Commentary and Editorial

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Mercredi, 12 Décembre 2012 17:05

Malgré l’abandon de son projet de prétendue chasse scientifique à la baleine, la Corée du Sud continue d’autoriser les "prises de baleines accidentelles"

Commentaire d'Erwin Vermeulen

Une Baleine de Minke fait surface en ArctiqueUne Baleine de Minke fait surface en Arctique
Photo: Erwin Vermeulen / Sea Shepherd

La Corée du Sud a reçu des félicitations nombreuses la semaine dernière lorsqu’elle a rendu publique sa décision d’abandonner son projet de chasse "scientifique" à la baleine. Les règles de la Commission baleinière internationale (CBI) imposaient la date limite du 3 décembre dernier pour le dépôt formel d’une proposition de chasse à la baleine… et aucune proposition n’a été transmise.

La Corée du Sud avait fait part de son intention de reprendre la chasse à la baleine lors de la réunion de la CBI au Panama en juillet dernier; les protestations avaient afflué de toute la planète. La Corée du Sud avait alors avancé qu’elle allait utiliser un vide juridique dans la moratoire international, qui autorise la chasse à la baleine pour des raisons "scientifiques". Le commissaire de la Corée du Sud avait expliqué la position de son pays, qui n’acceptait pas qu’il soit interdit de tuer ou de capturer des baleines. Il avait également estimé que la CBI était une organisation qui accueillait des débats juridiques, et non moraux, et qu’à ce titre "les sermons moralisateurs" sur la question de chasse à la baleine "n’y avaient pas leur place".

La Corée du Sud avait été un des premiers pays à se tourner vers la chasse scientifique à la suite du moratoire international de 1986. Son programme baleinier avait subi des pressions de la part de diplomates et de militants, cependant, et il n’avait pas duré plus d’une saison.

La ville de Jangsengpo, dans le sud-est de la Corée du Sud, fait aujourd’hui partie de la communauté de communes de Ulsan. Elle semble avoir plusieurs points en commun avec Taiji, au Japon: la digue face à la mer arbore des peintures de baleines, la gare routière est façonnée en forme de queue de baleine, il s’y tient un festival baleinier chaque année et au musée de la chasse à la baleine du coin, on peut admirer un harpon et une barque utilisés à l’époque. Ici, on aime les baleines comme au Japon: aux abords du port, de nombreux restaurants servent de la viande de baleine.

D’où vient la viande, d’ailleurs, alors que la Corée du Sud ne pratique plus la chasse à la baleine depuis 1986, date à laquelle le pays a décidé son interdiction?

La loi, justement, contient un important vide juridique. En Corée du Sud, les ventes de viande et de graisse de baleine de Minke (ce qu’on appelle parfois le "stock-J") sont autorisées si les baleines ont été capturées de façon accidentelle. Les indices sont nombreux qui laissent penser que cette disposition encourage les "captures collatérales" délibérées, en d’autres termes la mise à mort ou la mort par noyade volontaire des baleines qui se retrouvent empêtrées "par accident" dans les filets des pêcheurs.

En 2009, la Corée du Sud et le Japon représentaient 80% des prises accidentelles des grands rorquals à l’échelle de la planète. Le Earth Island Institute avance, en se basant sur une estimation des garde-côtes sud-coréens, que "plus de 660 baleines ont été attrapées chaque année entre 2007 et 2009". De son côté, une équipe de chercheurs de l’Université de Duke (Caroline du Nord, États-Unis) et de St. Andrews (Écosse) a estimé que plus de 300 000 baleines, dauphins et marsouins sont tués chaque année du fait de filets dérivants ou fixes, de chalutiers opérant en eaux de moyenne profondeur ou de thoniers senneurs – soit presque 1000 chaque jour!

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) indique que les prises accidentelles sont un des principaux dangers qui pèsent sur la survie des cétacés.

Plusieurs espèces de cétacés, justement, sont au bord de l’extinction à cause des prises accidentelles qu’elles subissent: ainsi des marsouins du Golfe de Californie, des dauphins de Maui en Nouvelle-Zélande ou encore des dauphins Irrawaddy aux Philippines.

En janvier 2012, le professeur Douglas MacMillan, de l’École d’Anthropologie et de Protection de la Nature de l’Université du Kent (Angleterre) a publié une étude qui conclut que les pêcheurs ordinaires ont un impact limité sur les populations, mais que ce "vide juridique" légal a peut-être bien encouragé des gangs criminels à se lancer dans la chasse illégale à la baleine en ayant recours à des bateaux de pêche équipés tout particulièrement pour cela. Un des indices que cite le professeur MacMillan est le prix de la viande de baleine, qui a chuté de façon significative en Corée du Sud entre 2006 et 2010, soit à une époque où les quantités de prises "accidentelles" étaient relativement stables. Il estime en outre que les importations en provenance du Japon constituent une autre source d’approvisionnement en viande de baleine de Minke.

Cette situation n’est possible que grâce à l’existence du vide juridique autour de la "chasse à la baleine accidentelle", qu’utilisent le Japon et la Corée du Sud. En 2009, Scott Baker, directeur associé du Marine Mammal Institute de l’Université de l’Oregon (États-Unis), a conclu de l’analyse de l’ADN de produits dérivés de viande de baleine vendus dans les marchés japonais permettait d’estimer que le nombre de baleines tuées par cette chasse accidentelle pourrait être égal à celui que tue le Japon avec ses activités de chasse "scientifique" à la baleine. L’étude qu’il a menée montre que presque 46% des produits issus des baleines Minke recueillis dans les marchés japonais provenaient d’une population côtière bien précise, avec des caractéristiques génétiques bien particulières… et qui est protégée par des accords internationaux.

Le Japon et la Corée du Sud sont les deux seuls pays à autoriser la vente commerciale de produits issus de baleines tuées de façon "collatérale". Scott Baker indique que "le nombre de baleines que l’on retrouve dans les produits issus de baleines sur le marché laisse penser que ces deux pays ont une quantité de prises accidentelles tout à fait étonnante. La vente des prises accidentelles entretient à elle seule un commerce de viande de baleine lucratif dans plusieurs villes côtières sud-coréennes, où le prix de gros d’une baleine de Minke adulte peut atteindre les 100 000 dollars. Avec de tels enjeux, on peut légitimement se demander combien de baleines sont effectivement tuées délibérément". Les enquêtes menées sur ces mêmes marchés ont conclu à la présence d’autres grands rorquals, et notamment de baleines à bosse, de rorquals communs, de rorquals de Bryde et des baleines grises occidentales (une espèce en danger grave d’extinction).

Baleine de Minke en ArctiqueBaleine de Minke en Arctique
Photo: Erwin Vermeulen / Sea Shepherd

Que déduire de tout cela?

- Il faut arrêter les pays qui s’obstinent à poursuivre la chasse à la baleine: le Japon, l’Islande et la Norvège. D’autres pays comme la Corée du Sud ne pourront ainsi plus utiliser le prétexte qui consiste à dire: "Si ces pays ont le droit de tuer des baleines, pourquoi pas nous?".

- L’an dernier, le commissaire sud-coréen auprès de la CBI a fait valoir que la consommation de viande de baleine dans les villes côtières comme Osong remontait à "l’époque préhistorique". C’est une escroquerie culturelle. Il ne suffit pas qu’une culture déclare que tuer des baleines est acceptable pour que cela le devienne. Quant à l’argument historique d’une pratique culturelle, il ne constitue pas une raison valable pour que cette pratique perdure ou soit ravivée. Par ailleurs, enfin, la consommation de viande de baleine ne s’est développée en Corée qu’à la fin du 19ème siècle, et plus particulièrement pendant la colonisation japonaise entre 1910 et 1945.

En fin de compte, les cultures, les religions ou les traditions sont par définition irrationnelles: elles ne devraient donc jamais être invoquées comme motif pour causer du tort à des créatures sensibles.

- Les massacres perpétrés par le Japon dans le Pacifique Nord ou en Antarctique, au même titre que la proposition faite en juillet par la Corée constituent autant de violations juridiques. La raison véritable derrière ces agissements est l’approvisionnement en viande de baleine d’un nombre restreint – et en diminution – de consommateurs nostalgiques. "La chasse scientifique à la baleine est la conséquence obsolète et regrettable d’un document rédigé il y a 60 ans", a déclaré Frédéric Briand, le commissaire de Monaco. La CBI devrait tout simplement interdire toute forme de recherche scientifique qui nécessite de donner la mort.

- Les lois, règlements et accords internationaux en vue de la protection des cétacés ne valent rien si aucune force ne peut les faire appliquer – et notamment lorsque les pêcheurs et les délinquants peuvent se faire de l’argent. L’annonce faite par la Corée du Sud en juillet devant la CBI a été perçue par certains comme une décision qui a plus à voir avec la politique intérieure du pays en année électorale qu’autre chose. Les arguments économiques et les sentiments culturels sont en général ce qui empêche les gouvernements et les responsables politiques en général de faire ce qui devrait être fait; c’est ce qui les pousse à oublier les considérations éthiques en faveur de leur (ré-)élection, même si cela suppose d’apaiser les pêcheurs et de fermer les yeux sur des irrégularités dans les prises de ces derniers. L’appât du gain et les arguments culturels tordus trouveront toujours un moyen de se satisfaire si les vides juridiques continuent d’exister. Il est vrai que les autorités sud-coréennes s’attaquent parfois aux prises illégales. En 2011, elles ont fait état auprès de la CBI de 21 prétendues infractions – soit autant qu’en 2010. Dans la plupart des cas, il s’agissait de harponnage plus ou moins illégal. Mais il est beaucoup plus difficile de s’en prendre aux prises-collatérales-pas-si-accidentelles-que-cela. Aucune viande de baleine ne devrait se retrouver sur les étals, point à la ligne! Sans ce débouché, ni la chasse scientifique ni les prises accidentelles ne pourraient continuer d’exister.

- La délégation sud-coréenne à la CBI a avancé que les recherches envisagées – avec mort de cétacés – étaient nécessaires "pour faire une évaluation rigoureuse des stocks de baleines". Elle a aussi relayé les plaintes des pêcheurs, qui estiment que les baleines mangent leurs poissons. Mais les recherches scientifiques dignes de ce nom indiquent tout à fait autre chose, que l’on appelle des faits véridiques:

  • Ce ne sont pas les baleines qui vident les océans de leurs poissons; c’est la sur-pêche anthropique qui est responsable.
  • Les populations de baleines n’ont jamais retrouvé leur niveau d’avant l’époque de la chasse.
  • Les recherches sur les baleines qui nécessitent de tuer des animaux sont inutiles.
  • Après des années de prétendue chasse scientifique, les Japonais n’ont jamais fourni le moindre élément intéressant à la communauté scientifique internationale.

Les solutions existent, et elles sont simples; mais elles souffrent d’absence de volonté (politique). Il aurait fallu attendre avant de féliciter la Corée du Sud: chaque jour, des baleines meurent dans les eaux sud-coréennes pour satisfaire l’appétit vorace de consommateurs d’un autre âge.

Richard Broinowski, professeur associé à l’Université de Sydney et ex-ambassadeur d’Australie auprès de la République de Corée de 1987 à 1989, a ainsi exprimé son opinion dans un article publié le 12 juillet 2012:

"Sea Shepherd pourrait faire monter la pression d’un cran, ainsi qu’elle menace de le faire, en envoyant un navire en Mer du Japon pour harceler les baleiniers sud-coréens. Si l’organisation prenait une décision en ce sens, ses membres d’équipage devraient s’attendre à un traitement autrement plus brutal que celui qu’ils ont reçu de la part des Japonais en Antarctique. Les Coréens ont une flotte fort efficace d’environ 50 navires de patrouille maritime; par ailleurs, il ne faudrait s’attendre à aucune forme de tolérance vis-à-vis d’une ingérence étrangère dans ce qu’ils considèrent comme étant leur pré carré maritime."

Pré carré, peut-être. Une ribambelle d’autres pays se comportent de la même manière. Mais en fin de compte, les mers et les océans sont habités par les baleines, les poissons et de animaux bien plus petits – mais certainement pas par les hommes. Nous ne sommes que des créatures à charge.

Sea Shepherd a déjà été en butte à des obstacles comparables à ceux décrits par ce professeur. Et elle les a surmontés. Il n’y a qu’à demander au Japon.

 

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