Commentary and Editorial

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Lundi, 09 Septembre 2013 06:10

Pourquoi il est important pour les Gardiens de la Baie d’être à Taiji

Par le capitaine Paul Watson

TaijiCes jours-ci, des voix se sont élevées pour demander aux Gardiens de la Baie de Sea Shepherd de se retirer de la baie de Taiji au Japon.

L’idée qui sous-tend cette pression, c’est qu’il appartient aux Japonais, et seulement aux Japonais, de régler la question. On a même accusé les Gardiens de la Baie d’agir "brutalement".

Quelqu’un m’a même envoyé comme preuve une vidéo de la Gardienne de la Baie Elora West déclarant qu’elle était en train de "brutaliser" un pêcheur.

Je n’ai pas pu m’empêcher de rire. Pense-t-on vraiment nous faire croire qu’une lycéenne de 17 ans puisse intimider un tueur de dauphins, un tueur en série, un psychopathe brutal, jusqu’à le faire fondre en larmes comme une victime innocente?

Si c’est vrai, je crois qu’il nous faudrait toute une brigade de lycéennes pour un affrontement face à face.

La vérité, c’est qu’aucun Gardien de la Baie n’a jamais agressé ni menacé de pêcheur.

Ce sont les pêcheurs qui ont agressé et menacé les Gardiens de la Baie.

Et c’est vrai, il y a des gens qui n’acceptent pas que nous les traitions de sociopathes, voire de tueurs en série, mais il faut un manque complet d’empathie pour tuer un dauphin, et quelqu’un qui le fait plus d’une fois est bien un tueur en série. Donc c’est le mot qui convient, et nous ne nous en excuserons pas.

Sea Shepherd n’est pas anti-japonais. Nous combattons passionnément le massacre des dauphins, et au cours du temps nous avons affronté des tueurs de dauphins au Japon, aux USA, au Costa Rica, au Venezuela, au Brésil et aux îles Féroé. Nous ne faisons aucune discrimination dans le choix de nos adversaires. Nous voyons le harpon, le couteau, le fusil et le filet, et nous sommes aveugles à la nationalité de la main qui les brandit. Nous avons libéré des dauphins pris dans les filets de senneurs américains, dans ceux de Sea World, et nous avons traîné des tueurs de dauphins devant des tribunaux brésiliens.

En fait, Sea Shepherd ne reconnaît même pas les nationalités d’hominidés. Nous ne voyons que des Terriens, dont il existe de nombreuses espèces.

Les Gardiens de la Baie de Sea Shepherd ne sont pas des professionnels rémunérés. Ce sont des gens ordinaires issus de milieux très divers, venant de toute la planète y compris du Japon, et ils se rendent à Taiji à leurs propres frais parce qu’ils y sont poussés par la compassion.

Et par l’amour.

Quelques-uns voudraient nous faire croire que c’est la compassion qui est le crime, et que ce sont les tueurs qui sont les victimes.

J’apprécie que le Dolphin Project souhaite plus d’implication japonaise. Sea Shepherd Conservation Society le souhaite pareillement.

L’une des critiques qui nous est faite est que Sea Shepherd est une organisation "occidentale" et n’a aucun droit d’intervenir.

Premièrement, Sea Shepherd n’est pas une organisation occidentale, c’est une organisation mondiale constituée d’entités opérant de façon indépendante, et enregistrées dans divers pays sur tous les continents. Nous sommes présents en Chine, à Singapour, en Inde, en Afrique du Sud, en Afrique occidentale, dans toute l’Europe et en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Amérique centrale. Nous opérons partout de l’Arctique à l’Antarctique.

Deuxièmement, les dauphins n’appartiennent pas au peuple japonais. Ils n’appartiennent à aucune communauté. Ils font partie de la Nation Cétacée. Ils n’appartiennent qu’à eux-mêmes, ils ont le droit d’exister indépendamment de l’humanité, et le droit d’exister sans se faire agresser et maltraiter par la communauté des humains.

Conformément à la Charte Mondiale pour la Nature des Nations Unies, tous les peuples ont la responsabilité de faire respecter les lois internationales sur l’environnement, et de défendre la nature.

Troisièmement, il n’y a pas de présence à Taiji qui soit organisée et dirigée par des Japonais. Les seuls groupes à critiquer notre approche "occidentale" sont d’autres organisations "occidentales".

Quatrièmement, avant l’intervention de Sea Shepherd, le massacre des dauphins à Taiji était quasiment inconnu dans le monde, et particulièrement au Japon. Ce n’est certainement plus le cas.

Enfin, tous les changements de la politique environnementale dans l’histoire du Japon ont eu lieu suite au "gaiatsu", ce qui veut dire "pression étrangère". Le Japon a cessé d’utiliser des filets dérivants parce que nous avons dévoilé les méfaits de leurs filets dérivants, et la pression étrangère les a convaincus de cesser de les utiliser.

Il n’y a même pas de mouvement efficace au Japon pour s’intéresser au désastre de Fukushima, pourtant on nous dit que ça aussi, ça doit être géré par des opposants japonais, bien que cela affecte la santé et l’avenir du reste du monde.

Le programme des Gardiens de la Baie a été mis en place pour faire quelque chose que personne n’avait fait auparavant. Être sur le terrain, jour après jour, six mois par an, pour témoigner, montrer, et affronter les crimes commis contre la nature.

Et le massacre des dauphins à Taiji est un crime horrible contre la nature.

Pour nous, tuer un dauphin équivaut à un meurtre. C’est un être hautement intelligent, vivant dans des structures sociales complexes, extrêmement sensible, capable de communication sophistiquée et doté de capacités cognitives reconnues. Leur cerveau est plus grand et plus complexe que le nôtre.

Tuer un dauphin est un meurtre. Ce sont des êtres doués de conscience, qui n’ont jamais fait de mal à un être humain, et en fait bien des vies humaines ont été sauvées par les dauphins, cela a été rapporté. Nous savons qu’ils ont des capacités linguistiques sophistiquées, qu’ils sont très sensibles, et qu’ils peuvent éprouver de la souffrance physique tout comme émotionnelle.

Les gens qui n’ont jamais été à Taiji et qui n’ont jamais vu de massacre de dauphin n’ont aucune idée du traumatisme que cela représente, à quel point il est épuisant émotionnellement de témoigner et filmer une telle horreur. Oui, c’est facile de juger quand on n’entend pas les cris, qu’on ne sent ni ne voit le sang.

Les Gardiens de la Baie ont besoin qu’on les soutienne, pas qu’on les condamne.

Sea Shepherd a des militants japonais, nous avons des équipiers japonais, et ils font preuve d’un courage exceptionnel, car en tant que citoyen japonais, si vous élevez la voix au Japon, c’est littéralement une invite à la persécution, et pas seulement contre vous mais aussi contre votre famille.

Qu’ont donc accompli Sea Shepherd et les Gardiens de la Baie?

En 2003, nous avons fait connaître cette atrocité au monde, en faisant passer la vidéo sur CNN et publier les photos en première page de journaux du monde entier. La même année, nous avons coupé des filets et libéré 15 dauphins qui auraient été tués le lendemain matin.

Ric O’Barry, qui en 2003 faisait partie de notre équipage de Taiji, a démissionné du comité consultatif de Sea Shepherd et est retourné tout seul à Taiji, en disant que couper des filets et libérer des dauphins était illégal, et que ce n’était pas la bonne façon de faire. Il avait raison, nos équipiers ont été emprisonnés et condamnés à une amende, et même si nous pensions que la vie de 15 dauphins en valait la peine, nous savions que nous ne pourrions pas continuer à libérer des dauphins, parce que ce n’était pas faisable.

Il y a quelques années, l’association Blackfish a tenté de libérer des dauphins mais elle a échoué, et cela a eu pour suite malheureuse que la sécurité a été fortement augmentée à Taiji.

Taiji, parce que c’est au Japon, et que la police y est très présente, est un challenge unique pour nous, et la seule stratégie qui nous semblait pouvoir réussir était le programme des Gardiens de la Baie.

C’est pour cette raison que nous avons lancé l’opération Infinite Patience. Nous savions que nous ne gagnerions pas du jour au lendemain.

Et c’est donc en prenant en compte l’avis de Ric O’Barry que nous avons décidé de respecter la loi japonaise en menant une opération non-violente et légale, et c’est ce que font les Gardiens de la Baie aujourd’hui.

Sea Shepherd a participé à la réalisation de "The Cove", documentaire qui a eu un Oscar et qui est ce qui a le plus contribué à faire connaître le massacre des dauphins dans le monde. Dans ce film, je réponds à une interview, et on y montre nos équipiers en train de libérer des dauphins.

Et la raison finale qui rend si importante la présence à Taiji des Gardiens de la Baie, c’est que le nombre de dauphins tués chaque année a diminué depuis le début du programme des Gardiens de la Baie. Pourquoi? A cause de toutes les mesures que les pêcheurs doivent prendre pour rester loin des caméras. Les charges aussi ont augmenté, particulièrement celles liées à la présence policière.

Les Gardiens de la Baie suivent aussi l’enlèvement et le transport des dauphins captifs vers les établissements où ils seront retenus en captivité.

Avec les Gardiens de la Baie, chaque chasse est filmée. Enlevez les Gardiens de la Baie, et Taiji va rapidement disparaître hors de notre vue et de nos esprits, à part à l’occasion de quelques manifestations une ou deux fois par an.

Les Gardiens de la Baie sont là à leurs propres frais, ils prennent sur leur temps libre et paient tout de leur poche, pour s’assurer que les yeux du monde ne quitteront jamais la Baie.

Et les Gardiens de la Baie ont vécu la tragédie aux côtés des citoyens japonais. Une équipe des Gardiens de la Baie dirigée par Scott West se trouvait dans le Nord pour enquêter sur des tueries de dauphins quand le tsunami a frappé. Lui et son équipe ont failli y laisser leur vie, et ils ont aidé à sauver la vie de citoyens japonais. Ils sont à même de comprendre la tragédie qui a frappé le Japon bien mieux que la plupart des non-Japonais. Pendant plus de vingt-quatre heures, nous avons cru les avoir perdus dans ce terrible déluge.

L’autre jour, un de nos détracteurs à Taiji a admonesté une volontaire des Gardiens de la Baie en disant "Pourquoi prenez-vous des photos, pour faire de l’argent?"

C’était complètement injuste, et blessant par ignorance. Elle était là à ses propres frais, consacrant son temps et son énergie à la cause. La personne qui la critiquait n’était là que pour quelques jours, et n’avait même pas vu un seul dauphin tué. Il n’avait aucune idée de la souffrance émotionnelle que les Gardiens de la Baie doivent endurer pendant des jours et des jours.

Sea Shepherd ne fait pas d’envois de masse de mails montrant des photos sanglantes pour demander de l’argent, et nous ne dépensons pas d’argent dans des annonces ou de la publicité. Nous ne sommes pas ce genre d’organisation. Nous sommes des militants de base, et nous sommes relativement petits, mais ce qui est très important c’est que nous ne dépensons pas de grosses sommes pour la promotion ou pour recruter de nouveaux membres. Nous avons grandi lentement au fil du temps, par le bouche-à-oreille, par les visites de nos bateaux, en rencontrant des gens lors de nos campagnes, ou par ceux qui nous voient sur Whale Wars ou dans les médias. C’est pour cela que nous avons un bon rating chez Charity Navigator, une agence de surveillance qui contrôle les associations caritatives.

Sea Shepherd est prête à collaborer avec toutes les organisations sans exception pour faire cesser le massacre des dauphins, et nous soutenons les actions du Dolphin Project, de Save Japan’s Dolphins et de Surfer’s for Cetaceans.

Il est bien dommage qu’aucune des grandes organisations ne s’y soit associée.

Et Sea Shepherd a la plus haute estime pour le Dolphin Project et l’œuvre à laquelle Ric O’Berry consacre sa vie. Je connais Ric personnellement depuis 1976, quand il était au Japon avec mes amis David Garrick et Taeko Miwa. J’ai assisté à des conférences et à des meetings en sa compagnie. Nous étions parfois en désaccord, mais ces désaccords n’étaient pas graves. Ce n’étaient que des désaccords sur des stratégies ou des modes d’action, rien de plus, mais cela n’a jamais été personnel, ni conflictuel. Ric est un ami et un allié, et c’est un homme plein de compassion.

Je serais d’avis que, si une organisation créée et dirigée par des Japonais s’engageait, les Gardiens de la Baie pourraient se retirer, mais les chances de voir une telle organisation se former et tenir dans la durée sont très minces, à cause de l’intense pression sociale et politique que subiraient des citoyens japonais.

Il y a surtout des femmes parmi les Gardiens de la Baie. J’ai vraiment peine à croire que des pêcheurs japonais se sentent réellement brutalisés. On dirait plutôt qu’ils veulent seulement jouer les victimes, pour essayer de s’attirer la sympathie de l’opinion publique.

Quand un de nos détracteurs me dit que certains Japonais considèrent qu’il est offensant d’avoir à faire à une femme dans de telles situations conflictuelles, ma réponse est que, d’abord, j’ai peine à le croire, et ensuite, même si c’est vrai, et que le fait de s’adresser et de parler à une femme dans un tel débat représente un problème culturel, eh bien ils n’ont qu’à le surmonter, bon sang! Nous sommes au 21ème siècle, et la culture ne justifie plus le sexisme ou le racisme.

Mais à part un ultranationaliste d’extrême-droite, qui donc pourrait éprouver de la sympathie pour ces tueurs brutaux?

En parlant avec beaucoup de Japonais, j’ai constaté que, comme les autres, ils sont généralement contre cette brutalité. Les Japonais ont moralement tout autant de compassion que tout autre groupe de gens. Cependant un des problèmes est que les médias japonais ne donnent pas d’informations sur le sujet, et qu’il y a des obstacles culturels, profondément enracinés, à mettre les autorités en question, c’est ce que beaucoup de Japonais m’ont dit.

Nous restons bien sûr toujours ouverts à des idées alternatives, et si on nous présente une option viable, nous nous adapterons aux changements qui pourraient être plus efficaces.

Mais pour le moment, la seule possibilité d’action que je vois, c’est que les Gardiens de la Baie tiennent leur cap et continuent à faire pression, et à rappeler aux pêcheurs qui tuent les dauphins que les yeux du monde restent braqués sur eux, et que plus jamais ils ne pourront recommencer à torturer et à abattre des dauphins dans l’ombre.

Rappelons-nous que les Gardiens de la Baie sont à Taiji en ce moment, et ils y seront chaque jour pendant six mois atroces, jusqu’en mars, et chaque matin ils verront partir les tueurs de dauphins, et les tueurs de dauphins verront qu’on les observe, et quand ils reviendront ils verront que les Gardiens de la Baie observent aussi leur retour, et les caméras des Gardiens de la Baie filmeront l’horreur de la tuerie, et les micros des Gardiens de la Baie enregistreront les cris des mourants, et le live-streaming des Gardiens de la Baie diffusera ce crime contre la nature, l’humanité et l’avenir du monde entier.

Un signe que les Gardiens de la Baie ont un impact significatif, c’est que la police devient de plus en plus hostile, et que cette année elle a été plus hostile que jamais. Ils sont frustrés de voir que les Gardiens de la Baie n’enfreignent pas la loi, et ne leur fournissent pas d’excuse pour s’en débarrasser, et le coût de la présence policière augmente chaque année. Hier, l’un des policiers a posé sa main devant le visage de l’un des Gardiens de la Baie et la réaction fut "pourquoi faites-vous cela? Nous ne vous avons rien fait de tel".

Voilà le défi des Gardiens de la Baie, c’est de garder les yeux et les oreilles du monde fixés sur l’une des tueries en masse de mammifères marins les plus violentes et les plus brutales de la planète, et chaque jour de plus en plus de gens en prennent conscience, et le mouvement international pour mettre fin à cette horreur devient de plus en plus fort, et cette force se transforme en pression, à la fois locale et étrangère, pour mettre fin à la souffrance et à la tuerie.

Montrer le massacre et en témoigner ne suffit pas, il est important également que les pêcheurs de Taiji et les politiciens de Tokyo sachent qu’on les observe et qu’on les montre.

Nous tiendrons bon patiemment, et grâce au courage et à l’espoir, notre passion réussira l’impossible, jusqu’à ce que les eaux de la Baie, aujourd’hui rouges de sang, redeviennent bleues chaque jour, et que les cris des dauphins à l’agonie ne viennent plus troubler la sérénité de nos vies à tous, que ce soit au Japon ou dans le reste du monde.

Lien vers le site des Gardiens de la Baie (Cove Gardians)

 

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