s’offrent à la vue, dans la Réserve des otaries de Cap Cross – la plus importante colonie reproductrice du continent en Namibie. Les flashs crépitent et le son des zooms des caméras emplit l’atmosphère en ce froid matin d’hiver. Heureux, avec le sentiment de ne faire plus qu’un avec l’environnement qui les entoure, les touristes profitent de ce moment d’émerveillement que la nature offre à l’homme.

Je me sens très mal à l’aise, non pas en regardant leurs visages radieux, mais parce que je vais gâcher leur visite. Mais je dois le faire, ils doivent savoir – eux seuls peuvent apporter la solution. "Savez-vous ce qui se passe réellement ici?" Je demande poliment à un couple d’Italiens avenants. Leurs visages curieux essaient de deviner la suite. J’inspire profondément et commence mon histoire d’horreur: "Tous les matins, depuis le début du mois de juillet, alors que les zones de reproduction sont encore envahies par la brume, un véhicule 4x4 se gare dans la réserve. Ses passagers vérifient qu’il n’y a pas d’intrus aux environs. Une fois que la voie est dégagée, le convoi de la mort peut s’approcher. Plusieurs véhicules de patrouille, une camionnette avec des ouvriers, et un camion de chargement jaune arrivent de Hentiesbaai, un petit village qui se situe à 60 kilomètres de cette côte reculée.

Avec le soleil qui se lève lentement à l’horizon, les hommes se mettent au travail. Des otaries adultes apeurées s’enfuient vers la mer pour se mettre à l’abri. Toujours allaités, les bébés otaries se figent, paniqués, sur la plage. Les ouvriers deviennent alors des chasseurs d’otaries sans merci, qui défoncent les crânes de centaines de bébés avec leurs massues. Le rivage rocheux et la plage de sable sont couverts de sang en quelques minutes. Les petits, mourants sont achevés, d’un coup de pointe dans le cœur, brutal mais prudent, afin que leurs pelages précieux ne soient pas endommagés. Après que les derniers cris se soient tus, le camion arrive et les cadavres sont chargés. Une fois le travail terminé, les chasseurs d’otaries recouvrent les traces de sang avec du sable, et les mouettes criantes se battent pour les restes.

Tout juste après 8 heures, le convoi se retire, les voitures de patrouilles en premier, pour s’assurer que personne ne vienne mettre son nez dans cette monstrueuse entreprise. Finalement le camion s’éloigne, guidé par une voiture de patrouille armée. Derrière, ne subsistent que les traces des pneus des véhicules, comme des témoins silencieux du massacre cruel qui vient juste de se produire.

Les chasseurs conduisent jusqu’à une usine de Hentiesbaai, où les bébés otaries sont dépouillés. Les peaux se retrouveront finalement dans une usine en Turquie, où un certain Hatem Yavuz, d’origine Turque/Australienne, transforme la fourrure en haute couture pour sa clientèle internationale sans conscience.

A peine une heure et demie après que le plus important massacre de vie marine au monde ait été perpétré, les portes de Cap Cross s’ouvrent pour accueillir des touristes dans cette réserve unique d’otaries".

Le couple semble sous le choc, bouche bée, et leurs yeux rieurs sont maintenant emplis de tristesse. Je m’excuse mais leur explique pourquoi ils doivent savoir, parce que la pression de l’industrie du tourisme est la seule à pouvoir arrêter ce massacre. Ils comprennent et me promettent de se plaindre auprès de leur agent de tourisme. Une petite victoire, mais suffisante pour l’instant. Nous repartons vers les collines du désert namibien, où les Forces d’intervention ORCA continuent leur mission pour s’assurer que cette histoire horrible fasse le tour du monde. Si nous gagnons les cœurs et les esprits des touristes, le nombre décroissant de visiteurs forcera les officiels corrompus du Gouvernement à s’incliner.

Cependant, il reste à voir comment la Namibie interprète les chiffres concernant le massacre des otaries. Il semblerait que le Gouvernement rencontre des difficultés, même avec les notions d’économie les plus basiques. Le profit généré par l’industrie de chasse aux otaries en Namibie est d’environ 120 000 Dollars US. Ce n’est pas le profit final réalisé, non! Celui qui en profite le plus est Hatem Yavuz, qui doit bien rire en allant à la banque déposer les 3.25 millions de Dollars US de revenus dérivés de la vente des peaux d’otaries. Loin de la Namibie. D’un autre côté, l’industrie du tourisme en Namibie rapporte plusieurs millions de dollars grâce aux visiteurs qui parcourent la réserve de Cape Cross chaque année. Que devrait donc faire ce pays d’Afrique? Continuer de décimer cette vulnérable colonie d’otaries, ou protéger sa faune et investir dans l’éco-tourisme, en créant plus d’emplois – oui, même pour les tueurs d’otaries – développant ainsi un pôle de revenus qui s’appuierait sur la vie des otaries plutôt que sur leur mort? Je sais bien que toute personne avec un peu de bon sens verrait que ces questions sont de pure forme. Mais pas la Namibie; l’année dernière, Sea Shepherd a offert 30 000 dollars (US) – plus que ce que tous les chasseurs d’otaries gagnent ensemble – pour être investis directement dans l’éco-tourisme, si ils arrêtaient le massacre. Cette offre a été refusée.

De jeunes otaries à fourrure du CapDe jeunes otaries à fourrure du Cap

Comme la situation à Cap Cross fait l’objet d’une controverse insensée, c’est là que nous nous focalisons en Namibie. Il y a des massacres d’otaries dans la baie de Wolf et Atlas, près de Luderitz également, mais Cap Cross doit être notre point de départ pour stopper le massacre barbare des otaries en Namibie. La zone est une réserve dédiée aux otaries, comme les eaux de l’Antarctique sont un sanctuaire pour les baleines. Le peuple Namibien a déclaré Cap Cross zone protégée pour les otaries. Lorsqu’un pays décide qu’un lieu est sacré, il revient au Gouvernement le devoir de protéger cette réserve. S’ils échouent, c’est le rôle des individus de s’assurer que cela soit fait. Ce n’est pas une question d’ordre local uniquement, ou même d’ordre national, c’est une question de protection d’espèces menacées dans le monde entier. Nous vivons dans un village planétaire, et si nous sommes avertis qu’une atrocité est perpétrée sur une espèce menacée ou en voie de disparition, là d’où on vient n’a aucune importance – nous devons agir lorsqu’il est encore temps.

Après Opération Desert Seal I, les représentants de Sea Shepherd avaient rencontré le Médiateur Namibien et d’autres Groupements d’Intérêt. La soi-disant "Voix du peuple Namibien" nous avait promis de mener une enquête rigoureuse, en examinant tous les côtés de l’histoire. Il ne l’a jamais fait. Il n’a jamais demandé à des scientifiques indépendants de faire des recherches sur les conséquences du massacre pour la colonie de Cap Cross, encore moins s’intéresser à la pratique terriblement inhumaine de massacre des otaries. Il s’est basé sur les rapports concoctés par le Ministère de la Pêche, qui n’a pas d’autre intérêt que de tuer les otaries, clamant que les animaux – qui dépendent de la mer pour leur survie – mangent tout le poisson; Ce n’est pas difficile de voir qu’une telle déclaration est simplement fausse – de nos jours une simple recherche sur Google, avec les mots-clés "pêche intensive Afrique" nous montrent que ce sont les pêcheurs qui vident les eaux africaines de leur poisson, pas les animaux qui on vécu en harmonie avec les océans pendant les milliers d’années.

Le médiateur a conclu que le massacre des otaries pouvait continuer. Nous n’étions pas d’accord et avons su tout de suite que malgré les risques, Sea Shepherd devait retourner dans ce pays d’Afrique du Sud pour aider les otaries.

Notre stratégie est simple: exposer au grand jour cette sale affaire de massacre d’otaries, dissimulée jusqu’à présent. Nous savions à quoi nous attendre: navires de la Marine, policiers corrompus, gardes armés, et un climat très tendu à gérer lors de nos opérations. Néanmoins, nous avons décidé de retourner la situation à notre avantage. Si l’ennemi est grand, nous devons être tout petits; si le terrain est difficile, nous devons trouver les endroits les plus inaccessibles, où l’ennemi ne veut pas aller. Si la lumière du jour vous expose, vous travaillez pendant les longues et sombres nuits d’hiver. Si vous êtes attendus par la mer ou la terre, vous utilisez la zone d’où on ne vous attend pas – dans notre cas, les airs.

La seule façon de pénétrer dans la réserve bien gardée des otaries serait en utilisant des drones. Pendant le massacre, l’espace aérien est réduit, et trouver une personne pour faire voler un hélicoptère ou un avion sans se faire prendre serait impossible. Nous avons donc dû utiliser des drones qui sont légers, faciles à transporter, et ne ressemblaient pas trop à de l’équipement militaire. Nous avons dû ainsi faire des compromis sur les capacités techniques de visibilité, d’endurance et de vidéo. Et en plus, cet équipement devait être le moins cher possible. Nous ne pouvions pas anticiper ce qui aller se passer une fois qu’on aurait traversé la frontière. Nous ne pouvions pas risquer de nous faire confisquer un matériel très avancé et très couteux avant même d’avoir eu une chance de réussir. Pendant notre préparation, nous avons réalisé que notre plan ressemblait de plus en plus à une mission impossible. Mais nous avons continué, portés par cette phrase que le Capitaine Watson utilise souvent: "Les causes perdues sont les seules qui méritent qu’on se batte pour elles".

Donc nous y voilà, dans un lieu maintenu secret, dans le vaste désert namibien, et nous venons juste de terminer avec succès notre premier test de vol au-dessus de Cap Cross. Tout ce qu’il nous faut maintenant c’est de la chance, avec l’hiver froid et agité que nous avons eu jusqu’à maintenant, et avec notre matériel qui est endommagé par le vent et le sable.

Nous n’avons pas besoin de grand-chose, nous voulons juste montrer au Gouvernement Namibien et à tous nos supporters dans le monde ce que nous pouvons faire avec très peu d’équipement, et ainsi nous pourrons revenir tous les ans pour continuer à exposer au grand jour le vilain secret de la Namibie, en direct live sur internet si c’est ce qu’il faut faire.

Voler au-dessus de la zone, cela va faire peur aux chasseurs et les mettre en colère, et embarrasser les officiels corrompus qui acceptent des pots de vins et continuent le massacre des otaries. La force d’intervention ORCA va leur montrer qu’ils peuvent dépenser tout l’argent du monde à essayer de dissimuler ce massacre, mais que nous allons continuer à exposer la vérité cachée derrière leur deuxième plus importante attraction touristique. Cela sera peut-être un long et difficile combat pour convaincre l’industrie du tourisme, le peuple Namibien, et les politiques de restaurer la paix à la Réserve des otaries de Cap Cross et de laisser la nature suivre son cours, mais notre équipe n’abandonnera jamais les otaries. Nous le savons tous: en Afrique, c’est toujours un long voyage vers la liberté.

Les traces de pneus des véhicules sont tout ce qu’il reste du massacre des otariesLes traces de pneus des véhicules sont tout ce qu’il reste du massacre des otaries
Les touristes regardent les otaries depuis la passerelleLes touristes regardent les otaries depuis la passerelle
 

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