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Mardi, 26 Juillet 2011 11:52

Défiant la mort sur les plages de Namibie...

...des membres de l'équipage de Sea Shepherd s'échappent du pays.

Un récit du Capitaine Paul Watson

Otaries à fourrure du Cap dans la réserve naturelle du Cape CrossOtaries à fourrure du Cap dans la réserve naturelle du Cape Cross

Ce n'est pas fréquent qu'une petite ONG dédiée à la protection de la nature se retrouve accusée d'être une menace pour la sécurité nationale de tout un État. Mon équipage vient juste de retourner en Afrique du Sud, après avoir mené à bien l'Opération Desert Seal, le nom de code de la mission secrète de Sea Shepherd Conservation Society en Namibie. Je les ai rencontrés le 22 juillet 2011 à Durban, province du KwaZulu-Natal.

Notre mission était de rassembler puis de montrer les preuves du massacre horrible des bébés otaries le long des plages venteuses et fraîches des côtes du Sud-Ouest de l'Afrique. Je dois ajouter qu'il est devenu difficile de nos jours d'agir sous couverture, principalement parce que notre série Whale Wars est très populaire, y compris dans le Sud de l'Afrique. Mon rôle consistait à faire des interviews sur le site de la réserve naturelle des otaries de Cape Cross le jour où le massacre des bébés devait commencer. Je les ai faites comme prévu, mais il n'y avait pas un seul chasseur en vue. Apparemment, un certain nombre de personnes m'avaient reconnu et le bruit courait que Sea Shepherd était sur les côtes namibiennes.

En conséquence, les chasseurs d'otaries et leurs battes ont reçu pour consigne de rester éloignés des plages et de ce fait les massacres ont été retardés. Malheureusement, ce répit n'a duré que 5 jours. Au cours de cette période, la maison que nous avions louée a été visitée par des cambrioleurs, malgré la présence sur place d'une de nos membres, qui a réussi à s'enfuir et est revenue plus tard avec les autres pour ne trouver sur place que des caméras cassées. L'équipage n'a pu que constater le vol de passeports, d'ordinateurs portables et d'argent. Un gang de chasseurs d'otaries de Hentie Bays a aussi attaqué des membres de Sea Shepherd, dont le responsable de l'opération, Steve Roest. Steve en sortant d'un magasin a vu une autre membre de l'équipage entourée par un groupe d'hommes en colère qui lui hurlait dessus. Elle a réussi à conserver son sang-froid pendant que Steve montait calmement dans la voiture et ils sont tous les deux partis se mettre à l'abri.

Des membres de l'équipe se préparant pour la mission au couvert de la nuitDes membres de l'équipe se préparant pour la mission au couvert de la nuit

Notre couverture avait sauté, nous devions faire semblant de battre en retraite; et pour rendre cela encore plus crédible je devais quitter le pays, ce que j'ai fait, suivi par la police secrète namibienne durant tout le trajet dans le désert jusqu'à l'aéroport de Windhoek. Pendant ce temps, le reste de l'équipage se dispersait en groupes pré-établis afin de pouvoir mener à bien la mission.

C'était ma première visite à la colonie d'otaries à fourrure du Cap installée en Namibie, un pays où le marchand international de peaux de phoques Hatem Yavuz (un citoyen turc résident australien) commandite ce qui est désormais le plus grand massacre de mammifères marins de la planète, en en faisant tuer chaque année plus de 90 000.

Ce fut une expérience magnifique de voir autant de pinnipèdes réunis dans ce qui est la plus grande colonie que j'ai pu voir. Les bébés otaries étaient adorables et les relations entre les mères et leurs petits étaient fascinantes à observer. Mais regarder des bébés otaries s'amuser joyeusement entre eux alors que je savais qu'ils seraient massacrés à coups de batte quelques jours après mon passage m'a brisé le cœur. L'industrie du tourisme namibienne le sait aussi car Cape Cross est non seulement une réserve pour les otaries mais également, et ce de façon ironique, une des attractions touristiques majeures de la Namibie, qui rapporte chaque année aux communautés côtières bien plus d'argent que le massacre.

Le problème est qu'il ne s'agit pas uniquement d'une destination touristique mais aussi du site d'un massacre de masse. Les chasseurs viennent au petit matin et explosent à coups de batte le crâne des bébés, et immédiatement après qu'ils aient fini leur travail horrible, un bulldozer vient effacer les traces de sang sur le sable. C'est seulement à ce moment-là, alors que la vérité est littéralement enfouie sous le sable, que les touristes sont autorisés à pénétrer dans la réserve afin de pouvoir observer le "paisible et magnifique spectacle des otaries à fourrure du Cap dans leur milieu naturel."

Pourquoi cette situation perdure-t-elle ? Parce que des gens comme Hatem Yavuz parviennent à conserver les concessions pour la chasse aux otaries en Namibie, grâce à des pots-de-vin versés aux membres du gouvernement et à la police. Cette chasse est illégale et elle ne se maintient qu'à cause de la corruption flagrante des politiques, bureaucrates, policiers et même maintenant des militaires namibiens.

Après mon départ de Namibie début juillet, les équipes de Sea Shepherd dirigées par Steve Roest du Royaume-Uni et Laurens de Groot des Pays-Bas se sont rassemblées afin de mener à bien leur plan qui consistait à traverser 15 kilomètres de désert afin de rejoindre la colonie d'otaries sur la plage. L'objectif était d'installer des caméras sur site afin de rassembler des preuves de la brutalité des chasseurs. Laurens dirigeait une équipe composée d'un australien, plusieurs sud-africains et un Namibien qui était aussi leur guide. Une deuxième équipe, composée de plusieurs américains, un australien et deux sud-africains était en réserve au cas où.

De gauche à droite, Laurens de Groot, Paul Watson et Steve RoestDe gauche à droite, Laurens de Groot, Paul Watson et Steve Roest

L'équipe s'est littéralement enterrée dans le sable sur la plage, à l'intérieur de sacs de couchage destinés à les protéger du froid, expérience relativement déplaisante. Un de nos équipiers était dans un trou en train de filmer les chasseurs alors qu'ils se dirigeaient vers la colonie et s'est retrouvé face à un grand scorpion noir, aiguillon venimeux dressé et prêt à le piquer. Presque nez-à-nez avec le scorpion, il a réussit à rouler hors du trou jusqu'à ce que l'animal s'en aille. Ce qu'il ne savait pas, c'est que les grands scorpions noirs peuvent aussi projeter leur venin. Même si ce ne fut pas des plus reposants, l'équipe a finalement réussi à prendre position dans le noir avec une vue dégagée sur la zone des massacres.

C'était un bon plan mais au final Sea Shepherd ne faisait pas le poids face à l'armée namibienne. Notre équipe a été détectée par les images thermiques depuis des vaisseaux de patrouille positionnés au large des côtes et des soldats ont été envoyés vers nos équipiers sur la plage. Utilisant eux aussi des jumelles de vision nocturne, les volontaires de Sea Shepherd ont pu voir les soldats s'approcher et ont pu constater qu'ils avaient le même type de jumelles.

Des chasseurs d'otaries s'accordent un moment de reposDes chasseurs d'otaries s'accordent un moment de repos

Ce fut une longue course dans le noir et dans le désert vers les véhicules. Un des membres de l'équipage s'est perdu après être entré dans une mine de sel pour éviter d'être repéré, mais il a finalement réussi à rejoindre le reste de l'équipe, et au moment où ils s'engageaient sur l'autoroute, ils ont vu des voitures de police qui fonçaient droit sur eux. Les voitures les ont dépassés, visiblement pressés d'arriver à la plage pour couper leur retraite. L'équipage de Sea Shepherd est finalement sorti de la route pour couper à travers les collines sans phares, leurs jumelles de vision nocturne leur permettant d'éviter les rochers, les dunes et les falaises, et ce jusqu'à ce qu'ils arrivent sains et saufs à la frontière avec l'Afrique du Sud. Ce fut un voyage dangereux, troublant et inconfortable mais ils ont réussi à rejoindre la frontière sud-africaine sans être pris.

Et ils l'ont fait juste à temps ! Le Président de la Namibie était furieux; ce n'était plus une simple intrusion. Le Président Hifikepunye Pohamba a déclaré que nous étions une menace pour la sécurité nationale et que les otaries devaient être tuées pour les empêcher de manger tout le poisson de la Namibie. C'est ainsi que s'est terminé notre premier voyage d'investigation sur les plages sanglantes de Namibie.

Pourquoi est-ce que Sea Shepherd s'implique maintenant ? Parce qu'après des années de lutte acharnée contre le massacre horrible des phoques au Canada, nous avons finalement vu l'effondrement du marché canadien pour ces produits. Même si le ministère des pêches et océans du Canada continue d'augmenter le quota annuel qui s'élève pour cette année à 468 000 phoques, les derniers massacres ont été bien moindres (58 000 phoques); ce qui fait maintenant de la Namibie, le plus grand massacreur de pinnipèdes au monde. Et dès lors que Sea Shepherd commence un projet, nous gardons le cap jusqu'à ce que notre mission ait été accomplie. Notre objectif de détruire le marché canadien pour les produits issus du phoque a été atteint et nous allons maintenant consacrer notre énergie à arrêter la Namibie.

Commissariat en NamibieCommissariat en Namibie

Cela ne sera pas facile. Comme au Canada, la Namibie a interdit aux civils de rassembler des preuves sur les horreurs se déroulant sur la plage sous peine de poursuites judiciaires et de condamnations. Le but est de faire en sorte que les massacres aient lieu sans publicité. Mais à la différence du Canada, la Namibie ne menace pas les gens ayant enfreint la loi avec des amendes et des raclées par les forces de police mais avec des peines lourdes de prison (et la perspective de raclées beaucoup plus sérieuses et potentiellement mortelles). C'est un environnement très dangereux, bien plus que les flots glacés et les courses poursuites avec les gardes-côtes canadiens. En Namibie, la violence la plus brutale protège le massacre des otaries. Les chasseurs namibiens font passer ceux des Iles de la Madeleine et de Terre-Neuve pour une bande de hippies pacifiques, et contrairement au Canada, la corruption en Namibie est flagrante. Le gouvernement, la police et les forces armées sont à vendre et tout le monde le sait.

Cette opposition brutale nous oblige à adopter une stratégie complètement différente de celle employée au Canada et notre objectif est de rassembler des preuves, les utiliser et dénoncer afin de créer une pression économique. Nous devons cibler le tourisme et surtout celui en provenance d'Allemagne. Nous devons diffuser dans le monde entier et le plus largement possible les images des brutalités namibiennes. Nous devons faire en sorte que les condamnations internationales soient unanimes et se concentrent sur ce petit groupe de non-namibiens avides qui mènent ces opérations au détriment des citoyens namibiens et de la faune marine.

La Namibie a le potentiel pour devenir la Mecque du tourisme et une population d'otaries en bonne santé est un atout touristique majeur. Mais la population d'otaries diminue et la taille de la colonie a déjà sérieusement diminué. Ce qui était autrefois florissant ne l'est plus et cette population diminue d'année en année. Bientôt, il ne restera plus qu'une poignée d'otaries; l'intérêt des touristes disparaîtra, et avec lui les revenus touristiques qui profitent à de nombreux namibiens travailleurs.

Sea Shepherd s'est lancé dans la lutte pour arrêter ce massacre ignoble et illégal. Nous avons commencé ce combat de façon spectaculaire et agressive et nous ne cesserons notre stratégie agressive et audacieuse que quand nous aurons atteint notre but qui est de faire cesser les crimes de Yavus et la corruption des politiciens qu'il achète pour faire du profit sur le sang des centaines de milliers de bébés otaries innocents et sans défense.

Une usine de peaux d'otariesUne usine de peaux d'otaries

 


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