Commentary and Editorial

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Mardi, 04 Septembre 2012 00:00

Le retour du loisir qui tue

Mise à jour de 2012 concernant la campagne mondiale à trois niveaux pour l’interdiction du trafic des animaux marins à destination des aquariums: Première partie

Commentaire et photos de Robert Wintner (sauf mention contraire)

Chirurgien jauneChirurgien jaune

Niveau 1: L’offre. À la fois centre de prélèvement d’espèces sauvages et point de transbordement entre les zones coralliennes du Pacifique, Hawaii reste une plaque tournante du commerce des poissons d’aquarium, cette incessante foire d’atrocités, de gâchis, de dévastation et de destruction des zones coralliennes.

Un pêcheur de poissons d’aquarium a jeté plusieurs centaines de chirurgiens jaunes dans une décharge du port d’Honokohau, à Kona: aucune importance pour lui, beaucoup d’autres continuent d’arriver de la même provenance. Photo: Teri LeicherUn pêcheur de poissons d’aquarium a jeté plusieurs centaines de chirurgiens jaunes dans une décharge du port d’Honokohau, à Kona: aucune importance pour lui, beaucoup d’autres continuent d’arriver de la même provenance. Photo: Teri Leicher

Depuis qu’il a pris ses fonctions de gouverneur en 2012, la cote de popularité de Neil Abercrombie est devenue la plus mauvaise de tout le pays: ce ne sont que manquements, je-m’en-foutisme, pitreries et pots-de-vin. Après qu’il eut nommé William Aila directeur des Ressources naturelles, ses défenseurs ont juré tous en chœur: "Neil ne savait pas qu’Aila était un aquariophile diplômé." Très lié au commerce des poissons d’aquarium, Aila fait campagne pour faciliter le trafic des poissons des récifs d’Hawaii, de même qu’il dirige depuis longtemps le mouvement d’opposition à la réglementation. Abercrombie sera sans doute contesté, mais je ne suis pas candidat. Si j’ai l’investiture, je ne ferai pas campagne. Si je suis élu...

Le commerce des poissons d’aquarium continue de décimer des espèces emblématiques comme le chirurgien jaune, les poissons-papillons, le labre nettoyeur d’Hawaii et bien d’autres encore. Les chirurgiens jaunes sont herbivores, ils régulent la croissance des algues en les broutant constamment. En leur absence, les récifs seraient vulnérables à la prolifération des algues. Le labre nettoyeur d’Hawaii, une espèce endémique, ne survit pas plus d’un mois en captivité, et cependant il est en vente sur Internet. S’il disparaît, de nombreux récifs seront infestés de parasites.

Le labre nettoyeur d’HawaiiLe labre nettoyeur d’Hawaii

La liste est longue. Le poisson-ange nain flamme a déjà pratiquement disparu d’Hawaii, il en reste encore quelques spécimens, marginalisés, grâce à un programme de protection de l’espèce.

Le poisson-ange nain flamme: un poisson particulièrement émouvant.Le poisson-ange nain flamme: un poisson particulièrement émouvant

Le jour où une femme bien nourrie a crié "je veux celui-là" aux "Goombas" qui avaient transformé un billard électrique en aquarium dans l’émission de télé-réalité Tanked, elle a attisé une autre flamme: les "stocks" de poissons-anges proviennent désormais essentiellement de l’île de Pâques, et l’on assiste une fois de plus à un génocide qui ne connaît pas de limite.

Au hit parade des aquariums, voici maintenant Hippocampus hilonis, une des deux espèces d’hippocampes endémiques d’Hawaii. Au hit parade des aquariums, voici maintenant Hippocampus hilonis, une des deux espèces d’hippocampes endémiques d’Hawaii.

Des misérables capturent ces hippocampes endémiques d’Hawaii dans des aires de reproduction peu profondes, pour les vendre à prix dérisoire à des intermédiaires qui les envoient à des revendeurs sur le continent.

Les trois espèces d’hippocampes que l’on trouve à Hawaii sont inscrites en annexe 2 de la CITES en tant qu’espèces "vulnérables", tout comme le phoque moine d’Hawaii et la tortue verte. L’État d’Hawaii tient compte de la législation fédérale de protection des espèces pour ce qui concerne les phoques moines et les tortues marines, mais pas pour les hippocampes, aucune étude d’impact n’ayant été effectuée. Les hippocampes ne sont donc qu’une "pêcherie gérée". Le Département Hawaiien du territoire et des ressources naturelles (DLNR) gère la pêche, y compris la "pêche" aux poissons d’aquarium, depuis 1956. Il a fallu 23 ans pour que cesse le trafic d’une espèce de corail, alors même que des récifs entiers n’étaient plus que décombres. Ce n’est qu’à la fin des années quatre-vingt-dix que le DLNR a interdit tout commerce de corail et autres pierres vivantes. Désormais, l’habitat corallien à Hawaii est entièrement protégé, mais le commerce des poissons d’aquarium continue d’exploiter gaiement des espèces coralliennes "en danger d’extinction".

Quality Marine est un des plus grands trafiquants de spécimens sauvages destinés à la captivité et possède des réservoirs à poissons un peu partout dans l’ouest de l’océan Pacifique. Cette société est particulièrement sulfureuse. Dans la réserve de Quality Marine de Tonga, un observateur a vu des centaines de poissons-anges citron et bien d’autres espèces de labres nettoyeurs. Chaque poisson-ange citron était placé dans un petit compartiment de PVC de 5 cm dans l’attente d’autres spécimens pour compléter les effectifs, mais le complément n’arrivant pas, les poissons déjà sur place mouraient de faim. Leurs nageoires pourrissaient dans l’eau sale. Quality Marine a donc été obligée de les relâcher : dans la baie trouble adjacente, à des kilomètres et des kilomètres de leur milieu corallien d’origine où l’eau est bleue. En économisant le carburant, la main d’œuvre et d’autres ressources, Quality Marine est plus rentable. L’entrepôt de Quality Marine aux îles Fidji est plus proche de l’aéroport international, mais plus éloigné de l’habitat d’origine des poissons où les prélèvements massifs entraînent une série tortueuse de trajets cahoteux. Dans un hôtel cinq étoiles de la région, un autre observateur a constaté qu’il ne voyait plus aucun poisson dans des récifs naguère abondants. C’est la course au développement qui en est responsable, mais le pillage des récifs de Viti Levu a chassé les pêcheurs de poissons d’aquarium et tout n’y est plus que désolation, à l’exception des réserves, tout comme à Kona. Aux îles Fidji et à Kona, les pêcheurs de poissons d’aquarium s’écrient de concert: "c’est plein de poissons!" Cependant, des observations anecdotiques n’ont pas valeur de données. Cela relève plutôt de l’émotion.

Le poisson-ange citronLe poisson-ange citron

Quality Marine propose aujourd’hui une espèce endémique d’hippocampe d’Hawaii, mais pas sur son catalogue hebdomadaire, car cela pourrait susciter un mouvement de protestation. Quality a opté pour une publicité confidentielle, à l’instar des trafiquants d’articles de contrebande. La clientèle inclut le Scripps Institute, l’aquarium de Long Beach, l’aquarium de l’Arizona, l’aquarium de Géorgie et l’aquarium de Nouvelle-Angleterre, tous ces clients bien propres sur eux mais prêts à soutenir le sale trafic d’un infâme trafiquant pour vendre davantage de tickets d’entrée. Ces hippocampes, qui peuvent atteindre 25 cm, sont extrêmement fragiles. D’après la ferme aux hippocampes Ocean Rider de Kona, le temps maximum de survie de ces poissons est d’un mois chez les aquariophiles, légèrement plus entre les mains des spécialistes des aquariums publics, et un certain nombre meurent pendant leur transport.

Autre fait d’actualité, le DLNR a poursuivi en justice une plongeuse pour "harcèlement de pêcheurs" parce qu’elle avait photographié un pêcheur de poissons d’aquarium sur la côte de Kohala (au nord de Kona, sur l’île d’Hawaii) avec son ancre, sa chaîne et son filet dans le corail. Le DLNR a exigé qu’elle retire les photos de sa page Facebook, mais le tribunal a rejeté sa plainte car l’accusation était bidon. Le DLNR n’a pas poursuivi le chasseur de poissons d’aquarium, affirmant: "Nous ne pouvons pas accuser sans preuve de dégâts occasionnés au corail."

Peu de temps après, le président de Kona Aquarium Collectors a déclaré publiquement que Snorkel Bob était "un éco-terroriste", mais à part des e-mails incendiaires, on attend toujours les preuves. Ce même chasseur de poissons d’aquarium a été pris en flagrant délit de pillage d’un récif protégé à Miloli'i, le dernier village de pêcheurs en activité à Hawaii. Willie Kaupiko l’a entendu prétendre, la main sur le cœur, qu’il s’était trompé de bonne foi. Le mois suivant, Kaimi Kaupiko l’a pris sur le fait une nouvelle fois, puis une autre fois encore.

Ces crimes ne font que renforcer un consensus à Hawaii, où le dégoût cède la place à la répugnance, puis à l’exaspération, et bientôt à l’exigence d’une interdiction du commerce des poissons d’aquarium. Autres faits marquants de ces derniers mois:

1) Le Conseil du comté de Maui a pris deux arrêtés réglementant le commerce des poissons d’aquarium. Le premier interdit la cruauté envers les animaux, ce qui rend le trafic des espèces marines difficilement praticable. Le second impose un permis et un zonage commercial. Les pêcheurs et les intermédiaires de Maui, avec les énormes réservoirs à oxygène installés dans leurs garages, représentaient un danger pour le voisinage. C’est désormais illégal. La compétence légale du comté en la matière s’arrête à la ligne des hautes eaux, mais ces deux nouvelles dispositions ont obligé le plus gros préleveur de poissons et le plus gros intermédiaire (sa femme) à déménager sur la grande île, plaque tournante du commerce des poissons d’aquarium à Hawaii.

2) Sur cette même grande île, d’après un sondage d’opinion effectué par Ward Research, les deux tiers des habitants d’Hawaii réclament une interdiction de la pêche commerciale des poissons d’aquarium à l’échelle de l’état.

3) Le Conseil du comté de l’île d’Hawaii a adopté une résolution demandant aux autorités législatives et au gouverneur d’interdire le commerce des poissons d’aquarium à l’échelle de l’état.

4) Le Conseil du comté de Kauai a fait de même.

Enfin, l’apogon de Banggaï ou poisson cardinal, une espèce spectaculaire et abondante, est aujourd’hui menacée d’extinction à cause du commerce aquariophile. Des négociants en poissons d’aquarium ont donc attrapé un millier de spécimens en guise de "stock géniteur" pour les élever en captivité afin de sauver ce "hobby". Tous ces poissons sont morts, prétendument parce qu’ils étaient "malades" au moment de leur prise. Ce serait donc la faute de Neptune. Une revue aquariophile a qualifié ce désastre de « sauvetage, histoire de travestir la réalité». Quand le Dr Alejandro Vagelli a reproché à la filière aquariophile de mettre en danger le poisson cardinal, ce même torchon a osé écrire que le travail du Dr Vagelli était "controversé". Cette filière n’hésitera pas à discréditer, par des rumeurs ou des accusations fausses, toute critique du trafic des espèces sauvages. Plutôt mettre en danger une ou deux espèces que renoncer à des milliards de dollars de recettes.

Niveau 2: les revendeurs et détaillants

Peu de temps après avoir ouvert à Maui, la société Petco a été poursuivie à Oahu pour maltraitance d’animaux. Deux propriétaires de chiens se sont plaints de mutilations au niveau des griffes et de saignements aux pattes de leurs animaux. Un troisième a affirmé que son chien avait été blessé à l’oreille et que celle-ci avait été "recollée". Quand Petco a introduit des aquariums marins dans son magasin de Maui, des photos de poissons-chirurgiens morts ou agonisants, prises par des clients, ont fait scandale.

Mort dans un aquarium de Petco. Photo: John O'LearyMort dans un aquarium de Petco. Photo: John O'Leary

Les manifestations ont retenu l’attention des médias, si bien que deux vice-présidents de Petco sont venus de Los Angeles pour voir si nous ne pourrions pas mieux nous entendre. Comme si c’était là le problème. Le vice-président responsable des activités vétérinaires de Petco, Tom Edling, s’est adressé à nous dans ces termes: "Vous aimez votre chat. Vous aimez votre chien. Pourquoi ne pouvez-vous pas accepter que d’autres aiment leurs poissons?"

"Parce que les chiens et les chats sont des animaux domestiques, Tom. Ils se débrouillent difficilement dans la nature, alors que les espèces sauvages sont nées dans la nature et vivent mal en captivité, leur mortalité y est élevée et les conséquences pour l’équilibre naturel sont désastreuses."

Il a fait: "Ah, d’accord. C’est ça."

La vice-présidente responsable des soins et du dressage chez Petco, Marcie Whichard, a déclaré que le soutien apporté par Petco à Rising Tide était la preuve d’un "engagement dans la préservation des espèces". Rising Tide est la façade "écolo" qui dissimule l’avidité de Sea World pour les espèces marines, qu’il s’agisse de poissons, d’orques ou de dauphins comme on peut le voir dans le film The Cove. Rising Tide "fait la promotion de l’utilisation d’espèces marines élevées en captivité pour les aquariums" mais n’exige pas d’animaux élevés en captivité. Une employée de chez Sea World a téléphoné pour voir si nous ne pourrions pas "y travailler ensemble". Elle n’a pas dû apprécier de s’entendre répondre que nous pourrons travailler ensemble le jour où Hadassah acceptera de collaborer avec un parti néo-nazi.

Il y a eu plusieurs semaines de tractations pendant lesquelles Petco a recherché une possibilité de coopération. C’est du côté de l’élevage que cette possibilité s’est présentée. Le directeur de Reef Rescue Alliance, René Umberger, voulait un compromis. Petco, dans ses 900 magasins et sur Internet, ne proposerait que des animaux marins d’élevage. Mais l’alibi des élevages, nous savons ce que c’est. Les aquariophiles se vantent d’avoir dans leurs aquariums 50 à 80% d’animaux d’élevage. Avec 700 000 aquariums domestiques aux États-Unis et entre 1,5 et 2,5 millions d’aquariums dans le monde, la demande de spécimens sauvages ne fait que croître, car les amateurs se donnent bonne conscience avec des poissons d’élevage qui justifient, à leurs yeux, un petit plaisir coupable comme un labre nettoyeur d’Hawaii, une murène dragon ou une autre espèce exotique qui mourra dans un récipient en verre. Mais le marché a été conclu, en espérant ainsi permettre un progrès. Au bout d’une semaine, Marcie Whichard a annoncé "d’excellentes" nouvelles: Petco va s’engager à ne vendre que des animaux marins d’élevage!

"Quand?"

"Quand quoi?"

"Quand commencerez-vous à ne plus vendre que des spécimens d’élevage?"

"Je ne peux pas dire quand. Nous devons d’abord vendre ce que nous avons en stock. Bien évidemment !"

"En combien de temps écoulez-vous votre stock?"

"Cela peut prendre 90 jours! Ou 120!"

"Donc, vous vous engagez à ne plus vendre que des spécimens d’élevage d’ici trois à six mois? Donc, vous vous engagez à ne plus vendre que des spécimens d’élevage d’ici trois à six mois?"

"Ce n’est pas ce que j’ai dit!"

"Pouvez-vous dire quelque chose? Nous pouvons faire preuve d’une certaine flexibilité, mais il nous faut au moins une base. Pouvez-vous nous dire quelles seront les limites?"

"Écoutez, nous n’allons pas nous engager sur un calendrier. Et si nous annoncions cinq ans et que nous ne pouvions pas nous y tenir? Ou dix ans?"

Voilà ce qu’est un progrès chez Petco, mais le progrès arrive. Un conseiller financier, mis au courant de l’affaire par un mail groupé ou un post Facebook, m’a contacté. Il s’est présenté comme un républicain conservateur, ce qui montre que les droits des animaux peuvent être le premier des enjeux qui transcendent les clivages politiques dans le monde actuel. Les gens qui aiment les animaux ne sont généralement pas motivés par la raison ni par la logique, mais par un amour pur, un amour fou. Je ne l’ai pas interrogé sur le chien de Mitt Romney: nous avions d’autres chats à fouetter. Ce conseiller expliquait que deux sociétés de capital-investissement (comme Bain Capital) avaient racheté Petco en 2006 dans un contexte de vigueur du marché, dans l’intention de rationnaliser la masse salariale, de valoriser le potentiel (nouveaux magasins), puis d’ouvrir le capital de Petco au public avec une première introduction en Bourse à hauteur de 2 milliards de dollars. Il indiquait que les sociétés de capital-investissement ne touchent pas à la "gestion interne des actifs", sauf lorsque l’introduction en Bourse a mauvaise presse. Ainsi a commencé une campagne pour inciter Texas Pacific Group (TPG) et Leonard Green & Partners à cesser leur trafic d’espèces marines. L’introduction en Bourse approche. Des fonds institutionnels colossaux achètent les actions introduites en Bourse, sauf si c’est de l’argent sale. Or, Petco c’est de l’argent sale.

PETA s’est jointe à la campagne contre Petco, pour un appel à des millions de personnes dans le monde. Sea Shepherd Conservation Society est de la partie. Marcie Whichard s’est mise à gémir, à faire valoir que dans un contexte global, Petco était bien peu de chose, que toutes les petites bêtes élevées en captivité ne pourraient jamais satisfaire la demande de Petco, et qu’une cessation des ventes de spécimens sauvages chez Petco ne pourrait que "nuire à notre cause". La représentante de PETA a alors demandé, à propos de Mme Whichard: "Ne s’est-elle pas plainte que cela pourrait lui coûter son poste?" Eh bien, oui, c’est ce qu’elle a fait, comme elle l’avait fait à propos de la vente de gros oiseaux sauvages chez Petco. À suivre...

La deuxième partie de cet article, "Niveau 3: La demande, les aquariophiles particuliers", sera publiée le 7 septembre 2012.

 

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