Commentary and Editorial

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Lundi, 18 Mars 2013 12:50

CITES – La victoire du bien sur le mal

Par Gary Stokes, Coordinateur, Sea Shepherd Hong-Kong

“La seule chose nécessaire pour le triomphe du mal est que les gens de bien ne fassent rien.” --Edmund Burke 

Sea Shepherd à la CITESSea Shepherd à la CITES
Photo: Sea Shepherd

Des cris de joie et des applaudissements éclatent dans la salle à l’annonce du résultat du vote, le Requin Longimanus Océanique est maintenant définitivement inscrit à l’Annexe II de la CITES. Peu après, suivent les trois Requins-Marteau, le Requin-Taupe et les deux Raies Manta. Encore plus important, la CITES elle-même a montré une nouvelle force quand un "NON" sonore est venu de plusieurs délégués internationaux en réponse à la charge menée par les Japonais pour empêcher la protection de toutes les espèces marines. Assez!

Ce furent deux longues semaines passées à Bangkok à la 16ème session de la Conférence des Parties (appelée CoP16). C’était aussi la toute première fois que Sea Shepherd y était représentée. La CITES nous a désormais accrédités officiellement en tant qu’ONG internationale à statut d’observateur, ce qui nous permet de participer aux débats et de faire passer nos opinions. A cette session, il n’y avait que 44 ONG internationales officielles.

La plus grande partie de mon temps au cours de cette réunion a été consacrée au lobbying, ce qui est nouveau pour moi, mais quand on en vient à parler de requins et de choses dont j’ai été personnellement témoin et que j’ai rapportées, vous pensez bien que je peux me montrer assez passionné. Alors c’est ce que j’ai fait, parler des requins pendant deux semaines, rester dans leur salle de travail à la CITES. Il n’y avait aucun autre endroit où j’aurais préféré me trouver. Mais nous étions confrontés à quelques poids lourds. La Chine a contribué passivement au lobby anti-protection, ce qu’ils firent – si je puis dire – avec une certaine dignité. Mais les Japonais étaient frénétiques. Ils couraient ici et là, menaient un lobbying agressif, et invitaient ouvertement les délégués à dîner et à des "soirées". Un soir, ils ont même invité toute la délégation chinoise. Apparemment la soupe aux ailerons de requins n’était pas au menu!

Partout dans les salles, cela puait la corruption et les accords en sous-main. Tous regroupés dans la même salle, on avait les marchands d’ailerons de requins, les chasseurs de trophées, les représentants des sculpteurs d’ivoire et des pêcheurs de thon, et tous ceux qui font de l’argent avec la mort et la destruction des espèces. Parmi eux il y avait certaines "bonnes ONG" et d’autres "moins bonnes ONG". Ces dernières étaient là pour discréditer tout ce que nous apportions au débat.

Puis il y avait les plus vils des vils, les vendus ex-CITES. Ce sont d’anciens cadres de la CITES qui ont monté leurs propres bureaux de consultants, vendant leur âme au plus offrant. A quiconque a besoin d’aide pour surfer sur la toile enchevêtrée de la CITES afin de s’assurer que rien ne sera protégé. Eugène Lapointe et son IWMC assuraient une présence massive. Eugène était autrefois secrétaire général de la CITES, tombé en disgrâce, mais c’est une autre histoire. Robert "Hank" Jenkins, l’ancien président du Comité pour les Animaux de la CITES, travaillait avec les marchands d’ailerons de requins de Hong-Kong. Je ne sais vraiment pas qui pouvait le prendre au sérieux à le voir arriver à la conférence avec ses sandales, mais ce que je sais, c’est que quelque soit la somme payée par Charlie Lim et ses associés, ce fut de l’argent dépensé en vain. Son arrogance a causé sa perte, une perte que j’ai pris grand plaisir à observer depuis ma table, à trois mètres de lui. Il m’a fait le compliment le plus beau qui soit quand il s’est présenté comme "Jenkins, le type que tu as débiné", et il m’a dit – ou plutôt averti: "Je ne t’oublierai pas!" Je me suis senti ému…

Hank Jenkins et Charlie LimHank Jenkins et Charlie Lim
Photo: Sea Shepherd
Hank Jenkins et la délégation chinoiseHank Jenkins et la délégation chinoise
Photo: Sea Shepherd

Toute la campagne du Dr Giam partait d’une lettre de Jenkins au quotidien chinois South China Morning Post. C’est elle qui a attiré l’attention de mes anciens partenaires de Hong-Kong, et qui les a conduits à mener une enquête approfondie, débouchant sur le Rapport Giam, qui a neutralisé l’influence du Dr Giam Choo Hoo au sein du Comité pour les Animaux de la CITES. Etait également présent l’acolyte de Hank, Glenn Inwood, le journaliste marionnette des baleiniers japonais, et bien sûr Giam lui-même fit une apparition. Il ne pouvait pas s’empêcher de venir, le seul Asiatique que je connaisse qui n’ait ni honte ni souci de garder la face. Pour nous, il représente une chose du passé, désormais plus personne ne peut le prendre au sérieux, il ferait mieux de profiter de sa retraite. J’ai rencontré certains membres du Comité pour les Animaux qui m’ont dit: "Giam est un emmerdeur en réunion". Ce sont leurs mots, pas les miens, mais je savais bien ce qui les amenait à parler ainsi.

Hank JenkinsHank Jenkins
Photo: Sea Shepherd
Dr. GiamDr. Giam
Photo: Sea Shepherd

Après la grande victoire remportée lundi au Comité, quand tous les requins ont été mis sous protection, nous attendions avec inquiétude la séance plénière, au cours de laquelle le vote pouvait être rouvert et obtenir un résultat contraire. La délégation japonaise était occupée – pardon je corrige, elle était TRES occupée – à s’assurer plus du tiers des voix, qu’il lui fallait pour rouvrir le vote. Nous avions un tuyau d’un délégué africain, le restaurant où le Japon avait invité les Africains à dîner la veille de la séance plénière, alors nous les avons suivis pour voir. D’autres ONG nous ont suivis aussi, et quelques-uns sont même entrés dans le restaurant pour dîner et filmer. Après dîner, ils sont allés dans des karaokés et des bordels tenus par des Japonais.

Un des meilleurs atouts que les Japonais avaient dans leur manche était le "scrutin à bulletin secret". A partir du moment où quelqu’un en fait la demande, et qu’il obtient dix voix en soutien, cela permet que personne ne sache ce que les autres ont voté. On parlait justement de manque de transparence, eh bien cela ouvre la porte à la corruption et à l’achat des voix. C’est bien ce qui allait arriver, ou du moins c’est ce que je pensais quand je suis arrivé, mais cela a changé au cours d’un déjeuner.

Les délégations japonaise et africaineLes délégations japonaise et africaine
Photo: Sea Shepherd
Les Japonais emmènent les Africains pour dînerLes Japonais emmènent les Africains pour dîner
Photo: Sea Shepherd

J’étais assis à une table de la cafeteria quand un délégué d’une certaine petite nation insulaire s’est assis à ma table. Nous avons commencé à discuter, et je lui ai demandé quel était le point de vue de ses pays sur le vote des requins. Il me dit qu’ils faisaient partie d’une coalition de petites îles qui, toutes, recevaient des aides du Japon, et que par conséquent toutes avaient reçu des instructions pour voter NON. Cependant, il continua en disant qu’il espérait qu’il y aurait un vote à bulletin secret, si bien qu’ils pourraient voter avec leur cœur. D’autres pays, dit-il, sont comme nous. Intéressant. C’était un angle que je n’avais certainement pas envisagé et, comme nous l’avons constaté plus tard, le Japon et la Chine non plus.

Le Japon en discussion avec le CongoLe Japon en discussion avec le Congo
Photo: Sea Shepherd

Le vote à bulletin secret avait aussi attiré l’attention du secrétariat de la CITES, John Scanlon et son équipe ont soulevé de l’inquiétude suite à son usage fréquent pour des espèces ayant une valeur commerciale, la plupart du temps des espèces marines, mais aussi l’ivoire et la corne de rhinocéros. Il faudrait remercier John Scanlon et son équipe d’avoir fait évoluer la CITES et de lui avoir rendu sa crédibilité. Ce n’est pas un mince exploit, surtout quand vous avez les mains un peu liées, mais nous espérons y avoir apporté notre petite contribution.

J’ai rencontré David Higgins de l’agence d’Interpol spécialisée dans les crimes contre la faune et la flore sauvage, j’ai assisté à une réunion du Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC), et j’ai pu aussi prendre des contacts utiles avec des personnes chargées de faire appliquer les lois. C’était ironique, cette réunion avec tous ces officiels dans une pièce, sachant très bien que, juste derrière la porte, la corruption et la subornation faisaient rage! Mais le vent est en train de tourner, c’est pour attaquer de front la criminalité contre la nature et la faune sauvage que l’ICCWC vient d’être formée, et elle en a certainement le pouvoir.

Un autre point remarquable de cette CoP furent les relations entre les ONG. Nous étions tous unis contre un ennemi commun, et chacun de nous avait un rôle différent à jouer. Sea Shepherd était, comme d’habitude, la belle de nuit des défenseurs de l’environnement. Tout le monde était content que nous soyons présents, mais personne n’avait envie d’être vu en notre compagnie! Nous avions notre rôle, et j’ai obtenu certaines informations de la part des ONG les plus propres sur elles, parce que "normalement on ne peut pas traiter ça, mais c’est pile dans votre démarche!"

Réception MantaRéception Manta
Photo: Sea Shepherd

Je pense que c’est cette approche unitaire qui a permis la victoire des requins, aucune bagarre entre nous, chacun était bien concentré et communiquait avec les autres. Quand nous nous trouvions face à une délégation encore indécise, nous nous faisions expliquer pourquoi, et nous les mettions en contact avec les personnes qui pourraient les aider à répondre à leurs questions. Dans le cas des mantas, beaucoup de délégués disaient qu’il n’y avait pas encore assez de preuves scientifiques, et le fait d’avoir à portée de main deux des meilleurs experts mondiaux des mantas, le Dr Andrea Marshall et Guy Stevens, a été un atout inestimable pour nous assurer les votes.

Voilà, c’est le jour des séances plénières. J’entre dans le hall principal et j’y suis accueilli par un spectacle très réjouissant, les types de "Divers For Sharks" (les Brésiliens Pinguim Paolo Guilherme et Jose Truda Palazzo Jr) qui arboraient tous deux les t-shirts Sea Shepherd Jolly Roger que je leur avais donnés, assis au beau milieu de la salle, devant des caméras de télévision. Je les ai rejoints pendant que nous attendions anxieusement les résultats. Le suspense nous électrisait, et quand le premier résultat, le Requin Longimanus Océanique, a été annoncé, tous ceux qui y ont travaillé pendant des années et tous ceux qui nous ont soutenus ont vu leurs efforts récompensés.

Ce qui s’est passé ensuite a été géant. Comme dans une scène d’un film de Hollywood, les USA ont demandé la parole. Ils ont annoncé "Pour plus de transparence, les USA ont voté "NON" (à la réouverture du vote)". Ils ont été suivis, pays après pays, par les délégations déclarant ouvertement ce qu’elles avaient voté lors du scrutin à bulletin secret. Cela a duré quelque temps, si bien que, pour abréger, le président a dû demander aux délégations d’annoncer seulement leur pays et leur vote.

Le Japon, la Chine et Singapour avaient joué leur carte du "Scrutin Secret", mais non seulement cela s’était retourné contre eux et avait donné aux pays la possibilité de "voter avec leur cœur", mais en plus le scrutin avait perdu son secret devant les medias internationaux. Un des délégués africains annonça: "j’ai voté secrètement NON dans le vote à bulletin secret", ce qui lui valut une tournée d’applaudissements. Bien entendu, les résultats ne satisfaisaient pas tout le monde. Un peu plus tard, lors d’une interview avec la BBC, M. Shingo Ota, le porte-parole des négociateurs japonais, dit: "Ce ne fut guère agréable d’entendre tous ces applaudissements et ces cris dans la salle!"

En fin de compte, 2013 a été une bonne année pour les océans. Pendant que j’étais en train de me battre pour les requins à la CITES, nos équipages courageux rentraient à Melbourne, où ils vont recevoir un accueil digne de héros, après avoir fait à nouveau cesser la chasse baleinière illégale des Japonais dans l’Océan Austral, nous permettant d’atteindre le meilleur résultat que nous ayons jamais eu!

La prochaine session de la CITES, la CoP17, aura lieu en Afrique du Sud en 2017, et il est certain que nous y reviendrons, plus nombreux – AUCUN COMPROMIS!

Gary et RandallGary et Randall
Photo: Sea Shepherd

 

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