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Mercredi, 30 Juin 2010 00:00

Les pécheurs traditionnels de Malte saluent Sea Shepherd

Par Caroline Muscat

28 juin 2010 Fish2Fork

Tuna Escaping through the Net

La semaine dernière, Sea Shepherd Conservation Society a libéré environ 800 thons rouges d'une cage en partance pour les fermes à poisson maltaises. L'action a été condamnée par le gouvernement de Malte.

Le thon rouge est « la troisième denrée la plus exportée » selon le ministre des finances de ce pays. Elle représente un pour cent du PIB. L'année dernière, Malte a exporté pour 86 millions d'euros de thons sur une période de 11 mois. Mais tandis que les revenus ont explosé pour les « fermiers » de cette industrie, ceux des pêcheurs traditionnels ont quasiment été réduits à néant.

Le discours du premier ministre Lawrence Gonzi pour la défense des « pêcheurs » n'a fait que mettre du sel sur une plaie ouverte pour les partisans des anciennes méthodes, tels les pécheurs du village de Marsaxlokk. C'est un endroit qui est régulièrement mis en avant dans la promotion du tourisme maltais; pourtant les visages burinés des pêcheurs de ce village en train de réparer leurs filets racontent une toute autre histoire que celle promue par le pays.

La famille de Charles Bugeja est faite de quatre générations de pêcheurs. L'embarcation de son père est à quai depuis mars et le quota qu'on lui a alloué est si restreint qu'il a été atteint en quelques semaines. Selon Bugeja : « Les gens de Sea Shepherd font ce que les gouvernements auraient dû faire pour protéger les thons et le style de vie des pêcheurs traditionnels qui depuis des générations vivent de la mer ». Conscient que le déclin de la population de thons rouges nécessite de telles mesures, il demeure néanmoins amer sur les conséquences d'une énorme industrie commerciale contrôlée par une petite poignée de gens.

Actuellement des milliers de pêcheurs traditionnels sont sans travail, dit-il (propos soutenus par d'autres pêcheurs à ses côtés). Ceux qui prennent position contre sont très seuls, puisque pour survivre désormais ils dépendent de cette industrie. Des familles qui gagnaient leur vie grâce à la pêche traditionnelle comptent dorénavant au moins un membre qui travaille pour cette même industrie ou qui en dépend pour acheter ses prises. Au village, le marché du dimanche ne vend plus que ce que l'on refuse d'exporter vers le très lucratif marché japonais.

« Ce ne sont pas des pêcheurs » réplique Bugeja à propos des pêcheurs industriels, « Ce sont des hommes d'affaire. »

Les innovations technologiques dans le secteur de la pêche tendent à maximiser les prises en réduisant les efforts. Les pêcheurs traditionnels de Malte s'opposent à de telles méthodes. Leur labeur demande des heures de patience et plusieurs jours au large. Leurs pratiques sont durables. Ils prennent ce dont ils ont besoin et évitent le gâchis.

La pêche industrielle, quant à elle, utilise des navires pourvus de sennes. Ils jettent à la mer des appâts et emprisonnent les poissons entre des murs de filets. Ils couvrent une aire délimitée et capturent indifféremment tous les poissons dans une cage. Les prises collatérales sont jetées alors que les thons sont remorqués vers les fermes où ils sont engraissés afin d'être exportés.

Une seule pêche peut rapporter des centaines de tonnes de thons à l'industrie alors que les pêcheurs traditionnels en ramènent seulement une poignée. Si la flotte de pêche à la senne de Malte est faible comparée à d'autres pays de Méditerranée, Malte est toujours considérée comme « la capitale internationale des fermes de thons ». Menée par le magnat Charles Azzopardi, qui possède la grande majorité des enclos de l'île, Malte est devenue l'un des gros acteurs de cette industrie, notamment grâce au soutien financier japonais. L'île de Malte a une position stratégique pour exploiter l'industrie globale du thon. Les pêcheurs ont admis que les prises interceptées par Sea Shepherd, lors de son retour à Malte, avaient été capturées par des navires libyens.

Les eaux libyennes sont connues pour la pêche illégale et les inspecteurs de l'ICCAT (la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique), qui régulent la pèche du thon rouge, ne sont pas les bienvenus.

L'UE a annoncé la fermeture de la saison de pêche le 9 juin; l'intervention de Sea Shepherd s'est produite après cette date. Pourtant, quelques heures plus tard, le gouvernement maltais a déclaré la prise légale.

En 2008, la Commission Européenne a notifié que deux navires de pêche ont changé  deux fois de nom et de drapeau lors de la même saison. Ils appartenaient tous deux à la flotte de Mr. Azzopardi. Les résultats de l'enquête n'ont pas été publiés.

La défense sans concession de son industrie est apparue évidente lors de la CITES (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) en Mars. Malte était le seul pays à s'opposer à l'interdiction du commerce du Thon Rouge, alors même que d'autres pays méditerranéens profitant de ce commerce se résignaient.

Les politiques ont échoué dans la protection de cette espèce en danger et Malte a remporté la bataille. Au même moment, WWF publiait un rapport affirmant que la population de Thon Rouge sera éradiquée en trois ans par la surpêche.

La question que posent les pêcheurs maltais est de savoir pourquoi leur gouvernement continue d'affirmer son soutien au commerce international de Thon plutôt que de protéger le style de vie d'une majorité de pêcheurs locaux.

Caroline Muscat est une journaliste indépendante basée à Malte.

 


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