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Lundi, 21 Juillet 2014 14:17

Est-ce que tu m’écoutes, Rex Tillerson ?

Par Roger Payne

Dr Iain Kerr et Dr Roger Payne observent un des puits de pétrole du secteur – Photo: Sea ShepherdCe soir nous avons fêté notre cinquantième biopsie. Dès le départ notre objectif était d’arriver au moins jusqu’à cinquante biopsies, et comme nous avons encore deux voyages à faire, il est à prévoir que nous dépasserons largement ce chiffre. Nous l’avons fêtée avec une tarte au citron préparée par Marc Rosenberg, notre cuisinier. C’était délicieux, le gâteau, le coucher de soleil, le sentiment d’avoir accompli quelque chose, la brise, les gros nuages du soir. Nous avons fêté cela pendant que nous nous rendions sur le site de Deepwater Horizon pour notre visite annuelle – la plateforme de forage où onze personnes sont mortes en 2010 lors de l’explosion du puits de pétrole BP.

Lorsque nous sommes arrivés sur place, il n’y avait rien à voir. Lors de notre dernière visite l’an passé, une plateforme de production y était amarrée, et il y avait d’autres plateformes un peu plus loin. Cette année, absolument rien, rien que l’océan vide sur des kilomètres dans toutes les directions. Quand Iain nous a signalé que nous étions arrivés, nous étions sur une mer belle et calme en train de déguster notre tarte au citron – une scène de paix et de tranquillité – mais au-dessous de nous gisait un enchevêtrement titanesque de métal noirci et tordu, qui, si nous avions pu le voir, aurait ressemblé à l’épave du Hindenburg. Un vaste réseau de conduites courait au fond jusqu’à perte de vue et bien au-delà, collectant le pétrole venant des puits. Mais ce qu’on ne voit pas, on n’y pense pas – c’est sur cela que comptent les compagnies pétrolières. C’est ce sur quoi ils comptaient quand ils ont déversé des dispersants sur le pétrole, en sachant très bien que cela ne suffirait pas pour s’en débarrasser, cela leur permettait seulement de le dissimuler hors de vue du public, et donc hors des pensées du public.

Ce soir, alors que j’étais dans ma cabine, Iain m’a appelé sur la passerelle pour voir les plateformes pétrolières autour de nous. Certaines étaient à 24 milles (le radar nous a confirmé la distance), mais la carte nous a montré clairement qu’elles allaient toutes à plus de 1800 mètres de profondeur. Elles étaient au-delà de la ligne d’horizon, mais nous pouvions les repérer grâce à la flamme qu’elles produisent. On en voyait dix depuis l’endroit où nous nous trouvions. Il est évident que les compagnies pétrolières continuent à forer sous la mer à la même profondeur que Deepwater Horizon.

Rien n’a donc changé. Et c’est pourquoi il y a toutes les chances de voir le passé se répéter.

C’est complètement déprimant.

De la fumée s’élève d’un puits de pétrole au loin – Photo: Sea ShepherdMais nous sommes ici pour que ça change. Il est temps que les groupes industriels reconnaissent leurs erreurs, au lieu de les nier ou de les balayer sous le tapis. Nous devons les étudier et découvrir la cause des dysfonctionnements, pour éviter de les reproduire.

Mais compte tenu de la situation actuelle, ce processus n’ira pas aussi loin qu’il le faudrait: nous devons cesser de fermer les yeux devant le danger qui menace la civilisation humaine. Comme l’explique clairement Bill Mc Kibben, auteur et fondateur de 350.org, il nous faut réaliser que, pour empêcher la température terrestre de monter de plus de deux degrés Celsius d’ici 2050, nous ne pouvons pas émettre plus de 575 gigatonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Bien que le climatologue le plus éminent au monde, James Hansen, dise que laisser les températures monter de deux degrés Celsius d’ici 2050 est "une ordonnance pour un désastre à long terme", c’est la seule action sur le changement climatique autour de laquelle le monde a pu se mettre d’accord. C’était dans l’accord de Copenhague de 2009, que 167 pays ont ratifié à ce jour.

Malgré tout, les compagnies pétrolières et les pays qui fonctionnent comme des compagnies pétrolières (par exemple le Venezuela et le Koweit) possèdent des réserves prouvées de charbon, de pétrole et de gaz qui émettraient un total de 2795 gigatonnes de dioxyde de carbone si elles étaient brûlées. C’est cinq fois plus que les 575 gigatonnes de dioxyde de carbone que l’atmosphère peut absorber sans que la température mondiale n’augmente de plus de deux degrés Celsius.

La valeur de ces combustibles fossiles qui produiraient ces 2795 gigatonnes de dioxyde de carbone est de 27 mille milliards de dollars. Mais pour éviter de détruire la vie telle que nous la connaissons, les scientifiques disent qu’il faudrait en laisser 80% dans le sol. La grande question c’est de savoir comment on pourrait convaincre l’industrie des énergies fossiles de laisser dans le sol 80% de ses réserves prouvées de charbon, de pétrole et de gaz? La réponse est simple, il faut qu’elle accepte de perdre environ 20 mille milliards de dollars (c’est-à-dire 80% de la valeur des compagnies). Et quelles chances croyez-vous que nous ayons de les en convaincre?

Après avoir fait le calcul précédent, Mc Kibben fait remarquer:

Compte tenu de ces conclusions, il nous faut considérer l’industrie des énergies fossiles sous un autre angle. C’est devenu un business corrompu et sans scrupule, plus qu’aucun autre sur la terre. C’est l’ennemi public numéro un pour la survie de notre civilisation planétaire. "Beaucoup d’entreprises ont des comportements détestables dans le cadre de leur business – comme payer des salaires de misère, faire travailler les gens dans des sweatshops – et nous faisons pression pour que ça change", déclare Naomi Klein, leader chevronnée de la lutte contre les multinationales, "mais ces chiffres montrent clairement que le business modèle de ces industriels exploitant les énergies fossiles, c’est de détruire la planète. Et c’est bien ce qu’ils sont en train de faire".

"D’après le rapport de Carbon Tracker, si Exxon brûlait ses réserves actuelles, cela consommerait plus de sept pour cent de l’espace atmosphérique disponible entre nous et le risque des deux degrés. [Cependant], début mars, le patron d’Exxon, Rex Tillerson, a déclaré à des analystes de Wall Street que le groupe envisageait d’investir 37 milliards de dollars chaque année jusqu’en 2016 (soit environ 100 millions de dollars par jour) pour rechercher encore plus de pétrole et de gaz. Personne sur terre n’a moins de scrupules que Tillerson".

Rien n’a donc changé. Et c’est pourquoi il y a toutes les chances de voir le passé se répéter. Photo: Sea ShepherdRien n’a donc changé. Et c’est pourquoi il y a toutes les chances de voir le passé se répéter. Photo: Sea ShepherdLa menace la plus urgente à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui n’est pas le terrorisme, ni le chômage, ni le djihad mondial, ni les pandémies de virus mortels. C’est la folie d’une industrie des énergies fossiles qui continue à mettre toute sa force et ses ressources dans la promotion des combustibles fossiles au lieu d’investir une grande partie de ses profits et de ses compétences dans le développement de solutions alternatives durables pour produire l’énergie du futur. Heureusement, nous savons déjà qu’il y a plusieurs possibilités qui pourraient marcher (l’énergie éolienne, solaire, marémotrice, houlomotrice et géothermique par exemple). Malheureusement, la décision de les mettre en œuvre et de les développer est entre les mains de politiciens dont le seul intérêt semble être de se faire réélire – un objectif pour lequel ils sont prêts à se vendre au plus offrant – souvent des groupes d’énergies fossiles. Il est temps de porter toute notre attention sur la nécessité de laisser des combustibles fossiles dans le sol. Il est temps pour les compagnies pétrolières de retrouver la raison et de mettre dans la commercialisation de sources d’énergie renouvelable les 100 millions de dollars par jour qu’elles veulent dépenser en nouveaux forages de gaz et de pétrole.

Les capitaines de l’industrie des énergies fossiles sont en train de passer à côté d’une opportunité fantastique – la plus grande que le monde ait jamais offerte à des dirigeants d’entreprise. S’ils la saisissaient ils pourraient devenir de vrais superhéros, réduisant Superman, Batman et Spiderman à de pâles copies. Car ils pourraient réellement sauver le monde au lieu de le détruire. Et, cerise sur le gâteau, en agissant ainsi – et voilà ce qu’ils y gagneraient vraiment, mes chéris… en agissant ainsi, ils ne récolteraient pas la haine du genre humain, mais ils deviendraient ses idoles, et pendant ce temps-là ils se feraient encore plus d’argent.

Est-ce que tu m’écoutes, Rex Tillerson? Tu pourrais sauver la vie sur la terre, devenir encore plus riche, et faire en sorte d’être aimé, par nous tous et par les générations à venir.

Allez sur notre site Operation Toxic Gulf (en anglais) pour plus d’information.   Allez sur notre site Operation Toxic Gulf (en anglais) pour plus d’information.
 

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