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Mardi, 08 Avril 2014 01:51

Tous unis pour les baleines. Chiche ?

Les baleiniers ne sont pas les seuls à exploiter les baleines.

Méditérranée Campagne "Thon Rouge 2010" - Photo: Sea Shepherd*Méditérranée Campagne "Thon Rouge 2010" - Photo: Sea Shepherd (1)La récente victoire obtenue pour les baleines à la Cour Internationale de La Haye a mis en exergue un problème de fond relativement tabou: le parasitisme entre associations. C’est un sujet délicat à aborder car la règle en vigueur est celle de l’omerta. Au nom de la nécessité d’entretenir l’apparence de rapports cordiaux “entre associations partageant les mêmes objectifs”, les coups bas doivent être passés sous silence et les critiques publiques n’ont pas lieu d’être, prétendument dans l’intérêt de la cause. Mais ce principe est toujours à l’avantage du plus fort et du plus connu, et il est en fait la pire gangrène du mouvement associatif. Nous sommes partisans de mettre les pieds dans le plat et d’exposer ces pratiques, afin d’y mettre un terme dans l’intérêt même de la cause.

En effet, suite à la récente décision de la Cour de la Haye contre l’industrie baleinière japonaise, certaines associations affirmant défendre activement les baleines se sont empressées de récupérer à leur compte la victoire et en ont profité pour faire des appels aux dons, invitant les gens à leur envoyer de l’argent “afin de continuer sur leur lancée” et “obtenir d’autres belles victoires comme celle-ci”.

Greenpeace USA a été jusqu’à affirmer que Greenpeace “est pleinement affairée à sauver les baleines de la chasse commerciale” tout en relayant d’anciennes photos datant des années 70 ou de l’époque où Greenpeace envoyait encore des navires en Antarctique, au moins pour faire acte de présence et communiquer ensuite pour lever des fonds. Quiconque suit un tant soit peu Greenpeace de l’intérieur sait très bien que les baleines ne font plus partie depuis longtemps des priorités de Greenpeace en termes de campagne. Le problème étant qu’elles le restent en tant qu’outil de collecte de fonds.

Pourquoi est-il si important de “rendre à César ce qui est à César” ?

Depuis 2008, Greenpeace n’envoie plus aucun navire pour défendre les baleines tout en continuant activement à utiliser le capital sympathie des baleines auprès du grand public comme un important levier de collecte de fonds au niveau international.

En 2012, la flotte de Sea Shepherd bataillait seule contre la flotte baleinière japonaise dans le Sanctuaire antarctique. Au même moment, le Rainbow Warrior III, faisait un tour promotionnel en Nouvelle Zélande, à quelques jours à peine de navigation du Sanctuaire où les harpons explosifs traquaient activement les baleines. Comme tous les ans, il nous manquait un navire pour suivre à la trace un des harponneurs. Le Capitaine Watson a alors fait appel à Greenpeace -pour la énième fois- ce à quoi, il lui a été répondu qu’il n’était pas dans les plans du Rainbow Warrior III de se rendre en Antarctique, et que le navire n’était de toute façon pas conçu pour naviguer à travers les glaces. Voilà donc le dernier bijou de la flotte greenpeacienne, le successeur du Rainbow Warrior coulé par les services secrets français, un navire qui a coûté plus de 30 millions d’euros et autour duquel Greenpeace entretient la légende… voilà un navire qui n’a pas été conçu pour naviguer dans la glace et qui, dès lors, est dans l’incapacité programmée de défendre les baleines, là où elles ont besoin de l’être. Est-ce pour autant clair dans la communication de Greenpeace? Loin s’en faut, la communication de Greenpeace reste : “Greenpeace est pleinement affairée à mettre un terme à toute chasse commerciale” (photos d’archives à l’appui).

Les baleines, premières victimes du parasitisme entre associations.

Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France et chargée de mission pour Sea Shepherd Global raconte:

“En 2005, pour ma première campagne en Antarctique avec Sea Shepherd, nous étions à bord du Farley Mowat, un bien vieux navire de plus d’une cinquantaine d’années, capable de se traîner difficilement à dix noeuds, rendant nos interventions bien difficiles. Nous avions raclé les fonds de tiroirs pour financer le carburant nécessaire à cette mission. A l’époque, Greenpeace faisait encore le déplacement en Antarctique. Ils étaient là, avec l’Espéranza. Outre le fait qu’ils n’aient jamais voulu coopérer avec nous malgré nos nombreuses sollicitations, l’Espéranza, bien plus rapide et performant que notre vieux Farley, avait trouvé la flotte baleinière avant nous et avait pu obtenir le cliché d’une baleine en train d’être massacrée. Et c’était là apparemment le seul objectif de la mission de Greenpeace. Une fois la photo obtenue, Greenpeace a décidé de rentrer au port. Ils ne seront finalement restés que quelques semaines sur quatre mois de chasse baleinière. Dans le journal de Greenpeace, on pouvait lire ensuite, “Greenpeace au secours des baleines” avec la fameuse photo… Pendant ce temps, à bord du Farley Mowat, nous coupions le chauffage pour grappiller une semaine supplémentaire sur le terrain. Nous dormions tout habillés dans nos couchettes, je me revois avec une bouillotte aux pieds et une dans les bras. Tout cela pour ne pas abandonner les baleines à leurs bourreaux. Finalement, nous avons dû nous résoudre à partir, le niveau de carburant devenait dangereusement bas, tout juste assez pour rentrer. Au bout de 55 jours en mer, nous quittions, la mort dans l’âme, le Sanctuaire Baleinier. Il restait encore deux mois de chasse. Pendant ces deux mois, les baleines sont restées seules face à leurs bourreaux parce que l’organisation qui avait les moyens financiers de les défendre et communiquait massivement sur cet objectif, n’avait pas la volonté réelle de le faire. Et l’organisation dont les membres étaient prêts à couper le chauffage en plein Antarctique pour rester auprès d’elles, n’avait pas les moyens financiers de rester. Cette expérience a marqué, en ce qui me concerne, une rupture définitive avec Greenpeace.”

Aujourd’hui, les baleines sont chassées non seulement en Antarctique mais aussi dans le Pacifique, en Atlantique, en Norvège et en Islande. Les baleines pilotes sont massacrées chaque année aux îles Féroé; c’est le plus grand massacre de mammifères marins en Europe (un massacre que Greenpeace qualifie de traditionnel et se refuse à condamner). Sea Shepherd a vocation à intervenir sur tous ces enjeux et pourtant, nous sommes sans cesse dans le “sacrifice de campagne”, faute de financement. Lorsque des organisations font des appels aux dons, entretiennent la confusion, s’attribuent des victoires qui ne sont pas les leurs, elles siphonnent des fonds qui devraient servir aux espèces qu’elles prétendent défendre. Des fonds qui devraient donc revenir aux organisations qui font vraiment le boulot, ne serait-ce que pour leur permettre de continuer à le faire.

Greenpeace affirme mener campagne auprès du public Japonais pour la sauvegarde des baleines. Mais de quelle campagne s’agit-il? L’objectif est-il de convaincre les 98% de Japonais qui ne mangent pas de baleines, de continuer à ne pas en manger? Il y a 3 ans, la "campagne baleine" de Greenpeace a consisté à envoyer des milliers d’origami de baleines au Président Obama… le président d’un pays qui ne chasse pas les baleines et qui vote déjà contre la levée du moratoire…

Ces actions justifient-t-elles que Greenpeace continue à collecter des millions de dollars au nom des baleines, en utilisant à l’envie des images de leur lointaine présence sur le terrain?

whale and scubaHormis les différences de méthodes qui sont les nôtres – différences qui dérangent bien plus Greenpeace que Sea Shepherd puisque nous n’avons eu de cesse de proposer d’unir nos forces pour chaque fois nous heurter à un refus – il s’agit d’être honnête dans ce que l’on fait et ce que l’on ne fait pas. Ou ce que l’on ne fait plus. Que Greenpeace (et les autres) communiquent exclusivement et clairement sur ce qu’ils font et uniquement là-dessus. Ceux qui, en leur âme et conscience, pensent que les baleines en papier envoyées à Obama peuvent contribuer à sauver les baleines ont raison de soutenir Greenpeace dans leur "campagne baleine". Ceux qui pensent que la protestation est la limite à ne pas dépasser, ceux qui comme Greenpeace pensent que ça n’est pas aux organisations écologistes de remplir le vide laissé par la police en mer et qui, comme Greenpeace, considèrent les méthodes de Sea Shepherd trop violentes, ceux-là ont bien raison de soutenir Greenpeace.

Dès lors que la communication est claire et honnête, on peut tout envisager et on peut effectivement clairement dire “Il y a de la place pour tout le monde”.

Aujourd’hui, toutes les industries baleinières sont déficitaires et Sea Shepherd racle ses fonds de tiroirs pour financer ses campagnes. Les seuls à qui la chasse baleinière rapporte plus qu’elle ne coûte, c’est Greenpeace.

Pour être tout à fait juste, on notera que de toutes les antennes nationales de Greenpeace, la seule qui ait au moins mentionné le nom de Sea Shepherd (sans pour autant faire références aux actions menées) est Greenpeace France. Cela a peut-être à voir avec Jean François Julliard, dernier directeur général de Greenpeace France en date, le seul de toutes les antennes de Greenpeace qui ait jamais fait la démarche, à son arrivée chez GP, de rencontrer un représentant de Sea Shepherd (Lamya Essemlali, Présidente Sea Shepherd France) pour avoir “le son de cloche de Sea Shepherd”. Nous tenons donc à saluer au passage son ouverture d’esprit ainsi que son soutien à Paul Watson lors de ses problèmes judiciaires avec le Japon. Une attitude qui détonne avec les propos que François Chartier, directeur "campagne Océans" de GP France pouvait tenir il y a encore pas si longtemps dans le magazine FHM où il affirmait dans un article se référant à Sea Shepherd “ Watson est un justicier végétalien, il a juste envie de cartonner tous les pêcheurs. (…) Les éco- warriors, eux s’inscrivent dans la mouvance anarchiste, la destruction pour la destruction, visages cagoulés avec utilisation d’armes et de bombes. Ils se prennent pour des justiciers et de temps en temps ils dérapent clairement avec des gens qui peuvent tuer. Leur action dessert la cause de l’écologie… “

Pas plus tard qu’il y a quinze jours sur France Info, le même François Chartier affirmait (sans pour autant la cautionner) que la chasse baleinière dans le Sanctuaire Antarctique était légale, à l’instar des revendications du Japon. La Cour Internationale de Justice de La Haye vient en tout cas d’en décider autrement et de statuer dans le sens de Sea Shepherd qui dénonce depuis plus de 10 ans, cette chasse comme étant illégale.

La seule grosse organisation en France qui, en communiquant sur cette victoire, a mentionné Sea Shepherd pour les actions d’interposition menées par nos équipages depuis plus de 10 ans dans le Sanctuaire Baleinier de l’Océan Austral, est la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux). Un exemple de fair-play entre associations.

De l’importance de savoir qui fait quoi pour les baleines.

Outre le principe moral universel qu’il ne faut pas s’attribuer les mérites d’autrui, si les résultats des efforts de Sea Shepherd n’étaient pas récupérés par des organisations qui sont encore à l’heure actuelle bien plus connues et qui phagocytent la cause des baleines à leur avantage, nous aurions sans doute une flotte plus importante et nous ne serions pas obligés de choisir entre l’Islande, la Norvège, les îles Féroé et l’Antarctique… Beaucoup de baleines meurent chaque année parce que Sea Shepherd est mobilisée en Antarctique et ne peut s’étendre ailleurs.

Dans la lettre qu’il a envoyée à ses milliers de membres la semaine dernière suite à la décision de Justice rendue à La Haye, Phil Kline, directeur "campagne Océans" de Greenpeace USA déclarait ceci :

"Aujourd'hui marque une énorme victoire pour les baleines, mais nous avons encore une longue route à parcourir. Nous sommes pleinement engagés à mettre fin à TOUTE chasse commerciale - mais nous avons besoin de votre aide. S'il vous plaît, aidez cet élan à perdurer en faisant un don  aujourd'hui. Votre soutien nous aidera dans les combats à venir en 2014 - la protection des baleines en voie de disparition, nos océans et notre planète."

La Norvège vient d’annoncer qu’elle prévoyait de tuer 1286 baleines en 2014, le Japon dit qu’il va continuer à chasser dans le Pacifique, l’Islande n’a pas renoncé non plus à la chasse, donc autant dire que les harpons explosifs vont être très actifs cette année. A en croire Phil, doit-on donc s’attendre à revoir Greenpeace en première ligne de la défense des baleines? Ou s’agit-il encore d’envoyer des origamis en papier? Rien ne saurait satisfaire Sea Shepherd davantage que la flotte de Greenpeace ne se réengage sur le terrain pour les baleines, quitte à ce qu’elle le fasse sans jamais collaborer avec nous puisque tel est son souhait. Mais qu’elle le fasse. Qu’elle le fasse ou qu’elle cesse une bonne fois pour toutes d’utiliser le capital sympathie des baleines comme un levier de collecte de fonds international.

Greenpeace mène bien d’autres campagnes sur d’autres enjeux. Elle le fait d’une manière très différente de Sea Shepherd et ses méthodes trouvent crédit auprès d’un certain public. Donc dès lors qu’elle reste honnête dans sa communication et le rendu de ses actions, il y a effectivement de la place pour tout le monde.

Mais chacun doit garder à l’esprit que les associations, quelles qu’elles soient ne sont que des moyens, des outils qui doivent servir à une fin. La collecte de fonds et la médiatisation sont des moyens pour les associations de servir une cause qui les transcende, non de se servir elles-mêmes. Le jour où cet état de fait sera devenu une règle d’or dans le milieu associatif, particulièrement parmi les plus grosses associations, nous aurons peut-être une chance de parvenir à nos fins. Tous ensemble.

(1) Photo Méditérranée Campagne "Thon Rouge 2010" : La proposition de coopération faite par Sea Shepherd à Greenpeace fut là aussi refusée. Greenpeace mena donc seule une action à Malte, sous les yeux de la Marine qui surveillait les opérations de pêche, dans une tentative échouée de libérer des thons rouges pêchés légalement par le thonier sétois Jean Marie Christian 6 : Aucun poisson ne fut libéré, un activiste de Greenpeace fut blessé et trois de leurs zodiacs furent coulés. Quelques jours après, Sea Shepherd se rendait seule en eaux lybiennes, zone de pêche non surveillée et importante frayère pour les thons rouges et libérait 800 thons rouges braconnés. L'action de Sea Shepherd fut applaudie par les pêcheurs traditionnels de Malte. La seule différence entre les deux actions (hormis le fait que l'une ait échoué et l'autre ait réussi, est que Sea Shepherd s'en ai pris à des braconniers en zone non surveillée, quand Greenpeace a choisi d'attaquer un navire de pêche légal sous les yeux de la Marine qui contrôlait les activités de pêche. Mais là encore la prétendue "violence" de Sea Shepherd a motivé (au moins officiellement) le refus de Greenpeace de toute collaboration. Dommage pour les thons rouges...

 


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