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Samedi, 12 Mars 2011 17:20

Les Gardiens de la Baie sont les témoins impuissants de la catastrophe à Otsuchi au Japon

Par Scott West

Ce qui reste de la route que nous avons emprunté pour sortir d'Otsuchi (cliquer pour agrandir)Ce qui reste de la route que nous avons emprunté pour sortir d'Otsuchi (cliquer pour agrandir)

C’était pourtant un début de journée comme les autres, pour nous qui travaillons à dénoncer et stopper le plus grand massacre de cétacés de la planète. Nous avions été rejoints la nuit dernière par trois nouveaux gardiens : Marley, Carisa, et Mike. Avec eux et les 3 gardiens déjà présents, nous nous étions rendus à l’embarcadère du port de la ville pour vérifier si les bateaux harponneurs étaient toujours à quai. Deux d’entre eux avaient pris la mer malgré un vent violent. Nous en avons profité pour rencontrer la police locale qui nous attendait.

Lorsque l’un des deux bateaux harponneurs est finalement revenu avec un petit chargement de poissons, nous sommes partis montrer les environs aux nouveaux gardiens, suivis de près par la police. Nous avons fini par nous arrêter dans une zone des quais du port central. C’est là que nous avons senti les secousses et le séisme. J’ai vécu dans la baie de San Francisco pendant un bon nombre d’années, je suis donc habitué à ce genre de chose. Pourtant cela n’avait rien de commun avec ce que je connaissais déjà. Les voitures sautillaient sur place et il était difficile de se tenir debout. J’ai suggéré que nous quittions les lieux et je n’ai pas eu besoin de me répéter. Il y a (avait) des usines de traitement de poissons sur la jetée. Les employés en sont sortis rapidement et se sont dirigés vers le mur anti-tsunami. La police, qui avait pris position au seul endroit où l’on pouvait passer, faisait entrer frénétiquement les gens derrière ce rempart en prévision de l’arrivée de la vague.

Nous sommes passés derrière ces imposantes murailles. Elles semblent avoir été construites pour résister à un bombardement militaire. Elles sont assez hautes et s’étendent sur tout le secteur portuaire de la ville. Nous avons ensuite pris la direction d’un de nos points d’observation en suivant une petite route qui longe la côte en sortant de la ville. De là nous pouvions voir l’aire de traitement des marsouins. Nous nous sommes donc rendus sur place. Alors que nous en prenions la direction, nous avons pu observer les immenses barrières s’abaisser et se refermer derrière nous. Les personnes chargées de cette tâche l’exécutaient avec détermination, bien décidés à protéger leur ville de l’assaut de la mer. Nous avons donc gagné notre position sur les hauteurs, où nous avons rapidement été rejoints par un camion de pompiers ainsi qu’une demi-douzaine d’autres véhicules appartenant à des gens de la région.

Il ne nous aura pas fallu attendre longtemps avant que l’eau ne soit drainée hors du port, puis ne le remplisse à nouveau jusqu’à tout inonder sur son passage jusqu’au mur que nous avions traversé quelques instants plus tôt. Les pompiers nous ont expliqué que nous pouvions nous attendre à voir plusieurs de ces cycles. Puis tout s’est passé très rapidement. L’eau s’est à nouveau retirée, cette fois jusqu’à laisser entrevoir le fond vaseux du port, pour revenir encore plus vite en un mur d’eau boueuse noirâtre. Celui-ci est monté à l’assaut du mur anti-tsunami, inondant les habitations, jusqu’à atteindre les collines environnantes, remplissant les vallées aux alentours. Et ce cycle infernal a recommencé plusieurs fois, alors même que nous subissions les répliques du séisme.

Otsuchi, Japon, le 12 mars (cliquer pour agrandir)Otsuchi, Japon, le 12 mars (cliquer pour agrandir)

Alors que la nuit approchait, il semblait évident que nous ne serions pas en mesure de quitter cette colline. En effet, des débris ramenés par la mer obstruaient les deux extrémités de la route, bloquant le passage; et nous avons découvert plus tard que la chaussée elle-même avait été emportée. Les téléphones portables étant inutilisables, les pompiers ainsi que les habitants locaux, inquiets pour leurs proches, prirent le parti de monter au sommet de la colline à pied pour essayer d’en savoir un peu plus sur la situation. Nous restâmes donc seuls sur la route, les six Gardiens, ainsi qu’une jeune femme, de passage à Otsuchi. Alors même que nous commencions à suffoquer sous la fumée des incendies qui avaient éclaté sur les collines avoisinantes et dans les bâtiments endommagés par le séisme, la neige commença à tomber, se mêlant aux cendres projetées dans les airs.

Nous trouvâmes refuge dans nos voitures. Lorsqu’il s’arrêta enfin de neiger, nous fîmes le point sur la situation. L’eau continuait de refluer puis de remplir à nouveau le port en dessous de nous. Des débris de maisons, de voitures, des réservoirs d’huile, des bateaux, du matériel de pêche, mais également des effets personnels continuaient de tourbillonner dans la pénombre. Nous avons même aperçu un corps flottant sur la plage, qui a fini par s’immobiliser dans les branches d’un arbre.

Soudain, au milieu de toute cette pagaille, nous avons entendu une femme crier à l’aide. Avec le crépuscule nous pouvions à peine distinguer sa silhouette accrochée à un débris flottant. Tandis que la femme Japonaise qui nous accompagnait lui répondait en essayant de la rassurer, nous avons essayé de trouver une corde ou un bateau afin de l’aider, mais en vain. Mike couru alors pour réquisitionner le camion de pompier et le ramener jusqu’à notre position. Avec la radio, nous avons pu informer les autorités de la situation critique dans laquelle se trouvait cette pauvre femme, mais malheureusement aucune aide ne vint.

Nous avons alors pris le pari de nous aventurer sur une des digues, exposée aux assauts de la mer, afin d’essayer de nous rapprocher d’elle. Mais comme elle n’avait aucun moyen de manœuvrer sa plateforme, et que nous n’avions aucun moyen de lui envoyer une corde, nous n’avons pu l’atteindre. Ses cris allaient et venaient au rythme des courants qui poussaient les débris. C’était horrible. Puis la neige s’est remise à tomber, comme pour nous décourager. Nous avons alors utilisé les phares du camion de pompier pour attirer l’attention de deux bateaux au loin, ce qui nous a pris pas moins de deux heures, pour leur indiquer la position de la femme, afin qu’ils puissent lui porter secours. Ils se sont rapprochés d’elle, puis se sont éloignés. Nous étions choqués et incrédules. Le débris s’est alors déplacé plus loin dans la baie. Nous ne pouvions plus l’entendre. Mais nous avons remarqué qu’un des bateaux suivait le débris et nous ne pouvons qu’espérer que cette femme ait finalement été secourue.

La température avoisinait les zéro degré. La nuit a été longue et agitée pour nous tous, alors que nous essayions tant bien que mal de nous blottir dans les deux petites voitures. Heureusement nous avions le plein d’essence, ce qui nous a permis d’allumer le chauffage de temps en temps. Nous avions également un peu d’eau et des barres énergétiques avec nous.

L’aube amena d’autres répliques, plus de fumée dans le ciel, mais également le retour des pompiers. Ils avaient secouru un couple qui s’était réfugié dans les bois. Ils nous ont fait comprendre qu’il serait plus prudent que nous les suivions pour redescendre. Nous avons donc regroupé nos affaires, fermé nos voitures, et nous avons commencé notre périple. Arrivés au bas de la colline, nous avons pu constater les dégâts causés à la route. Nous ne savions pas où les pompiers voulaient nous emmener, mais il était évident que la meilleure chose à faire était de les suivre.

ce qui reste de la route empruntée pour sortir d'Otsuchi (cliquer pour agrandir)ce qui reste de la route empruntée pour sortir d'Otsuchi (cliquer pour agrandir)

Le chemin étant impraticable à cause de la boue, de l’eau et des débris, les pompiers décidèrent que nous passerions par le sommet de la colline. La pente de la colline étant très raide, quasiment verticale, nous avons été contraints d’abandonner certaines de nos affaires pendant l’ascension. Puis nous avons fini par redescendre dans un petit village situé au cœur d’une vallée donnant sur la mer. Chaque maison de ce hameau était complètement détruite. On nous accueillit avec un feu de fortune, du riz et de la soupe cuisinés grâce aux débris de bois récupérés sur les épaves. La générosité de ces gens était incroyable. Alors même qu’ils avaient tout perdu, que seules la désolation et la mort les entouraient, et malgré un futur incertain, ils n’ont pas hésité une seconde à partager avec nous le peu de nourriture qu’ils avaient. Lorsque nous les avons vus essayer de récupérer des poteaux et du matériel des décombres, nous avons compris qu’ils se préparaient à dresser un campement pour une durée indéterminée. Comme nous ne voulions pas être un fardeau pour eux, et malgré les recommandations des pompiers pour nous inviter à rester, nous les avons chaudement remerciés et nous sommes repartis en leur laissant nos couvertures.

Les décors de films apocalyptiques ne sont rien en comparaison de ce que nous avons vu. Otsuchi était une ville assez grande; mais entre les dégâts causés par le tremblement de terre, le tsunami et les incendies, il n’en restait plus rien. Ce fût un voyage difficile physiquement, fait d’impasses et de traversées dangereuses. Ce fût également très difficile émotionnellement, l’étendue de la misère que nous avons constatée étant indescriptible. Nous avons fini par déboucher sur une route après avoir traversé une zone complètement incendiée. La désolation nous entourait, mais nous avions dépassé la plupart des débris. Pratiquement toutes les personnes que nous avons pu croiser sur notre route étaient en état de choc.

Ne connaissant pas encore toute l’étendue des dégâts à travers le Japon, nous espérions que des représentants de nos ambassades Canadienne et Américaine nous attendraient. Mais ce n’était pas le cas. C’est en discutant avec un policier que nous avons compris que nous ne pouvions compter que sur nous même. Lors de notre arrivée à Otsuchi, nous avions choisi un hôtel à l’intérieur des terres afin de nous cacher des autorités. C’est là que nous étions décidés à nous rendre, notre hôtel de Tono. Cependant Otsuchi et Tono sont distantes de 50 km environ, et à cause des montagnes, cela nous avait pris 90 minutes en voiture pour nous y rendre. La police nous ayant prévenu que les routes étaient bloquées et qu’il nous serait impossible de nous rendre à Tono, nous avons rassemblé nos affaires et commencé à marcher. Sur la route en direction de Tono, nous avons trouvé encore davantage de désolation. Nous avons marché pendant plusieurs kilomètres, avant de rencontrer un homme extraordinaire. Malgré la destruction de sa ville, il décida de nous aider à trouver un moyen de locomotion pour nous rendre jusqu’à Tono. Il n’y avait nulle part où louer une voiture, car tous les loueurs se trouvaient dans les grandes villes côtières, entièrement rasées par le tsunami. Malgré tout, il nous trouva deux véhicules pour nous avancer plus avant dans les terres. Le couple dans l’une des voitures avait tout perdu, mais souhaitait malgré tout nous venir en aide, nous, un groupe d’étrangers. On nous déposât dans un relais routier en nous demandant d’attendre. L’homme partit, mais revint avec une femme et son van. Quant à elle, son commerce à Otsuchi avait été détruit, mais elle nous conduisit malgré tout à travers les montagnes jusqu’à Tono, avec beaucoup de dignité et de chaleur humaine.

Il est impossible de décrire avec des mots toute la gentillesse et la générosité qui nous ont été témoignées aujourd’hui. Cela confirme mon sentiment que les Japonais sont un peuple chaleureux et amical, et qu’en aucun cas les activités des bourreaux de dauphins de Taiji, ou les bourreaux de marsouins d’Iwate ne sont le reflet de la population Japonaise tout entière. J’ai beaucoup d’espoir de voir un jour prochain la fin des massacres, pour qu’enfin le Japon prenne la place qui devrait être la sienne en tant que leader de la protection des océans.

En parlant de Taiji, nous avons appris que le tsunami est arrivé jusque là-bas également. Les bateaux de pêche et les bateaux des bourreaux avaient pris la mer pour éviter la vague. Et bien entendu pas une seule seconde ils n’ont pensé aux dauphins qui se trouvaient pris au piège dans les enclos du port. Par six fois l’eau s’est retirée, puis a reflué, sans inonder la ville. Par six fois, les dauphins prisonniers se sont écrasés contre les rochers, criant leur agonie. Au moins 24 dauphins ont péri ainsi. N’importe quel fermier confronté à un incendie libérerait ses animaux, mais ce n’est pas le cas des bourreaux, qui ont préféré laisser mourir les dauphins captifs dans d’atroces souffrances plutôt que de les libérer. Ces gens n’ont vraiment aucune âme.

Pour les Océans,

Scott West

Tsunami à Otsuchi, Japon
le 11 mars

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Vidéo: Sea Shepherd (4 minutes)


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L'eau reflue de la boucherie à marsouinsL'eau reflue de la boucherie à marsouins
L'eau reflue et se précipite à nouveau dans le portL'eau reflue et se précipite à nouveau dans le port
Le 12 mars à Otsuchi, JaponLe 12 mars à Otsuchi, Japon Le 12 mars à Otsuchi, JaponLe 12 mars à Otsuchi, Japon
Les incendies font rage dans le port. Photo: Mike XVXLes incendies font rage dans le port. Photo: Mike XVX Tarah et Carisa sauvent ce qu'elles peuvent. Photo: Mike XVXTarah et Carisa sauvent ce qu'elles peuvent. Photo: Mike XVX

Les vagues se ruant à terre. Remarquez l'échelle entre les vagues et les maisons flottantes, ainsi que la hauteur des vagues. Photo: Mike XVXLes vagues se ruant à terre. Remarquez l'échelle entre les vagues et les maisons flottantes, ainsi que la hauteur des vagues.
Photo: Mike XVX

 


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